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  • Anne

Le Gattilier




Étymologie :

Étymol. ET HIST. − 1456 bot. « arbrisseau de la famille des gattiliers » (G. de Villiers, Traité d'hippiatrie ds Dauzat 1968); xves. (Grant Herbier, n°10, ds Gdf. Compl. : Agnus-castus est ung abrecel). Composé du gr. α ́ γ ν ο ς « gattilier, agnus-castus » (Hymnes homériques, Merc. 410 ds Bailly) transcrit sous la forme agnos ou agnus par les Latins qui l'appellent aussi vitex (Pline, Nat. 24, 59 ds TLL s.v. agnus 2, 1366, 32 : non multum a salice vitilium usu distat vitex... Graeci lygon vocant, alias agnon, quoniam matronae Thesmophoriis Atheniensium castitatem custodientes his foliis cubitus sibi sternunt) et du lat. castus « chaste », trad. du gr. α ̔ γ ν ο ́ ς, de même sens, rapproché, en raison de sa quasi-homophonie, de α ́ γ ν ο ς et formant avec lui un syntagme-calembour.

Étymol. et Hist. 1755 « agnus-castus » (Duhamel du Monceau, Arbres et arbustes, II, 358 ds DG). Dér., à l'aide du suff. -ier*, de l'esp. (sauz) gatillo « id. », attesté dep. 1495 (Nebrija, sous la forme sauze gatillo d'apr. Cor., s.v. sauce), composé de sauce « saule » (du lat. salix « id. ») et d'un dér. de gato (chat*) à cause de l'aspect doux et velu des fleurs de cette plante (Cor., loc. cit.).


Lire également les définitions de Agnus-Castus et Gattilier afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :





Symbolisme :


Selon Le Livre des superstitions, Mythes, légendes et croyances (Éditions Robert Laffont, 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani,


Cet arbrisseau méditerranéen à grappes de fleurs mauves (appelé également gattilier), réputé pour ses vertus calmantes et pour l'odeur de camphre qu'exhalent ses branches, possède la vertu de dissiper les rêves ou les pensées érotiques, de conserver l'innocence, tout en ayant un pouvoir contraceptif. Castus est d'ailleurs la traduction du grec hagnos (chaste). Les jeunes filles de l'ancienne Grèce s'ornaient de ses fleurs et couchaient sur ses feuilles pour protéger leur pureté et leur virginité, tandis que les moines chrétiens, au XVIIIe siècle encore, portaient des ceintures d'agnus-castus et buvaient un breuvage à base de ses baies, afin de vivre leur chasteté sans difficulté, d'où le surnom de "poivre des moines" que prit la semence de l'arbrisseau, d'où également la présence d'agnus-castus autrefois dans tous les monastères. Dans les îles ioniennes, la croyance ses vertus anti-aphrodisiaques donna naissance au proverbe : "Celui qui passe près de l'agnus-castus et n'en coupe point une branche choisie doit perdre sa jeunesse."

Selon une croyance du XVIIIe siècle, une branche de gattilier glissée sous un oreiller protège le dormeur des "visions fantastiques". En outre, le gattilier permet d'éviter un empoisonnement et guérit de la coqueluche.

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Mythologie :


