Les Allobroges
- Anne

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Étymologie :
Dans Nos racines celtiques - Du gaulois au français (Éditions Désiris, 2013) Pierre Gastal propose une étymologie en deux parties :
"Allos / Alios : autre ; second.
Allobrogae, peuple de la Narbonnaise : « Ceux de l'autre bord » (voir broga).
[...]
Broga : bordure d'un champ, lisière => territoire délimité : pour certains, broga est le terme gaulois pour le pagus gallo-romain.
Allobrogae (« ceux de l'autre bord » - du Rhône), peuple du Dauphiné. Cette tradition est préférée à celle du Scholiaste de Juvénal (« ex alio loco translati » : « venus d'un autre pays »)."
Localisation :
Emmanuel Ferber, auteur d'un article intitulé "Le trophée de Décines en territoire allobroge. Un témoignage des pratiques guerrières gauloises." (In : Archéopages. Archéologie et société, 2014, no 39, pp. 16-21) nous rappelle les limites du territoire des Allobroges :
"Les relations entre les Allobroges et les Romains lors de la mise en place de la province de Transalpine furent ponctués de différents conflits. Deux affrontements, le premier sur les bords de la Durance en 122 avant notre ère, le second à la confluence de l’Isère et du Rhône l’année suivante (Strabon, IV, 1, 11) virent la victoire des armées du consul Gnaeus Domitius Ahenobarbus, sur ces Gaulois (Allobroges, mais aussi Arvernes). Le pays connaît ensuite plusieurs révoltes : une en 77 avant notre ère, matée par Pompée, une autre en 66 avant notre ère réduite par C. Calpurnius Piso, la dernière initiée par Catugnat s’est vraisemblablement achevée en 61 avant notre ère, si l’on se fie à Dion Cassius (XXXXVII, 47-48), sous les murs de l’oppidum de Soyons (Ardèche), au voisinage de Valence (Drôme). Il est possible qu’une partie des éléments retrouvés à Décines témoignent, directement ou indirectement, de ces événements, certaines pièces ayant pu être prises à des légionnaires romains.
Pour une idée plus précise des limites territoriales des Allobroges, lire ces quelques pages extraites de lathèse de doctorat Dévôts et dédicants : intégration des élites dans la ciuitas des Allobroges sous le Haut-Empire. (Université de Franche-Comté, 2011) d'Arnaud Vigier :
Organisation du territoire :
Guillaume Varennes, dans un article intitulé "De la moyenne vallée du Rhône aux Alpes : voies de communication et pôles de peuplement aux IIe et Ier siècles av. n. è. en territoire allobroge à partir de l’exemple de Tourdan et de la Valloire." (In : Bertrand Bonaventure; Stéphane Carrara. Axes fluviaux et territoires à l’âge du Fer. Actes du 44e colloque international de l’Association française pour l’étude de l’âge du Fer (Lyon, 21-23 mai 2020), Afeaf, pp. 225-229, 2022) étudie la manière dont on peut restituer la circulation en pays allobroge :
"[...] Ce schéma permet de supposer un couloir de circulation élargi au-delà des rives du fleuve, comme le suggèrent les textes antiques (Strabon, Géographie, IV, 1, 14), mettant en connexion la vallée du Rhône avec les voies alpines, selon la logique du plus court chemin. À plus large échelle, le territoire allobroge se présente alors traversé par des routes reliant la vallée du Rhône aux Alpes, ouvrant vers le plateau helvétique et vers l’Italie2 . Cet espace, restitué à partir des limites de la Cité de Vienne, s’inscrit en effet entre le cours du Rhône au nord et celui de l’Isère au sud et s’étend, d’ouest en est, des contreforts du Massif Central en rive droite du Rhône moyen jusqu’aux Préalpes, ouvrant vers les cols du Grand et du Petit Saint-Bernard et celui du Montgenèvre, qui sont contrôlés par les peuples alpins (Rémy 1970, p. 195-213). Les allobroges présentent ainsi, comme leurs voisins segovellaunes au sud, la particularité de contrôler les deux rives du Rhône, les voies terrestres qui les longent comme celles plus en retrait, ainsi que les vallées conduisant aux cols. Dans ce contexte, ce sont les liens entretenus avec les routes fluviales et terrestres, et leurs impacts sur le peuplement et la structuration du territoire allobroge, qui doivent désormais être questionnés.
