Fearn
- Anne

- 31 déc. 2018
- 16 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 déc. 2025
Symbolisme :
Selon Robert Graves, auteur de Les Mythes celtes, La Déesse blanche (Éditions Faber and Faber, 1948 ; traduction française : Éditions du Rocher 1979 et 2007) :
C'est dans l'Ogygie de Roderick O' Flaherty que j'ai trouvé mention, pour la première fois, de Beth-Luis-Nion, comme une authentique relique du Druidisme transmise oralement jusqu'à nous à travers les siècles On s'en serait servi jusqu'à une époque récente, uniquement pour des usages divinatoires. Il consiste en cinq voyelles et treize consonnes. Chaque lettre tire sn nom de l'arbre ou de l'arbuste dont elle est l'initiale.
Dans l'alphabet irlandais moderne les noms des lettres sont également des noms d'arbres et la plupart d'entre eux correspondent à la liste d'O' Flaherty excepté le T qui est devenu l'Ajonc, l'O le genêt et l'A l'orme.
[...]
F pour FEARN
Le quatrième arbre est l'aulne, l'arbre de Bran. Dans Le Combat des Arbres, l'aulne combat en première ligne, ce qui est une allusion au fait que la lettre F est l'une des cinq premières consones du Beth-Luis-Nion comme du Boibel-Loth. Dans Le Chant des Arbres de la Forêt, poème irlandais ossianique, il est décrit comme « le plus acharné à la bataille de toutes les essences, le plu chaud des arbres au combat ». Quoique pauvre combustible, comme le saule, le peuplier et le châtaignier, il est prisé des fabricants de charbon de bois d'après lesquels c'est lui qui fournit le meilleur charbon. Son rapport avec le feu est exalté dans le Roman de Brandwen lorsque « Gwern » (l'aulne), fils de la sœur de Bran, est brûlé sur un bûcher. Et dans les districts reculés d'Irlande, le crime d'abattre un aulne sacré amène, pense-t-on, comme châtiment la destruction par le feu de la maison du fautif. L'aulne est aussi à l'épreuve du pouvoir désagrégeant de l'eau. Ses feuilles, légèrement poisseuses, résistent plus longtemps aux pluies d'hiver qu'aucun autre arbre à feuilles caduques et son bois résiste à la destruction indéfiniment, même s'il sert à faire des conduites d'eau ou des pilotis. Le Rialto, à venise, repose sur des pilotis d'aulne, de même que plusieurs cathédrales médiévales. Vitruve, l'architecte romain, mentionne qu'on se servait d'autres aulnes pour établir les fondations des chaussées dans la marche de Ravenne.
Le rapport entre Bran et l'aulne, dans ce sens, est clairement mis en évidence dans le Roman de Brandwen où les porchers (prêtres oraculaires) du roi Matholwch d'irlande voient une forêt sur l'eau et ne peuvent deviner ce que c'est. Branwen leur dit que c'est la flotte de Bran le Béni venu le venger. Les vaisseaux sont ancrés au large. Bran s'avance en marchantsur les hauts fonds et fait débarquer ses impedimenta et ses gens ; après quoi il jette un pont sur le fleuve Linon, bien que ce dernier dût en être protégé par un charme magique, en se couchant en travers du fleuve et en faisant poser des claies au-dessus de lui. En d'autres termes, à partir d'une jetée, un pont fut construit sur des piles faites d'aulne. On disait de Bran : « nulle maison ne peut le contenir ». A l'énigme « qu'est-ce qu'aucune maison ne peut contenir ? » la réponse est simple : « les pilotis sur laquelle elle est construite ! ». En effet, les premières maisons européennes furent bâties sur des pilotis d'aulne au bord de lacs. « La tête chantante de Bran » fut bien, dans un sens, la tête momifiée d'un roi sacré ;mais, dans un autre sens, c'était la tête de l'aulne, c'est-à-dire sa frondaison. On fait de jolis sifflets avec les branches vertes de l'aulne, c'est la raison pour laquelle, d'après mon ami Ricardo Sicre y Cerda, les garçons de Cerdagne, dans les Pyrénées, scandent en catalan une prière traditionnelle :

Berng, Berng, sors de ta peau :
Je te ferai siffler si joliment...
