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La Roussette

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    Anne
  • il y a 1 jour
  • 10 min de lecture



Étymologie :


Étymol. et Hist. a) 1530 rousette « espèce de squale » (Palsgr., p. 233) ; b) 1555 « fauvette des bois » (Belon, Hist. de la nature des oiseaux, VII, 2 ds Gdf. Compl.) ; c) 1765 roussette « espèce de chauve-souris de Madagascar » (Valm., s.v. chauve-souris). Fém. subst. de l'anc. adj. russet « roussâtre » (ca 1170, Rois, éd. E. R. Curtius, p. 31), dimin. de roux*.


Lire également la définition du nom roussette afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Scyliorhinidae - Roussettes -

Scyliorhinus canicula - Petite roussette -

Selon Florian Becq et Éric Bordas, auteurs de "Noms d’animaux et comparaisons animalières, une dialectique de la motivation comme épreuve de vérité." (In : Communication présentée au colloque « L'animal au croisement de la philosophie, de la littérature, des arts et des sciences à l'âge classique (16e-18e siècles », ENS de Lyon, École thématique, 2010) :


"... on remarque que l’ambiguïté s’explique par l’utilisation de noms véhiculaires qui soit recoupent des référents inadéquats, soit rassemblent des référents n’appartenant pas au même genre, et donc faisant partie d’espèces différentes. Le nom vernaculaire peut se définir comme un nom usuellement employé pour désigner une ou plusieurs espèces dans son pays ou sa région d’origine. Par là, il s’oppose au nom dit binominal, scientifique et unique partout dans le monde, mais aussi au nom banalisé choisi par des instances d’uniformisation pour chaque langue. Ce faisant, le nom vernaculaire peut regrouper des espèces très différentes. Par exemple, il existe une espèce de requin, scylhiorinus canicula, qui est appelé « roussette » en français ; mais roussette est aussi le nom vernaculaire attribué à certaines chauves-souris. La confusion s’installe alors puisque le même nom désigne deux espèces n'appartenant même pas à la même classe de vertébrés.

Face à cette utilisation massive de noms vernaculaires, la zoologie s’évertue à attribuer le statut de noms valides aux noms binominaux. Le nom vernaculaire donne autant un indice sur la région où il est employé que sur l’animal lui-même. Pour ce qui concerne le nom valide, il s’agit du nom zoologiquement correct d’un taxon. Au sein de la hiérarchie taxinomique, un taxon est une entité conceptuelle qui subsume des organismes vivants possédant des caractéristiques biologiques, physiologiques et environnementales communes. L’espèce est, bien entendu, le taxon fondamental de la classification systématique du règne animal. Cependant, l’utilisation de termes latins conduirait à un scientisme ésotérique qui se couperait des usages. C’est pour cette raison qu’un système d’information taxinomique a entendu proposer des dénominations animales rigoureuses mais accessibles à tous."

Henriette Walter et Pierre Avenas, auteurs de La fabuleuse histoire du nom des poissons : Du tout petit poisson-clown au très grand requin blanc (Éditions Robert Laffont, 2011) développent l'histoire du nom de la roussette :


"La Roussette : Il y a des dizaines d'espèces de roussettes, dont le nom vient de l'ancien français russet « roussâtre ». C'est la même idée qui est exprimée dans le nom espagnol, pintarroja (de pintar « peindre » et l'adjectif rojo, -a « rouge, roux »). Ce nom s'applique plus particulièrement à la petite roussette (Scyliorhinus canicula), qui est, selon Lacépède, plutôt « d'un gris brunâtre, mêlé de nuances rousses ou rouges ».


De la plus grande à la plus petite roussette : La plus grande espèce des roussettes, appelée grande roussette, atteint 2m de long, alors que les plus petites ne dépassent pas 50 cm. Dans l'Antiquité, comme on l'a vu plus haut, ces requins de taille moyenne étaient comparés à des chiens et cela se retrouve dans le nom latin scientifique de la petite roussette, Scyliorhinus canicula.