Les dynamiques du peuplement allobroge et la question des kômai : Tourdan s’inscrit dans une courte liste de sites comprenant Vienne, Genève et Larina, pour lesquels, les arguments archéologiques permettent d’envisager des pôles majeurs dès le iie siècle av. n. è. (fig. 4) (1). On peut souligner que ceux-ci présentent un lien )étroit avec le Rhône. En retrait dans les plaines, mais aisément connecté au fleuve, le secteur de Tourdan trouve de nombreuses similitudes avec les deux derniers (Haldimann 2007, p. 325-332 ; R. Royet dans Perrin, Schönfelder 2003, p. 25-28). En effet, l’association entre un point fort du peuplement (habitat groupé avéré ou supposé, établissement rural aristocratique), d’un lieu de culte (où l’aristocratie locale se met en scène à travers des rites communautaires et des dépenses fastueuses), d’un terroir exploité (siège de la puissance foncière de cette aristocratie) et d’une forte connexion au réseau routier (terrestre comme fluvial), malgré des états de la recherche divergents, caractérisent l’Isle Crémieu, le débouché du Léman comme la Valloire (Varennes 2010, p. 337-347).
Ces caractéristiques révèlent une structuration territoriale qui fait écho aux kômai allobroges décrites par Strabon dans sa Géographie : « Les Allobroges qui entreprirent naguère tant d’expéditions avec des armées de plusieurs myriades d’hommes, en sont réduits aujourd’hui à cultiver cette plaine et les premières vallées des Alpes. En général, ils vivent dispersés dans des bourgs (kômai), à l’exception des plus nobles d’entre eux, qui résident à Vienne, simple bourg aussi dans l’origine, bien qu’elle portât déjà le titre de métropole (metropolis) de toute la nation, mais dont ils ont fini par faire une ville » (Strabon, Géographie, IV, 1, 11). Couramment traduit par village, la définition exacte de kômè est méconnue et il existe une difficulté évidente à relier une réalité gauloise à un terme grec. Néanmoins, au sein de la polis grecque, kômè semble renvoyer à l’habitat groupé comme à la portion de territoire au sein duquel il prend place. En effet, Thucydide l’emploie pour évoquer l’organisation des cités en communautés regroupées en petites agglomérations (kômai) (Histoire de la guerre du Péloponnèse I, 5 et 10). Il apparaît aussi dans la tradition littéraire évoquant le synœcisme, qui, par le regroupement de divers groupes humains (dont des kômai), conduit à la constitution d’un espace politique commun (Greco, Torelli 1983 ; Tréziny 2005, p. 52).
Note : 1) Par ailleurs, d’autres sites peuvent constituer des candidats potentiels pour identifier des agglomérations gauloises, où à tout le moins des points forts de fixation du peuplement. Il en est ainsi, entre autres, de Moirans, Grenoble, du site double d’Andance et d’Andancette, d’Aoste et d’Annecy, comme du secteur de Bourgoin-Jallieu.

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Histoire :
Arnaud Vigier, retrace dans sa thèse de doctorat Dévôts et dédicants : intégration des élites dans la ciuitas des Allobroges sous le Haut-Empire. (Université de Franche-Comté, 2011) l'histoire du peuple allobroge telle que nous la connaissons à ce jour :
Des origines au Ier siècle avant notre ère : Un peuple n’est jamais un point de départ, mais plutôt un aboutissement. Il est donc complexe de saisir la genèse précise des Allobroges qui vont constituer l’un des peuples les plus puissants de la Gaule du Sud. Avec une histoire commune plus ou moins longue, même si le rôle des migrations celtiques sur ce territoire est indéniable, on ne saurait omettre les contacts, notamment avec les habitants des territoires limitrophes (Ceutrons (Tarentaise) et Medulli (Maurienne) entre 400 et 300 av. J.-C., à une époque, où les premières traces d’habitat montrent que la future capitale de la cité, Vienne, n’est qu’une simple bourgade), mais aussi les influences, les métissages ou encore les confrontations, qui ont contribué au fil du temps à ébaucher leur identité. Il faut ici également souligner le rôle jouer par les Romains, présents très tôt, et ceci bien avant le Haut-Empire.