Ils la répètent en frappant l'écorce avec un petit bâton de saule pour la détacher du bois. Berng (ou Verng dans le langage de Majorque, de même famille) c'est encore Bran. Les appels à Berng sont faits au profit de la déesse du saule. Le fait de se servir de saule pour frapper, au lieu d'un second morceau d'aulne, porte à croire que c'était de tels sifflets que se servaient les sorcières pour évoquer les vents destructeurs, surtout ceux du nord. Mais on peut fabriquer des pipeaux à plusieurs trous de la même façon que les sifflets et, dans ce sens, la tête chantante de Bran peut avoir été un pipeau en aulne. A Harlech, où la tête chanta sept années durant, le ruisseau d'un moulin prend sa course au-delà du rocher du Château. C'est l'endroit rêvé pour un bosquet d'aulnes sacrés. Il est possible que la légende d'Apollon écorchant vif Marsyas, le joueur de pipeau, soit un souvenir de l'excision de l'écorce de l'aulne pour en fabriquer des sifflets.
Dans l'ancienne Irlande, on se servait d'aulne pour faire des seaux à lait et autres récipients de laiterie, d'où son nom poétique, dans le Livre de Ballynote : Comet lachta (« le Gardien du lait) ». Cette relation entre Bran-Cronos, l'aulne, et Rhéa-io, la Vache Blanche-Lune est d'importance. En Irlande, on appelait Io « Glas Gabhnach », « Celle qui donne du lait encore verte » parce que, tout en n'ayant jamais eu de veau, elle produisait des fleuves de lait. Gavida, le nain volant forgeron, l'avait fait sortir furtivement d'Espagne ; elle avait fait le tour de l'Irlande en un seul jour, avait été gardée par les sept fils du nain (probablement symboles des sept jours de la semaine) et finit par donner le nom de Bothar-bo-finné, « Trace de la Vache Blanche », à la Voie Lactée. Selon les Actes de la Grande Académie Bardique, elle aurait été tuée par Guaire à la requête de la femme de Seanchan Torpest, puis, selon l'Histoire d'Irlande de Keating, Diarmuid, fut exécuté par son fils aîné pour avoir tué une autre vache sacrée.
Le nom de Caer Bran, donné à la colline britannique la plus occidentale, face au cap Land's end prouve le lien existant entre Bran et l'océan de l'ouest.
La mythologie grecque ou latine mentionne rarement l'aulne, sans doute supplanté comme arbre oraculaire par le laurier de Delphes. Mais l'Odyssée et l'Enéide contiennent des références importantes à l'arbre. Dans l'Odyssée, l'aulne est le premier nommé des trois arbres de la résurrection (le peuplier blanc et le cyprès étant les deux autres) qui formaient un bois autour de la grotte de Calypso, la fille d'Atlas, dans son île élyséenne d'Ogygie ; dans ce bois nichaient et jacassaient les corbeaux de mer consacré à Bran en Bretagne), les faucons et les mouettes. Ceci explique la version, donnée par Virgile, de la métamorphose des sœurs de Phaéton, le héros solaire : tandis qu'elles pleuraient la mort de leur frère, dit-il dans l'Enéide, elles auraient été converties, non en un bosquet de peupliers comme le relatent Euripide et Apollonios de Rhodes, mais en un petit bois d'aulnes situé sur les rives du Pô, et ceci désignait évidemment une île élyséenne de plus. On fait généralement dériver e mot grec pour aulne, clethra, de cleio, « je clos » ou « je renferme ». L'explication semble consister dans le fait que les fourrés d'aulnes enfermèrent le héros dans l'île oraculaire en poussant autour de sa tombe. Les îles oraculaires semblent avoir été originellement des îles de fleuves et non des îles océaniques.
