Le Rameau
- Anne

- 23 mars 2017
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Étymologie :
RAMEAU, subst. masc.
Étymol. et Hist. I. 1. Ca 1165 ramel « petite branche » (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 2185) ; 2. a) 1562 anat. (Paré, Œuvres, éd. J. F. Malgaigne, t. 1, p. 146) ; b) 1580-81 « bras d'un cours d'eau » (Montaigne, Journal de voyage, p. 244 ds Hug.) ; 3. 1520 fig. généal. (G. Michel, Suétone, VII, 221 rods Hug.) ; 4. av. 1747 « subdivision d'une science » (Vauvenargues, Étendue de l'esprit ds Littré).
II. 1. 1549 feste des Rameaux (Est.) ; 1660 jour des Rameaux (Oudin) ; 1669 le dimanche des Rameaux (Widerhold) ; 2. 1907 faire Pâques avant Rameaux (France). I du lat. pop. *ramellus, dimin. de ramus « rame, branche, ramification ». II d'apr. le b. lat. eccl. Dominica in ramis Palmarum « le dimanche dans les branches de palmes: le dimanche des Rameaux », v. aussi dies ramorum, Ramorum festum, Rami palmarum ds Blaise Latin. Med. Aev. et xive s. prov. jorn de Rams (Guillaume de La Barre, éd. Meyer, v. 3819 ds Gay).
Lire aussi la définition du rameau pour amorcer la réflexion symbolique.
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Croyances populaires :
Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :
Aux XIIIe, XIVe et XVe siècles il fallait, pendant les premiers jours de Mai, porter sur soi une branche ou feuillage, sans quoi on s'exposait à recevoir un seau d'eau sur la tête. Celui qui le jetait disait en même temps « Je vous prends sans vert ». Dans la suite on remplaça cette ablution par d'autres peines moins fortes. Au XVIIe siècle, ce jeu de galanterie était à la mode à Paris parmi les gens de qualité. Ceux qui y prenaient part devaient, pendant tout le mois de Mai, porter sur eux quelques feuilles vertes qu'ils étaient obligés de renouveler tous les matins. Lorsqu'une personne en rencontrait une autre, elle lui disait tout d'abord « Je vous prends sans vert » et si quelqu'un ne pouvait en montrer, il était condamné à une amende que l'on employait à quelque partie de plaisir. Ce jeu se faisait aussi entre amant et amante. L'intrigue d'une petite comédie attribuée à La Fontaine est fondée sur cet usage. On avait formé à Metz, il y a cent ans, des sociétés de Sans vert ; chacun devait porter sur soi pendant quinze jours de la verdure, qui alors a la propriété d'éloigner les esprits malfaisants ceux qui avaient oublié l'herbe ou la feuille adoptée étaient condamnés à des amendes dont le produit servait aux frais d'un diner ou d'une soirée dansante.
Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (Editions Omnibus, 2016) Marie-Charlotte Delmas consacre un article à la Fête des Rameaux :
Rameaux (fête des) : La fête des Rameaux, qui a lieu le dimanche précédent celui de Pâques, commémore l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem relatée dans les Evangiles. Comme les palmes que portait alors la foule, il est d’usage de porter un rameau à bénir, dont l’espèce varie selon les pays et les régions. Cette fête est souvent nommée « Pâques fleuries », car ces rameaux doivent être en fleur. Ils sont parfois décorés et l’on y suspend quelquefois des fruits, des fleurs, des friandises ou des biscuits.
Dans le rituel liturgique des Rameaux, lorsque la procession quitte l’église, les portes sont refermées, et lorsqu’elle revient, le curé doit frapper, souvent avec le pied de la croix, un ou trois coups pour les faire ouvrir en chantant l’Attollite portas. C’est de ce rite que découle la croyance qui veut qu’au même moment d’autres « portes » s’ouvrent, celles qui dissimulent des trésors, souvent gardés par des êtres surnaturels.
Présages météorologiques : « Chauds Rameaux / Froides Pâques », dit-on dans les Vosges. Dans le Morbihan, s’il pleut pendant la messe tandis que le prêtre lit l’Evangile, l’été qui suit sera pluvieux. En revanche, s’il ne tombe pas une goutte d’eau de la journée, il sera très sec. La pluie du jour des Rameaux est un mauvais signe dans le Finistère car elle amène mauvais temps et malheur ; par contre, s’il fait soleil, c’est du bonheur pour toute l’année.
