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  • Anne

L'If, arbre des morts





Étymologie :

  • IF, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 406) ; 2. 1834 « pièce de charpenterie de forme triangulaire pour les illuminations » (Boiste). Du gaul. *ivos (irl. eo, cymrique yv [le bret. ivin est peut-être empr. au fr., v. Dottin, p. 262]), le mot étant commun aux lang. celt. et germ. (a.h. all. îwa, all. Eibe ; ags. îw, angl. yew), v. Dottin, pp. 131, 262 ; Thurneysen, p. 65.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Histoires d'arbres :


Dans la série éponyme d'Arte, un épisode est consacré aux deux ifs millénaires de La Haye-de-Routot qui sont l'objet des croyances ancestrales toujours vivantes.

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Symbolisme :


Dans Vert, Histoire d'une couleur (Éditions du Seuil, 2013), Michel Pastoureau nous apprend que :


"Tout verger est construit comme un espace symbolique, et [que] chaque plante qui s'y trouve possède sa signification propre. Celle des fleurs varie beaucoup selon les époques et les régions et prend en compte plusieurs particularités : la couleur, le parfum, le nombre de pétales, l'aspect des feuilles, les dimensions des unes et des autres, l'époque de la floraison, etc. Quelques idées peuvent néanmoins être dégagées pour le Moyen Âge central : Le lis est symbole de pureté et de chasteté, [...] De même, les arbres sont toujours signifiants. [...] La plupart des arbres sont bénéfiques ; quelques-uns sont ambivalents (le peuplier, le cyprès, le noisetier) ; mais seuls l'if, l'aulne et le noyer sont fortement maléfiques : l'if parce qu'il est vénéneux et, planté dans les cimetières, associé à la mort..."

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Symbolisme celte :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"L'if est dans le monde celtique un arbre funéraire et l'Irlande l'utilise quelquefois comme support de l'écriture oghamique. Mais il est surtout dans la tradition insulaire le plus ancien des arbres. Le bois d'if est quelquefois encore utilisé pour sa dureté dans la fabrication de boucliers et de lances, ce qui dénote aussi un symbolisme militaire. Ibarsciath, bouclier d'if, est le nom d'un jeune guerrier irlandais et quelques noms ethniques gaulois (Eburovices "combattants par l'if", aujourd'hui Evreux) confirment cette impression. Néanmoins la propriété essentielle qui semble avoir été retenue à la base du symbolisme de l'arbre est la toxicité de ses fruits. César cite l'exemple de deux rois gaulois des Éburons qui, vaincus, se donnent la mort avec de l'if. La roue du druide mythique Mog Ruith (serviteur de la roue) qui est une roue d'Apocalypse, est elle aussi en bois d'if. Eochaid (Ivocatus "qui combat l'if") est enfin un des noms traditionnels du roi suprême d'Irlande.")

Marc-Louis Questin, dans La Tradition Magique des Celtes (1993, réed. 2016), nous apprend que :


"Le saumon est l'animal de la Science sacrée ; il est un des symboles de la sagesse secrète et de la nourriture spirituelle. Il symbolise la connaissance, la liberté et la souplesse. Il remonte à la source et s'y nourrit des fruits qui tombent de l'If de Mugna, l'If du Saumon, l'Arbre primordial... Il nage au sein de la Mère et ne fait qu'un avec elle.

L'If de Mugna porte des fruits merveilleux qui tombent dans une source où ils sont mangés par un saumon.

L'if, arbre solidement planté à l'écorce rude au feuillage toujours vert, représente l'éveil du Feu Primordial. C'est Uranus, le dieu du Ciel, dont l'ambition première est de se dégager de l'indifférencié, de l'océanique et , par suite, de monter, de s"élever, de se tendre en hauteur, comme pour s'individualiser au maximum. Il est associé au rouge, couleur de feu et de sang, qui image l'énergie vitale, sa pulsation et sa puissance. Initiatique, l'Arbre du dieu des druides revêt nécessairement une signification funèbre et chtonienne. L'if est l'arbre des Morts, dont le vert éternelle symbolise l'éternité de la vie spirituelle. Il est aussi l'arbre des Ovates.

Créé dans les abîmes de l'Océan, l'If (I-Inbar) émergea des Eaux Mères. Le monde sorti du chaos s'ordonna autour de son axe. Cet arbre primordial engendra tous les êtres vivants. Il est la cause première de toute chose manifestée. Menvo le Vieux (l'Homme Primordial), dernier fruit de l'arbre, entendit le premier les trois sons et fut appelé pour cela "Fils des Trois Cris". Après lui, Einigan le Géant fit de ces trois sons les aspects et instruments du discours. De leurs divisions et subdivisions, il fit quatre signes différents selon leur place. Ainsi furent obtenues treize lettres. Il prit trois lettres, qui sont les formes et les signes de toutes les sciences. C'est par le moyen de ces dix lettres qu'on enseigna toutes les sciences, sauf le Nom de Dieu qui fut gardé secret.

