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Le Tamier




Étymologie :


  • TAMIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1791 (Valm.). Dér., à l'aide du suff. -ier*, du m. fr. tam « sorte de plante grimpante » (1611, Cotgr.), lequel est empr. au lat. thamnum « sorte d'arbrisseau » (att. chez Columelle), lui-même empr. au gr. θ α ́ μ ν ο ς « buisson, taillis ».


  • TAMINIER, subst. masc.

Prononc. et Orth .: [taminje]. Att. ds Ac. dep. 1835. Étymol. et Hist. 1812 (Mozin-Biber). Var. de tamier*.


Autres noms : Dioscorea communis - Haut liseron - Herbe aux femmes battues - Racine-vierge - Raisin du Diable - Respounchou - Sceau de la Vierge - Sceau de Notre-Dame - Tamier commun - Taminier - Vigne noire -

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Botanique :


Selon Amina Boudjada et Salah Rhouati, auteurs d'une Etude phytochimique de deux espèces Crataegus azarolus L.(Rosaceae) et Dioscorea communis L.(Dioscoreaceae). (Thèse de doctorat, Université de Constantine 1, 2018, جامعة الإخوة منتوري قسنطينة.‎) :


Description : Dioscorea communis est une plante herbacée vivace, rhizomateuse, grimpante, lianescente de 2 à 3 m d’hauteur, dioïque, glabre, à tige grêle, cylindrique, striée, dépourvue de vrilles ; la racine est grosse noirâtre tubérisée, ressemblant à un gros navet et pouvant peser plusieurs kilos. Les feuilles sont alternes en forme de fer de lance ou cordiformes très effilées en pointe, aux nervures fortement marquées et pourvues de deux stipules épineux. La floraison aura lieu au printemps (Avril-Juin selon le climat). Les fleurs femelles étoilées (5-7 mm) [sont] de couleur jaune verdâtre, les [fleurs] mâles sont réunies en panicules. Les fruits sont sous forme de baies charnues rouges, juteuses, renfermant 5 graines sphériques.

 










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Utilisations traditionnelles et médicales :


Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


Quant aux rhizômes de sceau de la Vierge (Tamus communis), [...] leur décoction est communément administrée dans les hydropisies ; elle l'est aussi dans des cas graves où elle n'a, le plus souvent, pour effet que de précipiter le dénouement fatal ; elle l'est enfin dans d'autres circonstances sur lesquelles je n'ai jamais pu obtenir de renseignements, et qui sont certainement criminelles.

[...]

On cherche à provoquer la résolution des engorgements produits par les contusions, en appliquant sur la partie contuse ou tuméfiée des feuilles fraîches et écrasées de Sceau-de-Notre-Dame.

 

Dans sa thèse intitulée Les désignations des plantes sauvages dans les variétés arbëreshe (albanais d’Italie) : étude sémantique et motivationnelle. (Linguistique. Université Côte d’Azur ; Università degli studi della Calabria, 2017) Maria Luisa Pignoli rapporte les utilisations suivantes du Tamier commun :


 Propriétés et utilisation : Le tamier est une plante toxique : les rhizomes et les baies contiennent de la diosgénine et des dérivés histaminiques pouvant provoquer de graves irritations aux muqueuses, des vomissements, de la diarrhée et des troubles respiratoires, tandis que l’ingestion des baies peut être mortelle pour les enfants (Guarrera, 2006 : 202). Dans les communautés albanophones enquêtées, dans les aires arbëreshe et romanes du Vulture et en Sardaigne, les jeunes pousses sont utilisées dans l’alimentation humaine et sont consommées bouillies ou frites, en omelette ou en salade, tout comme les turions des asperges et les autres légumes (Pieroni et al., 2002a : 172 ; Guarrera, 2006 : 202 ; Atzei, 2003 : 124). En médecine populaire, on apprécie surtout ses propriétés vulnéraires, purgatives, diurétiques et antalgiques ; en particulier, au Kosovo le jus des rhizomes est utilisé comme pommade antirhumatismale (Mustafa et al., 2012a : 750). Viegi et al. (2003 : 231, 236) illustrent les propriétés vulnéraires des baies du tamier en médecine vétérinaire où elles sont utilisées pour le traitement des blessures et des inflammations du cou des bovins ; ces pathologies cutanées sont généralement causées par le frottement du joug sur la peau des animaux et, en y frottant les baies de la plante, la peau cicatrise.

