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Le Tengu

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 14 mai
  • 22 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 mai






Symbolisme :


Iwao Seiichi, Iyanaga Teizō, Ishii Susumu, Yoshida Shōichirō, Fujimura Jun'ichirō, Fujimura Michio, Yoshikawa Itsuji, Akiyama Terukazu, Iyanaga Shōkichi, Matsubara Hideichi, auteurs de l'entrée "Tengu." (In : Dictionnaire historique du Japon, volume 19, 1993. Lettre T. p. 75) nous en propose une définition :


"Tengu : Entités spirituelles que les Japonais supposent, depuis les temps anciens, résider à l'intérieur des montagnes. La figure du tengu, telle qu'elle s'est transmise parmi le peuple, est celle d'un être à long nez et à bec d'oiseau, pourvu d'ailes, tenant généralement à la main un éventail en plumes, portant un costume semblable à celui des yamabushi et se déplaçant dans les airs, à l'intérieur des montagnes. C'est, de plus, un être à la fois craint et respecté en tant que divinité susceptible d'apporter aux hommes malheur ou prospérité. Au Moyen Age, il arrivait que des yamabushi et des moines arrogants et vaniteux fussent regardés comme des tengu (voir les rouleaux illustrés connus sous l'appellation de Tengu-zôshi). Il semble que l'expression hana o takaku suru , "faire le long nez" (être fier, hautain), soit liée à l'image des tengu. Des légendes veulent que les expériences hors du commun qui se produisent dans les montagnes soient associées à la figure de ces entités spirituelles dénommées aussi yama no kami [il <7)1$, "divinités de la montagne", ou bien encore yamabito "hommes de la montagne". Les tengu sont ainsi liés aux croyances japonaises relatives aux divinités résidant dans les montagnes. Il semble que la confusion qui s'instaura peu à peu entre tengu et yamabushi provienne d'une même vision du yamabushi, supposé acquérir des forces spirituelles grâce à des pratiques ascétiques dans les montagnes, et du tengu, détenteur — en tant que divinité de la montagne — de ce même pouvoir spirituel. Cette puissance ne met toutefois pas le tengu à l'abri de la ruse des enfants, qui l'abusent souvent dans les contes populaires, révélant ainsi un processus de facétisation de ce personnage proche du peuple. Après l'ère Meiji, la croyance envers les tengu diminua fortement."

André Leroi-Gourhan, dans un article intitulé « Ema », (In : Techniques & Culture, 57 | 2011, pp. 16-41) tente de définit les tengu :


"Le nombre des divinités figurées sur les ema est très réduit. Le Shintoïsme, d’une manière générale, n’a pas éprouvé le besoin de donner aux êtres surnaturels un aspect anthropomorphique. Même parmi les Omocha, où les figurations humaines sont relativement nombreuses, on ne rencontre aucun des dieux du Shintoïsme classique. Pour les ema, les six exemples connus ne s’écartent pas de cette règle : ils sont issus du bouddhisme ou ne figurent que des personnages historiques ou anecdotiques.

Ce sont :

Les Tengu : ces êtres qui reparaîtront à plusieurs reprises au cours de ces pages, sont parmi les personnages les plus confus du panthéon japonais. Une étude ancienne, mais substantielle, par De Visser fixe assez bien le côté bouddhique, largement chinois et indien : les tengu ou « chiens célestes » sont des démons, généralement malfaisants, mi-hommes mi-oiseaux, qui persécutent spécialement les bonzes. Ce sont généralement de hauts dignitaires bouddhiques qui, après une vie d’orgueil et de vanité, sont condamnés à prendre cet aspect.

Si l’on cherche à se représenter, sans l’aide des textes, ce qu’est le Tengu pour un Japonais moyen on aboutit à un tableau assez homogène  : les «  chiens célestes  » ont le visage, soit d’hommes à très long nez, soit d’oiseaux au bec recourbé. Leur corps est humain, leurs ongles sont de fortes griffes, ils ont des ailes d’oiseau nocturne, vivent dans les montagnes et portent le costume des bonzes guerriers (Yama-bushi). Trois groupes de faits viennent s’ajouter à cet ensemble et y jettent de la confusion.

Il existe une danse ancienne, encore exécutée en certaines occasions, dite des « Sages des Kouen-Iouen » (Ko-ron hachisen), où l’on voit des danseurs portant un masque d’oiseau au bec crochu. Leur robe est recouverte d’un filet au travers duquel on aperçoit des poissons. L’étude de cette danse n’appartient pas au cadre présent, ce que voit le spectateur ordinaire (et il ne voit rien d’autre), ce sont « des Tengu chinois en costume de pêcheurs ».

Au cours de certaines fêtes publiques, en particulier l’hiver, à la « Fête des fleurs » (Hana-matsuri) qui subsiste dans les régions centrales, on voit paraître, sur l’un des personnages les plus importants, un masque à très long nez.