L'if servait fréquemment aux incantations divinatoires et, en ce qui les concerne, les Irlandais semblent avoir utilisé plus volontiers le sorbier et le coudrier dans leurs opérations magiques. Presque chaque fois qu'un file ou un druide irlandais grave des ogams divinatoires ou magiques sur une baguette de bois, le bois est de l'if.

Sachez que les Arilles, petits fruits rouge vif et charnus de l'if, dont la forme évoque une clochette, sont sucrés te tout à fait comestibles en petite quantité. Par contre les graines dures de ses fruits, comme les aiguilles molles de son feuillage, renferment un principe très toxique, la Taxine, mortelle pour le bétail et les chevaux, qui le broutent volontiers.

Le taxotère qui bloque la multiplication des cellules cancéreuses est extrait des aiguilles d'if. Il s'agit d'un équivalent semi-synthétique du taxol, fabriqué non plus à partir de l'écorce mais des aiguilles de l'if qui, elles, se renouvellent constamment.

Anciennement on accordait à l'if des pouvoirs d'assainissement, le parfum de son feuillage chassant les rats et protégeant de la diffusion de la peste.

Le rituel de Samain est placé sous le signe de l'if. Séché et poli, son bois offre une extraordinaire résistance à la corruption.

L'un des cinq arbres magiques d'Irlande, l'arbre de Ross, était un if. Il est décrit comme "une ferme et droite divinité". On l'appelle encore "la renommée de Bamba" (l'aspect de mort de la Triple Déesse Irlandaise), le Charme Magique de la Connaissance et la Roue du Roi, c'est-à-dire la lettre de mort présente au début et à la fin du cercle complet de la roue de l'existence. Comme pour se rappeler sa destinée, chaque roi irlandais portait une broche en forme de roue qui était léguée à son successeur.


"L'if , le plus noble arbre des bois,

Encor mince, on le nomme roi"

(Aided Chloinne Tuirend)


Bien d'autres raisons que ses qualités techniques ou économiques vaudront à l'if l'aura particulière que lui accorderont les Celtes. Arbre au feuillage toujours vert, couleur de la végétation croissante, au développement particulièrement lent, l'if surprendra surtout par sa longévité considérable. On connait en Écosse un if deux fois millénaire et le petit village de Fortingall en Tayside en possède un qui atteindrait plus de trois mille ans ! Son origine immémoriale, sa fin indiscernable, feront aisément situer l'if comme hors du temps ; de là, les notions conjointes d'immortalité, d'éternité comme de contemporanéité de la naissance du Monde qui lui seront attribuées.

En tant qu'ancêtre présumé de la sylve celtique, c'est à partir de ses baies, confiées aux Irlandais par un géant au nom de Trafuilngid Tre-Eochair, sorte de Charpentier de l'Univers, épithète sous laquelle se dissimulerait la grande divinité panceltique Lugus, que prendront curieusement les principaux arbres symboliques d'Irlande, dont la diversité des essences et des fruits marquera le partage de l'Univers, c'est-à-dire de l'Irlande, dans les cinq directions (Quatre Orients, plus le Centre, telle est la division mythico-historique de l'île en cinq grandes provinces)."

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* Selon Sabine Heinz auteure des Symboles des Celtes (1997, traduction française : Guy Trédaniel Éditeur, 1998),


"De nos jours, en Europe, l'if est en voie de disparition ; il aime les sols ombreux, humides qui sont de plus en plus rares. Toutes les parties de l'arbre sont toxiques, ce qui l'a rendu très tôt intéressant, aussi bien du point de vue médical que pour la fabrication des armes. Son bois souple peut également être utilisé dans de nombreux domaines ; comme le chêne, il ne pousse que lentement et devient très vieux.

Étant donné que les émanations de l'if sont elles aussi toxiques, elles peuvent, quand il fait chaud et qu'on approche l'arbre de trop près, nous envoyer dans un monde onirique dont on affirme qu'il est le médiateur entre l'ici-bas et l'au-delà. En Irlande, l'if semble, avec d'autres arbres, avoir joui d'une plus grande importance que le chêne.