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Amina Boudjada et Salah Rhouati, auteurs d'une Etude phytochimique de deux espèces Crataegus azarolus L.(Rosaceae) et Dioscorea communis L.(Dioscoreaceae). (Thèse de doctorat, Université de Constantine 1, 2018, جامعة الإخوة منتوري قسنطينة.‎) recensent les différents usages du Tamier encore en vigueur en Algérie :


Dioscorea communis est dans son ensemble un gros rhizome noirâtre [qui] contient un lait astringent (oxalates de calcium) [et] qui peut provoquer des dermites de contact.

La pulpe, autrefois prescrite comme purgatif et diurétique, est principalement utilisée pour ses propriétés antinévralgiques en usage externe sous forme de cataplasme (racine cuite) pour traiter les hématomes et les ecchymoses.

Les racines sont douées d’activité diurétique, hémolytique, émétique, cathartique et rubéfiante. Elles [sont} même recommandées dans le traitement de la coqueluche, [de la] bronchite et [des] contusions. Les rhizomes et tubercules sont utilisés en médecine folklorique comme rubéfiant, dans le traitement des rhumatismes, de l'arthrose, des lumbagos et des dermatoses.

Les fruits de Dioscoréa communis [sont] doués d'activité anti-inflammatoire : [ils] sont frottés sur la peau pour soulager les douleurs arthritiques et rhumatismales.

D'autre part, différentes parties de la plante sont utilisées en médecine traditionnelle pour le traitement des tumeurs et polypes.

[...]

Données pharmacologiques : Des études ont démontré que des extraits de rhizomes de Dioscorea communis contiennent des glycosides stéroïdiens et phénanthrènes ayant un potentiel cytotoxique, anticancéreux, antiviraux antimicrobiens et anti-inflammatoires.


Données toxicologiques : Les tubercules de Dioscorea communis peuvent provoquer une irritation une fois frottés sur la peau. La plante bénéficie d'une réputation, totalement usurpée, d'action curatrice des ecchymoses ; cet usage est à proscrire formellement, les risques de dermatites étant bien supérieurs aux bénéfices attendus. Les analyses chimiques ont montré la présence d’histamine dans le mucilage de rhizome de Dioscorea communis, ce qui peut contribuer à des réactions de dermatite de contact chez l'homme. En outre, les glycosides stéroïdes et les phénanthrènes isolés des rhizomes de Dioscorea communis suggèrent que ces éléments exercent une activité cytotoxique chez les animaux, mais leurs effets sur l'homme ne sont pas encore connus.. La racine, dont la pulpe est rubéfiante et vésicante provoque des ampoules sur la peau.

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M.-A. Barny dans un article du Bulletin de la Société Botanique du Périgord (numéro 96, 2019, p. 17) pour nous révèle une recette traditionnelle de l'Aveyron :


Nids de Pâques : Avec le printemps viennent les jeunes pousses. Certaines plantes, notamment des lianes sortent, de terre et se faufilent dans les fourrés pour en sortir comme des doigt pointés vers le ciel. À ce stade, elles sont tendres et exemptes de toxicité. La plus connue est celle du Tamier, Dioscorea communis, très appréciée des aveyronnais sous le nom de repountchou, mais le Houblon, moins amer, se consomme de la même manière.


  • 1 botte de pousses de Houblon [ou de repountchou]

  • 3 œufs de caille

  • 10 noisettes concassées

  • Sel, poivre de Sichuan, noix de beurre.


Cuire les pousses de Houblon [ou de tamier] 10 min dans un panier vapeur. Réserver au chaud. Cuire les œufs de caille mollets, 2 min. Les passer sous l’eau froide et les écaler. Dresser une assiette creuse en disposant les pousses de Houblon en un gros nid. Faire fondre le beurre dessus. Déposer les œufs de caille dans le creux formé. Saler, poivrer et parsemer de noisettes. Bonne dégustation.

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Dans La Vie érotique de mon potager (Éditions Terre Vivante, 2019), Xavier Mathias évoque le Tamier en lien avec les usages culinaires de l'Asperge :


Signalons aussi [...] pour les jardiniers amateurs de cueillette sauvage, les célèbres respounchous, ces jeunes pousses de tamier, la fameuse « herbe aux femmes battues » (Son gros tubercule souterrain était traditionnellement employé pour lutter contre les hématomes) - une dénomination qui nous éloigne de notre sujet, convenons-en.

 



Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme du taminier :


TAMINIER - SOYEZ MON APPUI.

Le Taminier, vulgairement racine vierge, ou sceau de Notre Dame, se trouve par toute l'Europe ; ses faibles tiges demandent un soutien et font un effet charmant partout où elles s'appuient.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Taminier - Appui. Parce que sa tige sarmenteuse a besoin d’un appui.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


TAME COMMUN - APPUI.