L’unique certitude, c’est que les Allobroges, en tant que peuple, entrent dans l’histoire au IIIème siecle avant notre ère. En effet, l’ethnonyme apparait pour la première fois chez l’historien grec Polybe, qui écrit au second siècle avant notre ère sur des faits se déroulant à la fin du siècle précédent. Toutefois, le nom de ce peuple n’est sans doute pas grec comme certains chercheurs ont pu l’avancer, mais beaucoup plus certainement celtique. L’explication est donné au IVème siècle de notre ère par un scholiaste de Juvénal : « dicti allo-brogae quia ex alio loco fuerant translati » - ils sont appelés allobroges parce qu’ils ont été déplacés d’un autre lieu, parce qu’ils sont venus d’ailleurs. L’étymologie Allobrige le confirme en des termes proches du vieil irlandais (allo, all : autre et brogi, bro : pays).
En 218 av. J.-C., les Allobroges se heurtent à Hannibal. Ils tendent un piège aux troupes carthaginoises, mais leur chef prévenu parvient à sauver la bataille, en dépit de lourdes pertes. Impressionné par leur courage et leur ténacité, Hannibal décide de leur faire confiance lors du célèbre épisode du passage des Alpes. (Polybe, Histoire, III, 50, 2.)
La Provincia de Transalpine va être conquise entre 125 et 121 av. J.-C., demeurant ainsi pendant cinquante ans la première avancée de Rome en territoire gaulois. Mais, ce n’est pas sans mal que ce peuple belliqueux intègre cette province. En effet, des alliances existent alors parmi les grandes confédérations, à l’exemple des Allobroges et des Arvernes. Le Sénat, en 124 av. J.-C., dépêche le consul M. Fulvius Flaccus qui franchit les Alpes et combat Ligures, Voconces et Salyens, durant le printemps et l’été. Puis, la guerre se poursuit contre les Allobroges chez qui les chefs salyens ont trouvé refuge.
En 122 av. J.-C., le consul Cn. Domitius Ahenobarbus bat les Allobroges à Vindalium, près d’Avignon. Le 8 Août, le consul Q. Fabius Maximus, arrivé en renfort avec trente mille hommes, écrase au confluent de l’Isère et du Rhône, une importante coalition d’Arvernes et d’Allobroges. Le roi arverne Bituit est pris et figure en 121 av. J.-C. dans le triomphe de Fabius à Rome. Domitius, lui, reste sûrement en Gaule jusqu’en 117 av. J.-C. (Tite-Live, Abrégés, Livre LXI (123 à 120 av. J.-C.)
En étendant sa domination jusqu’à Vienne, qui reçoit le statut de cité stipendiaire, Rome contrôle un territoire aux nombreuses routes commerciales. Cependant, les Allobroges gardent encore un vif attachement à leur indépendance.
Entre 74 et 72 av. J.-C., Fonteius est gouverneur de la Transalpine, chargé de restaurer la province et d’assurer les arrières de Pompée. Sa politique basée, pendant trois ans, sur de lourdes taxes, la levée de troupes, et des réquisitions, provoque le mécontentement des Volques, des Rutènes, et des Allobroges, qui l’accusent de concussion. Ces pratiques et le peu d’écho des plaintes déposées à Rome sont à l’origine de plusieurs révoltes. En 66 av. J.-C., Calpurnius Piso réprime ainsi un très grand soulèvement.
Un début d’intégration : En 63 av. J.-C., une délégation se rend à Rome et engage un procès devant le Sénat contre Marcus Fonteius. C’est Cicéron, lui même, qui plaide pour ce dernier, obtenant apparemment son acquittement. Cette affaire engendre la haine des Allobroges qui prennent le parti révolutionnaire de Catilina dans un premier temps, avant de le trahir pour des raisons que l’on ignore. Cet épisode semble marquer une rupture, les Allobroges faisant appel au Sénat romain pour statuer sur le litige les opposant à Fonteius.
