top of page

Blog

Le Hareng

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 15 sept. 2021
  • 19 min de lecture



Étymologie :


  • HARENG, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. xiie s. « poisson de mer vivant en bancs souvent immenses » (Glossaire de Tours, 33 ds T.-L.) ; 2. 1878 « gendarme » (Larchey, Dict. hist. arg.). De l'a.b.frq. *hâring, au sens 1, cf. le m. néerl. harinc « hareng », m.b. all. hârinc, a.h. all. harinc. Aringus est attesté en b. lat. (TLL s.v.; v. Hermes t. 8, 1874, pp. 224-227).


Lire également la définition du nom hareng afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :


Dans Les Génies des mers, Quand les animaux marins défient les sciences (Éditions Flammarion, Paris, 2023) Bill François attire notre attention sur les merveilles révélées par l'ichtyologie :


"En escadrille : Le banc est aussi un excellent moyen d'économiser de l'énergie. A la façon des cyclistes d'un peloton ou des avions d'une escadrille, les poissons profitent du sillage de leurs congénères pour se laisser porter. En nageant, tout poisson crée derrière lui un appel d'eau qui aspire ceux qui le suivent. Mais il laisse également, à chaque coup de queue, un petit tourbillon d'eau, appelé vortex, qui peut tourner sur lui-même pendant quelques minutes. Les individus qui le suivent utiliseront ces vortex pour s'aider à battre de la queue sans se fatiguer. Si vous placez un poisson mort dans le sillage d'un poisson vivant, son corps inanimé se mettra même à avancer spontanément, sous l'effet de ces vortex qui le font onduler.... c'est dire à quel point un poisson qui en suit un autre nage quasiment dans aucun effort !

En revanche, pour les individus qui sont en tête, l'effort est important. Comment les poissons s'organisent-ils pour se partager le travail ? Ee général, la réponse est.... qu'ils n'en font rien Ceux qui sont à l'avant y demeurent, ceux qui suivent restent derrière. Cette organisation est bénéfique à chacun, car un poisson en tête peine davantage, mais a aussi accès à la nourriture en premier, tandis qu'un poisson suiveur a certes plus de mal à se sustenter, mais il se fatigue d'autant moins. Dans les très grands bancs de harengs, qui regroupent plusieurs millions d'individus, les poissons situés au milieu ou à l'arrière ont même accès à moins d'oxygène, tant ceux de devant ont presque tout consommé. Il est donc juste qu'ils se reposent...

En regardant les bancs de poissons, on songe souvent aux volées d'étourneaux, poétiquement appelées murmurations, qui peuplent le ciel en automne. Il est vrai que ces nuages d'oiseaux ont une allure très semblable à celle de leurs homologues marins. Mais leur organisation est tout autre. Si les poissons restent chacun à sa place, les étourneaux, eux, se relaient en permanence pour voler en tête ou en queue de peloton. Ils se partagent donc l'effort. Ce sont deux visions presque « politiques » de la vie en groupe, radicalement opposées, mais qui toutes deux offrent de beaux spectacles dans la nature."

*




Croyances populaires :


Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


"HARENG. Dans plusieurs contrées, et même dans quelques localités de la France, on a la coutume, lorsqu'on mange des harengs, de jeter la laite au plancher : si elle s'y attache, c'est qu'on aura un habit neuf à Pâques ; dans le cas contraire, on n'aura rien. C'est aussi, à ce qu'on croit, un excellent moyen pour savoir si on réussira dans une affaire."

Selon Paul Sébillot, auteur de Le Folklore des pêcheurs (1901) :


"En Basse-Bretagne, si les vents soufflent de l’ouest pendant l'Evangile de la messe des Rameaux, la prochaine pêche des harengs sera mauvaise. [...]

On dit en Haute-Bretagne que [...] lorsque les maquereaux sont abondants à peu de distance du rivage, il y aura peu de harengs. [...]