L'aulne était bien connu, et l'est encore, pour produire trois belles teintures : rouge par son écorce, verte par ses inflorescences et brune par ses rameaux. Elles symbolisent le feu, l'eau et la terre. Dans le Glossaire de Cormas (Xe siècle) rédigé en termes désuets, l'une est dénommé ro-eim, que l'on peut traduire par « ce qui fait rougir la face » d'où l'on peut déduire que les « héros tachés de cramoisi » des Triades galloises, qui étaient des rois sacrés, avaient un rapport avec le culte de l'aulne de Bran. Une raison de la sainteté de l'aulne est que, lorsqu'il est abattu, son bois, d'abord blanc, semble saigner rouge comme un être humain. Dans le folklore britannique, la teinture verte est associée aux vêtements des fées : si l'on peut voir en ces dernières les survivantes des tribus primitives dépossédées et forcées de se réfugier sur les hauteurs et dans les bois, le vert des vêtements peut s'expliquer comme un camouflage : les forestiers et les brigands l'adoptèrent au moyen âge. L'usage de l'aune est très ancien Mais surtout il est l'arbre du feu, du pouvoir du feu de libérer la terre de l'eau ; et la branche d'aulne qui fit reconnaître Bran dans le Càd Goddeu est un symbole de résurrection (ses rameaux sont disposés selon une spirale). Ce symbole de la spirale est antédiluvien : les plus anciens sanctuaires sumériens étaient des « maisons des esprits », comme celles de l'Ouganda, et étaient entourés de piliers spiraliformes.
Le quatrième mois s'étend du 18 mars, époque des premiers chatons de l'aulne, au 14 avril et marque l'assèchement des inondations hivernales par le soleil printanier. Il contient l'équinoxe du printemps à partir duquel les jours commencent à devenir plus longs que les nuits et le soleil à devenir adulte. De même que l'on peut dire poétiquement que les frênes sont les rames et la quille du coracle qui transporte l'esprit de l'Année à travers les inondations jusqu'à la terre sèche, on peut également dire que les aulnes sont les pilotis qui maintiennent la maison hors de l'atteinte des inondations de l'hiver. Fearn (Bran) apparaît dans la mythologie grecque sous l'aspect du roi Phoronée, législateur du Péloponnèse. Il était honoré comme un héros à Argos qu'il aurait, dit-on fondée. Hellanicus de Lesbos, un savant contemporain d'Hérodote, en fait le père de Pelasgus, Iassus et Agénor qui se partagèrent son royaume après sa mort : en d'autres termes, l'origine de son culte à Argos se perdait donc dans la nuit des temps. Pausanias, qui vient à Argos pour s'informer, écrit que Phoronée était le mari de Cerdo (la Déesse Blanche en tant que muse) et que le dieu-fleuve Inachus l'avait fait concevoir par la nymphe Mélia (frêne). Puisque l'aulne succède au frêne dans le calendrier des arbres, et puisque les aulnes poussent au bord des eaux, le pedigree est acceptable. Pausanias confirme l'identification de Phoronée à Fearn en semblant laisser de côté la légende de Prométhée et en faisant de Phoronée l'inventeur du feu. D'après Hyginus, le nom de sa mère aurait été Argéia (« d'un blanc éblouissant »), encore la Déesse Blanche. Ainsi Phoronée, comme Bran et les autres rois sacrés, était né de, marié à), et finalement enseveli par la Déesse Blanche : son fossoyeur était la déesse de la mort Héra Argéia à laquelle, dit-on, il aurait le premier offert des sacrifices. Phoronée devint alors le dieu Fearineus, le dieu du printemps auquel on offrait des sacrifices annuels sur le mont Cronien à Olympe à l'équinoxe du printemps. Sa tête chantante rappelle celle d'Orphée dont le nom est peut-être une abréviation d'Orphruoeis « Poussant sur la rive du fleuve » c'e.st-à-dire « aulne ».