Une dernière révolte éclate néanmoins en 61 av. J.-C.. Le chef Catugnatos (« qui est habitué au combat ») lève une armée, ravage et pille la Narbonnaise. Rome réagit aussitôt pour ne pas perdre la maîtrise des passages alpins. Les Allobroges sont pacifiés l’année suivante par le préteur C. Pomptinus (Dion Cassius, Histoire romaine, XXXVII, 47-48.). Son succès ouvre enfin une paix durable, même si celui-ci ne lui vaut pas, par le Sénat, la glorification, sa victoire reposant apparemment sur un concours de circonstances lié à une tempête. (César, Guerre des Gaules, Livre I.)
En 58 av. J.-C., lorsque les Helvètes décident de passer le pont du Rhône (aujourd’hui le pont du Mont-Blanc à Genève), César détruit ce seul passage. Alors le corps allobroge de son armée passe dans le camp de Pompée. Une fois encore cette trahison est sévèrement réprimée, inaugurant une ère nouvelle. La soumission à Rome comme les différentes révoltes demeurent des faits historiques majeurs que les futures générations allobroges vont intégrer dans la romanité.
En effet, la fidélité à Rome de ce peuple ne sera alors plus jamais remise en cause par la suite, sans doute due autant à l’impression provoquée par les exploits militaires de César, qu’à la crainte d’incursions venues du Nord. De plus, la cité aurait reçu de César le droit latin, même si certains historiens pensent que cette promotion serait plus une création d’Octave, le futur Auguste, vers 36 av. J.-C.. Ainsi, à la suite de J. Gascou, Ph. Leveau et B. Rémy réfutent l’hypothèse de la création d’une colonie latine pour vétérans sous César. En tout état de cause, à l’aube de l’Empire, la cité étant colonie de droit latin, les magistrats de la cité obtiennent automatiquement la citoyenneté romaine à la sortie de leur charge. De plus, les institutions impériales sauront, par la suite, « se couler dans les mailles de ces structures (allobroges) en place depuis plus de deux siècles, cohérentes et bien adaptées aux diversités humaines et géographiques des Alpes du Nord ».
Sous le règne d’Auguste : Si César apparaît comme un conquérant, Auguste, lui, va s’affirmer comme un remarquable organisateur. Le serment de 32 av. J.-C., qui lie les Occidentaux à sa personne, indique assez clairement le rôle des rapports de dépendance personnelle et des clientèles militaires. Ce serment transforme alors les Gaulois en autant de soldats, assurant la légitimité d’Octave face à Antoine et Lépide.
Dès 25 av. J.-C., le territoire allobroge, comme toutes les provinces d’Europe, connaît une accentuation stratégique de l’implantation et de la diffusion du culte. Corrélativement à ce phénomène, la romanisation a en Gaule des modalités génériques comme l’essor urbain, la mise en place d’institutions et d’un cadre de vie le plus souvent calqué sur Rome. Très rapidement, les territoires sont transformés en cités (civitates). Dès le début de la période impériale, le nom « Allobroges » disparaît, remplacé par Viennenses. La cité recouvre une certaine autonomie, disposant notamment d’un conseil municipal de décurions et d’un collège de IIII uiri iure dicundo, quatre hommes chargés de dire le droit. Vienna, Genava et Cularo, bien que restant rattachées à la Narbonnaise, forment une nouvelle cité : la Viennoise, dont les citoyens seront inscrits dans la tribu Voltinia. Dès lors, l’humeur « belliqueuse » des Allobroges semble faire place à l’acceptation du régime romain beaucoup plus bienveillant à leur égard. Il ne faut pas non plus omettre le fait qu’Auguste élève au rang de colonie romaine Vienne, avec le titre de Colonia Iulia Augusta Florentia Viennensium.