Le dieu des voyageurs et des marins, Kotohira, vulgairement nommé Kompira, bouddhique jusqu’en 1872 puis transféré au Shintoïsme, revêt, pour le fidèle, l’aspect de deux masques, l’un d’oiseau, l’autre d’homme à long nez.

Sur ces notions, il ne faut guère s’attendre à rencontrer beaucoup de précision dans la conscience ordinaire : lesTengu, dieux plutôt montagnards (mais la montagne est partout au Japon), sont tantôt bénéfiques, tantôt maléfiques ; dans les deux cas il convient de leur plaire. Ils ont à la fois l’aspect d’oiseaux et celui d’hommes et sont connus par deux masques très répandus : l’un d’oiseau, l’autre d’homme à long nez. Ils sont dans une situation si ambiguë par rapport à leur religion d’origine (bien d’autres dieux partagent la même indécision) qu’on a pu sans inconvénient les faire passer du bouddhisme au shintoïsme." [...]

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Alexandre Gras, auteur de "Des hommes et des yōkai à Tōno : Étude des kappa, yama no kami et tengu dans le Tōno monogatari et le Tōno monogatari shūi" (In : 岩手大学人文社会科学部, Artes Liberales No. 94, 2014, pp. 19–35) consacre une partie de son article au Tengu :


"Les tengu


Dans les croyances et le folklore japonais, les tengu (lit. « chien céleste ») sont des sortes de génies des montagnes auxquels on attribue des pouvoirs extraordinaires ainsi qu'une grande connaissance des arts du combat. Tout en montrant notamment certaines caractéristiques physiques des tengu, le Tōno monogatari évoque avant tout le fait que la divinité tutélaire d'une famille protégerait des mauvais tours des tengu, à moins que ces derniers ne soient eux-mêmes confondus avec cette divinité elle-même (sous son aspect courroucé dû à la perturbation de l'harmonie entre le yin et le yang) :


« Une nuit, le même homme (un vieillard appelé Kahei du village de Wano) était dans les montagnes et, n’ayant pas eu le temps de se construire une cabane, trouva refuge sous un grand arbre. Il entoura trois fois autour de lui et de l’arbre une corde efficace pour éloigner les mauvaises influences. Il somnola, son fusil dans ses bras. Tard dans la nuit, il fut éveillé par un bruit et vit quelque chose qui ressemblait à un moine de haute taille qui volait en hauteur, de sommets d’arbres en sommets d’arbres, et qui faisait battre des sortes d’ailes similaires à de la toile rouge. Le vieillard poussa un cri de stupeur et usa de son arme. La chose battit encore des ailes et disparu dans le ciel. Il n’existe rien dans ce monde d’aussi effroyable. Il fit trois fois cette expérience incroyable. Chaque fois, il promit de ne plus chasser et de vénérer la divinité tutélaire de sa famille, ujigami 氏神. Mais finalement, il revint sur sa décision disant à tous qu’il lui était impossible d’abandonner la chasse jusqu’à la fin de ses jours. »

Tōno monogatari, paragraphe 62 (1)


À Tōno, les tengu contrôlent et disposent de leur domaine (le yama et les arbres notamment) et cherchent à effrayer tantôt les hommes qui se seraient aventurés trop loin ou, tout du moins, à leur envoyer un signal fort en jetant un regard de feu ou en faisant du vacarme dans la forêt :


« En pleine montagne, il arrive que, lorsqu’on trouve refuge dans une cabane, on entende alors venant du bois voisin un bruit semblable à celui d’un grand arbre qu’on abat. Les gens des environs, tous sans exception, en ont entendu parler. On percevrait au départ des coups de haches (kakin, kakin, kakin), puis juste au bon moment (que l’on supposerait le meilleur dans ce contexte pour une chute d’arbre), on discernerait le bruit (wari, wari, wari) d’un arbre qui chute. Un courant d’air viendrait même souffler jusqu’à l’endroit où se trouvent les hommes. On parle alors d’une « indélicatesse/incivilité d’ un tengu ». Et même en s’y rendant le lendemain, on ne trouve aucun arbre abattu. Il arrive qu’on entende ensuite un vacarme assourdissant (dododon, dododon, dododon) semblable à celui de gros tambours. Certains disent que ce sont les tambours de tanuki d’autres ceux de tengu. Quand se font ces grondements, ils se manisfestent en montagne dans les deux trois jours. »

Tōno monogatari shūi, paragraphe 164


Dans cette conception de la Nature et de certains phénomènes, on peut dire que les tengu sont envisagés soit comme des kami qui défendent tout simplement leur territoire (et parfois même confondus avec des yama no kami) soit comme des yōkai (2). Il est évident que les tengu de nos Contes ne sont pas réellement en phase avec les caractéristiques qu'on leur attribuent habituellement.

