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  • Anne

Le Varech vésiculeux




Étymologie :

  • VARECH, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Déb. xiie s. marin werec « algues de mer » (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, vers 1577 [trad. en prose lat. alga ; var. ms. E xiiie s. : warec]) ; 1367 varet (Réglement du commerce de la marée à Rouen ds Ordonnances des Rois de France, t. 5, p. 254 ); 1681 Varech ou Vraic (Ordonnance in Pardessus, Col., IVc, 405 d'apr. R. Arveiller ds Fr. mod. t. 26, p. 59) ; 2. ca 1175 werec [var. ms. O : wrec] « épave, restes d'un naufrage » (Horn, éd. M. K. Pope, p. 8, vers 224) ; ca 1181 warec « ce que la mer rejette sur la côte » (Charte, Tabula de l'église de Dol ds Du Cange, s.v. wreckum) ; 1341 verec, plur. verez (Charte in Reg. 72 chartoph. reg. ch. 224, ibid., s.v. verecum) ; 1374 droiz de Veret et de poissons Royaux (Ordonnance Charles V ds Ordonnances des Rois de France, t. 6, p. 47 [note : C'est sans doute la même chose que Varech, qui signifie le droit que le Roy prend sur les choses que l'eau rejette sur le rivage]) ; xvie s. [1510-39] varech (Anciennes Coutumes de Normandie, chap. XVII ds Nouv. Coutumier gén., t. 4, p. 9). Du nord. vágrek « ce qui est rejeté sur la côte, épave qu'on trouve sur le rivage » (FEW t. 17, p. 418b).


Autres noms : Fucus vesiculosus ; Algue cloquée ; Algue aux phoques ; Algue aux verrues ; Chêne marin ; Craké ; Cloquettes ; Feuillu marin ; Fonce de mer ; Fucus vésiculeux ; Goémon ; Laitue de mer ; Sart ; Soufflet ; Tarhec (qui craque dans le feu - breton des îles d'Houat et Hoedic) ; Vracq ;

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Symbolisme :


Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Varech vésiculeux (Fucus vesiculosus) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Lune

Élément : Eau

Pouvoirs : Protection ; Gains matériels ; Commerce ; Pouvoirs psychiques.


Certains vieux pêcheurs de Cancale assurent que, quand la mer est bien claire, on voit entre les îles Chausey et le mont Saint-Michel, des débris de muraille au fond de la mer.

Voici l'histoire : Au temps jadis, la Manche n'était pas si large que maintenant ; il n'y avait qu'un ruisseau à franchir pour aller à Jersey. Pourtant, il y avait une anse assez profonde qui avançait à l'intérieur des terres du côté de Granville. Le roi de ce pays avait fait construire une digue qui en barrait le fond, et son château s'abritait derrière elle. Cette digue était fermée par une porte monumentale dont il gardait soigneusement la clé. Il avait une fille, mariée à un seigneur du voisinage. Celui-ci voulait s'emparer du château et détrôner son beau-père. Il engagea sa femme à prendre la clé des digues et ils avaient préparé une embarcation pour s'échapper au moment de l'irruption de la mer. La fille du roi fit boire à son père une infusion de plantes narcotiques (colchique ? jusquiame ? datura-stramoine ?) et, à minuit, elle et son mari ouvrirent la porte. Tout se passa comme prévu; sauf qu'au tout dernier moment, quand les deux criminels couraient vers leur canot, les Varechs se mirent en mouvement et les enlacèrent aux chevilles, les clouant sur place et les faisant tomber. Les eaux mugissantes s'engouffrèrent par l'ouverture. Toute la région fut alors submergée, et les scélérats noyés les premiers.

Le Varech vésiculeux est l'algue côtière sûrement la plus connue, puisqu'il voyage avec les bourriches d'huîtres dont il assure la fraîcheur.

C'est le « chêne marin » des anciens nautoniers (le Quercus marina de Pline). Comme nous l'avons vu à propos des Floridées et du lichen carragheen, les algues de la Méditerranée, dans l'ensemble, diffèrent de celles de l'Atlantique. Alors que le lichen carragheen se faufile un peu dans toutes les mers, le Varech cloqué a une vocation résolument atlantique : il descend très exactement jusqu'à Cadix, mais refuse de franchir le détroit de Gibraltar. Les Grecs ne le connaissaient donc que par les récits de leurs navigateurs; quant aux Romains, il leur fallut attendre la conquête de la Gaule et des îles Britanniques pour pouvoir l'observer de visu.

Nous n'avons rien trouvé sur l'utilisation du goémon par les Gaulois. Plusieurs auteurs anglais disent que les Northmen (Nord-men = Normands) jonchaient de Varech les immenses tables qu'ils dressaient en plein air pour se livrer à leurs agapes au retour des expéditions de pillage. Et l'on sait par Tacite que les Frisons garnissaient leurs boucliers de Varech ; ils couraient ainsi au combat, assurés de la victoire.

Utilisation rituelle : En Haute-Bretagne, lorsque la coque d'un bateau était terminée, on la décorait avec des guirlandes de Varech et on l'arrosait d'eau de mer en récitant une formule traditionnelle qui n'avait rien de chrétien ; cette lustration précédait de plusieurs jours la cérémonie catholique du baptême de la barque.