Selon Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


AGNUS-CASTUS (Vitex agnus-castus L.). Espèce de saule consacré à Esculape, et, d'après Pausanias, dans l'ile de Samos, à Junon. Dans les fêtes athéniennes des Thesmophores, les jeunes filles s'ornaient des fleurs de l'agnus-castus et couchaient sur les feuilles de cette plante, pour garder leur pureté et leur état de vierges. Dans les noces helléniques, les jeunes mariés portaient des couronnes d'agnus-castus employées aussi comme un moyen d'éloigner tout empoisonnement. Dans l'île de Crète, ainsi que nous l'apprend Elpis Melaina dans ses Kreta-Bienen (München, 1874), l'agnus-castus accompagne une malédiction des jaloux ; c'est l'agnus-castus qui, dans un chant populaire, souhaite qu'un amoureux puisse perdre son amie. Dans le livre infâme, mais, sous plusieurs rapports, instructif du docteur Venette, intitulé La Génération de l'homme (Londres, 1779, I, 231-32), nous trouvons ces détails sur l'agnus-castus : « Les femmes athéniennes, qui servoient aux cérémonies que l'on faisoit à l'honneur de Cérès, préparoient des lits avec des branches d'agnus-castus dans le temple consacré à cette déesse. Elles avoient appris par l'usage que l'odeur des branches de cet arbre combattoit les pensées impudiques et les songes amoureux. A leur exemple, quelques moines chrétiens se font encore aujourd'hui des ceintures avec des branches de cet arbre, qui se plie comme de l'osier, et ils prétendent par là s'arracher du cœur tous les désirs que l'amour y-pourroit faire naître. En vérité, la semence de cet arbre, que les Italiens appellent piperella, et que Sérapion nomme le poivre des moines, fait des merveilleux effets pour se conserver dans l'innocence ; car si l'on en prend le poids d'un écu d'or, elle empêche la génération de la semence ; et, s'il en reste encore après en avoir usé, elle la dissipe par sa sécheresse, et puis sa qualité astringente resserre tellement les parties secrètes, qu'après cela elles ne reçoivent presque plus de sang pour en fabriquer de nouvelle. N'est-ce point pour cela que la statue d'Esculape étoit faite de bois d'agnus-castus et qu'aujourd'hui, dans la cérémonie du doctorat des médecins, on ceint les reins du nouveau docteur avec une chaîne d'or, qui rafraîchit d'elle-même, pour lui marquer qu'en faisant la médecine, il doit être pudique et retenu avec les femmes ? » Mon frère Henri, consul d'Italie en Orient, m'apprend que dans l'île de Sainte-Maure (Îles Ioniennes), la croyance à la propriété purificatrice de l'agnus-castus est tellement populaire qu'elle donne lieu à ce proverbe caractéristique : « Celui qui passe près de l'agnus-castus et n'en coupe point une branche choisie doit perdre sa jeunesse, tout palicare qu'il puisse être. » A l'agnus-castus, appelé par les anciens Grecs lugos, par les Grecs modernes lugeia, et par les Épirotes bromozulon, est aussi attribuée la propriété de guérir la coqueluche. — Il est curieux de comparer avec les notions précédentes sur la prétendue vertu de l'agnus-castus, l'indication, quelque peu contradictoire, fournie par Johnston (Thazonatographia naturalisa, Amsterdam, 1670) des Scalig. Exerc. (175, sect. I, 191) : « Agnacath est arbor pyri facie et magnitudine, perpetuo folio viridissima, nitidissimaque superficie. Adeo validos ad coitum efficit (en conservant, sans doute, la jeunesse perpetuelle), ut miraculo sit omnibus ejus efficacia. Huic affinis est radix in Atlantis jugis occidentalibus, quae pars Surnaga, ab incolis nuncupatur. Huius usus mirificum ad Venerem suppeditat robur. Ajunt super eam si quis urinam reddiderit illico urgeri libidinibus. Virginibus quae praesunt pascuis, si super ea sedeant aut urinam faciant, perinde membrana natura^ rumpitur, atque si a viro fuerint vitiatae. » Scaliger s'était à son tour renseigné auprès de ce Jean Léon dit l'Africain (né à Grenade, élevé en Barbérie), dont on lit chez Ramusio une description assez étendue de l'Afrique : « Surnag, dit-il, est une racine qui pousse sur l'Atlas du côté de l'occident, à laquelle les gens du pays attribuent la propriété de ranimer le membre de l'homme et de faciliter le coït, si on la mange dans quelque électuaire. On assure aussi que, si l'on pisse sur cette racine, de suite il y aura érection du membre, et que bien des jeunes filles, rien que pour avoir pissé sur cette racine, ont perdu leur virginité. » Je ne dois pas non plus oublier ici ce que nous apprenait au seizième siècle Dall' Horto, dans son Hist. des Aromates de l'Inde, au sujet des feuilles du Vitex Negundo ou Sambali (Indrasurd ou boisson enivrante d'Indra est l'un de ses noms sanscrits) : « Les femmes, dit-il, assurent que si elles en boivent le jus. elles en deviennent de suite enceintes. » Plus loin : « Les feuilles ont une certaine aigreur comme le cresson, ce qui prouve que la plante est par elle-même chaude. Il a été prouvé que la plante a la propriété de dompter la luxure, ce qui a fait croire que le negundo et l'agnus-castus sont la même plante ; mais on se trompe grandement, parce que l'agnus-castus est tout autre. »

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