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Les Ségusiaves

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    Anne
  • il y a 4 heures
  • 13 min de lecture



Sources antiques :




Localisation :


Thomas Cerisay, auteur d'un article intitulé "Un établissement de La Tène finale à la fin du Haut-Empire : le site de Miollan/Mediolanum à Pontcharra-sur-Turdine (Rhône)." (In : Archéologies. Sociétés, réseaux, matériaux, 2025, 3 | 2025 - Établissements.. (3), pp. 9-24) propose une carte très détaillée du territoire des Segusiaves :


"[...] Le territoire ségusiave, comme les autres cités (civitates) gauloises, est morcelé en plusieurs pagi qui correspondent à des entités territoriales plus petites. Ce système de découpage, déjà existant à la fin de l’âge du Fer, fut cristallisé par l’administration romaine avant de servir à la création des évêchés et diocèses à l’époque médiévale (Goudineau, Peyre 1993, p. 163-167 ; Fichtl 2024). Plusieurs cartes de la civitas segusiavorum, déjà réalisées en s’appuyant sur des indices toponymiques et épigraphiques (bornes miliaires), montrent justement la survivance de limites territoriales protohistoriques aux époques antique et médiévale (Béal 2007, p. 7 ; Gouvert 2008, p. 991).

Dans le cas présent, l’élaboration d’une carte de la civitas prenant en compte tous les indices toponymiques relatifs aux frontières, aussi bien territoriales qu’intra-territoriales, permet d’en proposer un découpage schématique (fig. 7). Les principaux sites ségusiaves du second âge du Fer (Lyon, Roanne, Feurs, Goincet, Chézieux ; oppida de Joeuvres, Crêt-Châtelard, Essalois) s’insèrent ainsi dans un ensemble délimité par de nombreux toponymes frontaliers celtiques. Ces derniers, sélectionnés au sein d’ouvrages de référence sur la toponymie (Gouvert 2008 ; Delamarre 2012 ; Lacroix 2012, 2021a et 2021b), proviennent des racines suivantes : randa « limite, frontière » (icoranda « juste frontière », nicoranda « eau frontalière », camaranda « chemin frontière ») ; morga « marge, bord, frontière » (morgarita « passage de la frontière », morgone « eau frontalière ») ; uxo- (« haut, élevé, supérieur » ou « en-haut, au bout, à l’extrémité d’un territoire ») ; ande- et iso-/isso- (« bas, sous, inférieur » ou « en-bas, au bout, à l’extrémité d’un territoire ») ; anto- « limite, bord, fin » ; bodo-/bodino- « planter dans la terre », « creuser », « borne » ; canto- (« cercle, tour, circonférence » ou « bord, extrémité, limite ») ; devo- « eau divine », « frontière divine » ; mediolanon (« plein milieu »). La carte est complétée par des toponymes plus tardifs, d’origine latine ou médiévale, également associés à la notion de frontière (finis, terminus, frons, limes, borne) et par des toponymes divers, non attestés par les linguistes mais pouvant prétendre à s’inclure dans les listes précédentes.


[...]

Il faut d’abord remarquer que la position des toponymes latins ou médiévaux varie peu par rapport à celle des toponymes celtiques, ce qui confirme bien la fossilisation des frontières gauloises au cours des époques suivantes. Par ailleurs, malgré la relative imprécision de ces tracés frontaliers, les Mediolanum ségusiaves semblent être situés à proximité des frontières présumées entre deux pagi. S’il n’y a pas lieu ici de revenir sur le rôle politique des civitates et des pagi gaulois, il faut se rappeler que les limites de ces territoires étaient parfaitement établies et qu’elles devaient être matérialisées dès l’âge du fer par des bornes ou des sanctuaires, système ensuite pérennisé à l’époque romaine. Dans ce cas peut-être faudrait-il voir dans ces toponymes, et plus particulièrement dans celui de Pontcharra-sur-Turdine, un ensemble ou une « famille » de sites établis à la frontière entre deux ou trois circonscriptions et qui auraient pu servir de poste-frontière, de sanctuaire ou de station routière entre deux pagi ou entre deux civitates ? D’autres études de géographie historique déjà réalisées, comme celle de Ch. Goudineau et Ch. Peyre sur le territoire éduen (Goudineau, Peyre 1993), mériteraient ainsi d’être complétées par la prise en compte de toponymes issus de Mediolanon/Mediolanum afin de confirmer ou non le rôle frontalier de cette catégorie de sites."