À l'apparence zoomorphe, on les représente habituellement de grande taille (des géants ?), pourvus d'ailes, le visage rouge doté d'un bec de corbeau (karasu tengu 烏天狗) ou d'un long nez rouge (konoha tengu 木の葉天狗 ou yamabushi tengu 山伏天狗) : nos deux monogatari dans leur totalité restent pourtant presque totalement silencieux sur les traits du visage de ces personnages. Leurs vêtements par contre ressemblent beaucoup à ceux des ascètes montagnards yamabushi connus pour leurs pouvoirs spirituels et magiques issus de leur ascétisme.

Comme pour les histoires de kappa, l'extrait ci-après reprend lui aussi la même technique narrative destinée à montrer comment faits, personnages réels ou fantastiques et objets sont contés pour être liés à la réalité et ainsi certifier la croyance à laquelle il se rapporte :


« Dans une Maison du village de Tōno, on raconte qu’il y aurait une chose que l’on dit être le vêtement d’un tengu. C’est une sorte de kimono de dessous aux manches courtes, qui ressemble à une étamine fine et lisse ; les manches ont des motifs de chrysanthèmes et le dos est de couleur bleue. On dit que ce fut autrefois le bien du tengu Seiroku qui avait été fort reconnaissant envers le chef de cette maisonnée. On raconte que ce tengu vivait aux alentours de Hanamaki et qu’il se désignait lui-même comme le « roi des choses/éléments ». Lorsqu’il allait dans les montagnes, à commencer par le Hayachine, il était toujours précédé par les hommes mais au sommet, sans avoir une quelconque idée de là où il était passé, il était toujours le premier arrivé en haut. Il lançait alors aux humains en riant « Pourquoi donc avez-vous mis autant de temps ? » Aimant le saké, il se déplaçait toujours avec une petite gourde, et quand bien même si elle était pleinement remplie, pas une goutte n’ en était gaspillée. Pour ses dépenses d’alcool,i l payait avec en petite monnaie rouillée. En plus du vêtement du tengu, cette Maison avait pour trésor ses getta.

Un des descendants du tengu Seiroku habite encore maintenant dans les environs de Hanamaki. Les gens appellent sa demeure « la maison du tengu ». (...) »

Tōno monogatari shūi, paragraphe 99


Parmi les autres attributs des tengu, on les dépeint généralement avec un éventail de plumes ou un sistre shakujō 錫杖 à la main, et chaussés de getta, ce qui fait immédiatement penser à l'apparence de certains moines guerriers du Moyen-Âge. Pourtant nos deux Contes sont peu fidèles à cette image. Sur ce point d'ailleurs, le Tōno monogatari shūi dépasse la simple légende pour garantir la figure des tengu en évoquant leurs getta et l'usure qu'elles provoquent sur des massifs naturels bien réels :


« Une légende veut que, chez les Haguro du village d’Ayaori à Jiyama.uchi, un rocher pointu et un pin appelé yatate no matsu (« le pin dressé en flèche(s) ») auraient cherché à savoir qui des deux était le plus grand et le plus développé. On raconte que le haut du roc est un peu ébréché car des tengu l’auraient usé de leurs getta lorsqu’ils firent la comparaison entre le rocher et l’ arbre. Une autre légende dit que ce roc ayant perdu à la course en hauteur, de colère se serait lui-même brisé en deux. On rapporte aussi que le pin est ainsi dit « dressé en flèche(s) » car le général Tamura y aurait autrefois figé des flèches. Et que, lorsque les habitants de la montagne abattirent le pin il y a quelques années de cela, près de quatre-vingts morceaux de flèches en fer sortirent du tronc. Maintenant encore, les pointes de flèches sont conservées au temple Kōmyōji. »

Tōno monogatari shūi, paragraphe 10


Les tengu n'hésitent pas non plus à en venir facilement aux mains si la nécessité se présente ou, au contraire, à donner récompense ou leur aide (comme pour retrouver son chemin, par exemple). Certaines légendes de Tōno d'ailleurs appuient le fait que leur visite dans une maison serait même de bon augure et apporterait la prospérité, tout comme pourrait dʼailleurs le faire un zashiki warashi ou un ujigami. À ce sujet, le paragraphe 98 du Tōno monogatari shūi évoque un tengu habitué à rendre régulièrement visite à une maison, faisant même don de certains de ces vêtements en guise de reconnaissance :

