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  • Anne

La Cigale



Étymologie :

  • CIGALE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Mil. xve s. sigalle (René d'Anjou [?], Regnault et Jehanneton ds Œuvres, éd. Quatrebarbes, t. II, p. 108) ; xvie s. cigale (Matthiolus, Commentaires sur les six livres de Pedanius Dioscoride, p. 159 ds IGLF). Empr. au prov. cigala (singala 1re moitié du xiiie s. ds Levy, cigala 1470 ds Pansier) issu du lat. impérial cicada, avec changement de suff. dont les raisons ne sont pas claires.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Croyances populaires :


Selon Jean Baucomont, auteur d'un article intitulé "Les formulettes d'incantation enfantine", paru dans la revue Arts et traditions populaires, 13e Année, No. 3/4 (Juillet-Décembre 1965), pp. 243-255 :


La tradition orale se perpétue dans le folklore de la vie enfantine. […] Une des catégories les plus curieuses de ces formulettes est celle des formulettes d'incantation.

L'incantation, nous disent les dictionnaires, signifie étymologiquement : un enchantement produit par l'emploi de paroles magiques pour opérer un charme, un sortilège. Le recours à l'incantation postule une attitude mentale inspirée par l'antique croyance au pouvoir du verbe, proféré dans certaines circonstances.

[…]

« L'incantation, dit Bergson, participe à la fois du commandement et de la prière. » On constate effectivement, que la plupart des formulettes d'incantation comportent à la fois une invocation propitiatoire : promesse d'offrande en cas de succès et une menace de sacrifice expiatoire, d'immolation en cas d'échec. Ce qui est proprement le caractère de l'opération magique traditionnelle.

[…]

Cigaletta canta un paoù

Souta la ramada

Canta un paoù tant qué faï caüd

E qué la flou bada.

(Gard)

Traduction : Petite cigale, chante un peu - sous la ramure - chante un peu tant qu'il fait chaud - et que la fleur baille.

Se dit par les enfants en grattant avec l'ongle les anneaux de l'abdomen de la cigale qui ainsi chatouillée, se met à chanter.

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Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


La cigale est "symbole du couple complémentaire lumière - obscurité, par l'alternance de son silence dans la nuit et de ses stridulations dans la chaleur du soleil. En Grèce, elle était consacrée à Apollon.

Elle est devenue l'attribut des mauvais poètes, dont l'inspiration est intermittente. Elle est prise aussi pour l'image de la négligence et de l'imprévoyance (La Fontaine)."

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Selon Evelyne Duret, auteure de l'article intitulé "La cigale et l'homme : de la biologie au symbole" (in Le Courrier de l'environnement de l'INRA, Paris : Institut national de la recherche agronomique Délégation permanente à l'environnement, 2000, pp. 79-84. ⟨hal-01203425⟩ :


Symbole d'Apollon, de la musique et de la poésie dans la Grèce antique, présente dans les rites funéraires de la Chine ancienne et aujourd'hui encore dans les cérémonies des Indiens d'Amérique, hissée depuis le XIXe siècle au rang d'emblème de la Provence par les félibres et les faïenciers de la région, actuellement thème privilégié pour des centaines de collectionneurs et support de la création de plusieurs musiciens et plasticiens : pour peu qu'on la connaisse, la cigale ne laisse pas indifférent. Elle présente le caractère objectivement lyrique dont Roger Caillois parle à propos de la Mante religieuse et possède la capacité particulière propre à certains animaux, objets ou images, d'attirer les projections psychologiques de l'homme.

La cigale a donné naissance à une foisonnante production littéraire, artistique et artisanale dans laquelle peut se lire un dialogue éternel. Car, comme tout vrai symbole, la cigale est ambivalente. À l'image prédominante d'un être presque divin, philosophe et artiste s'oppose celle de l'insecte paresseux, bavard et imprévoyant. Écrivains et poètes, sculpteurs, peintres et scientifiques se répondent à travers les siècles, opposant deux visions de la vie, exprimant surtout un conflit interne propre à chacun, la lutte entre les fantasmes individuels et les exigences de la vie sociale, entre le rêve et la réalité, entre la cigale et la fourmi. À la base de la destinée de la cigale dans l'imaginaire humain et de sa force symbolique, peut-être amoindrie au moment où elle apparaît dans l'histoire, se trouvent les différents aspects de sa vie et de son comportement. Ces différents aspects sont d'autant plus frappants et fascinants qu'ils sont pour la plupart demeurés longtemps inexpliqués et que, aujourd'hui encore, alors que la connaissance entomologique a fait des progrès spectaculaires, la biologie des cigales demeure ignorée du grand public : la majorité des Provençaux contemporains pense qu'il n'en existe que deux espèces et uniquement dans le Midi de la France...