Les pêcheurs du Sussex nomment roi des harengs un gros hareng couleur de sang qui conduit comme un pilote la foule de ces poissons. Si par hasard on le prend dans les filets, on le rejette à la mer, car on aurait mauvaise chance et la foule des harengs se perdrait faute de pilote. [...]

Dans les mers du Nord, et semble-t-il en Islande, on dit en proverbe : "Malheur à celui qui a pris le roi des harengs !" Les marins qui le prennent vivant ont soin de le rejeter à la mer ; mais, d’après un autre

dicton " Hareng - hors de l’eau, hareng - mort ! " aussi le coupable est chassé de la barque et pour la vie peut-être forcé de renoncer à la pêche du hareng. La barque, théâtre de son forfait, passe pour être certaine de faire

naufrage."

Si l'on en croit le site https://calendrier-agenda.fr/ :


"Le hareng vous donnera un aperçu de votre futur, dit une vieille tradition, si vous en mangez un, salé, avec les arêtes, en trois bouchées. Ensuite, vous devez aller vous coucher directement, sans adresser la parole à quiconque et surtout sans rien boire. Durant la nuit, vous rêverez de votre avenir."

*

*




Symbolisme :


Selon le site Destination Côte d'Opale :


"La fête du Hareng-Roi est organisée à Étaples-sur-mer chaque année au mois de novembre. Autrefois, une bonne saison de pêche au hareng pouvait sauver toute une année de revenus pour les marins. Ce symbole de richesse justifie donc les festivités qui perdurent de nos jours, bien que leur origine n’ait rien de religieuse."

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


"En mangeant le soir un hareng conservé dans du sel depuis trois mois, sans dire un mot et rien boire avant son coucher, une jeune fille peut rêver de son futur mari. En Wallonie, la jeune fille avale entièrement un hareng cru et non nettoyé, tandis qu'en Angleterre, le hareng salé est mangé en trois bouchées, arêtes comprises. En Alsace, l'opération est réalisée de préférence le soir de la Saint-André.

Ce poisson peut servir à d'autres consultations. Si la laitance du hareng envoyée au plafond y reste attachée, cela promet un succès dans les affaires ou un nouvel habit à Pâques. Paul Sébillot raconte qu'à Paris, vers 1885, « des chiffonniers qui déjeunaient sur le pouce dans un cabaret de la rue Chopin n'oubliaient pas, quand leur poisson de mer favori était tout rais, de jeter en l'air certaine petite membrane, luisante comme de l'argent, qu'ils appelaient l'âme du hareng. Si le boyau restait collé au plafond, cela portait bonheur à l'homme ou à la femme qui l'avait lancé. »

Les pêcheurs qui prennent le premier hareng de la saison considèrent que la pêche sera bonne s'il s'agit d'une femelle, un mâle étant de mauvais augure pour les futures prises.

Selon une recette du XVIIe siècle, un hareng blanc ouvert, posé la tête en bas sur l'épine dorsale d'un malade, le guérissait de la fièvre, et un hareng salé réduit en pâte dans un mortier servait de cataplasme à appliquer sur une morsure. Contre les entorses et les foulures, il faut placer autour du poignet ou de la cheville un hareng coupé en deux, jusqu'à guérison complète (dans la Somme et la Mayenne). En Belgique, on croit qu'uriner sur ce poisson fait passer la jaunisse tandis qu'aux États-Unis, manger sa cervelle procure la beauté.

Un hareng accroché au plafond le vendredi saint chassera les mouches tout l'été.

Ces poissons seraient-ils animés d'une conscience politique ? C'est ce que laissait supposer, en 1774, la Gazette de France, rapportant que les Suédois dans leur ensemble se satisfaisaient du « despotisme éclairé » de Gustave III, roi qui avait correspondu avec les philosophes français ; les harengs eux-mêmes semblaient de la fête, ajoutait le journal, jamais ils n'avaient été si nombreux sur les bords de la Baltique ! En Normandie, es pêcheurs soutenaient qu'ils « avaient déserté leurs côtes après la chute de Napoléon »."