En certains pays méditerranéens, on semble avoir utilisé le cornouiller à la place de l'aulne. Son nom latin cornus vient de cornix, « corneille ». Celle-ci était consacrée à Saturne, ou Bran, et dévore les « rouges cerises » du cornouiller comme le faisaient aussi les pourceaux de Circé, d'après Homère. Ovide associait ces « fruits » aux glands comestibles comme nourriture des humains pendant l'âge de Saturne. Aussi bien que l'aulne, l'arbuste fournit une teinture rouge. On le tenait pour sacré à Rome où le point de chute du javelot en bois de cornouiller de Romulus avait déterminé l'endroit où la cité devait être construite. Le fait qu'il soit rattaché à ce mois est ce qu'il est en fleurs, blanches, au milieu de mars.
Selon Gwyddhyon, auteur de Ogham, Le Yi-King celtique des arbres (Éditions Chariot d'Or, 1999), l'Aulne est associé à diverses caractéristiques :

"Nom : Fearn
Lettre : F
Monde végétal : Aulne (Alnus glutinosa)
Signification : la royauté - la défense -
l'ambition
Symbole : la volonté divine
Couleur : pourpre
Direction cardinale : nord.
Triades celtiques : Pour devenir un être humain véritable il existe trois acquis indispensables : la connaissance - l'amour - la force morale.
Monde de l'épreuve de l'Abred : Les inflammations peuvent être soulagées par l'Aulne. L'écorce de celui-ci, en décoction, soulage les brûlures et les inflammations. L'Aulne résout les conflits dans le corps et dans l'esprit. La quête simple : purifier et protéger par une vision profonde de ce qui est, et par la discrimination.
Monde des âmes de Kenmill : Les druides reconnaissaient l'Aulne comme un arbre sacré qui apporte la protection et assure le bon déroulement des événements de la vie. Il veille sur le flux des émotions conflictuelles et les disperse dans le flux de la vie, tout comme l'Aulne surveille le flux des rivières. Cette attitude peut développer les dons d'intuition et de divination.
Monde ultime de Keugant : Réconcilier les contraires, calmer et réconforter, tel est le rôle de Fearn. Montrer le courage, apporter la protection et voir au-delà du regard ordinaire, tel est le service spirituel.
Images : Le bouclier des guerriers.
Arbre de la planète Saturne.
"L'aulne avance vers le combat, au premier rang."
Je suis pur comme un rayon de soleil."
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Dans Le Tarot Celte des arbres (Édition originale, 1998 ; Traduction française Le Courrier du Livre, 2001) Liz et Colin Murray associent Fearn à :
Couleur : Écarlate.
Chiffre : 3 qui symbolise la Trinité.

L'Aulne, comme le Saule, est un arbre qui aime l'eau. Son bois est onctueux et résistant à l'eau, et ainsi très utilisé pour les fondations subaquatiques : des parties de Venise et beaucoup de cathédrales médiévales ont été construites sur des pilotis d'Aulne. Bran le Béni - Bendegeit Bran - est le dieu lié à cet arbre dans l'alphabet de l'Ogham. Il est réputé avoir fait de son corps un pont pour enjamber la Linon, afin que ses hommes puissent passer au-dessus des eaux périlleuses. Mortellement blessé dans un combat contre les Irlandais, Bran prophétisa des événements qui suivraient sa mort, demandant à ses partisans de couper sa tête et de l'emporter. Ils se rendirent à Harlech, où la tête chanta pendant sept ans, puis à Gwales, la tête ne subissant pas de corruption, et prophétisant pendant ce temps. Ils finirent par arriver à Londres, Caer Llyndain, et enterrèrent la tête de Bran à White Mount, ou Bryn Gwyn, maintenant le site de la Tour de Londres. On dit que tant que la tête resta cachée, elle donna protection contre les calamités venues de l'au-delà de la mer. le roi Arthur, est-il dit, la déterra : une action malheureuse, car alors les Saxons envahirent le pays.
