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Le Cheval Malet

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    Anne
  • il y a 5 heures
  • 10 min de lecture



Caractéristiques :


Nicole Belmont, autrice de "Croyances populaires et légendes. À propos d'un dossier inédit d'Arnold Van Gennep sur les êtres fantastiques dans le folklore français." (In : Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, n°1-4/1982. Croyances, récits & pratiques de tradition. Mélanges d'ethnologie, d'Histoire et de Linguistique en hommage à Charles Joisten (1936-1981) pp. 211-219) décrit le cheval Malet :


"Ils constituent une faune nombreuse qu'une localisation précise peut seule réussir à appréhender sans risque de généralisation déformatrice. La documentation ancienne a été réunie par Sébillot dans son Folklore de France. Van Gennep relève dans la Bibliographie du Manuel ( t. II, p. 622 ) les « mots-types » les plus importants (plus d'une centaine), qui apparaissent dans l'Index du Folklore et « illustrent bien la multiplicité morphologique des êtres fantastiques dans le folklore français ».

Appartient aux régions de l'ouest le Cheval Malet, qui est un cheval blanc se présentant tout sellé et bridé aux passants attardés la nuit. Si on a le malheur de l'enfourcher, il se met à galoper sans qu'on puisse l'arrêter et finit par jeter son cavalier dans une rivière ou une fontaine. On rencontre aussi des chevaux qui s'allongent pour porter de nombreuses personnes sur leur dos, mais se raccourcissent brusquement, leur réservant le même sort que le cheval Malet. L'Alsace connaît ses Dorftier, ses bêtes de village : à Colmar, un veau qui suivait le passants ; à Wangen, un bélier ; à Illzach, un âne ; à Obersulzbach, un cygne nageant sur un petit lac, dont les yeux grandissaient quand on s 'approchait de lui et sait ensuite dans la fontaine en même temps que le lac."




Croyances populaires :


Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Surnaturel, superstitions, être fantastiques, apparitions, lieux enchantés (Editions Omnibus, 2017) Marie-Charlotte Delmas consacre un article aux chevaux fantastiques :


Cheval fantastique : De tous les animaux qui prennent une dimension fantastique, le cheval mérite une place à part tant les récits qui lui sont consacrés sont abondants. Dans les témoignages relevés au XIXe siècle, certains chevaux ne font qu’apparaître, tandis que d’autres, particulièrement malfaisants, vont jusqu’à entraîner dans la mort ceux qui s’aventurent à les chevaucher. Ils se présentent alors comme des entités psychopompes qui voyagent entre le monde des vivants et celui des morts.

Il est parfois question de l’apparition de chevaux blancs. On en redoute plusieurs dans les Côtes-d’Armor. Ils se montrent souvent dans les champs à trois coins, comme c’est le cas dans le témoignage qui suit : « Un homme de Hénon, qui en voyait souvent un, et qui même avait été enlevé par lui, alla consulter son recteur, qui lui dit de prendre une pièce de monnaie marquée d’une croix, de la mettre dans un bois fourchu et de la présenter au cheval. Le soir venu, l’homme alla dans le champ, et, quand le cheval se présenta à lui, il lui montra son morceau de bois avec la pièce à la croix. Le cheval partit aussitôt en reculant ; mais à l’autre extrémité du champ un autre homme lui montrait aussi une semblable pièce d’argent. Le cheval blanc alla pendant toute la nuit de l’un à l’autre ; au jour, il disparut, et on ne le revit plus jamais. » (P. Sébillot, 1882.) Dans le Pas-de-Calais, les habitants de Samer racontent que le mont de Blanque-Jument est ainsi nommé parce qu’une jument blanche d’une grande beauté s’y montrait jadis. Elle n’appartenait à personne et s’approchait des voyageurs, qu’elle invitait à monter sur son échine : « Tous les gens sages se gardèrent bien de céder à une pareille séduction. Mais un incrédule ayant eu, un jour, la témérité de monter la blanque-jument, il fut aussitôt terrassé et écrasé. Depuis ce temps, la jument, ou plutôt l’esprit qui avait pris cette forme, n’a plus reparu. » (Dr Vaidy, 1810.)