*

*




Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


"Le Hareng est formel : quand il dit "non", c'est non. Il ne traîne pas, il ne remet jamais au lendemain, et il n'y va pas par quatre chemins. Ses paroles sonnent radicales, inébranlablement décidées. Il n'y a pas à y revenir. On ne peut le faire changer d'avis. Ce qu'il a dit est irréversible?. Pas une goutte d'hésitation qui puisse s'infiltrer en lui. Dès qu'il a fermé la pote, rien ne passe plus. Ce qui est fait est fait, c'est fini pour de bon. Il ne jette plus un regard en arrière, ne reconsidère plus les choses. Une fois qu'il s'est prononcé, sa décision demeure irrévocable.

Le Hareng est impitoyable avec les apparences. Il ne tolère pas que l'on se joue de lui (ou de sa queue). Sans mot dire, sans explication, il coupe court à toute discussion quand il en ressent la nécessité. Il ne permet pas qu'on joue avec ses pieds ; il ne laisse pas les gens traînailler des heures durant dans son bureau quand il sent que dix minutes suffisent déjà pour écouter quelqu'un. “Agir résolument”, dit le Hareng. Il a une façon radicale d’intervenir. Il est, envers lui-même et envers autrui, d’une irréprochable probité. Il est résolu de caractère, on sait à quoi s’en tenir avec lui. Il ne perd pas de temps. Il ne se montre ni aimable ni doux quand il a le sentiment de devoir manier le glaive de la Justice... ne serait-ce que pour ne pas admettre de mensonge dans sa vie ! Il ne permet à personne de lui ronger la peau, de s’accrocher à ses basques, d’user de flatteries avec lui. Il n’est pas hypocrite. Il ne souffre pas les fadaises. Si nécessaire, il place ses frontières de façon tranchante : il donne son autorisation à qui il veut ; il ne tolère pas que quelqu'un s’introduise chez lui d’une manière ou d’une autre sans y avoir été invité. Il repousse quand c’est nécessaire. Il “n’autorise pas”, il “ne laisse pas faire” pour plaire à autrui ! Il est correct, voire tranchant et sévère, en toute honnêteté avec lui-même. Le loup déguisé en brebis n’a aucune chance de faire son cinéma avec Monsieur Hareng !

Celui qui se sent attiré par le goût du Hareng a parfois l’impression de pouvoir encore remettre les choses à demain. Il permet qu’on serve encore une dernière fois de lui. Il se résigne à écouter ce pauvre hère encore un moment. Car, tout de même, il doit faire preuve de bonté et de gentillesse ; il ne peut tout de même pas se montrer grossier en se débarrassant sommairement de quelqu’un ! Ne lui faut-il pas être calme et doux dans ses relations avec les gens ? Or, il tente plutôt de leur passer la pommade, au besoin de porter un masque de gentillesse et de patience, alors même qu’intérieurement il sent monter en lui une sorte de tension parce qu’à vrai dire il n’est pas tout à fait sincère avec lui-même. Ce faisant, il ne rend service ni à l’autre, ni à lui- même. Il perpétue le mensonge.

Il devra comprendre que non seulement il s’aidera lui-même mais aussi l’autre en étant parfaitement sincère, en se montrant toujours correct. Lorsqu'il sent qu’il doit se lever et s’en aller il ne tardera plus une seconde.… .sinon il se ment à lui-même. Lorsqu'il sent que quelqu'un lui fait perdre son temps il lui dira “au revoir !”, gentiment mais fermement, et s’en ira. Lorsqu'il sent qu’il ne doit “pas” se montrer aimable avec un visiteur dans son bureau il ne sera effectivement pas aimable... Vérité et gentillesse ne vont pas toujours main dans la main, loin s’en faut. L'homme écoutera toujours son sentiment intime, son ‘savoir’ intime et ne devra pas s’en écarter, si dur et si désobligeant qu’en puisse être l’effet sur les autres. Ce poisson sonne certainement la fin de l’ère des Poissons ou... signifie-t-il une révision du signe des Poissons ?


