Le Jeu de quilles
- Anne

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Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Étymologie :
Étymol. et Hist. 1. a) 1288 jeux (Jean de Journi, Dîme de pénitence, 2604 ds T.-L.) ; b) 1690 comme un chien dans un jeu de quilles « de façon inopportune » (Fur.) ; 2. 1455 « jambe » (Procès des Coquillards ds Sain. Sources arg. t. 1, p. 97) ; mil. du xves. trousser ses quilles « partir » (Charles d'Orléans, Poésies, éd. P. Champion, t. 2, p. 334) ; 1846 jouer des quilles « s'enfuir » (Intérieur prisons, p. 243) ; 3. 1746 « bande de parement qu'on met à une robe, le long de la couture du côté » (La Morlière, Angola, p. 7, 14) ; 4. 1867 « bouteille mince et allongée » (Gautier, loc. cit.) ; 5. 1895 « fille, fillette » (d'apr. Esn.) ; 6. 1936 arg. milit. (d'apr. Esn.). Empr. au m. h. all.kegel, att. au sens 1 a (a. h. all. kegil « piquet, poteau »), v. Kluge20, Duden Etymol. L'orig. des sens5-6est obsc. : 6 pourrait être soit déverbal de quiller « abandonner » (1899 d'apr. Esn.), lui-même issu de quiller* « remettre debout (les quilles abattues) », « laisser là », soit, de manière moins probable, déverbal de quiller « partir vite » (1890 d'apr. Esn.), issu de jouer des quilles « s'enfuir » (1846, supra), cf. déjà trousser ses quilles « partir » au mil. du xves.
Lire également la définition du nom quilles afin d'amorcer la réflexion symbolique.
Expressions populaires :
Dans La Puce à l'oreille (Éditions André Balland, 1988) Claude Duneton explique l'origine de l'expression populaire "faire chou blanc" en la rapprochant du jeu de quilles :
LES QUILLES : Le jeu de quilles est un autre de ces jeux traditionnels depuis le XIVe siècle. Au bâton ou à la boule il semble avoir été pour la France du Nord ce que la pétanque est demeurée pour le Midi, un jeu essentiellement populaire. « De tous temps les pouvoirs publics se sont intéressés aux quilles, soit pour les interdire, soit pour les limiter. Ils leur reprochaient de troubler l’ordre public, d’inciter les hommes a la brutalité et au blasphème, de les détourner de la religion et du travail, de leur faire dilapider l’argent qu’ils gagnaient. » (Hélène Tremaud) Ce ne sont pas la des tracas que cause la noblesse !
Faire chou blanc : J’emprunte à Maurice Rat, qui se réfère au Dictionnaire du comte Jaubert, l’explication de cette expression bizarre qui signifie que l’on a manqué son coup dans une entreprise quelconque : « Il semble bien que cette vieille locution n’ait rien à voir avec la plante nommée chou, mais qu’elle soit empruntée au jeu de quilles, et l’on disait d’un joueur qui n’avait rien abattu qu’il avait fait “coup blanc", coup se prononçant "choup” en dialecte berrichon. » Comme dit Littré se référant à la même source : « Si on n’admet pas cette explication, la locution reste tout à fait obscure. »
Georges Planelles, auteur de Les 1001 expressions préférées des Français (Les Éditions de l’Opportun, 2012) propose des hypothèses explicatives pour l'expression "la quille" :
"LA QUILLE. 1. La fin du service militaire (pour un appelé).
2. La fin d’un emprisonnement.
3. Plus généralement, la fin d’une période considérée comme pénible.
Maintenant que le service militaire obligatoire n’existe plus, les jeunes Français ne peuvent plus connaître la joie des travaux de nettoyage des toilettes, de balayage des couloirs ou de peinture des bordures de trottoirs. Ils ne peuvent pas non plus goûter aux activités viriles comme le parcours du combattant ou la course sur vingt kilomètres en treillis et rangers en portant un sac à dos plein de pierres. Enfin, ils ne peuvent plus apprécier les manifestations de franche et juvénile camaraderie comme le lit en portefeuille ou le seau d’eau pris en pleine poire pendant le sommeil, par exemple.
Du coup, ils ne savent pas non plus ce qu’est le plaisir de décompter laborieusement les jours qui restent avant la fin du service, cette fameuse « quille » que tout appelé normalement constitué fête avec un immense bonheur.
Mais pourquoi appelle-t-on quille ce retour tant attendu à la vie civile ?
Au risque d’en décevoir quelques-uns, je dois avouer qu’on ne le sait pas. On dispose bien de quelques hypothèses, émises par d’éminents lexicographes ou d’anonymes individus, dont certaines un peu loufoques, mais il n’y a aucune certitude. Je vais donc vous proposer deux explications parmi les plus plausibles.