Certains chevaux sont estropiés. En Franche-Comté, une légende explique le jaillissement intermittent de la « Fontaine Ronde », près du fort de Joux, par la soif d’une jument à deux jambes, sans arrière-train. Le sire de Joux, Amaury III, qui revenait des croisades sur une belle jument arabe, sortait d’un monastère où on lui avait offert l’hospitalité lorsque la herse de la porte s’abattit sur sa monture et la coupa en deux. Le chevalier ne s’en aperçut pas et continua de chevaucher jusqu’au bord du Doubs, au pied du château de Joux, où la bête se mit à boire sans s’arrêter. Impatienté, Amaury mit pied à terre et c’est alors qu’il vit qu’il ne restait qu’une moitié de son cheval. A mesure qu’il buvait, l’eau s’échappait de son corps. Le temps que le cavalier tourne la tête pour appeler ses gens, l’animal avait disparu. Cependant, il ne quitta pas le pays : « Il y demeure toujours, et c’est parce qu’il ne saute que sur deux jambes, que la partie postérieure de son corps lui manque, qu’il ne peut jamais étancher sa soif, quoiqu’il boive sans cesse. » (A. de Chesnel, 1856.)

D’autres se présentent sans tête. Le cheval d’Olizy (Ardennes) se contente de se tenir immobile devant les promeneurs attardés tandis que celui qui galope dans les montagnes de la Soule (Pyrénées-Atlantiques) apparaît dans les vallées près des rivières. Quiconque est assez fou pour grimper sur celui de Cosges (Jura) est emporté on ne sait où car on ne le revoit plus jamais. A Relans (Jura), un cheval sans tête garde l’entrée d’un chemin qui mène dans le bois de Commenailles. Il fonce sur les imprudents qui veulent y pénétrer et les jette sur son dos pour les déposer au loin. D’autres fois, il s’avance en silence et pose ses pieds sur leurs épaules : « Il fut pendant longtemps la terreur du village. » (D. Monnier, 1854.) De la même façon, le poulain sans tête qui demeurait dans les ruines du château de Gondrecourt (Meuse), « ruiné pendant les guerres de Louis XIV », venait mettre ses antérieurs, en guise d‘embrassade, sur le veilleur de nuit tandis qu’il criait à minuit : « Réveillez-vous qui dort ! Pensez à la mort ! Priez Dieu pour les âmes des fidèles trépassés ! » (E. Auricoste de Lazarque, 1904.)

Le cheval blanc à trois jambes du bois de Nancray, surnommé « Trois-pieds », galope dans les montagnes des environs de Besançon (Doubs). On raconte que celui qui parviendrait à le brider pourrait en faire ce qu’il veut

(D. Monnier, 1854).

C’est dans le Jura que demeure l’un des rares chevaux ailés de France. Cette bête à la robe blanche va paître vers la source de la Saine dans laquelle elle s’abreuve : « Combien de bergers n’ont-ils pas eu le plaisir, mêlé d’une émotion indéfinissable, d’apercevoir cet élégant coursier, à l’heure du crépuscule, qui est l’heure favorite de toutes les apparitions merveilleuses ! Le docteur Munier, ancien maire de Foncine-le-Haut, qui, à la vérité, ne se flatte pas d’avoir la vue plus perçante que les bergers de sa commune, atteste du moins que le cheval volant est de notoriété publique. » On parle aussi de ce cheval à Bonlieu où l’on dit qu’il galope dans les airs jusqu’à Arinthod et à Chisséria où on l’appelle le Pégase de « Ségomon », divinité locale parfois assimilée à Mars que l’on trouve mentionnée sur des inscriptions votives (D. Monnier, 1854).

Enfin, il existe une catégorie particulièrement dangereuse de chevaux dont l’échine s’allonge, comme le célèbre Bayard, pour servir de monture à plusieurs cavaliers. Ils entraînent ensuite dans l’eau leurs victimes afin de les noyer. A Plouguenast (Côtes-d’Armor), celui qui se présente aux enfants peut en porter quatre ou cinq. A Pindères (Lot-et-Garonne), « il y a longtemps de cela », un cheval rouge à la queue courte accueillit un jour sur son dos neuf cavaliers : « Alors, les neuf sur le dos, le cheval partit comme si le diable l’enlevait. Huit des cavaliers furent jetés dans la poussière, l’autre se tint à la crinière. D’un plein [d’un seul saut] ce cheval du diable le porta à la fondrière de Léoutre où ils disparurent : on ne les a pas revus du tout. » (Abbé L. Dardy, 1891.)