Parler et agir selon la vérité, sans compromis, résolument. Cette vérité, cette sincérité profite à tous. Cette façon d’être purifie l’atmosphère. Elle prive de tout pouvoir les démons aux yeux charmeurs (qui représentent l’égocentrisme, la soif de pouvoir, la convoitise) quand l’homme sent qu’il ne “doit” plus continuer à leur parler poliment et gentiment comme eux le voudraient... Le Hareng se borne à faire bonjour de la tête car il sait comment traiter les gens avec humanité, mais il passe son chemin sans mot dire quand il a ce sentiment : “Ne perdons pas notre temps ici.” Il est sincère et, en donnant un formidable coup de queue comme un dragon, poursuit son chemin qui est clair et limpide, net et rectiligne. Aucun brigand ne saurait assaillir cet être humain car la force qui émane de lui est toute de justice, de vérité, et non de flatterie, de pitié, de pseudo-gentillesse. Cet amour de la vérité lui procure la Force. même parle à travers lui.


Le Hareng travaille efficacement, sans faire de chichis. Il ne met pas de gants. En revanche, 1l fait en sorte que tout ce qui est de son ressort soit impeccable et il ose exprimer ouvertement son opinion devant tous ceux qui veulent l’entendre. Il ne lui viendra pas à l’idée de mentir, de présenter les choses comme plus gentilles qu’il ne le ressent en son for intérieur. Il ne se rend pas aux réunions où il sent qu’il n’a pas lieu d’être présent. Dans son attitude, il est à la fois laconique et puissant. Il unit les énergies de Mars qui fonctionnent de manière rapide et efficace. Que personne ne tente de lui en faire accroire ! Il intervient avec la puissance, la célérité et la poigne d’un Bélier.


Celui qui a envie de ce poisson a quelquefois tendance à trop lambiner, à trop hésiter. Il n’ose pas toujours agir résolument, se comporter conformément à ce qui est juste selon son ‘savoir’ intérieur. “Ai-je bien le droit de faire cela ?”... Une sorte de doute, d’incertitude. L’envie de Hareng indique que la personne ne sait pas suffisamment extérioriser ses forces de vérité, ses énergies martiennes avec conviction, fermeté et sincérité. Cela n’a rien à voir avec la colère, ni avec l’agression, ni avec la violence : il s’agit d’intervenir de façon plus décidée, avec plus de sincérité et de clarté, en mettant ses limites. Elle fera bien d'employer ses énergies selon la vérité, avec plus de puissance, de manière plus accentuée et plus résolue : sans aucune comédie, sans la moindre hésitation, en tenant le Sceptre à la main droite ! Du moins, c’est ce à quoi elle aspire inconsciemment, compte tenu de son envie de Hareng.

***

D'un œil profond, il regarde à l’intérieur de lui-même. De façon quelque peu obscure et silencieuse, mais d’autant plus profondément, plus fondamentalement. Du point de vue de l’être humain, nous dirions : vas-tu opter pour une ou ‘Force’ positive creusant en profondeur pour un noir ‘Pouvoir’ ? Avec les sentiments correspondants de conscience de soi, confiance en soi, conscience de sa force (dans le premier cas) ou, (dans le second cas), de prise de pouvoir au sens négatif du terme. Le choix appartient à l’être humain. La puissance réside dans la sphère psychique du Hareng. Le Hareng veut en fait, à la manière d’un juge, abattre son marteau sur son pupitre et trancher définitivement : clôturé, fini ! Avec le pouvoir de la justice, avec la force de la sincérité. Mettre un terme, fondamentalement, à des affaires qui traînent en longueur et ce, de manière absolument décisive, intègre et approfondie.

“À chose faite il n'y a pas de remède”, disent les Harengs. Ainsi, sache ce que tu fais, regarde vraiment et profondément en toi-même ; regarde de tous tes yeux, avec ton ‘œil’ profond, avec ton sixième sens en quelque sorte. Engage tes forces essentielles en ceci, et tout deviendra clair et limpide pour toi.