Autrefois, lorsqu’on était prisonnier (parce que pour ces gens-là aussi, la libération c’est la quille) ou bidasse, le décompte des jours restant se faisait à l’aide de bâtons tracés sur des supports divers. Il est alors aisé d’imaginer comparer ces bâtons, droits comme des I et placés côte à côte, à des quilles qui sont éliminées une par une, jusqu’à ce que la dernière, LA quille subisse enfin le même sort. Voilà pour la première hypothèse.
À l’époque où cette locution est apparue, en 1936, il était courant pour la hiérarchie militaire, paraît-il, de tenter de limiter les ardeurs sexuelles des jeunes et bouillants appelés en mêlant à leur alimentation du bromure de potassium, produit anaphrodisiaque par excellence. La fin du service militaire était donc, pour les militaires libérés, la promesse du retour d’une véritable et belle érection, une grosse « quille », pour les plus modestes. L’expression la quille bordel !, maintes fois proférée, pourrait d’ailleurs être une confirmation de cette hypothèse, cette virilité retrouvée permettant effectivement d’aller fréquenter avec efficacité un tel lieu de débauche.
On peut encore ajouter trois pistes parmi les moins capillotractées :
vers 1900, le verbe quiller signifiait « abandonner », « quitter » ou « partir ». Quille pourrait donc être un substantif tiré de ce verbe pour désigner le départ ;
il pourrait aussi y avoir un lien avec l’argotique quille qui désigne aussi une bouteille (une quille de roteux), le genre de récipient que le libéré va enfin s’empresser de vider avec joie une fois son paquetage rendu ;
enfin, au milieu du XIXe siècle, jouer des quilles signifiait « s’enfuir », les quilles désignant les jambes. Alors y aurait-il un lien avec ces quilles que l’appelé s’empresse d’utiliser pour fuir son lieu de casernement ?
Une légende très répandue dit que La Quille était le nom d’un bateau qui ramenait les bagnards libérés de Cayenne ou des forçats d’un éventuel autre endroit, ce qui pouvait suffire à expliquer l’origine réelle de cette fameuse quille.
Mais, interrogé, le musée de la Marine à Paris a indiqué après des recherches n’avoir aucune trace d’un bateau ayant eu ce nom et ayant servi à ce type de transport.
Un troufion qui arrosait la quille
Vient lui faire un compliment grotesque
Genre vous êtes belle comme que’que chose qui brille
Elle en tombe amoureuse aussi sec
Elle est quand même déçue d’être triste
D’pas tomber sur un parachutiste. ” RENAUD – « LE RETOUR DE LA PÉPETTE » – 1985
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Jean Maillet, auteur de 500 expressions décortiquées (Les Éditions de l’Opportun, 2019) donne également sa version de cette expression :
Avoir la quille : « Tiens ! Tiens ! Voilà la quille !
C’est pas pour les bleus, nom de Dieu !
Tiens ! Tiens ! Voilà la quille !
C’est pour les anciens, nom d’un chien ! »
Tel est le refrain d’une chanson paillarde que les appelés d’autrefois entonnaient le jour de leur libération, quand le service militaire venait pour eux de se terminer. Depuis que la conscription a été supprimée en 2002, Tiens ! Voilà la quille ! a rejoint le grenier des souvenirs tout comme la quille en bois qui symbolisait ce jour de liesse et les beuveries qui l’accompagnaient. Mais pourquoi cette quille désignait-elle ainsi le retour à la vie civile ?
Claude Gagnière prétend qu’avoir la quille vient de l’argot des bagnards : condamnés à perpétuité, ils pouvaient gagner leur grâce en abattant à la hache les « quilles » ou « béquilles » calant sur leur rail de lancement les bateaux nouvellement construits. Tâche éminemment dangereuse puisque le bagnard trop lent à s’esquiver après avoir abattu ladite quille risquait de se faire écraser par le vaisseau dévalant vers la mer. Pour Alain Rey et Sophie Chantreau, la locution viendrait de jouer des quilles, « prendre la poudre d’escampette le jour de la libération », quille étant un synonyme familier de « jambe ». Claude Duneton parle de la dernière entaille faite sur le mur de sa chambrée par le soldat ou de sa prison par le détenu, l’un et l’autre libérables, marque verticale symbolisant le chiffre 1 : le dernier jour ! Un au jus !
Historique :
Hélène Tremaud, dans un article intituél "Pérennité des jeux français." (In : Arts et Traditions Populaires, 1969, pp. 259-265) recense les documents qui permettent de retracer l'histoire des jeux en France :
(c'est une lettre de rémission de 1378 qui nous fournit la première description précise du jeu de « quilles au bâtons ») [...]
... interdiction de certains jeux qui auraient détourné les hommes des précédents (rappelons la célèbre ordonnance de Charles V, de 1369, qui défend « tous jeux de dez, de table, de paulme, de quilles, de palet, de boulles et billes, et tous autres jeux qui n'échéent point à exerciter, n'habiliter nosdits sujets au fait et usage d'armes à la défense de notredit Roiaume... ») [...]