Au XIXe siècle, outre ces prédictions liées à la pluie et au soleil, c’est incontestablement le vent qui, partout en France, tient le premier rang en matière de pronostic météorologique. Selon les usages locaux, l’observation du vent se fait à des moments différents. Souvent, c’est pendant la messe, plus précisément au moment de l’Elévation ou lorsque le prêtre lit ou chante l’Evangile – et parfois les paroissiens n’hésitent pas à quitter l’église pour voir ce qu’il en est. Un témoin raconte qu’en 1897 il a vu plusieurs personnes sortir de la cathédrale Saint-Pierre de Nantes (M.-E. Vaugeois, 1900). Dans d’autres endroits, c’est pendant la procession ou l’adoration de la croix que le vent est à surveiller.
Selon une croyance très répandue, la direction du vent le dimanche des Rameaux indique comment il soufflera tout ou partie de l’année, parfois seulement pendant quarante jours après cette fête. Dans les Landes et le Tarn-et-Garonne, les orages de l’année viendront du même côté que ce vent.
De fait, le vent des Rameaux aura une influence sur les récoltes. Dans le Maine-et-Loire, s’il vient du nord, « il est dans le boisseau », ce qui signifie que le blé réussira. S’il vient du sud, « il est dans la baratte », le foin sera abondant, et grâce à cela le beurre aussi. Dans la Sarthe, on est encore plus précis : s’il souffle de l’est, le beurre sera cher ; de l’ouest, bon marché ; du nord, c’est une mauvaise récolte qui s’annonce, tandis que du sud, il y aura du blé et du foin à foison.
En Basse-Bretagne, la direction du vent a une influence sur la pêche du hareng. Elle sera mauvaise s’il souffle de l’ouest pendant la lecture de l’Evangile, bonne s’il vient du nord ou du sud-ouest.
Les rameaux bénits : La liturgie chrétienne n’impose aucun végétal en particulier. Grâce à leur feuillage persistant, le buis et le laurier arrivent en tête des végétaux élus pour cette fête, mais on trouve aussi le genévrier, le saule, l’olivier, le noisetier, le houx, le romarin, le sapin, le sureau… Comme le pain, qu’il convient de rompre, le buis qui va être bénit ne doit jamais être coupé, mais cassé (Berry). Il perd son pouvoir si l’on s’arrête en route après la messe pour faire un tour au café (Bocage vendéen).
Certains végétaux doivent être fleuris ou porter des chatons pour être efficaces. Plus le rameau est fleuri, plus on aura d’argent (Touraine) ou de couvées de poulets (Orne). Etrangement, on dit aussi à Mortagne-au-Perche (Orne) qu’il faut se garder de prendre du buis fleuri car il fera mourir celui qui le porte. Cette malédiction semble être une exception peut-être liée à une superstition familiale de l’informateur.
Lors de la célébration des Rameaux, il est d’usage de se rendre en procession au cimetière. Dans plusieurs régions, on dépose un petit rameau sur le tombeau de ses parents, parfois de ses amis, ou on l’accroche à la croix. A Yport (Seine-Maritime), on jette du buis bénit dans la mer à l’intention des parents noyés. Dans plusieurs endroits, on place aussi des bouquets ou des couronnes de rameaux bénits sur la croix centrale du cimetière, de même que sur les autres croix du village et sur celles qui se trouvent dans les carrefours.
Une fois bénits, ces rameaux sont dotés d’une puissance magique et protectrice. On les accroche dans les maisons, les étables et les écuries, parfois à la bride des chevaux. En Anjou, il ne faut pas mettre les pieds dans une autre maison que la sienne avant d’avoir placé chez soi ou dans son jardin ses rameaux de buis ou de romarin, sans quoi ils perdraient leur pouvoir. En cas d’orage, on les jette dans le feu pour repousser la foudre. Ils servent aussi de goupillon pour l’aspersion des morts. Souvent, on plante ces rameaux dans les champs, les vergers, les vignes et les potagers, parfois disposés en croix, pour les protéger des intempéries et des maléfices, tout objet bénit possédant un pouvoir très large. Cette pratique est déjà citée en tant que superstition par l’abbé Thiers au XVIIe siècle : « Prendre les rameaux bénits le dimanche des Rameaux, les ficher le même jour dans les terres ensemencées en blé, afin d’empêcher les sorciers de jeter quelque maléfice sur le blé. »
On peut aussi porter un rameau sur soi par temps d’orage pour se protéger de la foudre (Vosges). Quelques brins de buis bénit dans son porte-monnaie inciteront l’argent à y entrer (Loir-et-Cher).
