Stage en forêt des Carnutes
- Anne

- il y a 2 heures
- 11 min de lecture

Voici le thème du stage, que j'ai complètement oublié d'exploiter !
Si quelqu'un se sent inspiré pour le commenter... avec plaisir....
Bonjour à tous les clans,
j'espère que vous êtes bien tous rentrés sur vos territoires :)
Je vous partage quelques photos que j'ai réalisé à l'appareil photo, n'hésitez pas à la référencer sous mon nom d'artiste Ariane J Vasdev (https://www.animauxdarianeart.fr/).
Tu peux les utiliser sans problème si tu veux pour ton post sur le stage Anne.
Je souhaite à chacun que les énergies de la forêt de l'amanite continue à cheminer avec vous et si vous souhaitez des informations sur les lieux celtiques en Auvergne n'hésitez pas à me demander.
Bonne semaine,
Judith V.
Hello Anne,

J'espère que vous êtes bien rentrées.
Voici le retour des synchronicités après le stage.
Je suis toujours en contact avec l' esprit de l'amanite : c'est toujours doux et joyeux tout en étant très apaisant. Le sentiment d'être encore un nourrisson se poursuit : j'ai tout le temps faim et envie de dormir. Les veilles sont émerveillées : les couleurs, les sons, les odeurs sont intenses, d'où le besoin de me rendormir après avoir mangé des frites.
Je vois des amanites partout : dans le monde humain (une petite amanite en crochet accrochée à ma porte s'est rappelée à mon souvenir) et dans les rêves.
Enfin après avoir demandé à Tomek s'il avait déjà vu des amanites dans la forêt, c'est lui qui cueille les champignons, voici sa réponse : " c'est une blague? il y en a des dizaines dans mon coin à champignon". Un petit étang mystérieux entouré de bouleaux où viennent s'abreuver les sangliers. Voilà.
Et un dessin pour la route : elle nous appelle.
Merci à elle et merci à toi.
La forêt résonne pour longtemps de vos belles âmes.
Laurent S.
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Je vous envoie mon retour sur le week-end et j'annonce qu'il est extrêmement long et n'a d'utilité probablement que pour moi.
Merci ! Les voyages sont nombreux pendant les week-ends. Les plus précieux sont ceux qui nous apportent plus de lumière et de sens, cela va sans dire. Retrouver l’essence de ce qui nous meut, de ce qui nous anime, en se connectant à plus grand que soi. On passe par les autres, par l’Autre, pour mieux renouer avec son propre centre et le chérir, et cela n’a rien d’un paradoxe.
J’ai vécu ce moment comme un passage. Les derniers mois avaient été durs psychologiquement ; je me suis sentie la tête sous l’eau plus d’une fois, avec pourtant toujours l’impression que j’allais de mieux en mieux, que le temps aidait. Je ne refaisais jamais vraiment surface, pour autant.
Les rituels et cérémonies m’ont amenée à traverser le canal, à changer de rive, pour prendre une métaphore navigable. Il y a d’abord eu une prise de conscience par visualisation, le premier soir, dès le premier voyage : j’arrivais avec une combinaison de plongée épaisse qui m’alourdissait, une surcouche de tristesse qui colle à la peau. D’où venait-elle, cette tristesse ? La question était autre. Il fallait trouver comment s’en défaire pour repartir plus légère à l’issue du week-end. Je me suis endormie avec cette ambivalence : j’étais à la fois heureuse d’être parmi vous et encombrée d’être avec moi, dans cet état dont je croyais m’être débarrassée mais qui mouillait mes yeux.
