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  • Anne

Le Lithops

à 1'50 :



Étymologie :


Leur nom scientifique est tiré des mots grecs lithos, "pierre" et opsis, "apparence".


Autres noms : Caillou vivant ; Jouet hottentot ; Pierre vivante ; Pierre vive ; Plante-caillou ; Plante-fesse ; Popo.



Botanique :


Steven Hammer dans Lithops, joyaux du Veld (Editions Quae, 2010) s'interroge sur les raisons qui font de cette plante une virtuose du camouflage :


Certaines espèces sont vraiment assorties aux pierres parmi lesquelles elles poussent, un phénomène qui a été plutôt débattu. Pour citer Nel : « On ne sait pas encore pourquoi ces plantes ressemblent à leur environnement, à la fois par leur forme et par leur couleur, et il est bien peu probable que l'on puisse y répondre un jour. Il est bien sûr assez facile, comme l'ont fait certains, de chevaucher le Pégase du merveilleux et de postuler alors que des rayons invisibles ou mystérieux émanent du sol et influencent ainsi la plante à un point tel qu'elle se met à lui

ressembler ; mais cela revient à dire adieu à la science et à entrer dans le domaine de la spéculation, détachée de l'expérimentation. Pourquoi, par exemple, Lithops lesliei est brun rouille dans le sol rouge issu des minerais de fer et Lithops gracilidelineata est blanc parmi les morceaux de quartz blanc ? C'est un problème qui n'en finit pas de nous déconcerter. » De son côté, M. Grande suggère que ce sont les pierres qui imitent les lithops !

[…]

A la période sèche, les lithops peuvent se rétracter à tel point que leurs terriers se remplissent du sable soufflé par le vent, et ils deviennent dans ce cas-là littéralement indécelables, à moins d'être trahis par un fruit sec qui dépasserait ou un reste de vieille feuille. Certaines espaces, comme Lithops verruculosa, se révèlent incroyablement assorties à leur milieu, ce qui est particulièrement impressionnant quand on considère que cette espèce polychrome pousse dans une mosaïque de pierres multicolores, où des grains de sable rouge ajoutent encore aux riches variations de teinte et de texture.

Un mystère associé tourne autour du phénomène des « fenêtres » ou fenestration. La surface supérieure de nombreuses espèces présente en effet un degré plus ou moins grand de transparence. Dans certains cas, cette surface entière est claire, conférant à une plante semi-enterrée l'apparence d'un œil ou d'un périscope. D'ailleurs, l'un des noms communs sud-africains des lithops, « oogies » ou « œil », reflète justement ce phénomène.

[…] Dans tous les cas, les couches de chlorophylle des lithops tapissent la base et les côtés de la plante ; la lumière filtrée s'écoule par l'apex clair, ponctué ou semi-opaque, pour atteindre ces couches de manière très efficace. Le soleil sud-africain est si intense que même une lumière doublement filtrée suffit à les faire pousser.

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Stefano Mancuso et Renaud Temperini dans leur ouvrage intitulé La Révolution des plantes : Comment les plantes ont déjà inventé notre avenir (Éditions Albin Michel, 2019) confirment l'intelligence des lithops :


Le mimétisme cryptique du lithops mérite ainsi une mention spéciale, car on ne saurait parler de ce phénomène sans évoquer sa prodigieuse habileté. Le lithops (du grec lithos, "pierre", et opsis, "aspect") constituent un genre de la famille des Aizoaceae, qui rassemble des espèces originaires pour la plupart des zones désertiques de la Namibie et de l'Afrique du Sud. Comme leur nom l'indique, elles ressemblent à des pierres. Mais, outre leur capacité mimétique, elles possèdent toute une série de remarquables facultés d'adaptation qui leur permettent de survivre dans les déserts dont elles proviennent.

De dimensions réduites, elles ont un appareil foliaire limité à deux feuilles, séparées par une fissure à travers laquelle poussent leurs fleurs. Excellentes au goût et de couleur variable (leurs striures et leurs taches présentent une gamme qui va du vert au rouge rouille, du blanc crème au gris et au violet), ces feuilles imitent à la perfection la forme et les nuances de petits cailloux. Nos lecteurs en ont sans doute rencontré sur des marchés, où elles reçoivent, entre autres, les appellations de "pierres vives" ou de "cailloux vivants". Pour survivre aux températures élevées et au manque d'eau, elles ont développé une tige réduite au strict minimum et souvent souterraine, de manière à ce que seules leurs familles, voire uniquement leur sommet plat, dépassent de la surface du sol et imitent ainsi, en tout et pour tout, de petits cailloux. De surcroît, ces mêmes feuilles sont souvent "fenêtrées" : elles présentent des zones que leur insuffisance en chlorophylle rend transparentes et qui permettent à la lumière d'atteindre les parties les plus reculées de la plante, non exposées à un éclairage direct.

Leur capacité à se fondre dans le terrain caillouteux du désert est quant à elle un avantage évident pour des plantes qui, en l'absence d'épines ou d'autres dispositifs du même genre, et a fortiori dans un milieu où l'eau que contiennent leurs succulentes feuilles constitue une ressource des plus précieuses, n'auraient sans cela aucune possibilité de se défendre contre la prédation animale. En outre, les combinaisons et les variations chromatiques sont, chez les végétaux, des instruments de communication efficaces.

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Symbolisme :

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