[...]

Au mystère ancien du mode de nutrition de la cigale s'ajoute celui de l'apparition de la larve sortant de terre qui a fait croire à une génération spontanée. La connaissance de la longue vie souterraine de cette larve et de ses multiples transformations confrontée à l'observation de sa courte mais brillante existence d'adulte aérien n'est pas moins propice à l'accroche symbolique. La vie de la cigale matérialise l'opposition complémentaire entre le monde obscur de la terre et la lumière, couple essentiel de bien des mythologies.

Pour les Indiens Hopi vivant sur les hauts plateaux de l'Arizona, la plupart des puissances surnaturelles sont dénommées Kachina. Ces êtres figurant le cosmos, intermédiaires entre les Esprits et les Terriens, sont généralement bienveillants à l'égard de ces derniers, leur apportant la pluie et des récoltes abondantes.

Le vocable Kachina s'applique à la fois à ces puissances transcendantales, aux hommes masqués qui les personnifient lors des cérémonies et aux poupées alors offertes aux femmes et aux enfants. Copies conformes des danseurs masqués, elles possèdent un rôle pédagogique en favorisant l'enseignement de la Tradition, et renferment un élément magique, protégeant les demeures à l'intérieur desquelles elles sont solennellement accrochées. Sauf exception, masques et poupées rituelles n'ont aucune apparence animale. Symboles géométriques, ils expriment le sacré.

L'un de ces Kachina se nomme Mahu : cigale. Suivant le rythme biologique de l'insecte, le Kachinacigale se manifeste au cours de cérémonies nocturnes se déroulant en décembre dans des chambres souterraines, ainsi qu'à la fin du printemps, au moment même où les vraies cigales apparaissent, dans des danses où il accompagne les Kachina qui apportent la pluie.

Au IIe siècle avant J.-C., peut-être avant, les anciens Chinois posaient une amulette en forme de cigale sur la bouche des morts avant de les mettre en terre. En référence aux liens de l'insecte avec le monde souterrain, à la dernière métamorphose de la larve dont la carapace s'ouvre pour libérer l'adulte qui bientôt s'envole laissant derrière lui une enveloppe vide... La religion taoïste a fait de la cigale l'image de l'âme dégagée du corps.

Nous n'avons pu repérer aucune trace de la vie symbolique de la cigale sur le continent africain, aucune représentation artistique de cigale dans la civilisation égyptienne ancienne. Seule trace dont nous n'avons cependant pu obtenir confirmation : selon Nostradamus, un hiéroglyphe en forme de cigale figurait l'idée d'homme mystique.

Le Moyen Âge européen demeure lui aussi dans l'ombre, si ce n'est la mention par quelques auteurs, mais sans indication de leurs sources, de la broche en forme de cigale qu'auraient portée les troubadours.

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Mythologie :


Tithon était un prince mortel qu’Eos, déesse de l’aurore, se choisit pour époux et dont elle eut deux fils. Sur les instances d’Eos, Zeus accorda l’immortalité à Tithon. Mais la déesse avait oublié de demander également la jeunesse éternelle. Le beau prince grisonna, puis blanchit et sa peau se dessécha. Lorsqu’il ne fut plus qu’une enveloppe creusée de rides, Eos l’enferma dans une chambre éloignée, d’après la légende. Dans une autre version, elle le changea en cigale, afin qu’il la réjouisse au moins de son chant et se débarrasse chaque année de son ancienne peau.


Résumé de Erhard Taverna dans un article intitulé "Gris cigale" (Bulletin des médecins suisses, 2016 ; 97(2) : 86).

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Contes et légendes :


La cigale et le coyote, conte zuni


Une cigale qui chantait sur une branche, « tchumali, tchumali, tchumali, shokhoya, tchumali, tchumali ! » excita la fervente admiration d'un coyote. Celui-ci demanda à la cigale de venir chez lui et de devenir son professeur de chant. Peu doué, le coyote finit pourtant par apprendre l'air. Mais alors qu'il méditait sur cette nouvelle acquisition, il trébucha, tomba, et oublia la chanson. Deux fois l'accident arriva et le coyote retourna voir son professeur perché sur une branche. La deuxième fois, la cigale décida de lui donner un autre genre de leçon. S'agrippant fortement à l'écorce de branche, elle força et gonfla jusqu'à ce que son dos se fende. Elle quitta sa précédente peau qui demeura accrochée à l'arbre, gardant sa forme et sa position. La cigale glissa alors un galet dans la peau abandonnée et vola jusqu'à un arbre proche, laissant derrière elle son image exacte, une image qui cependant ne répondait pas aux requêtes du coyote. À bout de patience, ce dernier, d'un bond, saisit la fausse cigale, planta ses dents dans la pierre, les écrasant et les brisant de sorte que l'on pouvait à peine voir celles du milieu de ses mâchoires tandis que les autres sortaient comme des défenses. Tous les descendants du coyote ont hérité de ces dents brisées. Et aujourd'hui encore, quand les cigales s'aventurent à chanter un matin d'été, il n'est pas rare qu'elles se protègent en se dépeçant et en laissant leur double dans les arbres.