Bran signifie corbeau et jusqu'à nos jours, le souvenir du pouvoir de la tête de Bran est conservé dans la légende relative à la présence de corbeaux dans la Tour de Londres. On leur accorde une attention particulière, à cause de la croyance dans ce que le royaume sera en sûreté tant qu'ils y resteront. A un tel point que, quand la ménagerie de la Tour à Regent's Park en 1834, les corbeaux furent laissés intentionnellement, pour respecter une vieille prédiction, et lui permettre de continuer à l'avenir. Le corbeau était respecté comme animal doué de pouvoir de prédire. Beaucoup d'oiseaux étaient utilisés par les Druides comme moyen de divination, en interprétant leurs mouvements et leurs appels. Mais le corbeau était censé posséder une force oraculaire particulière, à cause de son air éveillé, intelligent et sage. L'Aulne peut vous aider, si vous choisissez cette carte, à trouver une protection spirituelle dans les querelles, comme Bran, après la bataille, offrit protection à ses partisans, et leur lieu de repos, et aussi, la force oraculaire, quand il les instruisit au sujet de leurs voyages et de leurs actions futures.
Tirée à l'envers, cette carte signifie un manque de besoin de protection dans les zones de querelle - ou un manque de conscience de ce besoin. L'orientation oraculaire est offerte.
Mots-clefs : Oraculaire - Protecteur.
Troisième mois : Janvier.
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Selon Alain Gesbert, auteur de B. A. - BA Oghams divinatoires (Éditions Pardès, 2002), l'ogham Fearn est associé à :
Arbre : Aulne.
Mot clé : Force.
Association complémentaire : Force morale par la douceur - Persévérance.
Lettre : F.
Période : 18 février - 17 mars.
Fearn indique l'énergie morale, la force intérieure et la vitalité physique. Il vous faut rester vous-même et ne pas faire de compromis, s'ils sont en opposition à votre éthique ou avec votre manière de penser. Il y a un risque d'être têtu, trop obstiné ou opiniâtre vis-à-vis du changement. Le défi de Fearn est de savoir quand vous devez aller de l'avant et quant il vous faut être plus conservateur en consolidant vos acquis. Qu'est-ce qui se cache derrière cette résistance au changement ?
Visualisez ou imaginez la résistance de l'Aulne face à la détérioration par l'eau et associez-y la force intérieure, tranquille, avec une idée de persévérance sereine.
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D'après Julie Conton auteur d'un essai sur L'ogham celtique ou le symbolisme des arbres, l'oracle des druides (Éditions Mémoires du Monde, 2014) :

Son : f
Nom : Fearn
Nom scientifique : Alnus glutinosa
Correspondances astrologiques :
Mars et le Bélier dont Mars est maître
Saturne et le Capricorne dont Saturne est maître
Pluton, Mars et le Scorpion dont Pluton et Mars sont maîtres
Vénus et le Taureau, dont Vénus est maîtresse.
L'aulne, appelé aussi aune, anois, aunet, verne, vergne, ou bergue, est une espèce hygrophile qui affectionne les bords des rivières, des étangs, et les lieux marécageux. L'aulne peut atteindre une hauteur de 25-30 mètres environ, pousse jusqu'à 1200 mètres d'altitude et peut vivre une centaine d'années. Il appartient à la famille des bétulacées, comme le bouleau et le noisetier. L'Alnus glutinosa ou aulne glutineux est l'aulne le plus commun en Europe de l'ouest mais il en existe d'autres espèces.