D’autres faits vont ancrer plus encore le peuple allobroge dans le monde romain. De 20 à 18 av. J.-C., le gouverneur n’est autre qu’Agrippa, le gendre même de l’Empereur. Vers 16 à 15 av. J.-C., peut-être lors de son troisième voyage en Gaule, Auguste fait don à Vienne de ses remparts comme en témoigne l’inscription : Imperator Caesar, divi filius Augustus / co(n)s(ul) / - - - , tribu(nicia) potes(tate) - - - m / uras portas [q(ue) / [colonia] dat…
En 14 av. J.-C., comme dans toutes les autres colonies de Narbonnaise, les notables allobroges obtiennent le droit d’entrer dans la Sénat impérial. Enfin, dans la première moitié du Ier siècle ap. J.-C., sans doute sous le règne de Caligula ou au début du règne de Claude, Vienne reçoit le droit italique, privilège exceptionnel, qu’elle est seule à partager en Gaule avec Lyon et Cologne en Germanie inférieure, dispensant ses habitants du paiement du tribut et de la taxe personnelle.
Pour résumer, Vienne devient une colonie latine avant l’arrivée au pouvoir impérial d’Auguste, puis une colonie romaine au début du Principat, et enfin reçoit le droit italique sous la dynastie julio-claudienne. L’histoire du peuple allobroge, le commencement de son intégration dans l’orbite romaine, l’inflexion augustéenne et la promotion juridique expliquent notamment les interactions qui vont naître entre les élites viennoises, leur réussite sociale et leur religiosité. Il faut ici garder en mémoire, comme le rappelle J. Scheid, que « les liens entre politique et religion, entre droit sacré et droit public étaient indissolubles »
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Animaux tutélaires :

Croyances des Allobroges :
Arnaud Vigier, cite dans sa thèse de doctorat Dévôts et dédicants : intégration des élites dans la ciuitas des Allobroges sous le Haut-Empire. (Université de Franche-Comté, 2011), outre les dieux importés de Rome, quelques dieu qui sont des traces des croyances originelles des Allobroges :
Les dieux indigènes. Après une étude exhaustive et un dépouillement scrupuleux, quatre dieux, faisant l’objet de dédicaces, apparaissent incontournables : Sucellus, Borvo, Limetus et Vintius.
Sucellus, le dieu des bois. Comme nous l’avons vu, le culte de Sucellus est indissociable de celui de Silvain, auquel il est assimilé. De plus, la mention épigraphique de la divinité indigène en Gaule est fort rare (deux occurrences), rendant le petit autel de Vienna d’autant plus précieux. Sur ce monument, la présence, dans le texte gravé, de « deus » avant le nom du dieu et la paléographie permettent une datation entre la seconde moitié du IIème siècle et le début du IIIème siècle. Cette dédicace se distingue encore par le fait que son auteur est une dédicante, nommée Gellia Iucunda.
Dans la cité, le dieu apparaît sur un second autel : l’autel anépigraphe de Boutae sur lequel figure un maillet, entouré de deux silhouettes correspondant à Sucellus et à sa parèdre.
Sucellus est aussi présent dans la statuaire allobroge. Deux statuettes en bronze, datant probablement du Ier siècle, le représentent à Cularo ; et une autre fut trouvée en 1908 à Optevoz, au nord de la capitale.
Ces documents montrent une certaine persistance du culte à Sucellus, qu’il convient donc de mettre en corrélation avec celui de Silvain. En Narbonnaise, dix-sept inscriptions mentionnent l’un ou l’autre. Silvain étant l’objet de deux autels dans la cité, à Saint-Laurent-du-Pont (ILN 349) et à Genava (ILN 838), le premier datant de la période julio-claudienne, nous devons relever que les divinités Silvain-Sucellus sont présentes sur l’ensemble du territoire. Elles sont honorées par des citoyennes, des notables ou encore des bateliers, et ceci tout au long du Haut-Empire.
Il semble, néanmoins, que le dieu des bois ait une place moins importante chez les Allobroges que dans d’autres peuples du sud des Alpes. Outre Silvain attesté à Vasio, Sucellus est ainsi présent à Glanum sur un autel au dieu montrant une main à six doigts et un maillet. Il est aussi représenté, en ce lieu, par une statuette. Il convient enfin de mentionner, de l’autre côté de la frontière Nord de la Provincia Narbonensis, un bloc découvert à Lugdunum où apparaît Sucellus en compagnie des déesses Mères, de Mercure et de Fortune.
Borvo, le dieu des sources. En Savoie, à Aquae (Aix-les-Bains), au cœur des célèbres thermes, plusieurs documents épigraphiques font référence à la divinité indigène Borvo (ou Bormo), fréquemment attestée dans les sources thermales.
