Le Cheval Gauvin
- Anne

- il y a 6 jours
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Légende du cheval Gauvin à 8'06.
Croyances populaires :
Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Surnaturel, superstitions, être fantastiques, apparitions, lieux enchantés (Editions Omnibus, 2017) Marie-Charlotte Delmas consacre un article aux chevaux fantastiques :
"Cheval fantastique : De tous les animaux qui prennent une dimension fantastique, le cheval mérite une place à part tant les récits qui lui sont consacrés sont abondants. Dans les témoignages relevés au XIXe siècle, certains chevaux ne font qu’apparaître, tandis que d’autres, particulièrement malfaisants, vont jusqu’à entraîner dans la mort ceux qui s’aventurent à les chevaucher. Ils se présentent alors comme des entités psychopompes qui voyagent entre le monde des vivants et celui des morts.
Il est parfois question de l’apparition de chevaux blancs. On en redoute plusieurs dans les Côtes-d’Armor. Ils se montrent souvent dans les champs à trois coins, comme c’est le cas dans le témoignage qui suit : « Un homme de Hénon, qui en voyait souvent un, et qui même avait été enlevé par lui, alla consulter son recteur, qui lui dit de prendre une pièce de monnaie marquée d’une croix, de la mettre dans un bois fourchu et de la présenter au cheval. Le soir venu, l’homme alla dans le champ, et, quand le cheval se présenta à lui, il lui montra son morceau de bois avec la pièce à la croix. Le cheval partit aussitôt en reculant ; mais à l’autre extrémité du champ un autre homme lui montrait aussi une semblable pièce d’argent. Le cheval blanc alla pendant toute la nuit de l’un à l’autre ; au jour, il disparut, et on ne le revit plus jamais. » (P. Sébillot, 1882.) Dans le Pas-de-Calais, les habitants de Samer racontent que le mont de Blanque-Jument est ainsi nommé parce qu’une jument blanche d’une grande beauté s’y montrait jadis. Elle n’appartenait à personne et s’approchait des voyageurs, qu’elle invitait à monter sur son échine : « Tous les gens sages se gardèrent bien de céder à une pareille séduction. Mais un incrédule ayant eu, un jour, la témérité de monter la blanque-jument, il fut aussitôt terrassé et écrasé. Depuis ce temps, la jument, ou plutôt l’esprit qui avait pris cette forme, n’a plus reparu. » (Dr Vaidy, 1810.)
Certains chevaux sont estropiés. En Franche-Comté, une légende explique le jaillissement intermittent de la « Fontaine Ronde », près du fort de Joux, par la soif d’une jument à deux jambes, sans arrière-train. Le sire de Joux, Amaury III, qui revenait des croisades sur une belle jument arabe, sortait d’un monastère où on lui avait offert l’hospitalité lorsque la herse de la porte s’abattit sur sa monture et la coupa en deux. Le chevalier ne s’en aperçut pas et continua de chevaucher jusqu’au bord du Doubs, au pied du château de Joux, où la bête se mit à boire sans s’arrêter. Impatienté, Amaury mit pied à terre et c’est alors qu’il vit qu’il ne restait qu’une moitié de son cheval. A mesure qu’il buvait, l’eau s’échappait de son corps. Le temps que le cavalier tourne la tête pour appeler ses gens, l’animal avait disparu. Cependant, il ne quitta pas le pays : « Il y demeure toujours, et c’est parce qu’il ne saute que sur deux jambes, que la partie postérieure de son corps lui manque, qu’il ne peut jamais étancher sa soif, quoiqu’il boive sans cesse. » (A. de Chesnel, 1856.)
D’autres se présentent sans tête. Le cheval d’Olizy (Ardennes) se contente de se tenir immobile devant les promeneurs attardés tandis que celui qui galope dans les montagnes de la Soule (Pyrénées-Atlantiques) apparaît dans les vallées près des rivières. Quiconque est assez fou pour grimper sur celui de Cosges (Jura) est emporté on ne sait où car on ne le revoit plus jamais. A Relans (Jura), un cheval sans tête garde l’entrée d’un chemin qui mène dans le bois de Commenailles. Il fonce sur les imprudents qui veulent y pénétrer et les jette sur son dos pour les déposer au loin. D’autres fois, il s’avance en silence et pose ses pieds sur leurs épaules : « Il fut pendant longtemps la terreur du village. » (D. Monnier, 1854.) De la même façon, le poulain sans tête qui demeurait dans les ruines du château de Gondrecourt (Meuse), « ruiné pendant les guerres de Louis XIV », venait mettre ses antérieurs, en guise d‘embrassade, sur le veilleur de nuit tandis qu’il criait à minuit : « Réveillez-vous qui dort ! Pensez à la mort ! Priez Dieu pour les âmes des fidèles trépassés ! » (E. Auricoste de Lazarque, 1904.)