L'écorce jeune est lisse et grise, puis devient brune et crevassée. Jusqu'à sa chute tardive dans la saison, le feuillage reste vert et ne jaunit pas. Les feuilles sont ovales ou arrondies, dentées et crénelées, échancrées au sommet. En mars-avril, les fleurs apparaissent en même temps que les feuilles, les fleurs femelles sont de courts chatons pourpres, dressés, et les fleurs mâles sont de longs chatons pendants, chatons mâles et femelles coexistant sur le même arbre. Les fruits sont de petits cônes ovoïdes de la taille d'une noisette. Au printemps, les feuilles se recouvrent d'une sécrétion résineuse qui les rend collantes.
Chez les Celtes, l'aulne fait partie des essences du bosquet sacré. Les Arvernes, peuple de Gaule, portent un nom dérivé du terme gaulois verno, « aulne ». En gaulois, verno, en gallois et en breton, gwern, et en irlandais, fern, le terme signifie à la fois « aulne », « marais », le lieu où il aime pousser, ainsi que « mât ». en période de crue, l'aulne peut se retrouver entouré d'eau comme le mât d'un navire au milieu de la mer. Il possède un système racinaire très profond qui l'ancre solidement et lui permet de résister aux inondations.
Le symbolisme de l'aulne est complexe. il réunit des valeurs très différentes, voire contradictoires. C'est un arbre de feu, d'eau et de terre... A la fois masculin, yang, émissif, et féminin, yin, réceptif, c'est un arbre de combat et de paix, l'arbre des vivants et des morts. Le tirage de cet ogham ne sera pas toujours facile à interpréter. L'intuition vous guidera vers la signification qui vous concerne « ici et maintenant ».
Commençons par la dimension masculine, énergétique et active de l'aune, qui est en affinités avec l'élément Feu. Dans les campagnes on l'appelait « l'arbre de feu » car il épuise l'eau où il se trouve, c'est pourquoi on enterrait autrefois des rameaux d'aulne pour drainer les terrains humides.
En Irlande, on disait que l'acte d'abattre un aulne sacré amenait la destruction de la maison du criminel par le feu. De plus, on utilisait l'aulne pour fabriquer un excellent charbon.
La comparaison de l'ogham Fearn, qui transcrit le son f, avec la lettre correspondante dans l'alphabet runique est très parlante. Il s'agit de la rune Fehu, Feoh, correspondant comme Fearn au son f. Fehu est la première rune de la séquence. C'est une rune de feu, de commencement, elle incarne l'énergie première, comme le Bélier, premier signe dans la roue du zodiaque, signe de feu régi par la planète Mars.
Par ailleurs, le bois de l'aulne, résistant à l'eau et quasiment imputrescible, était couramment utilisé pour les fondations, pour les pieux des maisons lacustres, des ponts et embarcadères. Il permettait donc de commencer la construction.
Dans Le Combat des Arbres, la mention des aulnes fait écho à cette notion de commencement. L'aulne symbolise une puissante énergie dynamique, la flamme de la passion, l'engagement premier, l'impulsion initiale.
Les aulnes en première ligne / S'ébranlèrent.
Ou bien, selon d'autres traductions :
Les aulnes, en tête de la troupe / Fermèrent l'avant-garde
ou : Les aulnes, en tête de ligne / Étaient les premiers.

Les aulnes sont en première position pour combattre, comme la rue Fehu correspondant à Fearn est le premier caractère de la séquence runique. La dimension combative est également en analogie avec Mars, planète yang, liée au potentiel énergétique mais aussi à la guerre et l'agression : Mars-Arès est le dieu de la guerre dans la mythologie gréco-romaine.
En tirage, Fearn vous incite à vous lancer dans l'action, à vous engager et à combattre les obstacles. Elle vous exhorte au courage ; soyez passionnés, enthousiastes. Vous êtes peut-être dans une période de (re)commencement et de(re)construction sur de nouvelles bases. Osez mettre vos désirs en action.
Fait intéressant, on extrayait une teinture rouge à partir de l'écorce de l'aulne, or le rouge est la couleur de Mars et de l'élément Feu.