Lees roussettes font partie des requins auxquels on donne le nom chien de mer en français, et, du moins pour les grandes espèces, le nom dogfish en anglais.


Des chiens ou des chats de mer ? Cependant, la tête arrondie de ces « chiens de mer » permet aussi de les comparer à des chats, d'où des noms comme « chat de mer », ou « requin-chat » dans plusieurs langues. Leur nom en italien, gattuccio, les identifie très précisément à des chats. il ne faudrait pourtant pas confondre ces petits requins avec les poissons-chats qui ressemblent beaucoup plus à des chats moustachus, avec leurs longs barbillons, que n'ont pas les roussettes.


Les roussettes ont la peau rugueuse : En espagnol, à côté de gato de mar (« chat de mer ») et de pintarroja (« peinte en rouge »), on trouve également le nom lija, de l'adjectif lijo, lija « sale » en ancien espagnol, lui-même du latin pixa « eau de lessive ». Ce nom a ultérieurement pris un sens métaphorique aboutissant au verbe lijar « polir » et à l'expression papel de lija, ou même lija tout court, qui signifie « papier de verre, toile émeri ». c'est la texture et la couleur de la peau de la roussette qui sont à l'origine de cet enchaînement inattendu.

En effet si la peau de la roussette a pu donner l'impression d'être plutôt sale, c'est à cause des taches qui la recouvrent, et également de ses écailles qui forment des sortes de croûtes superficielles sur sa peau. Comme cette peau de roussette est incroyablement résistante et abrasive, on l'a depuis longtemps utilisée pour le polissage des surfaces."

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Usages traditionnels :


Mathilde Garet, autrice d'un article intitulé "Quand les armes blanches se parent de galuchat noir: étude de la peau de requin comme matériau de gainerie aux XVIIIe et XIXe siècles. (In : Technè. La science au service de l’histoire de l’art et de la préservation des biens culturels, 2023, no 55, pp. 82-89) rappelle un usage peu connu de la roussette :


"Au XVIIIe siècle, l’Angleterre importe en Europe des peaux de raie en plus des objets qui en sont recouverts. La bourgeoisie et l’aristocratie sont très friandes de ce matériau « exotique » qui recouvre les petits étuis et les instruments scientifiques tout en complétant les collections des cabinets de curiosités. L’Angleterre a alors le monopole de ce commerce lucratif que les autres pays européens cherchent à concurrencer7. C’est dans ce contexte que la peau de requin commence à recouvrir les étuis et les armes blanches européens : le requin n’implique aucune importation puisqu’il est pêché sur les côtes françaises et permet donc une utilisation à moindre coût. Il a longtemps été affirmé que l’on employait de la peau de petite roussette, mais une étude de la morphologie des denticules cutanés opérée à notre demande par l’ichtyologue Pascal Deynat sur des objets en galuchat de requin a permis d’affirmer que c’était bien plus largement de la peau d’une espèce particulière de requin qui était utilisée : le centrophore granuleux. (1)


Note : 1) L’identification de Centrophorus granulosus (Bloch & Schneider, 1801) a été établie grâce à l’observation de P. Deynat, docteur en ichtyologie. La peau de petite roussette, dont les denticules cutanés sont recourbés vers l’arrière, était toutefois utilisée en ébénisterie comme abrasif."




Symbolisme :




Symbolisme alimentaire : 


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


"Le caractère de la Roussette cherche les eaux froides entre lesquelles se trouve régulièrement un courant tiède pour la caresser et la “connecter à la terre” (la concentrer dans son corps). Tantôt la Roussette a froid, tantôt il fait plus chaud. Les conditions marines tempérées lui font du bien. Les alternances de chaleur et de froid dans son corps figurent la mise sous tension puis hors tension électrique de ses énergies. Ce poisson ne s’élève pas au- dessus des eaux de la mer car il veut rester profondément tourné en lui-même. Pourtant il lève de temps à autre la tête pour voir si personne ne veut le remarquer, lui. Quoique profondément introvertie, la Roussette est ouverte à la communication. Elle se plaît à se rafraichir dans le frais ondoiement des vagues et à se réchauffer dans les eaux tièdes. Elle sert de modèle à l’homme qui doit en premier lieu entrer en contact avec lui-même dans le ressenti, avec les fluctuations de la vie, avec la vie ? qui circule dans ses veines. Une fièvre vitale agréablement chaude la conduit dans son Moi terrestre, dans son corps.