Mes cris s'élèvent vers vous, Seigneur ; ô mon appui, ne vous taisez pas ; si vous vous taisez, je serai semblable à ceux qui descendent dans le sépulcre. Exaucez, Seigneur, la voix de mes supplications, lorsque je crie vers vous et que je tends les mains vers votre saint temple. ·

Psaumes : XXVII, 12.

 

Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


TAMINIER - j'IMPLORE VOTRE APPUI.

Plante originaire de Barbarie, qui croît dans les bois et dans les haies. Les orientaux mangent ses jeunes pousses en salade. Sa racine est purgative.

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Maria Luisa Pignoli, autrice d'une thèse intitulée Les désignations des plantes sauvages dans les variétés arbëreshe (albanais d’Italie) : étude sémantique et motivationnelle. (Linguistique. Université Côte d’Azur ; Università degli studi della Calabria, 2017) se penche sur les croyances liées aux différents noms arbëreshe du Tamier commun :


Analyse lexico-sémantique des désignations :

1- [...] Or, un tel rapprochement de formes lexicales s’explique ‒ du point de vue du signifiant ‒ avec le changement -dh-/-th- > -v- que Çabej a indiqué en comparant les données lexicales albanaises, dont on a obtenu comme résultat le fait que les évolutions formelles ont eu leur origine, selon toute probabilité, de la forme alb. dhrí « vigne » > vrí « sarment » (SE, II : 70-71) et, de cette dernière forme, s’est développé probablement le groupe de phytonymes arbëreshë désignant le tamier. Tout comme le fait Çabej, nous considérons la forme alb. dhrí « vigne » comme primaire et comme celle de laquelle dérivent par conséquent toutes les autres dénominations, y compris celles du liseron indiquées ci-dessus après l’évolution -dh- > -v- décrite par cet auteur. Une dernière remarque est nécessaire pour expliquer la présence de /m-/ et /ɫ-/ en début de mot dans les noms [mavrˈiː] mavri et [ɫuvrˈiː] lluvri. Selon toute probabilité, il s’agit de formes dues à une convergence paronymique en raison du fait que dans le répertoire lexicale albanais il existe d’autres termes rapprochables de ces deux phytonymes : alb. maví « violacé, blême » (SE, V : 293) ; arb. mavrí « sombre, blême » dans les parlers arbëreshë du Molise et « malheureux, misérable » (F : 237). Ces mots ont pu plausiblement désigner, à un certain moment, les bourgeons vert foncés du tamier qui étaient utilisés pour l’alimentation humaine. La latérale vélarisée est la consonne par laquelle commence aussi le mot arb. lluví « cosse, gousse de fève ou pois » (F : 248 ; Baffa, 2009 : 61 ; Scutari, 2002 : 48 ; Pignoli et al., 2007 : 102) et, en raison du port rampant que les plantes de fèves et pois ont, il est possible que la convergence paronymique ait été favorisée moyennant une métonymie de « la partie pour le tout ».

Il est intéressant de remarquer que du point de vue botanique, toutes ces formes lexicales désignent un ensemble de cinq espèces au port grimpant, volubiles, s’enroulant sur un support telles que la vigne, la clématite, le lierre, le liseron et le tamier. Si l’on observe de plus près les données de notre corpus, le liseron prend aussi une autre dénomination dans la communauté sicilienne de Hora/Piana (P 48) : [drˈɛðez] dredhez ; ce dernier phytonyme nous permettant de compléter le tableau des noms des plantes rampantes et grimpantes du domaine albanais. Si l’on postule comme trait prototypique choisi pour nommer ces plantes ainsi que leur développement rampant et grimpant, il faut que cette motivation trouve une correspondance dans le signifiant : il est donc possible que le concept de « rampant, grimpant » ait été traduit formellement en -dhr- > -dr- > -vr- ou, avec métathèse, en -rdh- > -rth-, ces derniers ayant une correspondance dans la racine chamito-sémitique *dVr-dVr « tourner » > hebr. drdr « tourner » ; ar. drdr « tourner » (HS : 174). Du côté indoeuropéen, il est possible de tracer une correspondance avec la racine IE.*dh regh - « courir » > gr. tršcw « courir », gr. trocÒj « roue », arm. durgn « roue du potier », irl.a. droch « roue » (IEW, I : 273 ; EDG : 1507) en raison du mouvement circulaire que la roue fait en s’enroulant sur elle-même et qui correspond à la manière de « courir » en s’enroulant sur elles-mêmes des plantes grimpantes et rampantes analysées ci-dessus.


2- [rːaɱbiʃkˈande] est un emprunt au cal. rambəcandə « lierre » (NDDC : 569) qui signifie littéralement « (plante) grimpante » en désignant ainsi le port rampant de cette espèce.

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