« Dans le village de Hito.ichi à Tōno se trouvait une maison appelée Mankichi beiya « le magasin de riz aux 10 000 bonheurs ». C’était autrefois une maisonnée excessivement prospère. Son chef de famille, un hiver, se rendit pour des soins aux eaux thermales de Namari dans le district de Hienuki. Lorsqu’il pénétra dans le bac d’eau chaude, la porte s’ouvrit et un homme de grande taille entra. Comme il s’ennuyait énormément, il tenta de sympathiser avec lui. Mais cet homme lui dit qu’il était un tengu. Son nez n’était pas aussi démesuré qu’on le dit mais son visage était rouge et grand. Demandant alors au tengu où il habitait, ce dernier lui répondit que son domicile n’était point fixe, qu’il allait et venait, tantôt à Haguro dans le Dewa, tantôt dans les monts Ganju ou Hayachine, etc. Entendant prononcer le nom Mankichi, le tengu lui dit : « Tu es donc de Tōno ? Comme je me rends aussi aux monts Goyō et Rokko.ushi, il m'est arrivé de passer devant chez toi, mais ne connaissant personne, je n'y suis jamais entré. Alors j'irai chez toi. » Ajoutant « Délecte-moi de beaucoup de saké sans vraiment te donner la peine de préparer quoi que ce soit d'autre ». Ils passèrent deux à trois jours de la sorte puis le tengu lui lança un « on se reverra » puis s’en alla on-ne-sait-où.

Une nuit d’hiver de l’année suivante, le tengu rendit visite à la maison Mankichi. J’arrive juste du mont Hayachine et pour aller à présent au Rokko.ushi. Comme je peux retourner chez moi en un clin d’œil, offre-moi l’hospitalité ce soir. Tout en disant cela, en moins de deux heures il repartit. « Le pic du Rokko est profondément couvert de neige ; même quand je vous le dis vous ne me croyez pas, n'est-ce pas ? » Il ajouta alors « Je vous ai amené ces feuilles d'arbres » et montra un fagot de branches de conifère Nageia nagi dont les fleurs sont visible sur cinq à six lieues entre le village et le sommet du mont Rokko.ushi. Comme la montagne connaît alors le plein hiver, les gens de cette maison, fort surpis, se dirent que c’était là les actes d’une divinité. Ils la vénérèrent et lui offrir beaucoup de saké. Le tengu, le lendemain matin, leur dit qu’il partait pour Chōkai dans le Dewa et s’en alla. Il revint ensuite une à deux fois l’an. Lorsqu’on lui donnait du saké, disant qu’il savait injuste qu’il n’y ait de retour de sa part, il prit l’habitude de laisser quelques pièces de monnaie brillantes. On explique même qu’il venait leur rendre visite chaque fois qu’il voulait boire. Ces visites se poursuivirent longtemps, et la dernière fois qu’il vint il déclara : « Je suis bien vieux maintenant. Je ne pourrais peut-être plus vous (re)voir. En souvenir je vous laisse ceci. » Ce disant, il ôta une sorte de vêtement de chasse qu’il portait sur lui et le leur remit. Faisant ainsi, on raconte qu’il ne se montra plus du tout. Ce vêtement est encore dans la famille. Seul le chef de famille a le droit de le voir une seule fois dans sa vie ,juste quand il succède à la tête de la maison, et ce, malgré que certaines personnes demandent parfois fortement de pouvoir le voir. On raconte que c’est un tissu fin comme ceux portés en été, si fin qu’on dirait qu’il n’a pas été brodé. On dit aussi qu’il y a une sorte d’armoirie dessinée dessus. »

Tōno monogatari shūi, paragraphe 98


L'extrait ci-dessus révèle que certains tengu iraient aussi dans les monts du Dewa (bien au sud de Tōno), ce qui est sans aucun doute une évocation aux croyances des anachorètes des montagnes yamabushi. En cela, les paragraphes de nos deux monogatari ainsi que les croyances du Nord-Est du Japon au sujet des tengu semblent avoir été très peu influencés par les conceptions shintō-bouddhique répandues dans la majeure partie du pays, à l'opposé ils sont plutôt emprunts de pensées aïnous locales et de la culture des Matagi, ces chasseurs des montagnes du Tōhoku. Il faut donc se démarquer des conceptions stéréotypées du tengu au long nez pour lire les Contes.

S'opposer à la volonté d'un tengu, le rivaliser entre autres peut entraîner la mort comme par exemple dans le paragraphe 90 du Tōno monogatari (3), à moins que plus chanceux, on échappe de peu à LA sentence fatidique bénéficiant ainsi de leur indulgence :


« Le mont Keitō est un pic raide qui se dresse face au mont Hayachine. Les villageois qui résident au pied de celui-ci l’appellent le mont Mae-Yakushi. Disant qu’il est habité par des tengu, même ceux qui entrent pourtant dans cette montagne n’osent le faire au mont Keitō. Le chef de famille des Haneto qui se trouve à Yamaguchi était un ami intime du grand-père de Sasaki Kizen. Il était un excentrique qui dans sa jeunesse aurait fait des choses déraisonnables et grossières comme couper de l’herbe avec sa hache ou encore forer la terre avec une marmite. Un jour il fit le pari de monter seul sur le mont Mae-Yakushi. À son retour, il raconta qu’il avait trouvé trois géants perchés en haut d’un énorme rocher fiché au sommet du mont. À leurs pieds, il y avait une quantité phénoménale d’or et d’argent. Le voyant s’ approcher, ils se mirent en colère et leurs regards lui lancèrent des lueurs effrayantes. Quand il leur expliqua qu’il s’était perdu alors qu’il montait le mont Hayachine, ils lui répondirent qu’ils devaient le laisser redescendre, le guidèrent jusqu’à un endroit proche du pied de la montagne. Ils lui dirent de fermer les yeux. Quand il les rouvrit, ces êtres étranges « ces étrangers », ijin 異 人, avaient disparu. »