Étymologie :


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Histoire :


Stephan Fischtl, auteur de Les Peuples gaulois - IIIe - Ier s. av. J.-C. (Éditions Errance, 2004) cherche à cerner le peuple des Ségusiaves :


"Le Forez et les Ségusiaves - Dans sa monographie sur Roanne, V. Guichard pose le problème d'un faciès culturel ségusiave à travers trois types de matériel : les monnaies, la parure et la céramique indigène (Lavendhomme, Guichard 1997, p. 207-208).

Pour la numismatique, un faciès ségusiave est difficile à cerner sans une étude plus détaillée. Il ne semble pas que cette civitas émette un monnayage propre. Il apparaît au contraire que le pays ségusiave se situe dans l'aire d'influence des Éduens, dont César nous signale qu'ils sont les clients. En effet, les potins à la grosse tête (LT 5368) prédominent avec 83 % des potins identifiés à Roanne. Mais la prépondérance de ce numéraire se retrouve dans des cités voisines, en particulier chez les Séquanes, dont on sait aussi par César, qu'ils ont récupéré une partie de la clientèle des Éduens. Les Ségusiaves étaient-ils du nombre ?

La parure ne permet pas actuellement de définir un faciès culturel, faute de sites de comparaison contemporains. Il faut cependant signaler une forte communauté culturelle entre Roanne et Feurs.

La céramique est plus parlante : un faciès ségusiave se détache tant dans le façonnage que dans les décors. Il se caractérise par une céramique peinte, des imitations de céramique campanienne à décor original, des pots à cuire à lèvres rai nurées et des écuelles à bord rentrant.

Pour les Ségusiaves se dégage donc un faciès culturel visible avant tout dans la céramique, qui se retrouve dans une moindre mesure dans le monnayage et la parure. Nous sommes là devant un cas où l'on peut proposer une adéquation entre faciès de mobilier et appellation historique.

[...]

La civitas des Ségusiaves - La recherche qui tourne autour des questions de hiérarchie de sites s'est long temps focalisée sur les habitats fortifiés et en particulier les oppida. L'exemple de la civitas des Ségusiaves a clairement montré qu'on ne pouvait pas rester sur le schéma trop rapide d'habitats ouverts au IIe s. av. J.-C. (LT C2 et au début de LT Dl), qui seraient remplacés par des oppida au début du 1er s. av. J.-C. (LT Dlb, LTD2). Chez les Ségusiaves, si l'habitat ouvert est le plus ancien - les premières traces datent du début du IIe s. av. J.-C. -, l'apparition des oppida n'entraîne pas la disparition de ces sites, qui coexistent pour la plupart pendant une grande partie du 1er s. (LT D) et qui, à l'instar de Feurs ou de Roanne, continuent à la période gallo-romaine.

Même si la civitas des Ségusiaves s'étend jusqu'à la vallée du Rhône, c'est clairement la haute vallée de la Loire qui lui sert de « colonne vertébrale ». En effet, hormis Poncharra-sur-Turdine, situé à mi-chemin des deux fleuves, les principaux habitats des deux derniers siècles avant notre ère sont implantés de part et d'autre du cours de la Loire. Ainsi du nord au sud se succèdent les oppida et habitats ouverts suivants : Roanne, ]œuvre, Crêt-Châtelard, Goincet, Feurs, Saint-Romain Le-Puy et Essalois. Une carte montre que tous ces sites, à l'exception du binôme Feurs-Goincet, sont répartis de manière équidistante dans la vallée (Fichtl 2000a, carte p. 145).

