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  • Anne

Le Bigaradier




Étymologie :

  • BIGARADIER, subst. masc.

Bigaradier, subst. masc .attest. 1751 bigarradier (Encyclop. t. 2) ; 1771 bigaradier (Trév.) ; dér. de bigarade* étymol. 1, suff. -ier*.

  • BIGARADE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1600 bigarrat « arbre qui produit des oranges amères » (O. de Serres, Théâtre d'Agric., VI, 26 dans Hug.), attest. isolée ; 1651 bigarrades « orange amère » dans une liste intitulée « Orengers » (N. de Bonnefons, Jardinier françois, 114 dans Quem.) ; 1660 bigarade (Cuisinier méthodique, titre, ibid.) ; 2. 1690 bigarrade « sorte de poire » (La Quint. dans Trév. 1732) ; 1722 bigarade (Liger, Dict. prat. du bon Ménag., art. Poire dans Brunot t. 6, p. 207, note 5). Empr. au prov. mod. bigarrado « espèce d'orange aigre, chinois » (Mistral t. 1) dér. du prov. bigarra, de même orig. que bigarrer* ; le subst. m. fr. bigarrat est empr. au prov. bigarrat, part. passé du verbe bigarra.


Lire également les définitions des noms bigarade et bigaradier afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Citrus aurantium ; Oranger amer ; Oranger de Séville




Botanique :





Symbolisme :


Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa"Flore magique" un article à l'oranger qui concerne également le bigaradier :


[...] l'oranger n'est apparu en Europe qu'aux environs de l'an mille, époque où il fut introduit en Espagne par les Arabes. Il s'agissait d'ailleurs de l'oranger amer ou bigaradier (Citrus bigaradia), petit arbre aux épines acérées et dont les fruits à pulpe âcre et acide sont immangeables crus, mais fournissent d'excellentes confitures.

Les Arabes, qui connaissaient le bigaradier depuis le début du Xe siècle, l'utilisaient surtout comme remède et leurs médecins prescrivaient souvent le suc de ses fruits ; mais, habiles chimistes, ils savaient probablement aussi extraire de ses fleurs le parfum suave qui s'en dégage. et c'est peut-être d'eux que les Européens apprirent la distilLation de l'essence appelée néroli, du nom d'Anne-marie de la Trémoille, devenue princesse de Nerola par son mariage avec Flavio Orsini, car cette grande dame en répandit la mode au XVIIe siècle, ainsi que l'essence dite de bergamote, fournie par l'écorce d'une variété de bigaradier, et qui est le constituant fondamental de l'eau de Cologne. C'est l'Italie qui fit connaître à la France ces essences, la culture du bergamotier ayant été longtemps limitée à la Calabre (1). Le bigaradier lui-même était arrivé très tôt dans le sud de la péninsule italienne, provenant vraisemblablement de Sicile où les Arabes l'avaient apporté dès la fin du Xe siècle avant de l'introduire en Espagne. mais les bigaradiers du nord de l'Italie ne furent peut-être plantés que deux ou trois siècles plus tard par les croisés qui les avaient trouvés, déjà cultivés en Palestine.

Les arbres élevés en plein air en caisses durant l'été et abrités pour l'hiver dans les orangeries sont des bigaradiers, plus rustiques que les orangers à fruits doux et très ornementaux par leur superbe floraison blanche au parfum d'une exquise suavité. Le plus célèbre de ces bigaradiers est celui, plus de quatre fois séculaire, qui, jusqu'en 1858, date de sa mort, fit la gloire de l'Orangerie de Versailles. On l'appelait le Grand Connétable, le Grand Bourbon, ou encore François Ier. Semé à Pampelune en 1412 par Éléonore de Castille, femme de Charles III? roi de Navarre, il fut offert au fameux connétable de Bourbon qui le fit élever à Chantilly. En 1523, cet oranger déjà centenaire passa en la possession de la Couronne de France, avec tous les autres biens du connétable qui avait trahi son roi en devenant l'allié de Charles-Quint. le Grand Connétable fut alors transplanté à Fontainebleau, puis à Versailles dansa l'Orangerie construite en 1684-18686 sur ordre de Louis XIV et qui était la plus vaste du royaume. A l'époque, en effet, toute grande demeure seigneuriale s’enorgueillissait de son orangerie, où régnait en hiver un éternel printemps ; les arbres, transportés en caisses dans le parc, lui donnaient, de mai à octobre, une parue exotique, surtout en juin-juillet au moment de leur floraison embaumée.

De l’orange bigarade, on utilise le zeste aux propriétés toniques et stomachiques, sous forme de teinture ou de sirop ; il sert aussi à masquer la saveur désagréable de certains médicaments, auxquels il ajoute d'ailleurs ses propriétés. Des fleurs du bigaradier, on extrait l'eau de fleur d'oranger, fort employée jadis sur du sucre ou dans de l'eau sucrée, comme tranquillisant. C'est en effet un antispasmodique doux qui pourrait encore fort bien être employé. Enfin, les feuilles du bigaradier font une excellente infusion, très agréable au gout et qui a les mêmes propriétés sédatives, agissant particulièrement sur le système sympathique, et donc recommandable aux insomniaques. Autrefois, on les utilisait même, réduites en poudre et à haute dose, contre l'épilepsie, dont elles rendaient les crises moins violentes et plus espacées. Enfin, le zeste de la bigarade est, en principe du moins, à la base des « tonics » et autres sodas si répandus dans le monde anglo-saxon.


Note : 1) Il n'est cependant pas sûr que « bergamote » vienne de la ville italienne, mais septentrionale, de Bergame. C'est aussi le nom d'une poire de saveur acidulée, cultivée d'abord à Pergame, en Asie Mineure, et l'on ne sait si la poire a donné son nom à l'orange, ou l'inverse.

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