... interdiction d'autres jeux parce qu'ils étaient considérés comme pernicieux moralement et économiquement (par exemple cette ordonnance (3) de la Prévoté de Paris, de 1308, qui dit que « plusieurs gens de mestier et autre du petit peuple quittent leur ouvrage et leurs familles pendant les jours ouvrables, pour aller jouer à la Paume, à la Boule, aux Dez, aux Cartes, aux Quilles ;... que pour empêcher de semblables désordres il fait défense... de jouer pendant les jours ouvrables, à peine de prison... ») [...]
... redevances perçues par le roi ou le seigneur présence d'un jeu sur leurs terres (par exemple par la reine Jeanne de France et de Navarre en 1364 pour un jeu de quilles, et par de nombreux propriétaires qui signaient des baux de « droit de jeu de quilles » et ce jusqu'à la fin de l'ancien régime.
Dans "L'histoire du Jeu de Quilles" (émission Le Cours de l'Histoire, France Inter, dimanche 4 décembre 2016) Xavier Mauduit retrace les étapes de cette histoire :
"Neuf morceaux de bois, dressés bien droit, et une boule pour les culbuter : il ne reste qu’à quiller pour savoir qui va jouer le premier !
Quelle est l’origine du jeu de quilles ? Elle est ancienne sans doute… On imagine facilement monsieur Cro-Magnon lancer un caillou arrondi pour renverser quelques pieux dressés. Mais l’invention du jeu de quilles serait mythologique, tout au moins tel que le présente la revue le Mercure de France en 1739 : dans la Grèce antique, un rustre Béotien habite, avec ses neuf enfants, au pied du Parnasse, ce mont mythique où vivent les Muses. À les entendre chaque jour chanter, il en vient à imaginer être poète lui-même. Le Béotien ose « escalader la docte montagne, pour disputer la gloire de la Poésie aux Divinités ». Sacrilège ! Les Muses le punissent de son audace : ses neuf enfants sont changés en neuf quilles ! Quant à lui, il est condamné par Apollon à rouler de haut en bas, transformé en grosse boule. Oui, quand on s’amuse à taquiner les Muses, les dieux grecs ont les boules !
Il est difficile aujourd’hui d’imaginer le succès qu’a connu le jeu de quilles par le passé : c’était LE jeu, mais pas pour les enfants, un jeu pour adulte, un jeu de pari et de boisson !
Pour y jouer, rien de plus simple. Au XVIIe siècle, Antoine Furetière, dans son Dictionnaire universel, nous dit qu’il faut neuf morceaux qu’on élève à plomb… et qu’ensuite qu’il faut quiller, c’est-à-dire qu’il faut lancer une quille le plus près possible de la boule, pour savoir qui va jouer le premier !
Diderot et d’Alembert, dans leur célèbre Encyclopédie, précisent que la boule, « au jeu de quilles, c’est un morceau de bois parfaitement rond et percé d’un trou pour mettre le pouce et d’une espèce de mortaise pour les autres doigts de la main. » Pour la suite, c’est simple : il faut tenter d’abattre les neuf quilles d’un seul coup…
Nicolas Boileau, grand poète sous le roi Louis XIV, disait à ses amis :
J’ai deux grands talents, aussi utiles l’un que l’autre à la société et à l’État : l’un de bien jouer aux quilles, et l’autre de bien faire des vers…
Ah, quand je vous disais que c’est un jeu à boire !
Le jeu de quilles : une menace pour la tranquillité publique ! C’est ce que pensent les autorités depuis le Moyen Âge. En 1319, une ordonnance du roi Charles IV, dit le Bel, interdit les jeux de hasard : les dés, le trictrac mais aussi les quilles !
L’interdiction est renouvelée soixante ans plus tard par le roi Charles V, dit le Sage… Rien n’y fait : dans toute la société, on joue aux quilles, les paysans à la foire, les aristos au château et les curés derrières l’église.
L’ordonnance d’Orléans, donnée en 1560 par le roi Charles IX, interdit de nouveau le jeu de quilles, mais cette fois le débat s’engage : non, disent les quilleurs, ce n’est pas un jeu de hasard ! Alors pourquoi s’attaquer aux gentilles petites quilles ? Et bien parce qu’on y joue dans les lieux malfamés, dans les tavernes et les cabarets… mais aussi dans les bordels !
La manière dont est perçu le jeu de quilles change au XIXe siècle, au moment où le sport devient un phénomène de société : ce jeu est désormais considéré comme un exercice salutaire qui rend le corps plus vigoureux.