L’être humain a toujours le choix entre le bien et le mal. Le Hareng met ceci en évidence et le place devant le Choix. Un choix qui doit alors être fait de manière absolue. II s’agit d’un oui ou d’un non, d’une liberté ou d’un emprisonnement, d’un passé ou d’un présent-avenir, d’une Prise de Décision concernant l’une ou l’autre chose. Et ce juge est parfaitement déterminé et ferme, il veut bien patienter un peu mais pas indéfiniment.

Le Hareng représente symboliquement la manière forte, durement concentrée en un point même précis, si elle mais paraît impitoyablement juste, parfois quelque peu cruelle. L’être humain a le temps... d’opter pour le bien. “Fais-le alors”, dit le Hareng, “avant qu’il soit trop tard.” D'une certaine façon, il contraint. Son caractère contraignant semble avoir son siège dans les glandes de la tête, dans la puissance énergétique de ses yeux intérieurs. Il immobilise tout en lui-même mais fait d’autant plus converger les poteaux indicateurs vers une ferme décision. Implacablement alors, et sans retour possible.


Par la nature de son intériorisation silencieuse, puissante et ténébreuse (sans être négative pour autant !), dans sa grotte obscure et close, le Hareng fait figure de juge qui ne dit rien, n’agit pas, ne fait pas, mais qui par la seule énergie de sa présence incite les autres à se regarder jusqu’au fin fond d’eux-mêmes, à rendre un verdict sur eux-mêmes, à prendre une décision là où c’est nécessaire, à entreprendre un examen de conscience là où c’est requis. sans prendre la fuite. à rectifier leur trajectoire et à s’ajuster là où le besoin s’en fait sentir, pour ensuite s’entendre adresser un sincère et résolu “Très bien ! Acquitté !” par le juge Hareng, marteau à l’appui. Le son que produit ce coup de marteau du jugement équitable est fort et radical.

Dans le silence de lui-même, le Hareng laisse tout se produire. Dans les profondes cavernes de sa psyché, de son noyau vital, il dirige son regard unifié — celui d’une rectitude exigeante — exclusivement sur le pouvoir de. soit l’issue favorable, soit l’issue funeste, et ce choix incombe au mangeur de Hareng.


Il est possible que celui qui a fort envie de Hareng cherche et pense et se tracasse au point parfois d’être affligé de démangeaisons, d’eczéma ou d’autres maladies cutanées. Il attend et pense et hésite, ne se juge peut-être pas très bien, doute de sa propre beauté en tant qu'être humain, de ses capacités, ne sait pas bien quoi choisir, et cela l’énerve. Il fera bien de se tourner vers son Essence fondamentale, de bannir ses ruminations et son comportement nerveux. D’en finir avec le doute et avec l’indécision. Le Hareng lui dit : “Tranche la corde, fonce sur la piste comme un cheval vigoureux et va tout droit à ton moi le plus profond. Mobilise toutes tes forces et tes pouvoirs pour atteindre ton but de vie. N’attends plus, pas sois impatient avec toi-même, ne t’enlise pas dans des rationalisations, dans la pensée... Cesse de te démolir, ne t’acharne pas contre toi-même, mais observe-toi très profondément, vis à partir de ta propre Essence la plus profonde. Va droit au ‘point central”, viens-en au fait, ne tourne pas autour du pot.” Le jugement, tu le prononces sur toi-même. Fais en sorte que ce soit un verdict sincère et clément, ne te maintiens pas dans un état mental correspondant à la gale, à la mycose ou à d’autres infections cutanées en te considérant uniquement en surface ou à la périphérie au lieu de vivre la Vie très profondément, de l’intérieur. Aussi, laisse couler ces énergies avec une force positive et non dans une prise de pouvoir anxieuse et négative ou une perpétuelle remise en question de toi-même. Tu n’es pas un papier cellophane, ni un corps factice, ni un masque, mais bien un être humain doté de dimensions intérieures extrêmement profondes. Tourne-toi vers cette profonde valeur intérieure, vers ce Juge interne qui te fait sentir où se trouve l’unique chemin juste et droit qui se nomme Chemin de Vie.