Le cheval blanc à trois jambes du bois de Nancray, surnommé « Trois-pieds », galope dans les montagnes des environs de Besançon (Doubs). On raconte que celui qui parviendrait à le brider pourrait en faire ce qu’il veut
(D. Monnier, 1854).
C’est dans le Jura que demeure l’un des rares chevaux ailés de France. Cette bête à la robe blanche va paître vers la source de la Saine dans laquelle elle s’abreuve : « Combien de bergers n’ont-ils pas eu le plaisir, mêlé d’une émotion indéfinissable, d’apercevoir cet élégant coursier, à l’heure du crépuscule, qui est l’heure favorite de toutes les apparitions merveilleuses ! Le docteur Munier, ancien maire de Foncine-le-Haut, qui, à la vérité, ne se flatte pas d’avoir la vue plus perçante que les bergers de sa commune, atteste du moins que le cheval volant est de notoriété publique. » On parle aussi de ce cheval à Bonlieu où l’on dit qu’il galope dans les airs jusqu’à Arinthod et à Chisséria où on l’appelle le Pégase de « Ségomon », divinité locale parfois assimilée à Mars que l’on trouve mentionnée sur des inscriptions votives (D. Monnier, 1854).
Enfin, il existe une catégorie particulièrement dangereuse de chevaux dont l’échine s’allonge, comme le célèbre Bayard, pour servir de monture à plusieurs cavaliers. Ils entraînent ensuite dans l’eau leurs victimes afin de les noyer. A Plouguenast (Côtes-d’Armor), celui qui se présente aux enfants peut en porter quatre ou cinq. A Pindères (Lot-et-Garonne), « il y a longtemps de cela », un cheval rouge à la queue courte accueillit un jour sur son dos neuf cavaliers : « Alors, les neuf sur le dos, le cheval partit comme si le diable l’enlevait. Huit des cavaliers furent jetés dans la poussière, l’autre se tint à la crinière. D’un plein [d’un seul saut] ce cheval du diable le porta à la fondrière de Léoutre où ils disparurent : on ne les a pas revus du tout. » (Abbé L. Dardy, 1891.)
En 1880, une informatrice des Côtes-d’Armor raconte : « Jadis, à Plévenon, le petit cheval Pacoret se plaisait à jouer des tours aux garçons qui allaient voir les filles. Il se couchait près d’un échalier et se laissait monter d’abord par un, puis par deux garçons. Son dos s’allongeait à mesure qu’il en montait sur lui, et parfois il se chargeait de vingt ou trente garçons. S’il passait auprès d’un ruisseau, il les jetait dedans et se mettait à rire. » (P. Sébillot, 1882.)
Ces chevaux, auxquels on ne croit plus vraiment au XIXe siècle mais dont on connaît l’histoire, servent parfois de croquemitaines pour effrayer les enfants qui seraient tentés de partir seuls à l’aventure, tel Lou Drapé, à Aigues-Mortes (Gard). Il ramasse tous ceux qui s’égarent, les met sur son dos qui s’allonge démesurément et peut en recevoir ainsi plus d’une centaine qu’il emporte à tout jamais on ne sait où (A. de Chesnel, 1856).
Cheval Gauvin - Animal fantastique – Franche-Comté : Le cheval Gauvin ou Gauvain (dont le nom rappelle celui de Gauvain, chevalier de la Table Ronde et neveu du roi Arthur) apparaît dans la vallée de la Loue, rivière du Jura dans laquelle il jette les gens, ainsi que dans le cimetière de Chamblay. Une femme du village, ayant aperçu un cheval qui ne semblait appartenir à personne, s’avisa de s’en emparer. A peine fut-elle sur son dos qu’il se mit à galoper à vive allure, ne s’arrêtant qu’au milieu de la rivière de la Loue avant d’y disparaître. La pauvre femme parvint à rejoindre la rive, mais on disait au village que jamais elle ne s’était remise de sa frayeur et, à sa mort en 1836, certains assurèrent que sa terrible aventure n’était pas étrangère à son trépas (D. Monnier, 1854).
Dans le canton de Marnay (Haute-Saône), l’apparition du Cheval Gauvain était de mauvais augure : « Pour savoir si l’on devait mourir dans l’année, on allait au carrefour de Pont-Charrot et l’on n’avait plus qu’à se préparer à la mort si, à minuit, on entendait résonner le sabot d’un cheval, et alors on voyait passer à fond de train l’animal lui-même qui disparaissait dans la nuit. » (C. Beauquier, 1908.)
Selon un témoignage de 1839, dans plusieurs localités du Jura (Montbarrey, Joux, Dole, etc.), on racontait aux enfants que le Cheval Gauvain quittait son repaire à minuit pour parcourir les villages, afin de les dissuader de sortir le soir (D. Monnier, 1854). Vers la fin du XIXe siècle, dans le canton de Montbarrey et de Villers-Farlay (Jura), le Cheval Gauvain était décrit sous l’aspect d’un bouc dont le rôle était aussi d’effrayer les enfants indisciplinés."