Les propriétés médicinales de cet arbre sont, elles aussi, en relation avec le Feu : une infusion de feuilles d'aune est efficace pour faire tomber la fièvre. On utilisait les feuilles d'aulne pour préparer la couche des malades, car celles-ci ont la particularité de déclencher de fortes suées. De même qu'un aulne assèche une terre humide, il « assèche » le corps en provoquant la transpiration. Son action contre le feu de la fièvre est à l'origine de son surnom de « quinquina indigène », le quinquina étant un fébrifuge connu.
On utilisait aussi l'aulne pour calmer le feu des inflammations. Sainte Hildegarde de Bingen évoquait déjà, au XIIe siècle, le cataplasme de feuilles fraîches d'aulne, destiné à activer la cicatrisation des ulcères.
La décoction est efficace contre l'angine et la pharyngite, le bain de bouche guérit les aphtes et les feuilles d'aulne, en bain, soulagent les rhumatismes.
Nous avons vue que Fearn était à mettre en parallèle avec la rune Fehu : c'est la rune des dieux Vanes, de Freyr et Freya, frère et sœur, dieux nordiques de l'abondance, de la fertilité et de la paix.
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Pandora Hearts, autrice, et Lydie Bossuet, illustratrice proposent un Oracle des arbres & des oghams (Éditions Secret d'étoiles, 2022) que je trouve particulièrement beau :
Paroles de Fearn : Je suis Fearn l'arbre des Fronts de Batailles. Mes racines ancrées profondément dans la terre nue confèrent une stabilité sans égale. Mon bois résiste aux attaques des eaux tumultueuses et, à mon corps défendant, je m'engage à protéger mes frères restés derrière moi. mon tronc saigne au contact de l'air, toutefois cela n'atteint pas mon esprit tenace et combatif. Je suis Fearn, l'arbre de la Combativité et de la Résistance.

Signification de la carte : Dans un tirage, Fearn symbolise la stabilité, les bases solides et l'engagement, les actions entreprises avec courage, la ténacité et la résistance, la défense et la combativité. Il vous indique que votre stabilité vous permet d'agir en toute sécurité. Fearn vous conseille de faire preuve de courage et de camper sur vos décisions. Votre obstination et votre persévérance porteront leurs fruits à votre avantage. Vous devrez cependant faire preuve de patience.
Dans un tirage concernant un projet ou une relation nouvelle, Fearn indique que le commencement est stable et vous conseille d'aller de l'avant. Il peut également exprimer que vous vivez un cycle de reconstruction matérielle ou spirituelle. Parfois, il suggère qu'une personne proche vous apporte son soutien. Mais sil peut également vous demander d'épauler des personnes proches de vous.
Fearn suggère parfois qu'il est temps d'agir, de ne plus avoir peur de prendre l'initiative. Son énergie d'entreprise vous conseille de laisser libre cours à votre spontanéité : faites preuve d'audace, lancez-vous et prenez les devants ! La solidité de vos actions entraîne des augures favorables.
Carte renversée : Lorsque la carte apparaît à l'envers, Fearn expose une possible capitulation à contrecœur et un abandon des convictions ou des engagements. Il peut indiquer une personnalité défaitiste nocive pour vous. Parfois, il indique un manque de soutien, une instabilité matérielle ou spirituelle. Il conseille ainsi de vous ouvrir aux autres et de demander de l'aide à des personnes de confiance.
Fearn peut mettre en garde contre une impulsivité nocive ou un empressement à agir sans réfléchir. Ce comportement téméraire mais négligeant vous entraîne dans une mauvaise direction. Il vous suggère également de garder patience, de recommencer et de réévaluer vos actions sur des bases plus saines. Parfois, il vous met en garde contre des engagements malhonnêtes ou des prises de risque inconsidérées.
Mots clés : Engagement - Entreprise - Initiative - Audace - Stabilité - Défense - Ténacité.
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