D’ailleurs, la loi ne le considère plus comme un jeu de hasard mais comme un jeu d’adresse. Le jeu de quilles ne permet pas la triche : une quille est tombée ou elle reste droite… pas de discussion possible ! En plus tout le monde peut y jouer, même les demoiselles.
Et puis, le jeu de quilles a apporté de belles expressions à la langue française :
« avoir la boule », c’est jouer le premier…
« Être planté comme une quille », c’est se tenir bien droit…
Dans l’argot des casernes, la quille, c’est la fin du service militaire…
et bien sûr il y a comme un chien dans un jeu de quilles !
La plus belle des expressions venues des quilles est sans doute « faire chou blanc » : quand aucune quille n’est renversée, le coup est blanc… et dans certains patois, un coup est un chou, d’où faire chou blanc…
Surtout le jeu de quilles permet de comprendre l’actualité. Laissons pour finir la parole au poète Jules Janin qui écrivait en 1859 :
Rien n’est plus facile à expliquer que la politique : c’est un jeu de quilles !
Reste juste à savoir qui lance la boule !
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Mathilde Lamothe, autrice d'un article intitulé "Quilles de 9." (Cécile Devos (dir.). Lexique amoureux de Pau, Cairn, 2021) retrace l'historique de ce jeu dans le sud-ouest :
Un bruit de bois entrechoqué résonne au loin, suivi par d’autres coups répétés. Une pause. Joueur suivant. Simple bruit de bois : la boule a dû sortir du plantier, il n’y aura pas de deuxième coup (ou « rebattue »). Le jeu de quilles de 9 s’entend au-delà de son enceinte et permet de repérer le local (le « quillier ») au milieu des stades, des complexes sportifs ou bien des autres bâtiments de la ferme s’il s’agit d’une grange privée. Pas de débordement enthousiaste, de cri ni d’exclamation de colère sur le terrain de jeu comme dans le public appuyé sur les talanquères: tout le monde se tient, joue ses coups, admire le geste technique, commente discrètement l’attaque de la quille de main.
Le jeu de quilles de 9 se jouait – et se joue toujours – dans le Béarn, la Chalosse et la Bigorre. Si la première mention écrite apparaît dans un règlement landais de 1832 et la première compétition officielle s’est déroulée à Dax en 1898, il apparaît audacieux de le faire remonter à Henri IV comme se complaît à dépeindre la version « touristique », au regard de la variation du jeu entre 1832 et aujourd’hui : les règlements se sont unifiés au XXe siècle tandis que les jeux ont évolué (passant de 8 à 12 jeux), comme la hauteur des quilles (de 85 et 90 cm à actuellement 96 cm) ou le poids de la boule (6,2 kg pour un diamètre de 26,5 cm). Les jeux de quilles sont nombreux en France et ce, dès le Moyen Âge où l’on retrouve le « jeu des grosses quilles » attesté en 1378 dans le Glossaire de moyen et bas latin de Du Cange (1610-1688). Il existe en France plus d’une centaine de jeux de quilles en bois qui possèdent leurs variantes locales en termes de règles, de poids ou de mesures. Comme la langue ou la culture, les jeux se sont transformés pour s’adapter à leur environnement : les quilles de 9, à l’instar des quilles de 6, connaissent un renouveau florissant dans l’Entre-deux guerres. La finale du premier championnat de France, qui se déroula à Pau en 1923, rassembla 200 joueurs provenant du Béarn, des Landes ou même du Pays basque ! Pau fut d’ailleurs le siège de la Fédération française de quilles de 9 au milieu du XXe siècle ; les bars-restaurants chez Audap situé dans la rue Carnot, ou chez Augé dans la rue d’Espalungue, illustrent quelques anciens hauts-lieux palois du jeu de quilles de 9.
En effet, ces jeux restaient l’apanage des auberges qui possédaient leur propre aire de jeu en terre battue pour distraire la clientèle, à renfort de quilles et du pinton (la chopine de vin blanc). Comme l’évoque Simin Palay, « messes et vêpres des quilles [c’est-à-dire passer la journée du dimanche à jouer] n’enrichissaient pas les familles »1 . Jeux masculins, dans un lieu où se débite de l’alcool et où les paris pouvaient faire perdre le veau vendu au marché, ils ont longtemps souffert d’une image ternie avant de se lancer dans la voie sportive en organisant des entraînements et des compétitions dans un cadre institutionnel avec la Fédération française de bowling et sport de quilles. Les maillots des clubs se mêlent aux bérets, tandis que les souliers vernis des anciens (la tenue du dimanche), côtoient les espadrilles, tennis ou Converse des générations plus jeunes.
Le bruit de bois résonne toujours dans les plantiers. Les « choix » et « rebattues » s’égrènent au long des douze jeux, réalisés par un homme, mais aussi maintenant par un adolescent ou par une femme. Si le règlement, les diamètres et le poids des quilles ont été modifiés pour améliorer le jeu, la transmission passe aussi par un élargissement du public des « quillous ».