Tōno monogatari shūi, paragraphe 29


Remarquons enfin que les tengu de nos Contes ne semblent par perpétrer de rapt alors que cette pratique est souvent liée au phénomène d'occultation divine kami kakushi 神隠し, thème qui est pourtant développé dans certains paragraphes. Aussi, comme nous l'avons signalé, les tengu de nos deux monogatari ne reprennent que très peu des caractéristiques qui leur ont été habituellement reconnues ou attribuées au fil des siècles ; les témoignages de SASAKI Kizen 佐々 木 喜 善 (1886-1933) compilés par YANAGITA les nomment tengu mais en sont-ils vraiment ? En effet, dans nos deux ouvrages, entre yama no kami, ijin et tengu la frontière semble assez vague et imprécise.


Notes : 1)  En complément à ce conte, le paragraphe 235 du Tōno monogatari shūi précise que le grand-père de Sasaki Kizen aurait vu dans le ciel deux « moines de grande taille » habillés de rouge à bord dʼun ballon (?) se dirigeant vers le sud du mont Rokko. Montrer ainsi un tengu en contact avec la société contemporaine de Meiji ou en laissant des traces de sa présence est aussi une façon de l'authentifier, de le crédibiliser, et plus généralement, de faire le pont entre le passé/lʼhistoire/les traditions et croyances, et le présent du début du XXe siècle.

2) Ils sont parfois associés aux divinités shintō Saruta-hiko et Susanowo no mikoto, ou encore à Garuda, oiseau fabuleux de la mythologie hindouiste et bouddhiste, une divinité quand à elle connue pour être parfois destructrice et guerrière. Le bouddhisme japonais a longtemps fait des tengu des sortes de démons indisciplinés ou des divinités bagarreuses qui excellent en arts martiaux : dans le Konjaku monogatari 今 昔物語 (Histoires qui sont maintenant du passé, compilé au début du XIIe s.), un texte dont le but est dʼ illustrer la loi bouddhique, les tengu sont décrits comme des ennemis du bouddhisme car ils s'en prennent notamment aux moines et incendient des temples. Jusqu'au XIIIe siècle, les tengu sont souvent dépeints comme les fantômes de prêtres hérétiques, vaniteux ou colériques, ou encore comme la cause de nombreux troubles au Japon en s'en prenant notamment aux membres de la famille impériale : la cécité de l'empereur Sanjō 三条天皇 (976-1017) leur est, par exemple, attribuée. Mais le temps atténua et fit évoluer petit à petit leur image surtout entre les XIIIe et XVIIe siècles, période durant laquelle ils devinrent progressivement des sortes de génies des montagnes, plus bienveillants et amicaux, parfois moqueurs ou même protecteurs ou gardiens des temples et des objets de culte. (Cf. Itō Nobuhiro 伊藤信博, Tengu no imēji ni tsuite,Jūni seiki kōhan made wo chūshin ni 天狗のイメージ生成について―十二世紀後半までを 中心に― (La formation de l’image du tengu, étude jusqu’à la fin du XII e s.), in Gengobunka ronshū 言語 文化論集 (Revue d’études en langues et cultures), vol. 23-1, Nagoya daigaku daigakuin kokusai gengo bunka kenkyūka 名古屋大学大学院国際言語文化研究科 (École doctorale internationale des langues et cultures, université de Nagoya), novembre 2007, pp. 75-92.).