Il arrive que d’autres bénédictions soient jointes à celles des rameaux. A Collemiers (Yonne), on bénit des pommes qu’on laisse ensuite sécher, attachées à un cercle à la croix du cimetière. Elles sont vendues le jour de Pâques et atteignent souvent un prix élevé car elles ont le pouvoir de préserver des fièvres. Cette coutume était toujours vivace en 1878.
Lorsqu’on renouvelle les rameaux bénits, l’année suivante, il ne faut pas se débarrasser des anciens n’importe comment. On ne jette pas à la poubelle ou sur le fumier des éléments bénits par le prêtre et chargés de puissance magique. De plus, les sorciers pourraient s’en emparer pour retourner leur force contre la personne qui s’en est ainsi débarrassée. Le plus souvent, on les jette dans le feu, cet acte étant parfois accompagné de prières. Dans certaines régions, comme le Berry et l’Ardèche, les vieux buis sont rapportés à l’église où ils sont incinérés, leurs cendres étant destinées à être utilisées par le curé le mercredi des Cendres de l’année suivante.
La puissance des rameaux bénits que l’on conserve chez soi protège également des maladies. Dans les Vosges, on se sert du ruban qui les a liés pour bander les foulures ; on guérit l’érysipèle en en brûlant neuf.
Le bétail bénéficie également de quelques remèdes. Lorsque l’on joint aux rameaux des petites branches de groseillier à maquereau, leurs piquants sont utilisés pour « dégonfler » les bêtes malades (Touraine). Dans le Forez, on donne aux bestiaux malades des gâteaux, dit « pagnottes », dans lesquels sont glissées des feuilles de buis.
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Symbolisme :
D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,
"Dans la tradition chrétienne, une jonchée de rameaux ou des rameaux agités symbolisent l'hommage rendu au triomphateur. La première antienne de la procession des rameaux confirme ce sens : les foules viennent avec des fleurs et des palmes à la rencontre du Rédempteur. Elles rendent un juste hommage au triomphe du vainqueur. Les nations célèbrent le fils de Dieu. A la louange du Christ, les voix retentissent jusqu'au ciel : Hosanna !
C'était une tradition orientale d'acclamer les héros et les grands en brandissant des rameaux verts, qui symbolisent l'immortalité de leur gloire. Ainsi, monté sur une ânesse, Jésus fit-il s dernière entrée à Jérusalem ; les foules croyaient au triomphe du Messie ; quelques jours plus tard, il était crucifié. Mais la cérémonie chrétienne du dimanche des Rameaux a parfaitement intériorisé ce triomphe. La prière de bénédiction des rameaux le précise : Bénissez, Seigneur, ces rameaux de palmier ou d'olivier, et donnez à votre peuple la parfaite piété qui achèvera en nos âmes les gestes corporels par lesquels nous vous honorons aujourd'hui. Accordez-nous la grâce de triompher de l'ennemi et d'aimer ardemment l'oeuvre de salut qu'accomplis votre miséricorde. La victoire ici célébrée est tout intérieure, c'est celle qui est remportée sur le péché, qui s'accomplit par l'amour et qui assure le salut éternel : c'est la victoire définitive et sans appel. Le symbolisme du rameau atteint à la plénitude de son sens.
Il était déjà préfiguré dans le rameau d'olivier que la colombe apporta dans son bec, pour annoncer la fin du déluge : La colombe revint vers Noé sur le soir et voici qu'elle avait dans son bec un rameau tout frais d'olivier (Genèse 8, 11). C'était un message de pardon, de paix recouvrée et de salut. Le rameau vert symbolisait la victoire de la vie et de l'amour.