(transcrit en 1901 par Cushing, résumé d'après Myers)

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Littérature :


Platon, Phèdre, 259 b-e :

Jadis les cigales étaient des hommes, ceux qui existèrent avant que ne naissent les Muses. Puis, quand les Muses furent nées et que leur chant eut commencé de se faire entendre, certains des hommes de ce temps-là furent, raconte-t-on, à ce point mis par le plaisir hors d'eux-mêmes que de chanter leur fit négliger de manger et de boire, si bien qu'ils moururent sans s'en apercevoir. C'est de ces hommes que, par la suite, a surgi la race des cigales ; elle a reçu des Muses le privilège de n'avoir, dès la naissance, besoin d'aucune nourriture, et de se mettre à chanter tout de suite, sans manger ni boire, jusqu'à leur mort ; après leur mort, elles vont trouver les Muses pour leur faire savoir qui les honore ici-bas et à laquelle d'entre elles va cet hommage. Ainsi, à Terpsichore, c'est sur les hommes qui l'ont honorée dans le chœur de danse que les cigales font leur rapport, lui inspirant pour eux de la prédilection ; à Érato, sur ceux dont les matières d'amour sont l'occupation ; et aux autres de même, selon la façon dont chacune est spécialement honorée.

La Cigale et les Fourmis

C’était en hiver ; leur grain étant mouillé, les fourmis le faisaient sécher. Une cigale qui avait faim leur demanda de quoi manger. Les fourmis lui dirent : « Pourquoi, pendant l’été, n’amassais-tu pas, toi aussi, des provisions ? — Je n’en avais pas le temps, répondit la cigale : je chantais mélodieusement. » Les fourmis lui rirent au nez : « Eh bien ! dirent-elles, si tu chantais en été, danse en hiver. »

Cette fable montre qu’en toute affaire il faut se garder de la négligence, si l’on veut éviter le chagrin et le danger.


Ésope, (fin VIIè siècle - début VIe siècle av. J. C.) "La Cigale et les Fourmis" ; traduction par Émile Chambry, Fables, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1927.

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Autres fables d’Ésope :

L'Âne et les Cigales

Un âne, ayant entendu chanter des cigales, fut charmé de leur voix harmonieuse et leur envia leur talent. « Que mangez-vous, leur demanda-t-il, pour faire entendre un tel chant ? — De la rosée », dirent-elles. Dès lors l’âne attendit la rosée, et mourut de faim.

Ainsi, quand on a des désirs contraires à la nature, non seulement on n’arrive pas à les satisfaire, mais encore on encourt les plus grands malheurs.

La Cigale et le Renard


Une cigale chantait sur un arbre élevé. Un renard qui voulait la dévorer imagina la ruse que voici. Il se plaça en face d’elle, il admira sa belle voix et il l’invita à descendre : il désirait, disait-il, voir l’animal qui avait une telle voix. Soupçonnant le piège, la cigale arracha une feuille et la laissa tomber. Le renard accourut, croyant que c’était la cigale. « Tu te trompes, compère, lui dit-elle, si tu as cru que je descendrais : je me défie des renards depuis le jour où j’ai vu dans la fiente de l’un d’eux des ailes de cigale. »

Les malheurs du voisin assagissent les hommes sensés.


Ésope, (fin VIIè siècle - début VIe siècle av. J. C.) ; traduction par Émile Chambry, Fables, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1927.

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La Fourmi et la Cigale


Fourmi, dit la Cigale, hélas ! un peu de graine :

Je n'ai rien, et l'hiver est si long à passer.

- Qu'as-tu donc fait l'été ? - J'ai chanté dans la plaine.

Hé bien ! vas-y danser !


Vaudin, "La Fourmi et la Cigale" in Fables diverses en quatre vers, 1707.

La Fourmi et la Cigale


Traînant un grain de blé posé sur un fétu,

Madame la fourmi rencontre la cigale

Dans la pinède provençale.


"C'est toi, ma bonne grosse ? Eh bé, comment vas-tu ?

- A la douce, fourmi, tu vois, je tambourine

Des deux côtés de mon bedon pointu.

Ca l'a fait moitié cymbale et moitié mandoline.

Grâce au corset vibrant dont mon corps est vêtu,

J'ai mon petit luth de poitrine.

Mon refrain est joli ? - Je le trouve agaçant,

Je n'aime pas cette musique.