3) « Il existe une montagne appelée le « bois des tengu », tengu no mori 天狗森 (nommée en 2013 « le bois des cieux » ten ga mori), dans le village de Matsuzaki. Un jeune homme de ce village était venu travailler dans les champs de mûriers qui se trouvaient aux pieds de cette montagne, quand il fut pris d’une très grande fatigue. Il s’assit un bon moment sur une diguette entre deux champs. Aussitôt qu’il s’endormit, vint un homme très grand, son visage était rouge vif. Le jeune homme plutôt facile à vivre et habitué à pratiquer des sports comme la lutte sumo, n’apprécia guère d’être ainsi regardé de haut par cet étranger de haute taille. Il se releva d’un bond et lui demanda : « Dʼoù venez-vous ? » Il n’eut aucune réponse. Il se dit qu’il pourrait probablement repousser facilement ce grand homme. Confiant de sa force, le jeune homme s’apprêtait à bondir et lutter, quand il fut jeté en l’air et perdit conscience. Quand il reprit ses esprits dans la soirée et qu’il regarda autour de lui, bien entendu, le grand homme n’était plus là. Le jeune homme repartit chez lui et raconta à sa famille son expérience. Le même automne, ce jeune homme se rendit au mont Hayachine conduisant ses chevaux comme les autres villageois venus pour couper des bouquets de trèfles. Quand ce fut le moment de rentrer, seul ce garçon manquait. Tous en furent surpris et le cherchèrent. On raconte qu’il est mort dans les profondeurs de la vallée, les membres arrachés un à un. Ces faits se passèrent il y a 20-30 ans et les anciens se rappellent encore ces événements. Depuis les temps anciens, beaucoup croient que des tengu vivent nombreux dans la-dite forêt. »

Tōno monogatari, paragraphe 90"

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Allan Grady Phipps auteur d'une thèse de doctorat intitulée Japanese use of Beni-Tengu-Dake (Amanita Muscaria) and the efficacy of traditional detoxification methods. ((Florida International University Electron., 2000)


"Amanita muscaria, connue sous le nom de « beni tengu take » (Imazeki, 1973) est intimement liée à la riche mythologie japonaise (Wheelan, 1994). Le terme « tengu » désigne des gobelins insaisissables et magiques qui vivent dans les montagnes, respectés en tant que gardiens des temples et redoutés pour leur penchant pour les farces espiègles (Casal, 1957). Les habitants des zones rurales du Japon croient que les tengu prennent une forme humaine quelque peu modifiée, avec un visage rouge, un long nez, des yeux brillants et des ailes (Piggott, 1987). On croyait également que ces gobelins pouvaient posséder temporairement des moines bouddhistes (yamabushi) vivant au cœur des forêts de montagne (Earhart, 1970). Dans sa critique (1908) d'un conte populaire japonais intitulé Mottomo no soshi, de Visser décrit comment les tengu "s'enivraient en mangeant un certain type de champignon", probablement l'Amanita muscaria. Les composés bioactifs du Beni-tengu-take pourraient facilement expliquer une telle réaction. Pourtant, les habitants de la ville de Sanada consomment ces champignons comme aliment. Comment peuvent-ils consommer un champignon toxique sans en subir les effets néfastes ?


Timothy Johns (1990) nous éclaire sur la manière dont les habitants de Sanada consomment ces champignons vénéneux. Il explique que les êtres humains possèdent des caractéristiques culturelles uniques qui façonnent leurs interactions avec les constituants chimiques des organismes vivants. L'une de ces caractéristiques est le langage, qui permet de transmettre et de conserver le savoir culturel. La connaissance de la préparation et de la consommation du beni-tengu-take fait partie de la tradition orale de Sanada.

De simples innovations technologiques, comme la cuisine, sont aussi des traits culturels qui ont rendu les humains moins vulnérables aux dangers des toxines alimentaires (Johns 1990). Il y a longtemps, les habitants de Sanada Town ont découvert que la cuisson à l'eau bouillante et la marinade permettaient d'accroître la solubilité des toxines de ces champignons. En augmentant la solubilité des toxines, ils parvenaient à les éliminer et à rendre les champignons comestibles.

Il existe d'autres façons de préparer l'Amanita muscaria. Certains grillent les chapeaux, tandis que d'autres font sécher les champignons puis émiettent les chapeaux pour les utiliser comme assaisonnement. Ces pratiques locales de consommation d'A. muscaria n'ont pas été documentées avec précision et l'efficacité de ces procédés d'extraction n'a pas été testée scientifiquement.

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Les noms vernaculaires courants d'Amanita muscaria incluent soma, amanite tue-mouches et amanite mouchetée. Les Japonais appellent Amanita muscaria soit beni-tengu-take (champignon lutin à long nez et à face rouge), soit hai-tori-take (tueur de mouches) (Imazeki 1973, Imazeki et Honda 1984, Imazeki et Wasson 1973, Ott 1976b).

[...]

Les Japonais donnaient deux noms à l'Amanita muscaria : beni-tengu-take et hai-tori-take. Beni-tengu faisait référence à un lutin populaire au visage rouge et au long nez, issu de la démonologie japonaise. Ce lutin était capable de voler et réputé pour sa malice, deux caractéristiques associées à une consommation excessive de ces champignons. Hai-tori se traduit littéralement par « tueur de mouches ». Les Japonais avaient conscience du potentiel insecticide de l'Amanita muscaria et utilisaient une infusion de ce champignon dans du lait en cuisine. Take signifie « champignon » ou « fongique ».

[...]