Les marins allumaient leurs feux de joie soit à la Saint-Pierre, soit à la Saint-Elme ; le brasier était généralement bâti avec du Varech sec. À Pempoul, près de Saint-Pol-de-Léon, il était construit exclusivement avec des paniers ayant servi au transport du poisson. Autour d'Etretat, les matelots des petits ports de pêche choisissaient une de leurs vieilles barques hors d'usage, ils l'enduisaient de goudron frais, la remplissaient de Varech et la brûlaient le soir sur les galets de la plage.

La veille de la mi-août, les filles du Croisic se rendaient à la baie des Bonnes-Femmes et elles jetaient leur épingle à cheveux dans le goémon ; suivant la façon dont l'épingle se piquait, ou ne se piquait pas dans l'épais matelas de Varech, on en déduisait celles qui allaient se marier dans l'année.

Autrefois, les nouveaux mariés de Brest étaient obligés, le jour de leurs noces, d'aller arracher, en plongeant, au pied du rocher de la Rose, une poignée de goémon.


Utilisation magique : Le chêne marin est traditionnellement l'algue protectrice des navigateurs. Par extension, elle devint aussi celle des aviateurs lorsque ceux-ci commencèrent à survoler les mers ; les pionniers anglais et américains de l'Aéropostale en emportaient souvent pour traverser l'Océan. Et il n'est nullement impossible que, à l'ère des « jets », un commandant de bord originaire de quelque Plougonven ou Downpatrick en ait un filament dans sa poche lorsqu'il décolle de Kennedy ou de Roissy...

Norvégiens et Danois s’en servaient autrefois pour invoquer les esprits de la mer et des vents.

Sur le rivage de l'île danoise de Laesö, dans le détroit qui sépare le Danemark de la Suède, se trouve un rocher encore appelé la Pierre des Folles ; durant les guerres de religion, les îliennes, restées ferventes catholiques, allaient à marée basse y récolter du Varech dont elles bourraient deux mannequins, l'un à l'effigie de Luther, l'autre à l'effigie de Lucifer. Elles brûlaient ces mannequins sur la grève en psalmodiant des mélopées et en criant, selon Jörgensen, « comme, des otaries en gésine ».

Les sorciers interprétaient les mouvements du Varech submergé et prédisaient l'avenir.

Jusqu'au XVIIe siècle, le Fucus vesiculosus était consacré aux sorcières d'Irlande, d'Ecosse et de Norvège qui s'en servaient, disait-on, pour exciter les chevaux marins qu'elles montaient pour se rendre au château du Diable, lequel se trouvait au-delà du cercle arctique.

Aux îles Hébrides, on dit que les vésicules du Varech sont des œufs de fées. Aux Orcades, un esprit appelé Tangy court sur les grèves la nuit pour en crever le plus possible avant le lever du jour. À Penevan, quand une femme était allée puiser un seau d'eau de mer qu'elle ramenait à la maison pour quelque usage domestique, elle devait y mette deux poignées de goémon pour empêcher l'eau d'éclabousser et de s'en échapper pendant le transport ; si malgré cette précaution, de l'eau salée versait, ou si le seau lui échappait des mains, c'était le présage d'un prochain malheur.

Les mégalithes submergés ont été pendant très longtemps l'objet de cultes. A la fin du XVIII e siècle, les anciens marins disaient avoir vu au large, entre le Guilvinec et la pointe de Penmarc'h, à quinze ou vingt pieds sous l'eau, des pierres druidiques recouvertes de « Varech sacré » qui s'était desséché d'un seul coup le jour de l'assassinat de Louis XVI.

Lepelletier (1) essaya en vain de découvrir les vestiges de la ville d’Ys ; il dit que des vieillards lui assuraient tenir de leurs aïeux qu'on célébrait tous les ans une messe au-dessus des anciens autels d'Ys. On se rendait sur les lieux en chasse-marée et, en se penchant, on voyait très distinctement, sous quinze à vingt brasses de fond, les autels d'Ys, enrubannés de Varech qui formait comme des chandeliers.

Dans les ports de la Nouvelle-Angleterre, autrefois, beaucoup de commerçants lavaient leur boutique avec une infusion de Varech ; dans leur esprit, cela attirait les clients et « chargeait » le magasin en vibrations positives.

Charme d'argent écossais : les algues au whisky ! Voici la recette : bourrez de Varech une cruche en terre poreuse (beaucoup de Varech, bien tassé) ; versez du whisky par-dessus (pas trop, et bien entendu pas de votre meilleure cuvée). Bouchez. Laissez la mixture s'évaporer par transpiration dans un coin de la cuisine. Les rentrées d'argent que ce charme vous procurera compenseront largement la demi-bouteille de whisky que vous aurez consacrée à la « part des anges » ; et vous pourrez de surcroît vous payer une caisse de Glenn Livett.


Note : 1) Almire Lepelletier, Voyage en Bretagne, illustré de vues prises sur les lieux, avec un résumé des curiosités de cette province, une histoire générale des bagnes et une iconographie des principaux types de forçats étudiés à la chiourme de Brest, Le Mans, Monnoyer, 1855.

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