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Principe du jeu :
Dans "Jeux de Force et d'Adresse dans les Pays de France." (In : Arts et Traditions Populaires, 1958, pp. 191-263) Hélène Tremaus présente les règles du jeu de quilles :
QUILLES
Ce jeu est déjà cité en 1320 et 1378. Il est attesté aux siècles suivants par les textes et l'iconographie, et certaines façons d'y jouer ont donné lieu, plus récemment, à des règlements.
Aujourd'hui, plus de quarante types de quilles existent en France. La Fédération Nationale du Sport- quilles, constituée en février 1957, groupe les fédérations suivantes : quille de 6, quille de 8, quille de 9, quille asphalte, quille de 10 ou bowling.
De plus, il existe dans toute la France beaucoup d'autres jeux non fédérés : jeux à 3 quilles, à 5 quilles, à 7 quilles et jeux à 9 quilles - les plus nombreux - qui se jouent sur des terrains aux natures, aux dimensions, aux inclinaisons différentes.
Dans tous il s'agit de renverser les quilles, posées à terre en nombre et dispositions variés, aux moyen d'un projectile (boule ou boulet) qu'on envoie à la volée ou qu'on fait rouler. Chaque joueur ou chaque équipe s'efforce d'en renverser le plus possible au cours d'une partie.
[...]
Quilles à 3 : Il y a plusieurs façons de jouer avec trois quilles, et même dans une région déterminée on peut rencontrer des variantes.
Le point commun est la disposition des quilles en une seule ligne sur un terrain très rectangulaire. La piste peut être en terre ou en bois. La forme et la dimension des quilles et des boules est très variable.
A Moissac (Tarn-et-Garonne), le premier joueur fixe la distance du lancer. On joue individuellement, chaque joueur disposant de deux boules. Le vainqueur est celui qui a fait tomber le plus de quilles. On « fait le rampeau » lorsqu'on abat les trois quilles d'un seul coup. Dans d'autres régions, ce nom de rampeau désigne non pas un coup mais le jeu lui-même.
Répartition actuelle : Quercy, Normandie, Landes, etc.
[...]
Quilles de 6. Ce jeu ne se pratique pas de façon absolument identique partout.
En général, il se joue sur un terrain, dit « plantier », d'environ 13 mètres à 20 mètres sur 1,60 m à 2 mètres et comportant, séparées par une distance d'environ 11 mètres, deux aires de jeu : une aire de tir en terre battue ou ciment d'environ 1 mètre à 1,50 m de côté, une aire de réception en terre battue de 1,25 m sur 1,6U m. Les quilles sont disposées en deux rangées de trois, les plus petites en avant, sur l'aire de réception.
On peut jouer à deux, quatre ou six personnes. Chaque joueur dispose de trois boulets, avec lesquels il doit, pour « faire un jeu » abattre cinq quilles, la sixième quille, désignée préalablement, devant rester droite (depuis quatre ou cinq ans l'une des quilles est, à cet effet, peinte en bleu, en rouge ou tricolore). Le boulet est lancé en l'air avec plus ou moins d'effet.
Les jeux gagnés par chacun des co-équipiers se totalisent. La partie se joue en dix ou quinze jeux.
Répartition actuelle : Sud-ouest de la France.
[...]
Quilles de 8 : C'est en 1912 que fut rédigé, par les soins du docteur Ayrignac, le règlement officiel de ce jeu, qui se nommait alors « quilles à 9 ». Une « Fédération aveyronnaise » fut fondée en 1936, une « Fédération parisienne » en 1946 puis, en 1948, la « Fédération française de quilles à 9 », qui devient en février 1957, à la fondation de la « Fédération française de Sport-quilles », une section de celle-ci sous le nom de « quille de 8 ». Ce changement de dénomination fut réalisé pour éviter des confusions avec la « quille de 9 » du Béarn, elle-même représentée dans la jeune Fédération française. Elle se justifie par le fait qu'une des quilles n'est qu'exceptionnellement dressée à côté des autres.
Sur un terrain de terre battue de 25 mètres sur 5 mètres, neuf quilles sont disposées trois par trois de façon irrégulière à l'intérieur d'un carré de 2 mètres de côté. Les joueurs ne se placent pas face à un côté de ce carré, mais de biais sur deux lignes de jeu déterminées au centimètre près.
On joue d'abord à 1 mètre avec une boule, les 9 quilles étant posées à terre. Puis on enlève du jeu une quille déterminée, celle de droite de la première rangée, qui devient « joueuse » c' est-à-dire que, pour les coups suivants, qui se tirent à 5 mètres (2 fois), à 10 mètres (3 fois), à 15 mètres (2 fois), à 20 mètres (Í fois), elle est projetée par un coup de boule sur les 8 quilles, avant que celle-ci y soit projetée elle-même. Les joueurs sont divisés en quadrettes.