TEINTURE : Bien que ce mode de consommation soit rare, il est peut-être le plus intéressant. Il est possible que les moines Yamabushi aient une pratique similaire consistant à consommer une teinture alcoolique d'Amanita muscaria lors de leur rituel du feu Goma. Earhart (1970) a noté dans ses observations du rituel Goma que ces moines buvaient une boisson alcoolisée qui provoquait une sensation de vol ; cependant, il n'a pas révélé la composition de cette boisson. Le rituel du feu Goma du Japon pourrait être linguistiquement apparenté au rituel du feu Soma du Rig-Veda. Si cela est vrai, il serait possible de retracer l'origine du rituel Goma japonais, du tengu gobelin et de l'utilisation d'une teinture d'A. muscaria jusqu'au culte de Soma dans le Rig-Veda."

Dario Ré, dans sa thèse de doctorat intitulée Performing Symbiosis : Mushrooms and Contemporary Art. (Concordia University, 2016) mentionne le nom japonais de l'Amanite tue-mouche qui la relie au Tengu :


"L'Amanita muscaria, dans sa forme la plus courante, tant dans l'écosystème naturel que dans un contexte iconographique, se distingue par un chapeau d'un rouge écarlate vif, parsemé de fines paillettes ou de points blancs. L'organisme lui-même entretient une relation symbiotique avec les bouleaux, les pins et les sapins, ce qui explique que son aire de répartition s'étende à l'ensemble de l'hémisphère nord : de la toundra sibérienne subarctique au désert texan brûlant. (1) Il est connu sous le nom de Fly Agaric en anglais, Mukhomer en russe, Amanite tue-mouche en français, Moscario en italien, Fliegenpilz en allemand, Hong mosquero en espagnol et Beni-tengu-take (ou « champignon gobelin au long nez ») en japonais.


Note : 1) Bien que ses origines ancestrales se situent dans l’hémisphère nord, la mondialisation et la capacité d’adaptation de ce champignon lui ont permis de se propager sur tous les continents. Il est désormais considéré comme une espèce envahissante. Voir Ian A. Dickie et Peter R. Johnson, « Invasive Fungi Research Priorities with a Focus on Amanita muscaria », rapport de contrat de Landcare Research LC0809/027, 2008."

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Pierre Dubois, dans Mon Dictionnaire du merveilleux (Éditions Philippe Rey, 2025) consacre un article au gobelin japonais :


"Même si un grandnombre d'entre eux se sont égarés dans les mangas plus lucratifs, au Pays du Soleil couchant, les Yôkaï existent toujours... Même lorsque le béton bétonne tout, il y a toujours suffisamment de recoins, de jardins, de nature, de villages et Vieux Lieuxpour s'y réfugier et faire des petits.

Ils sont l'âme bonne ou mauvaise de toutes choses.... L'animismeest bienveillant et respectueux de leur Grand Âge. Ne sont-ils pas nés avec le jour ? Ne sont-ils pas dans la faune et la flore ; n'entend-on pas leur voix dans le froissement des bambous ?!, dans le craquement de vieux meubles... dans les regard des enfants lorsqu'ils rêvassent... Ils veillent sur chaque lieu de la maison.


Yôkaï, du chinois Yaoguaï - Yao : sortilège, maléfice, prodiges monstrueux ; Gwaï : ce qui est étrange, bizarre,  « créature fantastique qui peut se métamorphoser ». On l'a aussi appelé Bakemono et Obake : être à transformation : parfois à moitié humain, fantôme, animal, meuble, végétal. Il peut être une odeur, un bruit, un parapkuie.

Il s'est d'abord imposé dans l'imaginaire des anciennes croyances, des récits des conteurs, montreurs d'images, théâtre de rue, dans les rouleaux d'estampes dont le « Tsuchigumo Sôshi » en mygale géante... Pour suivre son chemin, en profitant de l'apparition de la gravure sur bois, plus largement diffusé sous forme de petits livres imprimés. Jusqu'à la publication du fabuleux Gazu Hyakki yagyô : premier encyclopédie illustrée en trois volumes (1769-1771-1778) dessinée et conçue par Toriyama Sekien. Elle rassemble toutes les espèces de yôkaï recensés dans les écrits transmis par les contes et récits populaires, et les arts de la scène. Une page et fiche signalétique attribuée à chacun d'entre eux représentait avec une absolue fidélité l'iconographie traditionnelle...

[...]

Les Yôkaï nt encore de beaux jours devant eux... Ils traversent, survolent les forêts, murailles et béton comme les elfes, les fées, les fantômes le font avec le temps : rien ne les arrête. Ils peuvent même se métamorphoser en vieilles sandales, en lanternes. On dit même que tout objet au bout de cent ans peut se transformer en Yôkaï.