Dans l'art médiéval, le rameau est l'attribut, tantôt de la logique, tantôt de la chasteté, tantôt de la renaissance printanière.
Un rameau de bois vert enflammé signifie la pérennité d'un amour, malgré la perte de l'espérance. On en voit un exemple dans une des salles du Palazzo Vecchio, à Florence. Vasari l'explique ainsi : Un tronc coupé mais encore vert qui, des endroits où les rameaux ont été taillés, jette du feu. On y lit le mot semper (toujours)... c'est la devise que Julien de Médicis portait sur son casque, lors de la giostra (tournoi). Elle signifiait que, bien que l'amour eût été coupé de l'espérance, il n'en demeurait pas moins vert, pas moins ardent et ne se consumait pas.
Cette devise aurait été modifiée par le neveu de Julien, Pierre de Médicis, fils de Laurent le Magnifique, en celle-ci : In viridi teneras exurit flamma medullas (dans le bois vert la flamme brûle les tendres moelles). Mais le sens ne fait qu'explicite le précédent : celui d'un amour si passionné qu'il brûle le bois vert ou si tenane qu'il survit à l'espérance, coupé avec les rameaux."
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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :
La fête du dimanche des Rameaux, qui commémore, huit jours avant Pâques, l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, apparut vers la fin du IVe siècle tandis que la coutume de tenir une branche verte à l'office (en souvenir des rameaux de palmier que portaient alors Jésus et ses disciples) s'est implantée au VIIIe siècle. Selon le folkloriste Arnold van Gennep, les rameaux ne semblent pas avoir eu de correspondance avec une fête du renouveau de la végétation ou de la fécondation chez les Grecs, les Romains, els Celtes ou les Germains. Certains ont cru bon toutefois de la rapprocher d'une fête grecque de la moisson, appelée Pyanepsia et Thargelia, au cours de laquelle on portait dans les temples, notamment d'Apollon, une « branche d'olivier décorée avec de la laine tressée et à laquelle étaient suspendus divers fruits de la terre, des gâteaux gras, de l'huile, des pains de miel et qu'ensuite les dévots fiaient au-dessus de la porte d'entrée de leur demeure »? Pour d'autres, la fête chrétienne n'est pas sans rappeler l'usage romain de couper chaque année des rameaux d'olivier ou de laurer pour fêter le retour du printemps.
Le dimanche des Rameaux est appelé « Pâques fleuries » car les branches de bois (ou de laurier, d'olivier, de houx, d'if, d'osier) qu'on dépose à l'autel pour la bénédiction doivent être fleuries. Les rameaux, accrochés dans les maisons jusqu'à l'année suivante, près du lit ou de la cheminée, ou dans les étables, passaient pour avoir un grand pouvoir magique, notamment ceux du buis qui éloignaient les sorts, la foudre, etc. et portaient bonheur. Ils servaient d'aspersoir pour jeter de l'eau bénite pendant l'orage et pour administrer les sacrements aux malades. Des brins, parfois disposés en croix, plantés dans les champs, les potagers, ou les vergers, attiraient la bénédiction du ciel, protégeaient la moisson de la grêle et du mauvais temps et détournaient les maléfices. Ceux qui étaient fichés dans les vignobles éloignaient les animaux et insectes nuisibles.
Dans l'est de la France, on venait à bout de l'érysipèle en faisant brûler des palmes bénites à la flamme d'un cierge, et en en jetant les cendres dans un récipient d'eau bénite. On lavait alors avec cette eau la partie atteinte en disant : « Que le Dieu Tout-Puissant, le Père, le Fils, le Saint-Esprit, te guérissent ! Que Dieu soit avec Lui et avec son Esprit ! Puis on récitait l'évangile selon saint Jean. »
On posait aussi des rameaux bénits sur les tombes. Parfois même, le défunt était enterré avec un rameau qui lui avait appartenu « pour s'en servir à l'autel du Bon Dieu ».
Dans certaines régions, des gâteaux à trois cornes étaient confectionnés aux rameaux, sans doute afin de conjurer toute sorcellerie.