En 1880, une informatrice des Côtes-d’Armor raconte : « Jadis, à Plévenon, le petit cheval Pacoret se plaisait à jouer des tours aux garçons qui allaient voir les filles. Il se couchait près d’un échalier et se laissait monter d’abord par un, puis par deux garçons. Son dos s’allongeait à mesure qu’il en montait sur lui, et parfois il se chargeait de vingt ou trente garçons. S’il passait auprès d’un ruisseau, il les jetait dedans et se mettait à rire. » (P. Sébillot, 1882.)

Ces chevaux, auxquels on ne croit plus vraiment au XIXe siècle mais dont on connaît l’histoire, servent parfois de croquemitaines pour effrayer les enfants qui seraient tentés de partir seuls à l’aventure, tel Lou Drapé, à Aigues-Mortes (Gard). Il ramasse tous ceux qui s’égarent, les met sur son dos qui s’allonge démesurément et peut en recevoir ainsi plus d’une centaine qu’il emporte à tout jamais on ne sait où (A. de Chesnel, 1856).

[...]

Cheval Malet - Animal fantastique – Poitou : La croyance en l’existence du Cheval Malet (ou cheval mauvais) est répandue dans le Poitou. Il apparaît tout sellé et bridé pour inviter celui qui le croise à le monter. Ensuite, il se met à galoper et entraîne sa victime vers un précipice ou une pièce d’eau pour l’y jeter.

En Vendée, on raconte qu’il porte une robe blanche et se présente parfois sans queue ni tête : « Un coureur de cabarets et de veillées rencontre, un soir, le complaisant animal qui fléchit le genou pour lui donner la facilité de se bien placer en selle ; mais à peine a-t-il saisi les rênes qu’il se sent emporté avec une rapidité effrayante à travers plaines, collines, ruisseaux et broussailles ; vingt fois le coursier cherche à le désarçonner, vingt fois il résiste aux efforts de son indomptable adversaire ; force fut au Cheval Malet de ramener au lieu où il l’avait pris le villageois qui ruisselait il est vrai de sueur, de poussière et de sang, mais qui était demeuré vainqueur. Il devait son salut à la médaille de saint Benoît, dite croix des sorciers, qu’il portait à son cou. » (Abbé Baudry, 1864.) En 1872, le même auteur rapporte que, « il y a moins d’un siècle, un homme de ce village [Saint-Philbert-du-Pont-Charrault], monté sur le Cheval Malet fit en trois jours le voyage à Paris, aller et retour. Il se plaisait ensuite à raconter à la veillée toutes les belles choses qu’il avait vues ». Peut-être avait-il sur lui une pièce de six liards sur laquelle était gravée une croix, protection réputée efficace. C’est aussi pour se préserver du Cheval Malet qu’au printemps les habitants de Saint-Benoist-sur-Mer plaçaient une poignée de trèfle sur la pierre d’un ancien dolmen, le Palet de Gargantua.

Dans les Deux-Sèvres, le Cheval Malet passe parfois pour un avatar du diable. Une fois que le blanc coursier a précipité son cavalier imprudent dans une rivière ou un étang, il reprend « sa forme naturelle » en ricanant (L. Desaivre, 1882).

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Sur le site de la région vendéenne, on trouve la légende complète du cheval Malet :


"La Légende du Cheval Mallet


Par une nuit sans lune Magnifique rime avec Maléfique ! Le Cheval Mallet une légende qui donna lieu à une fête au moment de la Pentecôte au XVIIe siècle, à un jeu et plus près de nous à la chanson du groupe folk Tri Yann "La Ballade du Cheval Mallet".


Créature mystérieuse au puissant maléfice : On raconte que dans les temps anciens, un cheval fabuleusement magnifique mais maléfique apparaissait parfois le soir ou au milieu de la nuit, blanc comme le brouillard en Vendée, bien sellé et bridé, pour tenter le voyageur épuisé par un long voyage.

Le fait se produisait le plus souvent par une nuit sans lune. Alors, le voyageur fatigué se laissait tenter et enfourchait cette monture.

Aussitôt, le cheval se mettait à galoper sans que personne ne puisse l’arrêter, comme un ouragan déchaîné, naseaux fumant et yeux étincelants éclairant l’horizon.