Les oppida possèdent des superficies nettement supérieures à celle des habitats ouverts (oppida : Jœuvre, 75 ha ; Crêt-Châtelard, 22 ha ; Essalois, 21 ha ; habitats ouverts : Roanne, 4 ha ; Feurs, 10 ha, Goincet, 10 ha). Cependant l'étude de nombreux oppida, comme le Titelberg ou Manching, a montré que la totalité de la surface comprise dans l'enceinte n'est pas occupée, et la différence s'accentue sans doute encore si la topographie du site est défavorable à un habitat intensif, comme au mont Beuvray, où de larges zones, bien qu'insérées dans le rempart, correspondent à des pentes souvent très raides. En l'absence d'étude systématique de l'extension de l'habitat, il est difficile de dire quelle superficie des oppida est réellement occupée, mais il est vraisemblable que la vingtaine d'hectares du Crêt Châtelard et d'Essalois se rapproche plus de la dizaine d'hectares envisagée à Feurs ou à Goincet. Ainsi l'équidistance entre les sites se double d'une équivalence dans les superficies. Seul l'oppidum de Jœuvre, avec une superficie intra muros de 75 ha, reste nettement supérieur, ce qui peut en faire le site principal des Ségusiaves.

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Les clients - Dans cette catégorie, il y a clairement un lien de dépendance. Au livre VII, César énumère les clients (clientes) des Éduens : Ségusiaves, Ambivarètes, Aulerques Brannovices, Blannovii (César, BG VII, 75, 2).

Chr. Peyre nous rappelle que le clientélisme était parfaitement connu et utilisé à Rome. Mais on le retrouve également en Gaule où il semble constituer une des formes majeures du lien social. Ainsi, Orgétorix, accusé de complot, arriva au tribunal avec tous ses clients (César, BG I, 4, 2), ce qui était la règle en Gaule où chaque noble « a autour de soi un plus ou moins grand nombre d'ambactes et de clients » (César, BGVI, 15, 2). Il semble donc bien que des liens similaires existaient entre individus et entre cités.

Mais où étaient situés ces clients des Éduens ? Les Ségusiaves sont les seuls dans la liste pour qui on peut retenir un territoire bien connu, qui deviendra une civitas autonome au Haut-Empire. Les autres peuples mentionnés ne peuvent pas être placés avec précision sur la carte. [...]

La taille de la civitas des Ségusiaves et sa persistance à l'époque gallo-romaine laissent à penser qu'ils ne sont pas à mettre sur le même pied que les autres clients mentionnés. Il pourrait y avoir plusieurs degrés dans le clientélisme. Dans le premier cas, comme avec les Ségusiaves, les clients étaient maîtres de leur territoire mais subordonnés au niveau politique et économique. Dans le second cas, même leur territoire ne leur était sans doute pas propre et il faut imaginer que ces peuples étaient installés au milieu même du territoire de leur cité-patronne.

[...]

Retour sur le pays ségusiave : Feurs, Roanne - La cité des Ségusiaves comporte plusieurs sites de plaine, dont Feurs et Roanne qui ont fait l'objet de deux synthèses récentes. Ces sites ont pour caractéristique commune d'avoir débuté vers le milieu du II° s., voire plus tôt, et d'avoir continué à la période gallo-romaine.

:L'occupation du site de Roanne se poursuit sans rupture majeure du IIe s. av. J.-C. au IIIe s. apr. J.-C. Il atteindra sa taille maximum, 35 ha, vers le milieu du 1er s. apr. J.-C. Des vestiges plus anciens sont mentionnés, mais sans qu'ils puissent être datés. Une occupation plus ancienne que le début du IIe s. a bien existé sur le site, mais peut-on pour autant la rattacher à l'habitat de La Tène finale sans hiatus important ? Les fouilleurs se refusent à ce raccourci (Lavendhomme 1997, p. 164 165).