C'est monocorde, assourdissant,

Grinçant,

Et ne présente aucun avantage pratique.

Au lieu de musiquer, cigale, écoute-moi,

Car bientôt viendra le temps froid,

Pendant que la provende abonde,

Engrange donc la moisson blonde.

L'hiver, ma belle, il faut manger.

- Que me servirait d'engranger ?

Répond l'instrumentiste ardente et monotone.

Tout ce dont j'ai besoin, le soleil me le donne.

Quand j'ai pondu, quand j'ai vibré, je meurs.

Je ne redoute point l'hiver et ses rigueurs,

Puisque je serai morte au début de l'automne."


Maxime-Léry, "La Fourmi et la Cigale" in Fables, 1953.

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La Fourmi et la Cigale


La fourmi ayant stocké tout l'hiver

Se trouva fort encombrée

Quand le soleil fut venu :

Qui lui prendrait ses morceaux

De mouches ou de vermisseaux ?

Elle tenta de démarcher

Chez la Cigale sa voisine,

La poussait à s'acheter

Quelque grain pour subsister

Jusqu'à la saison prochaine.

"Vous me paierez, lui dit-elle,

Après l'oût, foi d'animal,

Intérêt et principal."

La Cigale n'est pas gourmande :

C'est là son moindre défaut.

"Que faisiez-vous au temps froid ?

Dit-elle à cette amasseuse.

- Nuit et jour, à tout venant

Je stockais, ne vous déplaise.

- Vous stockiez ? j'en suis fort aise :

Eh bien ! soldez maintenant."


Françoise Sagan, "La Fourmi et la Cigale" in Trente versions inédites, collectif, 1989.

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La Cigale et la Fourmi


La cigale ayant chanté

Tout l'été

Moyennant de gros cachets

Dans les casinos chics du midi de la France,

Se trouva tellement pourvue

Lorsque la bise fut venue

Qu'elle chercha quelqu'un pour gérer ses finances

Pendant que tout l'hiver il lui faudrait dormir.

Elle passa une annonce.

La fourmi d'accourir :

- Je m'y connais, dit-elle, et puis vous garantir

Que de vos capitaux vous ne perdrez pas une once.

- Et pour les intérêts ? demande la chanteuse

Qui déjà dort plus qu'à demi.

- Cent pour cent, répond la fourmi.

Trouvant la chose merveilleuse,

L'autre lui remet son argent

Et va se coucher en bâillant.


Et puis l'hiver s'en vient

Qui jamais n'a fait grâce à la moindre cigale.

De tout ce bien volé, la fourmi se régale,

s'offre des meubles, des parfums,

des robes de soie, des bijoux à l'or fin.

Elle est sur le point d'acheter

Une auto des plus confortables

Quand, sans même la voir, un être fourmidable

(C'est l'homme, dont je veux parler)

Ecrabouille la misérable.


Moralité ? Je n'en vois qu'une :

Pas d'avenir pour la fortune

Quoi qu'on fasse pour l'acquérir.

Mieux vaut chanter pour son plaisir.


Jean Rousselot, "La Cigale et la Fourmi" in Du Blé de poésie, 1997.

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Yasunari Kawabata dans le roman intitulé Le Grondement de la montagne (Édition originale, 1954 ; Traduction française, 1969) nous propose sa vision des cigales :


C'était une nuit de lune.

Une orbe séchait dehors, blanchâtre sous la lune, désagréable à l'œil. Il songea d'abord qu'on avait oublié de rentrer le linge, puis que c'était peut-être voulu, si la robe avait été trempée de sueur.

Il entendit un crissement dans le jardin : une cigale sur le tronc du cerisier, à sa gauche. « Est-ce une cigale, se demanda-t-il, ce bruit si lugubre ? » Mais oui, c'était une cigale.

« Les cigales s'éveillent-elles quand elle font des cauchemars ? »

L'une d'elles, entrée dans la chambre, s'était posée sur le bas de la moustiquaire ; Shingo l'attrapa, mais elle ne craquetait pas. « Elle est muette, se dit-il, ce n'était pas elle. »

Pour éviter que la lumière ne l'attirât de nouveau dans la maison, il la jeta de toutes ses forces vers la cime du cerisier, mais il ne lui sembla pas avoir visé juste.

La main sur la porte, il tournait ses regards vers l'arbre, sans savoir si l'insecte était arrivé à destination.

Que la nui est profonde, au clair de lune ! Il la ressentait en lui, cette profondeur qui s'enfonce, à l'horizontale, jusqu'au lointain.

On n'était pas encore au 10 août, mais déjà les insectes chantaient. On entendait aussi les gouttes de rosée tomber des fruits sur les feuilles.

Soudain le grondement de la montagne parvint jusqu'à Shingo.

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