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Symbolisme :
Désiré Monnier, auteur de Traditions populaires comparées (Éditions J. B. Dumoulin, 1854) consacre un chapitre au cheval Gauvain :
"Le Cheval Gauvin
Le fameux cheval Gauvin, dont la tradition est encore vivante à Montbarrey,
puis la bonne dame verte d'Augerans se sont montrés aussi plusieurs fois
aux crédules habitants de Baus, près de Gillabois.
AMARQUISET.
On ne dit pas qu'il manque quelque chose à la conformation du cheval Gauvin de la vallée de la Loue ; il n'est pas comme celui de Nancray qui n'a que trois pieds, ni comme la jument du sire de Joux, qui n'en a plus que deux, ni comme le coursier de Coges et de Relans, auquel la tête fait défaut ; et cependant il est comme eux un épouvantail.
On redoute avec raison sa rencontre nocturne ; car si ce brillant Bucéphale est doux au montoir, il n'est pas doux au descendre : il vous sème malhonnêtement dans les endroits les plus périlleux du territoire, et bien souvent vous jette à l'eau.
C'est ce qui est arrivé à une femme de Chamblay. A Chamblay, c'était sur le cimetière que, pendant la nuit, apparaissait autrefois le cheval Gauvin. Cette femme, bien connue par son caractère aventureux et résolu, ayant vu paître cette belle bête qui ne lui paraissait appartenir à personne de sa connaissance (c'était peut-être le destrier du chevalier Gauvin, héros des beaux temps de la chevalerie en France), s'approcha d'elle, la flatta de la main, la trouva docile et gentille : elle pensa donc pouvoir l'enjamber pour l'amener à son écurie. Mais quand le cheval-fée la sentit sur son dos, il donna à sa cavalière une légère idée de son mérite, en faisant des évolutions sans nombre sur la plage voisine du port. Tout allait parfaitement ; la chambléisienne était ravie de sa trouvaille ; elle galopait sans secousse, elle volait comme avec des ailes, tant et si bien qu'elle s'oubliait dans ces délicieux exercices d'équitation. Jamais elle ne s'était vue si forte en ce genre. Tout à coup, par un brusque retour de fortune, son noble palefroi lui fit enfin comprendre qu'elle s'était mal à propos confiée à lui : le coursier s'élança dans la Loue, comme s'il voulait lui donner une dernière preuve de son talent ; et, quand il fut arrivé au beau milieu de la rivière, il disparut sous elle et la laissa en conséquence tomber dans le courant le plus profond. Elle ne se sauva de cette noyade que d'une manière miraculeuse, qui n'a pas été racontée ; mais on sait qu'elle mourut en 1836, et l'on est maintenant persuadé que c'est des suites de sa frayeur.
A Montbarrey, à Joux, etc., comme à Dôle même, on parle encore aux enfants du chevau Gauvin, suivant ce que m'écrivait, en 1839, M. Pallu aîné, bibliothécaire de cette ville ; ce cheval, inventé pour empêcher la jeunesse de sortir le soir, était censé quitter son repaire inconnu à minuit, et parcourir les villages au grand galop. Gare à ceux qui se rencontraient sur son passage ! Des anciens, qui à la vérité ne se vantent pas de l'avoir vu, assurent du moins qu'ils en ont eu grand peur dans leur jeune âge."
Charles Thuriet, dans Traditions populaires de la Haute-Saône et du Jura (Éditeur : E. Lechevalier, 1892) reprend la version de Désirée Minnier :
"Le Cheval Gauvin (Chamblay)
Une femme de Chamblay ayant vu une certaine nuit un beau cheval qui paissait sur le cimetière et qui n'appartenait à personne de sa connaissance, s'approcha de lui, le flatta de la main, le trouva docile et gentil elle pensa donc pouvoir l'enjamber pour l'amener dans son écurie. Mais quand le cheval la sentit sur son dos, il se mit à faire des évolutions sans nombre. La femme de Chamblay était ravie de sa trouvaille. Elle galopait sans secousses ; elle volait comme avec des ailes, tant et si bien qu'elle s'oubliait dans ces délicieux exercices d'équitation. Tout à coup, le cheval, qui était le cheval Gauvin, lui fit comprendre qu'elle s'était mal à propos confiée à lui. Il s'élança dans la Loue, et, quand il fut arrivé au beau milieu de la rivière, il disparut sous la femme et la laissa tomber dans l'endroit le plus profond. Elle ne se sauva de cette noyade que d'une manière miraculeuse, et mourut peu de temps après des suites de sa frayeur.
(D. Monnier, Traditions populaires, p. 696)"
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