N'hésite pas maintenant à t’y engager résolument et finis-en avec toute conviction auto- destructrice, tout atermoiement, pour descendre dans tes propres profondeurs.

Plutôt que de tenter d’échapper à un pouvoir en-dehors de toi, cherche à présent cette puissance positive en toi-même et dirige ta vie de manière résolue. Ainsi tu n’auras plus l'impression qu’il y a une Autorité au-dessus de toi, ni ne penseras devoir ‘satisfaire’ aux exigences d’un autre. Abandonne tous les pouvoirs négatifs et sois comme un juge très énergique pour toi-même : de sorte que seul ce qui est authentiquement vivant puisse entrer en toi. Que ta peau reflète tes profondeurs sincères, l’or de tes trésors intérieurs.

Ne sais-tu que faire de tes mains, de toi- même, es-tu toujours en train de chercher nerveusement çà et là : pourquoi te ‘fuir’ toi- même de la sorte ? Tourne-toi avec amour vers l’intérieur et prends conscience de l’unité ‘essence vivante et corps’. Lâche prise et ne cherche pas plus loin. C’est au plus profond de ta propre grotte” que tu trouveras la solution, le calme, la force du silence, et en même temps la puissance originelle de la Conscience, du Savoir : “Là, je fais fausse route, et ici Je suis dans le juste.” Pas de fuite, pas d’échappatoire possibles !

Celui qui a envie de Hareng a parfois de l’aversion pour lui-même parce qu’il n’a pas toujours été sincère avec lui-même : maintenant, le temps est venu de bâtir une nouvelle existence dans une sincérité absolue avec lui-même. En puisant uniquement à cette source de sincérité intérieure, de façon à ne développer aucune fausse énergie, de façon à ne pas engendrer d’effets secondaires en s’écartant de ce que te dit la source de sagesse Intérieure : ‘qui’ tu es et quoi faire. Il ne s’agit pas de faire du spectacle ou de jouer la comédie dans ton attitude, ton comportement, ton être physique, mais d’être sincère et entier. À présent, les énergies coulent librement et joyeusement de cette source d’eau pure et claire. Tout est purifié et limpide comme de l’eau de roche ! La NATURE même parle et grandit dans une rotation éternelle. Toute forme d’inhibition de cette nature a été annihilée ; toute forme de ‘mensonge’ vis-à-vis de Ton propre être a été anéantie. Ceci signifie plonger dans les eaux libres de la vie : résolu, puissant, intègre, entier."

*

*




Mythologie :


Selon Marie-Claire Bataille-Benguigui, auteure d'un article intitulé "Des techniques de pêche rituelle aux Îles Tonga (Polynésie occidentale)" (in Anthropozoologica, 1989, troisième numéro spécial)


"Les textes traditionnels nous indiquent que le Roi Salomon parlait avec les mammifères, les oiseaux, les poissons et les reptiles par l'intermédiaire d'un anneau magique. Les pêcheurs des iles Tonga parlent eux aussi aux poissons, mais sans artifices, · parce qu'ils entretiennent avec certaines espèces ichtyologiques des relations socialisées qui se manifestent par un langage métaphorique et l'observation de rituels et d'interdits qui relèvent plus de la sphère du religieux que de celle de la magie. C'est ainsi que dans certains endroits précis de l'archipel, liés au mythe d'origine de l'espèce, les techniques de capture de celle-ci sont associées à des pratiques de l'imaginaire transmises par la tradition orale.

[...]