Des origines du jou et de la nuit, du plus haut Moyen Âge, à l'époque de Heian (VIIIe-XIIe siècle), à l'époque d'Edo (XVIIe-XIXe siècle) jusqu'aux demains, ils inqhiètent, effraient, disparaissent, reparaissent, jouent aux héros, à la bataille, aux vampires, guettent, surgissent au gré des aspirations, sèment ici et là leurs rêves... Il y a toujours un conteur, un acteur, un écrivain, un peintre pour suivre leurs envols, écouter leurs chants et histoires, pour les répéter de page en page à tous les échos.

Le dernier de ces « intermédiaires » - cnteurs,dessinateurs, « passeurs » - contemporains est Shigeru Mizuki, le talentueux auteur du Dictionnaire des Yôkaï.

Celui-là, Shigeru Mizeki, né en 1922 dans la province de Tottori, a pris très tôt le Yôkaï par les cornes et ne l'a plus lâché : un vrai samouraï de la plume et du pinceau ! D'abord auteur de mangas pour les bibliothèques de prêts à Tokyo, inspiré parles vieux contes et légendes qu'il est allé glaner ici et là sur les chemins éparpillés des Yôkaï, ainsi que par les travaux d'ethnologie - écolo - spiritualiste des sages savants Kumagusu Minakata et Kuno Yanagita, Mizuki va poursuivre sa quête. « Depuis que je suis tout petit, j'ai toujours été attiré par les Yôkaï, fantômes et divinités diverses », confie-t-il. Les rêves de l'enfance ne sont-ils pas les projections et signes des destinées ? N'esquissent-ils pas les desseins des demains ? Un appel des Yôkaï à ne pas disparaître, se dessécher, s'étioler jusqu'à l'oubli. Un appel à l'enfant « né coiffé » qui, comme Mizuki, va leur ouvrir les vannes des Sources de Jouvence.


Quelques Yôkaï parmi les Yôkaï


 « Et en effet quelle est la réalité ? Dans le grand jeu

biologique et social qui se déroule perpétuellement

entre les vivants et les morts, il est clair que

les seuls gagnants sont les premiers... »

Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage.


Il y en a des centaines et des centaines, partout dans tous les coins, dans tous les éléments, dans la nature, la surnature. [...]

Il y en a tant qu'on n'en finirait jamais, il s'en retrouve toujours. Toutefois on ne peut ignorer les quatre plus importants - ça nous porterait malheur... et à nos proches aussi !...

[...]

Tengu : Il est avec le Kappa un Yôkaï supérieur du Panthéon de la Mythologie japonaise. Il est plein de puissance. On appelle une avalanche de montagne « un chamboulement de Tengu ». Mizuki le considère comme une sorte de guerrier parmi les Yôkaï divins... et c'est peu dire : d'un coup d'épaule, il vous écroule un temple de pierre, et d'un coup de talon en pulvérise les ruines... Le Tengu du mont Kasa en pays Gifu est toujours vénéré par les bûcherons qui, chaque fois qu'ils doivent abattre un arbre, viennent lui déposer en offrande un copieux gâteau de riz : botomachi, dont il est très friand.

Auprès de ce propriétaire et protecteur de la montagne, des forêts et de sa faune, les chasseurs ne sont pas toujours les bienvenus. Il veille ses animaux comme un berger ses moutons. Il tolère quelques coups de fusil, mais gare aux viandards !... il y en a qui n'en reviennent plus. Ses arbres préférés sont les hauts sapins et les grands cèdres. Parfois il lui arrive de s'introduire dans l'un d'eux, se laissant tronçonner en planches, poutres, en charpente pour s'introduire à l'intérieur des maisons et ainsi voir et entendre comment va le monde d'en bas - le monde humain dont il se méfie. On abrite chez soi un Tengu et on ne le sait même pas.

On raconte qu'aux origines il vient du feu des cieux, qu'il est descendu di ciel en même temps que les étoiles filantes sous la forme d'un chien ailé. Tengu signifie « Renard Céleste », il n'en a rien gardé de l'apparence.

A quoi ressemble-t-il ? Justement on ne sait trop guère.

Quelqu'un qui se promène tranquillement en montagne, dans les bois, ne devine pas qu'il marche parfois sur un Tengu, que le gros rocher sur lequel il s'assied peut-être aussi un Tengu, que la trouée de ciel entre les frondaisons est un Tengu bleu... Parfois, cependant, il se montre, ou plutôt se laisse deviner : le Tengu supérieur empreint de noblesse, visage carminé, chevelure de neige, paré d'un manteau de plumes colorées. Son apparition est fugitive.

Le Tengu inférieur plus sauvage, trapu, à la fois animal et végétal apparaît sombre, griffu, bourru, grimaçant comme un singe, couvert de feuillages.

Mais tous les deux exhibent le même nez, aussi rouge et énorme qu'une courge.

Quelques ethnologues suggèrent que ce serait un souvenir qu'auraient laissé les Jésuites venus jadis évangéliser les Japonais aux profils plus délicatement menus."

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