L'habitat de Feurs se développe sur une surface de 10 ha du début du lIe s. av. J.-C. jusqu'au début du IIIe s. apr. J.-C. où la ville atteint la surface de 80 ha. Au 1er s. apr. J.-C., Forum Segusiavorum acquiert le titre de chef-lieu de civitas. Les quatre phases d'occupation s'appuient avant tout sur l'étude d'un abondant mobilier archéologique provenant des structures les plus riches du site.

Si le site de Goincet n'a pas été étudié de manière aussi extensive que les deux autres habitats ségusiaves, l'analyse d'une fosse a bien montré qu'il était occupé dès la première moitié du IIe s av. J .-C. et pendant tout le 1er s. Sa superficie avoisine les 10 ha.

La durée de vie des différents sites ségusiaves est un élément intéressant dans la stabilité du territoire. Les trois sites ouverts semblent avoir tous été fondés à la même époque, c'est-à-dire dans le courant de la première moitié du IIe s. av. J.-C. Il y a eu sans doute un phénomène d'ensemble qui a poussé à la création de ces sites. Cela n'a pu se faire sans la volonté d'un pouvoir politique supérieur. Leur disposition indique d'ailleurs déjà une organisation raisonnée du territoire. Feurs est placé idéalement au centre du dispositif. Il est à la fois au centre du territoire, mais aussi au croisement des principales voies d'accès reliant la vallée de la Loire à la vallée du Rhône. Roanne contrôle le nord du pays et la frontière avec les Éduens. Goincet trouve moins sa place dans ce dispositif. Le site de Saint Romain-le-Puy semble légèrement plus récent, mais les données restent encore trop lacunaires pour qu'on puisse proposer une date pour sa fondation.

En dehors des données que l'on peut tirer de l'habitat, des recherches récentes s'appuient sur l'analyse de la continuité d'occupation des zones funéraires pour affirmer une stabilité du peuplement en Gaule dès le début du second Âge du Fer, en particulier à partir du Ille s. Nous pouvons citer, par exemple, les études en cours de L. Baray sur les nécropoles sénones (Baray 2003, à paraître). C'est également dans cette optique que l'on doit interpréter une nécropole comme celle de Wederath Belginum (Rhénanie-Palatinat), dont les origines remontent au milieu du IIIe s. et qui est utilisée en continu jusqu'à l'époque gallo-romaine (Haffner 1989)."

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Croyances religieuses :


Jacques Lacroix, auteur de Les Noms d'origine gauloise - tome II : La Gaule des Dieux (Éditions Errance, 2007) établit un lien entre les Ségusiaves, l'If et Segeta :


"D'autres traces, attestées à date ancienne, nous confirment dans l'idée d'un arbre lié au divin. Au sud de Lyon, YVOURS, quartier limitrophe entre la commune d'Irigny et de Pierre Bénite, au bord du Rhône, était jadis un établissement sur Je territoire gaulois des Ségusiaves. On y a découvert les restes d'un autel gallo-romain dédié aux Ebumicae Matrae (C.J.L., XIII, 1765). Le théonyme explique le nom moderne d'YVOURS. Les ÉBURNIQUES étaient les « Déesses-Mères-de-l'if ». L'ensemble des membres de la communauté locale devaient invoquer ces Mères comme des divinités protectrices, attachées à l'arbre sacré (Allmer, 1887, 299; et 1897, 490-491).