Dans le Livre de Leinster (XIIe siècle), on trouve trente-trois titres pour l'if, l'arbre de Ross, qui regroupent de nombreuses significations (fortement agrémentées d'images chrétiennes).

Sous nos latitudes, beaucoup de noms prouvent également qu'il y avait autrefois de grandes forêts d'ifs : Ibersheim, Iba, Ibach.


Arbre de Ross

une roue royale

un droit princier...

meilleure des créatures

un dieu fort

porte du ciel

qualité d'une maison

bon compagnon

homme de parole

plein de génréosité

possède la Trinité...

fils de Marie

une mer féconde

diadème de l'ange

puissance de la victoire

sévère tribunal

gloire de Leinster

force vitale et

miracle de la connaissance

arbre de Ross

(extrait)."

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D'après Jean Markale, auteur du Nouveau Dictionnaire de Mythologie celtique (Éditions Pygmalion - Gérard Watelet, 1999),


L'if (en gaélique *iur) est un "arbre sacré chez les Celtes et dont les druides utilisaient les branches pour des opérations magiques ainsi que pour y graver des inscriptions, généralement des formules d'exécration, en caractère oghamiques. Dans la tradition irlandaise, il y a deux ifs célèbres, l'If de Ross, arbre primordial dont les fruits donnaient la science et la sagesse à qui en mangeait, et l'"If de Mugna. Ce dernier, localisé près de Moone, dans le comté de Kildare, était également un arbre primordial dont les fruits tombaient dans une fontaine et servaient de nourriture à un saumon en lequel étaient rassemblées toutes les connaissances du monde. Mugna signifie précisément "saumon" et le mot se prononce Moone. Plusieurs peuples gaulois et bretons ont des appellations qui rappellent le nom celtique ancien de l'if (evor), tels les Eburones de Belgique et les Aulerci Eburovices de la région d'Evreux. Les noms d'Evreux et de York viennent de là."

Selon Thierry Jolif auteur de B. A.- BA Mythologie celtique, (Éditions Pardès, 2000),


"Nous savons, par le biais des textes irlandais, que les baguettes d 'if étaient utilisées pour graver les ogam qui servaient à la divination. En ce qui concerne la Gaule, nous ne possédons aucune mention de l'if dans les incantations à notre disposition, et seul un court passage du De Bello Gallico nous apprend que le roi Catuvolcus fut empoisonné en en absorbant. L'if était utilisé à la fois par la magie druidique et pour fabriquer des armes, hampes de lance et boucliers. Son symbolisme est donc double, à la fois sacerdotal et guerrier, ce que confirme l'un des noms du Dagda : Eochaid, qui signifie "qui combat par l'if". On peut donc voir dans ce bois un symbole de la Souveraineté dont il sert les deux aspects.

L'if de Mugna était un arbre primordial dont les fruits, en tombant dans une source, nourrissaient un saumon (animal qui symbolise la science). Nous retrouvons ici la conception traditionnelle de l'arbre de la connaissance et du pilier cosmique. L'if a peut-être remplacé le chêne pour les Celtes insulaires."

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


Nous avons oublié que, à l'instar des samouraïs, les guerriers celtes qui n'avaient pas été à la hauteur de leur mission, dont l"honneur était mis en cause - ou tout simplement pour défendre jusqu'au bout leurs croyances et convictions -, se donnaient la mort en s'empalant sur leurs épées plantées dans le sol, sous l'if sacré, consacré au royaume des morts. Car l'if était un symbole d'immortalité chez les Celtes. C'est peut-être parce que nos ancêtres utilisaient son bois pour confectionner leurs boucliers, qu'ils lui attribuèrent de telles vertus protectrices contre la mort. Les Romains surnommaient les Celtes du nord-ouest de la France, de Bretagne et d'Irlande, Eburovices , c'est-à-dire les combattants par l'if. Les actuels habitants de la ville d'Evreux, en Normandie, les Ébroïciens, portent le même nom. Selon la mythologie celtique, Hu-Ar-Bras, le premier des druides, et plus tard son disciple Mog-Ruth, interrogeaient l'oracle et les dieux sur une roue en bois d'if, qui était considérée comme la roue des renaissances, des destinées humaines et de la fin des temps. mais au Moyen Âge, de la notion d'immortalité attribuée à l'f par les Celtes, on n'a conservé que le rôle d'arbre funéraire qu'il jouait. Ainsi, on croyait qu'il ne fallait jamais s'asseoir ni s'endormir sous un if, au risque d'être emporté par une maladie mortelle ou dans l'éternel sommeil..."

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Ogham :


Voir la fiche dédiée à l'Ogham Ioho.

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