Cinq espèces ichtyologiques sont la source de mythes qui donnent lieu à des techniques de pêche rituelles et qui codifient les gestes techniques et les comportements avant, pendant et après la pêche. Il s'agit du requin en général au nord-est de l'île principale de Tongatapu, du requin-marteau en particulier dans les eaux de la lagune de cette même île, du rouget barbet devant la plage du village de Niutoua (Tongatapu), du hareng devant celle de l'île d'Atata, de la bonite à l'île d'Ha'ano dans l'archipel de Ha'apai et du poisson-lait dans le lac de l'île du Nomuka également située à Ha'apai. Les mythes d'origine de ces espèces (BATAILLE-BENGUIGUI, 1986) indiquent que les trois premières sont des cadeaux des dieux de Pulotu, espace surnaturel où résidaient les dieux et les âmes de certains morts dans la religion traditionnelle. Cette provenance confère à ces espèces une aura divine. Les deux autres viennent des îles Samo'a et cette origine étrangère les personnalise et les fait jouir du respect réservé aux personnes de rang élevé.

D'une manière générale, ces espèces, migratrices pour la plupart (sauf le poisson-lait puisqu'il vit dans les eaux saumâtres d'un lac) reviennent annuellement dans les lieux cités et sont reçues comme des hôtes de qualité auxquels on "sacrifie" du kava, la boisson rituelle faite à partir d'une racine de poivrier, de l'huile de coco ou des guirlandes de fleurs. Le matapule, porte-parole du chef du village et leader de la pêche, s'adresse aux poissons à voix haute avec les termes d'adresse réservés au Roi ou à ses proches afin de les honorer et de les séduire, il les engage à rester et à se laisser prendre facilement. L'année où l'espèce ne se présente pas .à la saison habituelle, il peut même pratiquer une confession publique en s'excusant auprès des poissons des fautes que la communauté villageoise a pu commettre pendant l'année, acte syncrétique qui fusionne paganisme et morale chrétienne.

[...]

La répartition des prises se fait selon l'ordre hiérarchique suivant : le chef du village, les représentants des églises, le matapule et enfin les familles des pêcheurs qui ont participé. Dans le cas du requin et du hareng, les parts s'appellent des inasi, nom donné jadis aux cérémonies bi-annuelles des prémices. Au cours de ces cérémonies, le Roi était considéré comme le représentant sur terre du dieu Hikuleo, il était le symbole d'agent fertilisant de la terre, de pourvoyeur de nourriture et la personnalisation du "mana" qui favorisait les récoltes (SIIKALA, 1982). Il recevait des monceaux de nourriture qui devenait sacrée et qui était ensuite redistribuée. Il reste des traces de cette cérémonie traditionnelle dans le "salon de l'agriculture" contemporain instauré par le Roi actuel en 1967 où celui-ci visite les villages des îles principales et reçoit les offrandes dues à son origine divine, alors que sont exposées les plus belles productions agricoles (BATAILLE, 1975).

Le poisson capturé au cours de ces pêches rituelles est totalement interdit de vente et ne doit être distribué dans un premier temps qu'à l'intérieur du village, alors que ces mêmes espèces, capturées dans d'autres eaux de l'archipel, peuvent l'être avec n'importe quelle technique et peuvent être commercialisées.

Toute transgression individuelle ou collective de ces interdits conduit à l'échec de la pêche : les poissons évitent les filets, s'enfuient et risquent de ne pas revenir les années suivantes. C'est ainsi que les harengs et les bonites ne reviennent plus à Atata depuis 1973 et à Ha'ano depuis 1970 car les premiers ont été vendus et les seconds ont été capturés avec des harpons et des couteaux pour en pêcher plus et les gens se sont eux-mêmes privés de cette nourriture miraculeuse qui s'offrait à eux une fois l'an."

*

*




Littérature :


"Le Hareng saur

À Guy.

Il était un grand mur blanc ? nu, nu, nu, Contre le mur une échelle ? haute, haute, haute, Et, par terre, un hareng saur ? sec, sec, sec.


Il vient, tenant dans ses mains ? sales, sales, sales, Un marteau lourd, un grand clou ? pointu, pointu, pointu, Un peloton de ficelle ? gros, gros, gros.


Alors il monte à l’échelle ? haute, haute, haute, Et plante le clou pointu ? toc, toc, toc, Tout en haut du grand mur nu ? nu, nu, nu.