Nous avons vu dans La Gaule des combats que deux peuples gaulois avaient choisi l'IF pour leur dénomination : les ÉBUROVIQUES, gardés dans le nom de la ville d'ÉVREUX, étymologiquement « Combattants-de-l'if », « Guerriers-qui-révèrent-l'if » ; et les ÉBURONS installés entre Meuse et Rhin, qui se disaient « Hommes-de-l'IF » (Guyonvarc'h, 1959 ; Michel, 1981, 130-131). Or il faut souligner que le roi des ÉBURONS au temps de la guerre des Gaules, Catuvolcus, se voyant vaincu, s'empoisonna avec de l'IF. Impossible ici de voir un effet de hasard (Tourneur, 1930). L'arbre a bien été employé par le chef belge avec les mêmes raisons sacrées que celles ayant présidé jadis à la dénomination du peuple : qui s'était mis sous le patronage de l'IF choisit délibérément de mourir par lui : « C'est là un suicide rituel largement chargé de signification religieuse » (Sterckx, 1994a, 116).

L'IF était connu dans !'Antiquité comme arbre aux propriétés vénéneuses : ses feuilles étaient réputées toxiques, comme son écorce et son suc. Des analyses biochimiques ont montré que ces accusations n'étaient pas complètement infondées : les chercheurs ont réussi à mettre en évidence dans sa sève la présence de « taxine », un alcaloïde cardia-actif très vénéneux, capable de créer des troubles dangereux (Brosse, 1990, 109). L'IF pouvant représenter pour les Gaulois un arbre-de-trépas fut symboliquement et religieusement lié à l'idée de mort. Son bois (comme l'a montré l'étude des armes, dans La Gaule des combats) servit à fabriquer des lances, des arcs et des flèches. Peut-être le guerrier considérait-il que l'IF, arbre des dieux, pouvait lui donner une puissance supérieure, un pouvoir magique pour tuer l'adversaire. Et peut-être pour cela ce guerrier se nommait-il sur le nom de l'IF, aujourd'hui pacifiquement porté par les ÉVRYENS, IVRYENS et autres IWUYSIENS.

Cependant, d'une façon totalement antithétique (les symboles sont souvent ambivalents), l'arbre-de-mort pue être aussi considéré par les peuples gaulois comme arbre-de-vie. Claude Sterckx souligne à juste titre cette « ambiguïté de l'IF » (1994a, 116). L'empereur Claude (né à Lyon en 10 avant notre ère), pour qui la Gaule a joué un grand rôle comme pays de naissance et d'adoption, fit publier un curieux décret où il est dit que la sève d'IF est souveraine contre les morsures de serpents. « Ne serait-ce pas là - se demande Pierre Flobert qui rappelle le fait - une recette de la médecine druidique », dont l'empereur aurait subi l'influence (Flobert, 1968, 266) ? Utilisé par les guerriers pour tuer, l'arbre aurait aussi servi pour guérir des vies : « support du savoir magique » des prêtres, devenus les « Desservants-de l'IF » (Sansonetti, 1993, 355). Prescience des druides habiles dans l'emploi des plantes médicinales ? Dans les années 1970, des chimistes américains ont réussi à isoler dans l'IF une molécule active à la structure complexe, qui s'est révélée efficace contre les cancers, parvenant à bloquer le processus de prolifération anarchique des cellules. Un premier médicament (extrait de l'écorce des IFS) a été mis au point, le Taxol. Les recherches menées en 1980-1990 par une équipe de chercheurs du C.N.R.S. ont permis de créer un second produit, deux fois plus actif, fabriqué à partir de feuilles d'IF, le Taxotère (Strazzulla, 1989 ; Ponchelet, 1995). Distribué par les laboratoires Aventis, il sert en milieu hospitalier dans le traitement contre des cancers du sein, du poumon, de la prostate (c'est aujourd'hui le médicament français anticancéreux le plus utilisé dans le monde).

[...]