Sa chevauchée fantastique se terminait toujours au matin par la mort du cavalier qui, jeté à terre, mourrait sur le coup ou alors se laissait piétiner à mort par sa monture, puis jeté dans un précipice ou dans une fontaine. Près du corps, on retrouvait souvent des traces de sabot « à la forme étrange »...


La médaille de Saint-Benoit, une protection efficace : Le seul salut pour le voyageur était d'avoir sur lui la rançon du voyage : 

  • Jeter six pièces de monnaie marquées d'une croix devant lui pouvait le stopper.

  • Effectuer un signe de croix, utiliser de l'eau bénite ou un sou marqué…..

  • Mais la seule protection véritablement efficace était une médaille de Saint Benoît (dite « croix des sorciers »).

Les lettres (VRSNSMVSVQLIVB) qui figurent autour de cette médaille protègent des périls, sont censées signifier « Vade retro, Satana ; Non suadeas mihi vana ; suntvana quae libas ; ipse venena bibas".

Un soir, un homme croisa un cheval Mallet, et parvint à le soumettre pour se faire emmener à Paris en faisant un grand signe de croix et en tenant la médaille de Saint Benoit haut devant, lui ordonnant "Cheval Mallet, au nom du grand Saint Benoit maintenant tu va m’obéir, Y’a bien longtemps que je veux aller à Paris, tu vas m’y conduire, et tu me ramèneras ensuite auprès de mon épouse".

A son retour, Il dit avoir passé trois jours magnifiques à la capitale.Cet animal fantastique et maléfique faisait trembler de peur les petits-enfants quand les vieilles femmes l'évoquaient.


La morale de cette histoire... "Ne voyagez pas sur un cheval inconnu, ayez toujours dans votre poche la rançon du voyage."


L’expression "C’est un vrai cheval Mallet" désigne une personne intrépide et ardente."

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Symbolisme :


Anne Martineau, autrice de Le nain et le chevalier : Essai sur les nains français du moyen âge : Traditions et croyances (Presses Paris Sorbonne, 2003) établit un lien entre lutins et cheval Malet :


"Il existe entre lutins et chevaux des liens très anciens et très étroits. Si étroits que, dans les chansons de geste médiévales comme dans le plus moderne folklore, lorsque le lutin prend forme animale, il adopte presque toujours celle-là. [...] Dans son Folklore de France, Paul Sébillot a relevé quantité d'exemples de lutins-chevaux : Malet, en Poitou ; Bayard, en Normandie ; Mourioche, en Haute-Bretagne ; Maître-Jean, le Fersé, Bugul-Noz, la Jument Blanche de Bruz... La liste en est interminable. L'étroitesse des liens qui les unit explique leurs attentions pour ces bêtes. C'est d'ailleurs à cela que l'on reconnaît, en général, qu'ils sont venus.

Le premier à en parler est Guillaume d'Auvergne (1180-1249). Il fait état de minuscules gouttes de cire que l'on retrouve, au matin, sur l'encolure des bêtes, ainsi que de curieux tressages de crinières. [...]

Ecoutons [...] ce paysan de Haute-Bretagne du début du XXe siècle :


« Mais moi, à Loc'h-Glas, quand j'étais « moutard » j'ai vu, le matin, dans les écuries, les crinières et les queues des chevaux tressées. Qui a fait cela ? »


Qui avait fait cela, c'est ce que nous commencions sérieusement à nous demander, à force de rencontrer, partout, ce témoignage. Claude Lecouteux, heureusement, élucida pour nous le mystère, en révélant qu'il s'agissait d'une maladie connue sous le nom de plique polonaise ou trichoma (mais les vétérinaires actuels ne veulent plus en entendre parler comme d'une maladie : pour eux, cela résulte de la négligence). Faute d'étrillage et de brossage, le poil du cheval (et parfois sur tout le corps) s'enchevêtre inextricablement, affectant des formes étranges : il se met à boucler (le cheval ressemble alors à un énorme « chien barbet »), ou au contraire se hérisse (il semble alors tout « couvert de plumes »). Naguère encore, ces phénomènes étaient attribués aux lutins. S'ils les frisaient ainsi, c'était, pensait-on, pour se lancer, sur le dos de leurs favoris, dans d'interminables chevauchées nocturnes : les boucles du cheval leur servaient d'étriers."

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