Répartition actuelle : Aveyron, Paris.
[...]
Quilles « asphalte » : Ce jeu est assez récent et sa réglementation ne remonte qu'à 1935.
Il se joue sur des pistes en asphalte de 28 m x 1,50 m. Les 9 quilles sont disposées en trois rangées de trois, formant un carré dont les diagonales mesurent i mètre. Ce n'est pas un côté de ce carré qui fait face aux joueurs, mais un de ses angles. La partie se joue en cinquante boules.
Répartition actuelle : Alsace, Bourgogne, etc.
[...]
Jeux divers à 9 quilles : Il existe en France d'innombrables jeux régionaux à 9 quilles, présentant chacun des caractéristiques particulières dans la forme ou les dimensions des quilles ou des boules, le terrain, la disposition des quilles et la façon de jouer.
[...]
Quilles de 9 : Le premier concours officiel de quilles de 9 eut lieu à Dax en 1899. La fédération a été fondée en 1948.
Les neuf quilles sont disposées, à 2,25 m les unes des autres en trois rangées de trois, formant ainsi un carré de 4,50 m de côté : le « quiller », dont le sol est en terre glaise battue et desséchée. Au centre est placée « le neuf », quille semblable aux huit autres, mais plus fluette. Tout autour du quiller court une bande de 1,10 m de large, - le « faux » - dans laquelle se place le joueur. L'ensemble « quiller-faux » forme le « plantier ». Le joueur lance sa boule sur la pomme d'une quille en lui donnant de l'effet pour que celle-ci en tombant, aille démolir des quilles d'une autre rangée. La deuxième boule est lancée, dans certains cas de l'endroit où s'est arrêtée la première. Il s'agit d'abattre le plus de quilles possible en deux coups. On joue un contre un, ou deux contre deux.
Répartition actuelle : Béarn et tout le sud-ouest de la France.
[...]
Quilles de 10 ou bowling : Ce jeu né il y a 80 ans en Amérique ne se pratique en France que depuis quelques années.
Il se joue sur des pistes en bois de 24 m (environ) x 1,06 m bordées de rigoles destinées à recueillir les boules perdues. Les dix quilles sont disposées en triangle espacées de 30 centimètres les unes des autres. Il y a quatre quilles sur chaque côté du triangle et un des angles du triangle fait face aux joueurs. La partie se joue en vingt boules par équipes de huit à dix joueurs. On fait rouler la boule en lui donnant de l'effet avec le poignet.
Répartition actuelle : fixé d'abord à Toulouse, ce jeu tend à se répandre dans toute la France.
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Symbolisme :
Guillaume Berthon, auteur de « Marot "joueur" : portrait de l’auteur en saltimbanque. » (In : Babel. Littératures plurielles, 2019, no Hors-série Agrégation, pp. 13-39) évoque notamment les sens métaphoriques du jeu de quilles :
La vie est un jeu, quel que soit le sens que l’on donne au terme. Si l’on parle du jeu théâtral, rien n’est plus évident : l’image du theatrum mundi est vieille comme le monde et l’épitaphe de Jean Serre l’a avantageusement rappelé en montrant le comédien jouer le mort à s’y méprendre. La métaphore est pourtant très rare chez Marot : à ma connaissance, c’est sa seule occurrence dans L’Adolescence clémentine.
Les autres types de jeu sont davantage utilisés comme images de la vie et du destin, voire de la Fortune qui les régit comme un lancer de dés. [...] Mais ce sont les jeux dans leur totalité qui peuvent être pris pour une image du destin, notamment les échecs ou les quilles, les deux seuls jeux à être cités dans l’épitaphe de Coquillart en dehors de la mourre fatale – pour les quilles, le même Panurge déclare se donner « à travers tous les Diables, comme un coup de boulle à travers un jeu de quilles », révélant ainsi nettement la portée métaphorique du jeu.
[...]
Dans la première version de l’édition de 1538 (que l’on appelle l’émission Dolet), l’éditeur a corrigé le passage en remplaçant « hors du per » par « hors du parc ». Dès la seconde version de la même édition (l’émission Gryphe), un erratum indique expressément qu’il faut remettre « hors du per » auquel Marot semble donc tenir. L’erreur de l’éditeur n’en est pas moins signifiante : le parc, c’est à la fois l’« enclos » (donc la prison) et l’espace du jeu (aux quilles notamment, comme le rappelle une ballade de Deschamps consacrée au jeu de quilles, lui-même comparé au jeu de la Fortune qui abat qui elle veut). Si la méprise de l’éditeur ne nous livre pas le sens de l’expression malencontreusement corrigée (« hors du per »), elle indique néanmoins que la métaphore du jeu a pu être perçue comme une clé de la chute du rondeau parfait.