Celui qui a besoin de Roussette a l’art de souffrir du froid : il a trop tendance à se garder ‘froid’ propre). (au sens figuré et peut-être au sens Si d’aventure il a trop froid aux mains, c’est qu’il ne vit pas vraiment dans le plein champ de la Terre Mère. Ce poisson symbolise l’être humain dont quelquefois le Moi Vivant ‘pique’, l’aiguillonne par une ex- citation électrique... pour attiser le feu de la vie, pour stimuler aussi, au sens propre, la vie chaleureuse dans les cellules des tissus musculaires et cutanés. II rend la vie tantôt chaude, tantôt froide pour que l’homme s’éveille à la vie dans la chair. Il câline, il frôle, il assure une alternance de montées et de descentes afin que sa l’être humain ‘ressente’ sa propre personne, totalité, son corps dans tous ses hauts et ses bas, dans toutes ses profondeurs et gradations, dans toutes ses nuances.

Quelqu’un qui a envie de Roussette dira que sa mère est folle de prétendre que per- sonne n’est comme ‘lui’. Il trouve cela exagéré. Il se trouve lui-même plutôt moyen ; il se rabaisse même un peu. Il s’étonne de tant de belles choses, tout en se sentant incapable d’y participer complètement parce qu’il s’en exclut. Il doit apprendre à plonger au fond de ses richesses intérieures, à dégringoler tout en bas de la vie, de manière à se sentir exister jusqu’à la moelle des os. La Roussette incite l’homme à partir à la recherche du ‘contact’ intensément ressenti avec lui-même.


La sphère psychique de la Roussette communique volontiers avec la vie, avec autrui — une sphère sociale — bien qu’elle ait besoin de se relier à elle-même très intensément. Aimant la vie, elle n’a pas peur de se rendre parmi les autres, ce qui ne l’empêche pas de se sentir ‘bien’ dans sa peau. La Roussette semble quelquefois être un drôle de coco (pour- quoi n’aurait-elle pas le droit de l’être ? Elle incite l’être humain à être LUI-MÊME, même s’il paraissait alors un individu étrange) : elle veut aller tantôt de ce côté-ci, tantôt de ce coté-là... dans la chaleur, dans le froid... Le changement lui fait tant de bien! Elle ne s’anime que si le changement la stimule, la propulse par un afflux de sang frais, la pousse en avant dans une direction nouvelle. Cela rappelle en quelque sorte la douche écossaise, les cabrioles dans le pittoresques du jeune agneau pré, bien loin de la routine et de l'uniformité…

Elle aspire aux extrêmes, au changement, à la variation dans la vie. Celui qui a envie de Roussette ne s’enfermera donc pas dans un mode de vie strict et monotone au tracé régulier. Il a plutôt besoin de se ‘lancer’ dans la vie, de se libérer d’un genre de vie méthodique conçu de façon trop structurelle. Il devra s’autoriser à se rendre tantôt par ici, tantôt par là... sans planification préalable. Sinon, ses nerfs se coincent : il se force à faire autre chose, ou à cesser une activité pour entreprendre une autre démarche. Il devra céder à ces désirs naturels d’expansion, de changement d’activités et d’habitudes dans son existence. Le fait même d’être bloqué quelque part l’incitera à continuer son chemin s’il ne veut pas s’étioler et mourir de froid ; toujours dans le même bain froid... Toujours les mêmes habitudes : cela le vieillit, cela le tue. Toutefois, il conserve une éternelle jeunesse pour peu qu’il ose suivre les aiguillons internes ou les stimuli qui galvanisent ses veines, ses tissus cutanés. Il répond oui à l’appel des forces vivifiantes.. Il doit s’accorder la liberté de changer, d’innover! Quelque excentrique, quelque étrange, quelque radicalement différente que soit sa vie, il fera bien de la vivre d’une façon originale. Énergétiquement, il se propulse toujours dans une direction précise, celle qui lui permet de faire chaque fois un pas le rapprochant un peu plus de lui-même.