La forêt, le lendemain matin, m’a permis de m’épancher sans pudeur sur les sujets qui m’occupent le plus souvent. J’ai pensé aussi à mon texte, celui en cours d’écriture et que j’aurais dû rendre il y a un moment déjà, mais qui n’avance pas, ou pas plus que moi. J’y ai repensé parce que, dans la trame narrative, j’en étais à un moment où ma protagoniste, Ninon, se perd dans une forêt et passe du désespoir à l’émerveillement, après maintes péripéties. Je ne suis pas une fille désespérée, du tout, mais j’ai quand même fait le tour de moi-même et me suis mise en lien avec les mondes vivants qui m’accompagnaient. J’ai compris que la vie grouillait, alors que moi je me sentais m’étouffer. Comme si une partie de moi vivait sous verrou. Ma bisexualité n’était pas assumée, le chamanisme non plus, ou alors pas suffisamment ; l’écriture, qui m’importe tant, se retrouve bâillonnée, reléguée au dernier rang de mes occupations. Ce que j’ai compris, dans la forêt, c’est qu’il n’était plus envisageable de continuer comme ça. J’ai vu qu’un changement radical allait avoir lieu, un changement que j’allais moi-même initier. Car on ne peut pas vivre à moitié. Radical, oui, par les racines, par le végétal. Ma révolution serait végétale, avec et pour le végétal. Voilà ce que j’ai vu. Cela se présentait plus comme une nécessité et un programme que comme une résolution à mes problèmes d’étouffement et de tristesse, mais j’y ai vu une percée de soleil dans mon nuage, et la réjouissance s’est vite invitée. Pour la part chamanique, j’ai bien compris que le végétal prendrait une place de choix à l’avenir, et ça tombait bien, puisque c’est dans cette direction que je vais. Par chance, j’ai un mari charmant qui me connaît bien et avec qui il est facile de parler de bisexualité, de chamanisme et d’écriture. Il me pousse la plupart du temps, m’encourage à vivre pleinement qui je suis. Mais alors, qu’est-ce qui me retient, m’empêche, m’étouffe ? La honte, probablement. J’ai reçu un soin de la forêt et mon corps s’est allégé rapidement, mes pensées aussi. Premier apaisement.
Plus tard, il a fallu demander à l’esprit de la forêt comment se préparer au mieux à la cérémonie du soir, dont on ignorait tout. Anne, j’adore ton audace ! La peur est revenue quand, pendant le voyage, j’ai vu qu’il fallait que je fasse place à l’effondrement pour que la suite advienne. Ma colonne vertébrale était une colonne grecque cassée qui s’effritait jusqu’à devenir de la poudre ; des araignées minuscules, par centaines, s’enfuyaient sur les côtés. J’ai eu peur, même dans cet état de conscience modifié, peur de perdre mes repères dans cet effondrement que je devais accepter. Ma plus grande peur au monde étant la folie, j’ai d’abord pensé à mon psychisme. Et puis j’ai pensé à ma famille, à mes filles, à Vincent. Et si je devenais lesbienne et que je les perdais ? Par chance, je n’ai pas pu aller plus loin dans la liste angoissante de mes effondrements imaginaires, car une tresse de lianes a pris la place de la colonne brisée et m’a redonné corps. La tresse était nette, épaisse, solide, et sa force reposait sur les innombrables racines et radicelles qui partaient vers la terre, et les extensions à n’en plus finir au-delà de ma tête. Le végétal (avec ce chiffre 3, de grande importance pour les druides) me donnait une force, une structure bien plus solide et reliée que celle d’avant. Après ce voyage, j’étais rassurée : la suite serait belle et puissante, mais il fallait vivre l’effondrement d’abord, si j’avais bien compris. Cela faisait suite au message reçu le matin dans la forêt, au sujet du monde végétal, et à celui de la veille, lors de la première cérémonie, lorsque, derrière mon masque, j’ai pu partager le message de l’esprit présent : « Je ne suis peut-être qu’un fil sur la toile. Observez le monde végétal, voyez les liens qui s’y tissent, les réseaux de solidarité, et nourrissez-vous-en pour agir. » Citation approximative, non contractuelle. Merci à l’esprit en question pour sa souplesse.
Lors du voyage au tambour suivant, Anne, tu nous as proposé de rencontrer l’esprit de l’amanite, champignon sacré des Celtes. Quel voyage fantastique ! Quelle expérience ! Recevoir les enseignements de l’amanite, ressentir son énergie, la joie dans le corps… Franchement, après ça, j’étais prête à vivre cet effondrement symbolique dont j’ignorais tout. Prête à vivre la cérémonie du soir. Je me sentais trop bien ! Je repensais à des diètes de plantes, enthéogènes ou non, que j’avais pu faire ces dernières années et qui m’avaient tant appris. Je retrouvais une jubilation similaire. À aucun moment je ne me suis dit que la suite logique était de participer à une cérémonie autour de l’amanite. Et pourtant, c’était évident. Et pourtant, je le pressentais, intuitivement.