[...]
le jeu se prête tout particulièrement aux métaphores de l’acte amoureux, en raison du plaisir qui en est le moteur naturel et des règles qu’il convient de respecter pour parvenir à ses fins. Là non plus, la tradition n’a pas d’âge : la consultation du Dictionnaire des locutions en moyen français de Giuseppe Di Stefano où l’on rencontre les expressions « s’esbattre aux billes », « jouer à la quille » ou « planter la quille dans son jardin », montre l’abondance des tournures susceptibles de recevoir un sens amoureux ou sexuel.
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Éric Chariot, Vincent Boudon, Thierry Coppin et al., auteurs de "Archéoastronomie : vers une approche scientifique, pluridisciplinaire et participative" (In : Démarches participatives en archéologie - Actes de la séance de la Société préhistorique française de Paris (14-15 mars 2024), 22 - Textes publiés sous la direction de Jean-Denis Vigne, Jean Pierre Girard, Alexandra Villarroel Parada Paris, Société préhistorique française, 2025) présentent un critère méthodologique qui utilise la métaphore du jeu de quilles :
L’archéoastronomie souffre donc aujourd’hui de biais méthodologiques sévères et d’un manque certain de crédibilité scientifique. Le seul moyen de faire émerger cette discipline en tant que nouvelle science, utile à l’archéologue, est de lier les compétences des archéologues et des astronomes au sein d’un projet commun. La mobilisation d’amateurs n’est alors plus un frein dès lors qu’elle est encadrée par une rigueur scientifique dans des protocoles adoptés et visés par des chercheurs professionnels.
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Il s’agit tout d’abord d’outils. Le premier conçu, objet du tout premier article du carnet de recherche, répond à une interrogation simple ayant émergé lors des échanges avec les archéologues : lorsqu’on considère une orientation quelconque, n’a-t-on pas 100 % de chances de tomber sur un lever ou un coucher d’étoiles, tellement elles sont nombreuses ? C’est donc un article de méthode. Il présente un outil qui aide à déterminer si une orientation supposée sur un lever ou un coucher d’étoile est significative ou si elle résulte du hasard. Cela dépend surtout de l’incertitude de la mesure et de la magnitude (luminosité) de l’étoile supposée. Plus l’incertitude est grande, plus on a de chance de tomber sur une étoile sans que cela soit voulu. De même, plus l’étoile visée est brillante, moins le choix est large et plus la part accordée au hasard sera réduite. Cet outil a été appelé le « critère du jeu de quilles », car il est semblable à un jeu de quilles : plus la boule est grosse (c’est-à-dire plus grande est l’incertitude) et plus les quilles sont nombreuses (c’est-à-dire plus nombreuses sont les étoiles si on prend en compte celles de faible luminosité), plus on a de chances de faire tomber des quilles sans que ce soit intentionnel (Chariot et al., 2023a). L’équipe a pris conseil auprès de deux chercheurs en mathématiques de l’université de Bourgogne pour valider ce critère.
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Contes et légendes :
Jean-Loïc Le Quellec, dans un article intitulé "Le Légendaire du Sud-Vendée - organisation spatio-mythique" (In : Étuderies n°3-4, 2e semestre 1988) mentionne des trésors constitués de jeu de quilles en or :
LA CLAYE • Dans un champ dit "Le Bon Puits", un jeu de quilles en or serait enterré depuis longtemps. (Le Quellec, 1981)
LE GIVRE • A la portée d'un chapon de la grosse pierre qui se trouve devant l'église, un jeu de quilles en or serait caché. (Le Quellec, 1983)
SAINT-BENOIST-SUR-MER • Un trésor, que garde un Fradet, est caché dans les environs de la Blanchardière, et un autre se trouverait au Lieu-Dieu, derrière une porte en fer. Au siècle dernier, l'abbé Baudry a effectivement trouvé là des souterrains, et dans l'un d'eux une ouverture taillée en forme d'arc, présentant dix perforations destinées à recevoir des traverses, mais de trésor, point Dans un champ voisin du Lieù-Dé <= Lieu-Dieu), un jeu de quilles en or serait caché.
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Les trésors sont cachés dans des puits, ou dans des souterrains, fréquemment près des châteaux, mais très rarement liés à des édifices religieux. Le veau d'or qui serait caché à la Chapelle de la Motte à Angles ne semble d'ailleurs pas à classer dans cette dernière catégorie, mais plutôt à mettre en rapport avec la motte elle-même. Pour un seul de ces trésors, une indication temporelle complète l'indication spatiale : il ne se découvre qu'au moment de la messe de minuit. Ce type de légende est très répandu, hors de la zone étudiée, et se rattache aux croyances qui concernent le moment "hors du temps" qui se situe entre deux années, pendant les douze coups de minuit sont constitués par un jeu de quilles en or, topique qu'on retrouve en bien d'autres lieux du département, et un Champ du Trésor est connu à Saint-Cyr-en-Talmondais.