La Roussette s’accorde un moment de répit avant de repartir comme une flèche, portée par ses forces électriques ; elle se fraie un chemin : d’abord par ici, puis par là, sans trop se remettre en question puisqu'elle sent intuitivement qu’elle doit faire ceci ou cela. Elle ne bloque pas sa route par des considérations de raison et de structure. Elle vit suivant ses impulsions, suivant son sentiment intime, et se fie à ses inspirations. Celui qui est fortement attiré par le goût de la Roussette a envie de fluctuations, de mener une vie ‘fruitée’ ; appréciant le repas épicé de la vie, il essaie de s’en régaler une bonne fois avant de travailler, de se reposer, etc. Un spectacle perpétuellement changeant où tous les parfums, tous les goûts et toutes les couleurs de l’arc-en-ciel peuvent surgir à tour de rôle. En artiste de la vie, l’être humain s’accorde cette riche diversité et sait en jouir. Telle est du moins la traduction du message et du désir de la Roussette.


Les défauts et les insuffisances que nous rappelle l’envie de Roussette pourraient être : le refus d’une certaine dynamique dans la vie, du changement et du lâcher-prise vis-à-vis d’anciens schémas d’habitudes et d’anciennes structures ; l’être humain qui doute de sa grandeur et qui se meut dans la même couleur grisâtre monotone. Il recèle une plus grande diversité qu’il ne le soupçonne ! L’être humain qui hésite à se lancer hors des schémas routiniers ; il est en court-circuit avec son environnement à force de se court-circuiter lui- même. L’être humain qui attend la réponse d’autrui parce que lui-même ne se met pas en branle intuitivement ! Bien que débordant de talents, il ne les laisse pas se développer librement, ou pas assez... en conséquence de quoi il n’arrive pas ou peu à entrer en ‘contact’ sensible avec lui-même. Il est las d’avancer ; il n’a pas suffisamment foi en ses formidables forces électromagnétiques originelles qui pourtant se tiennent prêtes à fortifier et à alimenter son corps ; il s’arrête au lieu de se ces servir de ces énergies, au lieu de les employer toujours davantage. Il n’a pas assez foi en capacités. L’être humain qui attend trop. qui tarde à aller plus loin, à passer à l’action. Celui qui reste ‘pétrifié’ sur son siège et laisse déterminer sa vie au lieu de prendre, dans sa vie, les virages féconds lui conseille son Moi Vivant : il se cramponne à l’Ancien.


L’envie de Roussette suggère une formidable faculté de se déployer comme un ‘éventail’, dans toute la gamme des variétés et des couleurs. Cet être humain semble se fixer sur un nombre limité des points qu’il comporte à l’exclusion de tout le reste : il devra se permettre de se ‘déployer’ intuitivement. Sans doute se montre-t-il rétif à ce large éventail de possibilités, ce qui suscite des tensions en son être.

Celui qui est friand de Roussette désire en fait que la vie elle-même circule dans tout son être, dans son corps, dans ses mains (créatives).. Aussi pourra-t-il aborder la vie franchement et permettre à ses énergies intuitives de parcourir littéralement la totalité de son être. Il laissera ces eaux vives couler en lui et ainsi le purger, sans dresser de barrages. Il a besoin de se laisser être intuitivement, de façon ondoyante et souple. La Roussette le chatouille jusqu’à ce qu’il s’ ‘abandonne’ :in- conditionnellement à la vie elle-même. Il se gardera désormais de se retenir. Il doit se maintenir DANS la vie, et non plus en marge de lui-même."

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