Les sorciers se déchaînent la nuit des Rameaux. On dit également que pendant la lecture de l'Évangile de Rameaux, « les démons sont contraints d'étaler leurs trésors, mais sous forme de pierres, de feuilles, de plantes. Il faut, pour qu'ils apparaissent vraiment, pouvoir les arroser d'eau bénite ».
Dire l'Évangile du dimanche des rameaux sans faire un geste délivre une âme du purgatoire.
Le vent soufflera les trois quarts de l'année du côté où il a soufflé pendant la messe et la lecture de l'Évangile des Rameaux. S'il vient de l'est, le beurre sera cher, de l'ouest, il sera bon marché, du nord, la récolte sera médiocre, du sud, il y aura abondance de foin et de blé (Sarthe) ou mauvaise récolte de sel (Vendée).
S'il fait froid le jour des Rameaux, il fera chaud Pâques alors que « chauds Rameaux, froides Pâques ». Dans l'Hérault et les Cévennes, on prétend que « le jour des Rameaux le temps change sep (ou neuf) fois ». En Bretagne, on s'attend à une année de malheur lorsqu'il pleut ce dimanche-là et de bonheur en cas de beau temps.
Dans les Vosges, « qui lessive entre les Rameaux et Pâques lessive aussi les fleurs ». Les Anglais, quant à eux, recommandent de semer le dimanche des Rameaux car les plantes poussent doubles.
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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :
"Selon une tradition en usage dans une grande partie du Moyen-Orient, dans l'Antiquité, pour honorer un héros ou un roi, la foule se groupait et, en l'acclamant sur son passage, brandissait des branches de palmier. C'est ainsi que le mot latin dont rameau tient son origine, ramus, signifie branche, et que des branches du palmier, nous avons toujours conservé la notion de titre honorifique dans les palmes académiques, par exemple. Les grecs et les Romains offraient des palmes aux vainqueurs. Palmes et rameaux sont donc des symboles de victoire et d'honneur. Toutefois, dans le récit de la vie de Jésus, lorsque ce dernier entre à Jérusalem, chevauchant un âne, symbole de sa grande humilité, au début de la semaine de Pâques, accueilli triomphalement par la foule de ses disciples qui lui lancent des branches de palmier, ce jour de gloire est aussi l'annonce de sa condamnation à mort. Tant et si bien que, depuis 2 000 ans, nous ne pouvons nous empêcher d'associer la plus haute élévation sociale à la disgrâce qui s'ensuit fatalement. C'est ainsi qu'un rêve où des rameaux jouent un rôle important est souvent très ambigu, et qu'il faut l'interpréter sous l'angle d'une victoire ou d'une réussite éphémère."
Dans Vert, Histoire d'une couleur (Éditions du Seuil, 2013) Michel Pastoureau s'attache à retracer l'histoire de la perception visuelle, sociale, culturelle de cette couleur en Occident, de l'Antiquité au XIXe siècle. C'est aussi l'occasion de préciser nombre de rituels et croyances populaires liées à cette couleur et aux éléments auxquels elle renvoie :
"Plus efficace que le remplacement des fêtes païennes par des fêtes chrétiennes fut la christianisation des végétaux eux-mêmes. Ainsi, le dimanche des rameaux, une semaine avant Pâques, la bénédiction de branches fraîchement coupées commémore l'entrée triomphale du Christ à Jérusalem, telle que la racontent les Évangiles (la foule l'acclame en agitant des palmes), et prolonge les anciens rites païens liés au réveil de la nature. Au Moyen Âge, en France et en Allemagne, les rameaux sont ceux du buis ou du laurier ; mais en Espagne et en Italie, on utilise également l'olivier et le palmier tandis que qu'en Angleterre, c'est le saule qui est le plus souvent sollicité, et en Scandinavie, le bouleau."
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Littérature :
Quel autre pays pourrait-nous accorder asile ?
Nous tenons dans nos mains le signe des suppliantes,
Ce rameau vert, décoré de rubans sacrés,
Terre, eaux claires, dieux du ciel et dieux des profondeurs
Qui mûrissent les malédictions dans l'ombre des tombeaux
Accueillez ces femmes, ayez pitié de ces femmes !
Eschyle, "Les Suppliantes" (parodos) in La Trilogie de la Guerre, traduction Olivier Py, 2012.
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