Pendant la cérémonie, pas d’effondrement, bien au contraire. La pulsion de vie s’est manifestée dans chaque partie de mon corps et de mon esprit. Je me suis sentie pleine, unique, brillante, en réception. Connectée à chaque personne présente et à chaque monde. L’esprit de l’amanite était en moi et m’insufflait ce qui m’avait tant manqué ces derniers mois. Le sentiment d’amour ne m’a plus quittée depuis.
Je suis repartie de cette rencontre les hormones en fleurs, pour ne pas dire le feu au corps. La vie ne peut pas être vécue à moitié. Je compte vivre pleinement, sans créer de paradoxes qui n’en sont pas : je peux être en couple hétérosexuel et ressentir un désir fou pour une femme ; je peux pratiquer le chamanisme pleinement et avoir la tête sur les épaules et les pieds sur terre. D’ailleurs, je n’en serai que plus saine de corps et d’esprit. L’écriture viendra, avec ou sans talent, mais ma transmission passera par là : transmission du monde végétal, transmission d’une vie de femme à ses filles, transmissions sous forme de fictions de vies bien réelles.
Dimanche matin, dans la forêt, on a cheminé en silence, Maryse et moi. Je l’ai observée chanter, planter des graines, sourire au vent, être pleinement là, sans se soucier ni de mon regard ni du bien-fondé de ce qu’elle faisait. Elle était. C’était magnifique. Je l’ai remerciée d’un sourire avant de poursuivre sur mon chemin. J’ai constitué un sac de guérison en suivant la guidance du lieu. Certains éléments n’étaient pas présents, mais j’ai bien noté de les intégrer à mon tissu plus tard. Je me suis adressée aux quatre directions pour obtenir, à chaque fois, une réponse à ma question de départ, celle du début de week-end. C’est après coup que je me suis rendu compte que j’avais inversé les pôles dans ma roue, me retrouvant au nord après avoir obtenu des réponses de l’est. Sur mon dessin, les quatre directions apparaissaient bien, mais il a fallu que je m’y reprenne à deux fois, car j’ai d’abord réussi à inverser l’est et l’ouest. À la fin de ma roue, qui s’apparentait à une spirale d’escargot tournant de l’intérieur vers l’extérieur et sur laquelle s’inscrivaient mes réponses, je me suis retrouvée au sud (enfin !). Au Sud, il y avait le soleil de l’Uruguay. J’y suis passée quinze fois ces quinze dernières années, pour des périodes plus ou moins longues. La spirale me l’a rappelé. Comment vous expliquer que je m’y suis toujours sentie chez moi ? J’y suis passée de nombreuses fois, mais toujours différemment, avec un autre angle de vue et de vie. Depuis quatre ans, j’y découvre la médecine des plantes, le vegetalismo amazónico. Depuis deux ans, j’ai mis un pied dans l’apprentissage de cette médecine. L’initiation fait sens. Je n’y vois pas une finalité, mais un passage, une étape.
Il me tenait à cœur de rédiger ce retour rapidement, car il me semble urgent de poser ces mots avant la vente de la maison, qui devrait être imminente. Ce sera le détonateur, cette vente. Je ne sais pas si l’Uruguay est la bonne destination, ni si l’initiation que je vais y recevoir sera la bonne, ni si c’est vraiment ce qu’il faut que je fasse. Si tout cela n’est pas juste un discours pour servir mon intérêt, comme un exercice d’autopersuasion. À vrai dire, si je commence à penser en ces termes, je redeviens une petite fille qui a peur. Or, j’ai confiance en moi. Ce sera le lieu d’une restructuration pour le couple aussi, j’en suis sûre. Car, même si rien ne change fondamentalement, on va sortir de ce (non-)modèle « papa travaille, maman s’occupe des enfants » ; il me semble que les rôles vont se rééquilibrer et que je saurai vivre en clan familial tout en affirmant mon besoin de liberté et d’émancipation. Qu’il m’a été dur, ces dernières années, de dire « je » plutôt que « nous » ! Je repense aussi à ce dessin de l’Uruguayen Joaquín Torres García, sa carte inversée de l’Amérique du Sud :

« En réalité, notre nord est le Sud. » Évidemment que ça me parle ! Il y a quinze ans, quand je suis allée pour la première fois à Montevideo, j’avais acheté une reproduction de cette œuvre sans comprendre entièrement son message. Je comprenais ce que sa voix d’artiste exprimait — à savoir que l’Amérique du Sud devait cesser de se référer au Nord (notamment à l’Europe et aux États-Unis) comme modèle, et construire sa propre identité en regardant à l’intérieur d’elle-même —, mais j’étais loin d’imaginer que j’y reviendrais un jour, pour y apporter une dimension plus personnelle, lors d’un exercice chamanique dans lequel j’inverserais les pôles. Non, l’est n’est pas l’ouest… pas plus que la droite n’est une autre gauche… Alors voilà, fin de ce terriblement long retour. En quelques mots, j’aurais tout simplement dû dire que j’en ressors ravie, grandie, joyeuse. Que l’effondrement est derrière moi, qu’il a eu lieu les mois qui ont précédé ce week-end et que je me sens prête pour la suite. Reste à savoir ce que je fais de Ninon, de ce texte. Je devrais probablement lui faire manger de l’amanite et la laisser se débrouiller dans la forêt.