Il laisse aller le marteau ? qui tombe, qui tombe, qui tombe, Attache au clou la ficelle ? longue, longue, longue, Et, au bout, le hareng saur ? sec, sec, sec.


Il redescend de l’échelle ? haute, haute, haute, L’emporte avec le marteau ? lourd, lourd, lourd, Et puis, il s’en va ailleurs ? loin, loin, loin.


Et, depuis, le hareng saur ? sec, sec, sec, Au bout de cette ficelle ? longue, longue, longue, Très lentement se balance ? toujours, toujours, toujours.


J’ai composé cette histoire ? simple, simple, simple, Pour mettre en fureur les gens ? graves, graves, graves, Et amuser les enfants ? petits, petits, petits."


Charles Cros, "le Hareng saur" in Le coffret de santal, 1873.

"X. Le hareng saur


Ta robe, ô hareng, c’est la palette des soleils couchants, la patine du vieux cuivre, le ton d’or bruni des cuirs de Cordoue, les teintes de santal et de safran des feuillages d’automne !

Ta tête, ô hareng, flamboie comme un casque d’or, et l’on dirait de tes yeux des clous noirs plantés dans des cercles de cuivre !

Toutes les nuances tristes et mornes, toutes les nuances rayonnantes et gaies amortissent et illuminent tour à tour ta robe d’écailles.

A côté des bitumes, des terres de Judée et de Cassel, des ombres brûlées et des verts de Scheele, des bruns Van Dyck et des bronzes florentins, des teintes de rouille et de feuille morte, resplendissent, de tout leur éclat, les ors verdis, les ambres jaunes, les orpins, les ocres de rhu, les chromes, les oranges de mars !

Ô miroitant et terne enfumé, quand je contemple ta cotte de mailles, je pense aux tableaux de Rembrandt, je revois ses têtes superbes, ses chairs ensoleillées, ses scintillements de bijoux sur le velours noir ; je revois ses jets de lumière dans la nuit, ses traînées de poudre d’or dans l’ombre, ses éclosions de soleils sous les noirs arceaux !"


Joris Karl Huysmans, "Le Hareng saur " in Le Drageoir à épices (1874).

*

*

Une petite saynète à déguster :






Arts visuels :


Dans le Bulletin annuel n°4 (1980-1981) du Musée des beaux-arts du Canada, Gert Schiff propose une analyse d'un des tableaux de James Ensor, analyse intitulée "James Ensor: Squelettes à l'atelier" dans laquelle il fait du symbolisme du hareng une clef de compréhension de l'œuvre du peintre :


[...] Il est évident que ces spectres se sont exténués dans une bataille féroce d'où la créature en rouge et sa compagne sont sortis victorieux. Ils sont couverts de sang, tout comme le couteau taché de sang près de la compagne qui porte de profondes blessures au front. De leurs yeux exorbités, les crânes vaincus lancent des regards imprégnés de méchanceté. La pomme de discorde était, bien sûr, les harengs.


Quiconque connaît bien le symbolisme intime d'Ensor en saisit d'emblée la signification. À partir de l'homophonie entre « hareng-saur » et « art Ensor », le peintre, badin, fait du hareng le symbole intime de son art. Dans une œuvre exécutée en 1892 et intitulée La Vierge consolatrice, un hareng se trouve sur le plancher parmi les pinceaux du peintre qui rend hommage à une apparition de la Vierge dont il vient de peindre l'icône. Dans Les cuisiniers dangereux (1896), satire de ses critiques, l'artiste peint entre autres Octave Maus, fondateur du groupe artistique.

« Les XX » dont le jury n'a cessé de refuser les œuvres du peintre. Le personnage porte une assiette dans laquelle la tête du hareng a été remplacée par celle d'Ensor. La peinture intitulée Squelettes se disputant un hareng-saur (1891) a un rapport direct avec Squelettes à l'atelier puisqu'on y voit deux squelettes, en fait deux critiques, se disputer l'art d'Ensor et le déchirer littéralement, chacun voulant être responsable de sa mort.

*

*


Posts récents

Voir tout
bottom of page