 Une agglomération antique, située chez les Ségusiaves, portait aussi jadis l'appellation d'Aquae Segetae (soulignant sa vocation de ville d'eaux) ; mais l'appellation moderne de Moingt/Montbrison correspondant à son sire n'en procède pas (Pelletier, 1993, 151; Lavendhomme, 1997, 133). La révélation du nom divin à SCEAUX a permis d'identifier une autre station nommée Aquae Segetae (notée sur la Table de Peutinger) avec la localité du Loiret. Là, pendant des siècles, on vint bénéficier de ses eaux et prier la déesse d'accorder ses bienfaits. L'important développement du sanctuaire laisse à penser que la fréquentation du sire remontait peut-être à l'époque de l'Indépendance."

Vincent Georges et al., auteurs de "Un oursin fossile sur le site celtique de Goincet en Forez" (In : Archäologisches Korrespondenzblatt 44 · 2014, pp. 525-541) étudient la découverte d'un oursin fossile sur un site des Ségusiaves :


"[...] On peut donc s’interroger, à ce stade, sur les raisons de la présence de ce moulage interne d’Echinocorys vulgaris sur le site celtique de Goincet. S’agit il, d’un simple objet recueilli par curiosité puis conservé en souvenir ? D’une amulette porte-bonheur ? D’un gage de prospérité ? D’une « pierre de tonnerre » censée protéger de la foudre ? D’une « pierre à venin » censée protéger des maladies ? Ou plus ou moins que tout cela ? En vérité, il semble bien difficile d’aller plus loin à moins de faire appel à deux autres découvertes archéologiques majeures et à un texte célèbre de Pline l’Ancien.

[...]

À Goincet, l’éventualité de la présence d’un oursin dans un contexte cultuel ne doit ainsi pas être écartée. Les chevaux en terre cuite, et le chenet à tête de bélier précise des pratiques cultuelles tout du moins rituelles à l’intérieur de la sphère domestique (Vaginay / Guichard / Juliaa 1985). L’oursin complète de façon exceptionnelle et complémentaire les artefacts à caractère religieux de ce site ségusiave. L’amulette triphallique retrouvée sur le site par le Groupe d’Histoire et d’Archéologie de Balbigny est attribuable au début de l’Antiquité et à une influence romaine directe ou indirecte (Trombetta 1999). Les amulettes manufacturées sont par ailleurs très courantes dans l’ensemble des cultures de tradition celtique sans que des représentations d’oursins n’aient pu être identifiées (Pauli 1975).

[...]

Conclusion : L’origine lointaine de l’oursin découvert à Goincet illustre une importation dans une région dépourvue en échinoderme fossile : la plaine du Forez. D’après ce que l’on sait des conditions de fossilisation et des gise ments potentiels, le moulage interne silicifié d’Echinocorys vulgaris indique la région de l’Yonne et les horizons sénoniens de la région bourguignonne comme provenance la plus probable ou d’une autre région tout aussi lointaine. Ce déplacement direct ou indirect sur longue distance manifeste l’attrait des Celtes pour les curiosités minérales que sont les oursins fossilisés. Le mythe de l’ovum anguinum, explique vraisemblablement la notoriété et donc la diffusion des oursins fossiles en tant que représentation symbolique parmi des peuples partageant des mœurs et des valeurs comparables, mais ne disposant pas d’oursins fossiles de façon égale. L’uniformisation socioéconomique et culturelle à l’origine des grands oppida et des grands habitats de plaine dont Goincet facilite incontestablement l’échange sur de grandes distances comme les rassemblements sacerdotaux mentionnés dans la guerre des Gaules (Perrin / Decourt 2002, BG VI 1314). La charge symbolique assignée aux oursins fossiles perdure sous une forme encore vigoureuse après la conquête. La bravade du chevalier voconce qui se présente devant Claude muni d’une représentation de l’ovum anguinum l’atteste, tout comme l’oursin fossile factice de la nécropole des Cordeliers à Mâcon. Ces éléments dénotent une spiritualité celtique encore vivace ayant partie liée à une forme de résistance à la romanisation et que Claude et ces prédécesseurs ont estimé nécessaire de contrer avec des édits de plus en plus radicaux."

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