Un premier document l’honorant est le fait d’un certain Marcus Licinius Ruso, de la gens Licinia. Le nom de la divinité étant précédé par celui du dédicant, ce témoignage remonte sûrement à la période julio-claudienne. Conservé au musée lapidaire d’Aix-les-Bains, un deuxième document a été mis au jour dans les thermes antiques. Son auteur est un citoyen nommé Quintus Vettius Guticus, porteur d’un surnom ethnique (gothicus), unique en occident. Le formulaire votif, proche du texte précédent, permet donc de dater celui-ci des Julio-Claudiens.
Un autel gravé par le patron du vicus a aussi été découvert. Il commémore la donation d’un bois sacré par les decemlecti. Certains chercheurs pensent que le bois était rangé sous la protection de Borvo.
Parallèlement, il faut ici rappeler que le Temple dit de Diane à Aquae est considéré, à ce jour, par de nombreux spécialistes, comme un monument plus certainement consacré au dieu des sources thermales826. Divinités très locales, Bormo et Borvo à Aix-les-Bains occuperaient, selon I. Tournié, la même place que Glanis et Glanicae à Glanum. Ce parallèle n’est pas dénué de fondements, les divinités liées aux sources pour leur caractère curatif étant très nombreuses en Gaule. Bormana, sa parèdre, est ainsi vénérée seule, dans l’Ain, à Saint-Vulbas, et est associée à Bormanus à Aix-en-Diois. Le dieu est enfin mentionné, associé à Damona sur trois autres inscriptions à Bourbon-Lancy et à Bourbonne-les-Bains.
Limetus et le sanctuaire de Châteauneuf. Inséré dans le très riche contexte archéologique de la Combe de Savoie, le sanctuaire de Châteauneuf, dont nous avons déjà longuement débattu, nous fait connaître un autre dieu indigène, exclusivement allobroge : Limetus. Dans ce temple double édifié au confluent de l’Arc et de l’Isère, les archéologues ont pu étudier une série de graffites rendant hommage à Mercure, Maïa, Rome, ou encore à différents empereurs dont Néron.
Parmi ces documents, plusieurs mentionnent Limetus, divinité locale, qu’aujourd’hui nous pouvons associer à Mercure. L’un d’eux est particulièrement intéressant. Sur une plaque de schiste, une dédicace à Limetus commémore l’agrandissement du sanctuaire. Il est le fait de deux dédicants Primus et Quartus, aux noms latins, qui sont sans doute des pérégrins. Comme il arrive parfois à l’époque des Julio-Claudiens, leurs noms précédent celui du dieu.
Limetus a une dénomination évocatrice pouvant se rapprocher du mot limes. Le sanctuaire se situant très près des Alpes cottiennes, le dieu allobroge en serait le gardien, en tant que protecteur de la frontière, caractère l’assimilant à Mercure, la divinité primordiale du panthéon viennois.
Même si les témoignages de Châteauneuf évoque une ferveur populaire, la richesse des dédicaces, l’importance du sanctuaire, la présence d’un théâtre, tout indique l’intervention de personnalités locales, et ceci dès le début du Haut-Empire.
L’énigmatique Vintius. Situé autour des rives du Rhône et du Fier, entre les antiques Genava et Augustum (Aoste), le pagus [Dia---] offre un visage religieux tout à fait singulier au sein du très riche panthéon allobroge. En effet, à l’inverse du reste de la cité où s’impose une grande diversité des témoignages, les découvertes dans cette préfecture marquent l’omniprésence sous le HautEmpire d’une seule et unique divinité : le dieu indigène Vintius.
A ce jour, les chercheurs n’y ont retrouvé ni ensemble monumental, ni document figuré, nos connaissances se limitant à une série de six textes épigraphiques, dont la portée est des plus originales. [...]
Les différents témoignages ont été retrouvés dans deux localités proches de l’actuelle frontière administrative entre les départements de l’Ain et de la Haute-Savoie.
[...]
Les déesses indigènes. Les divinités féminines indigènes sont plus nombreuses que leurs homologues masculins, mais elles n’ont pas forcément la même portée que ceux-ci auprès de l’aristocratie locale."
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