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Littérature :
Jean-Pierre Fournier La Touraille, auteur d'un roman de jeunesse intitulé Le jeu de quilles en or (© Éditions Plon, un département d’Édi8, 2014) donne consistance à la légende des quilles en or :
Mon père se décida alors à parler. Il nous conta ce qu’il savait du jeu de quilles en or.
— Vous avez devant vous un jeu très ancien, qui était pratiqué en France depuis le XII siècle. Ce jeu avait pris une telle ampleur que le roi Charles V le fit interdire en 1369. Plus tard, sous le Roi-Soleil, ce jeu changea de nom et fut dénommé jeu de Siam à la suite de nouvelles règles instaurées par des ambassadeurs du roi de Siam, en visite à Versailles…
Mon oncle lui coupa la parole.
— Où veux-tu en venir ?
— Laisse-moi finir, s’il te plaît, répliqua-t-il. Beaucoup plus tard, alors que Louis XVI était enfermé au Temple avec sa famille, il lui arrivait de jouer avec son fils au jeu de Siam. Il s’agissait d’un petit jeu miniature en or qu’il lui avait offert aux Tuileries… La découverte de ce jeu revêt une importance capitale, ajouta-t-il, soudain très ému. Je vais vous en conter l’histoire. Mais avant tout, voyons ce que révèlent ces manuscrits.
Joignant le geste à la parole, il se pencha sur les documents exposés devant lui et s’empara avec une certaine fébrilité du premier paquet dont il délia délicatement le ruban. Sur la page de garde était inscrit d’une écriture ferme : Relations des événements qui se déroulèrent à Paris et en Auvergne de novembre 1793 à septembre 1795. En bas, on trouvait un nom et une signature : Amblard de Montorgue.
Mon père reposa le premier manuscrit et ouvrit le suivant. Il le lut également à haute voix : Compléments, documents et pièces pour servir de preuves à l’extraordinaire histoire de l’enfant du Temple. L’ensemble était signé Bertrand des Roches, dit « le Chevalier » (1817).
Il releva la tête. Son visage avait totalement changé d’expression. Le front plissé, les yeux mi-clos, absorbé dans ses pensées, il semblait maintenant déconcerté. Il fixait les petites quilles et semblait ne plus pouvoir en détacher le regard.
Nous n’osions pas bouger, attendant la suite. Mon père, enfin, saisit l’enveloppe.
— Depuis près de deux siècles, une étrange histoire circule dans la région. Au fil du temps, c’est devenu une légende à laquelle plus personne ne croit, déclara-t-il, avant de décacheter l’enveloppe.
— Quelle légende ? interrogea mon oncle, incrédule.
— Une histoire qui me faisait sourire chaque fois qu’elle me revenait aux oreilles. C’était une tradition de la raconter le soir, à la veillée.
Il ferma les yeux pour mieux se concentrer et nous conta ce qu’il avait maintes fois entendu.
— Un soir de février ou mars 1794, un homme vêtu d’une vieille redingote a frappé à la porte d’une maison de Saint-Ilpize pour réclamer l’hospitalité. Il était accompagné d’un enfant âgé d’une dizaine d’années, qui lui tenait la main. Une famille les a accueillis sans leur poser de questions et les a cachés quelque temps. Puis, un jour, l’homme décida de partir. Il confia l’enfant à la famille et demanda que, durant son absence, on le fasse passer pour le fils de la maison. Un an plus tard, l’homme revint chercher le jeune garçon. Celui-ci tint à remercier la famille pour sa générosité. Il lui offrit son jeu favori, un petit jeu de quilles. A l’époque, seuls quelques privilégiés purent voir le fameux jeu, du moins l’apercevoir. C’est ainsi que, au fil du temps, l’histoire est devenue une véritable légende…
Il marqua une pause. Nous étions suspendus à ses lèvres.
— Une légende selon laquelle ce jeune garçon n’était autre que Louis XVII, le malheureux fils du roi décapité…
Tout cela me semblait merveilleux. Mon oncle, lui, fronça les sourcils.
— Se pourrait-il que cette histoire soit vraie ? lança-t-il, un peu sceptique.
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Lorsque tout fut au point, des Roches tendit à son ami la boîte contenant le petit jeu de quilles.
— Que veux-tu que j’en fasse ?
— Elles vont nous servir… Nous allons être dans l’obligation de rester en contact par l’intermédiaire de messagers. Il va falloir être prudents et éviter de nous faire doubler. Ces quilles seront un signe de reconnaissance.
Il retira une petite quille de sa boîte.
— J’en garde une, déclara-t-il. Elle te sera remise par la personne qui escortera le jeune roi. De ton côté, si tu as un message pour moi, tu devras en remettre une à ton émissaire.
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