Il me reste un devoir important à accomplir, ou deux peut-être. Maryse : parmi les éléments à mettre dans mon sac de guérison, il y avait l’un de tes cheveux. Je ne te l’ai pas demandé tout de suite, par pudeur dans un premier temps, et ensuite parce que j’ai eu la tête prise par autre chose. Alors, avant le grand départ vers le Sud (ou cet autre Nord qu’est l’Uruguay), je passerai probablement par Grenoble pour te croiser. Le prétexte est bon, n’est-ce pas, pour vous revoir toutes ?
Merci, c’est aussi le mot de la fin. À chacun.e d’avoir participé à cet espace d’empouvoirement et de lumière, mais surtout à toi, Anne
Bisous !
Alex. M
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Bonsoir à toutes et à toi Laurent,
Je ne suis pas capable d’écrire maintenant quelques mots sur notre week-end, mais je tiens à vous remercier pour vos mots déjà envoyés, et plus particulièrement Judith pour tes photos, et toi Alexandra pour ton si émouvant et puissant témoignage. Personnellement j’en suis extrêmement touchée, et je te souhaite de construire en Uruguay une vie à ta mesure, sur un plan personnel, en couple, en famille, et dans tes divers projets.
Je suis à la veille d’un nouveau voyage avec mes sœurs lundi prochain, à Marrakech, et d’accueillir d’ici-là à la maison un ami qui m’est cher et connaît bien la pratique chamanique. Entre-temps le quotidien et ses divers engagements… Donc mon esprit est éparpillé et fébrile, et il me faudra faire une belle synthèse de ce mois de mars à la mi-avril.
Il m’appartient de chérir, comprendre, intégrer les différentes expériences vécues et de mettre en action mes vœux, répondre à la problématique qui s’est présentée à moi vendredi.
Ne pas perdre le fil donc.
Ou conserver le cap.
Merci à toutes et toi Laurent pour toutes ces voix et voies que vous incarnez et qui sont autant d’enseignements pour moi, de témoignages d’une humanité riche, belle, féconde, résistante et résiliente, créative, toujours en mouvement.
Recevez toutes les bénédictions de vos équipes de Lumière et un big hug de ma part.
Laurent, j’adore ton dessin ! Merci !
Sandrine N.
Merci pour vos retours sur les photos, c'est un plaisir de vous les partager, j'adore aussi ton dessin Laurent de notre Annemanite !
Ça a été une expérience précieuse pour moi de me retrouver en clan joyeux, simple, vivant avec vous.
Je n'ai pas encore revu Princesse Nausicaä pour retrouver la forêt lumineuse mais j'ai repensé au travail splendide et délicat d'une collègue qui fait des sculptures lumineuses de champignons à la fois réalistes et poétiques (https://www.foste.fr/sculptures-lumineuses).
Son travail reflète bien ma vision des amanites, alors je tenais à le partager a notre cercle d'amanites
Belle soirée à vous,
Judith
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Participants : Laurent S. - Judith V. - Alexandra M. - Maria-Fernanda O.S. - Marie-Claire P. - Magalie B. - Véronique A. - Anne C. - Emmanuelle K. - Maryse L.B. - Sandrine N. - Sandrine P. - Anne A.























