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Le Cheval Bayard

  • Photo du rĂ©dacteur: Anne
    Anne
  • 31 mai
  • 12 min de lecture



Étymologie :


Étymol. et Hist. Voir bard.


Étymol. et Hist. A. Baiart, bayard, boyart. Fin xiies. baiart « civiĂšre Ă  divers usages » (Renaut de Montauban, p. 449 dans Gdf. Compl., s.v. baart : Porterons la pierre a no baiart ferĂ©); 1239 boieart (Cpte de l'hĂŽtel. Coll. des histor. de Fr., t. XXII, pp. 602-603 dans Gay, s.v. bayart), forme isolĂ©e ; 1321 bayard (Fondat. de l'hĂŽpital S. Julien de Lille, ap. Monteil, xves. Hist., I, note 60, ibid.), forme attestĂ©e jusqu'Ă  TrĂ©v. 1771, supplantĂ©e par bayart dep. xves. dans Gay. B. Beart, bard. 1239 bĂ©art (Cpte de l'hĂŽtel. Coll. des histor. de Fr., t. XXII, p. 602-3 dans Gay), forme encore en usage fin xives., ibid.; xvies. bar (Compt. de dĂ©p. du chĂąt. de Gaillon, p. 86 dans Gdf. Compl.) ; 1752 bard (TrĂ©v.). Orig. controversĂ©e ; l'hyp. d'une dĂ©r. de l'a. fr. baer, beer, bayer* (bard dĂ©signant une civiĂšre Ă  claire-voie et non en bois plein) fait difficultĂ© du point de vue phonĂ©t., ne pouvant expliquer la forme baiart du xiies., la forme corresp. bayer avec yod intervocalique n'Ă©tant pas attestĂ©e av. le xives. (O. Bloch dans R. Ling. rom., t. 11, pp. 323-325 explique la forme baiart Ă  partir de baer par une altĂ©ration subie par ce terme techn. en dehors des rĂšgles phonĂ©t.). L'hyp. d'un rattachement Ă  l'a. fr. bail « poutre » (lat. bajulus), bailler « porter » (lat. bajulare) fait difficultĂ© du point de vue phonĂ©t Ă©tant donnĂ©e l'absence de formes anc. en -ill-. L'hyp. d'un Ă©tymon gaul. bagareto- composĂ© du gaul. bagus (Ă  rattacher Ă  l'i.-e. bhāghu-s « bras ») et du suff. collectif gaul. -areto (Hubschmied dans Vox rom., t. 2, pp. 24-33) ne repose pas sur des bases solides; Pat. Suisse rom. signale, s.v. byerdo « chariot », mot rattachĂ© Ă  bard bayart par Hubschmied, que ce dernier a pour ce mot de Suisse romande abandonnĂ© son hypothĂšse. L'hyp. de Gamillscheg (Z. rom. Philol., t. 43, p. 557 et EWFS2) supposant une forme intermĂ©diaire berard issue du frq. bĂ«rhard « porteur » (Ă  rattacher au frq. bĂ«ran « porter », v. biĂšre) fait difficultĂ© du point de vue phonĂ©t., car ce phĂ©nomĂšne se traduirait, semble-t-il, non par une chute du 1err mais par sa dissimilation en -l- (cf. peregrinum > pelerin). L'hyp. de baiart, dĂ©r. de l'adj. bai* par assimilation du brancard avec la monture (Cor., s.v. bayarde) doit ĂȘtre Ă©cartĂ©e pour des motifs phonĂ©t. et sĂ©mantique.


Lire également la définition des noms bard et bayard afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Caractéristiques :


Marcel Françon, auteur de "Le cheval Bayard." (In : Revue Internationale d'Onomastique, 8e année N°3, Septembre 1956. p. 184) précise la couleur du cheval Bayard :


"[...] M. Jean Frappier avait signalĂ© un passage de Jean Lemaire de Belges oĂč il s'agit du « cheval roux Bayard ». M. Frappier avait pensĂ© « Ă  une confusion possible entre ros, "roux" et ros, "cheval", ainsi qu'Ă  l'influence probable de l'expression flamande ros Beyaert ». M. l'abbĂ© NĂšgre signale :  « Ros, "roux" ; lo Rossos, dĂ©rivĂ© de ros, "qui tend vers le roux"... » et  « Bag, Baguet [...] qui sont l'ancien occitan bag "bai..." ; bajet est encore usitĂ© pour les bƓufs et les chevaux : "rouge-brun" ». Il me semble donc que l'Ă©pithĂšte roux donnĂ©e par Jean Lemaire au cheval Bayard s'explique naturellement, d'autant plus que bai (de badius, brun) « se dit d'un cheval dont la robe est rougeĂątre avec crins et extrĂ©mitĂ©s noirs », et que roux dĂ©signe « une couleur entre le jaune et le rouge ». Ces couleurs, brun, roux, bai, sont trĂšs voisines l'une de l'autre, et dĂ©signent ce qui est rougeĂątre. Traditionnellement, le cheval Bayard est prĂ©sentĂ© comme un cheval rouge-brun. En anglais, roux se traduit par russet, reddish-brown, et bay est dĂ©fini comme Ă©tant « a reddisch brown colour » ; des deux termes sont donc pratiquement synonymes."

Jacques Stiennon, dans "Quelques aspects du bestiaire mosan au moyen ùge, dans la littérature, l'histoire, la miniature." (In : Bulletin de la Classe des lettres et des sciences morales et politiques, tome 75, 1989. pp. 255-278) ajoute quelques autres caractéristiques majeures :


"Enfin, il arrive qu'un animal dĂ©tienne lui-mĂȘme un pouvoir magique, qui n'a rien Ă  voir avec le surnaturel chrĂ©tien. Le cas le plus typique en pays mosan est, sans conteste, celui du cheval Bayard. Dans l'Ă©pisode ardennais des Quatre Fils Aymon, Ă©ditĂ© par Jacques Thomas, trois vers spĂ©cifient clairement le statut particulier de ce coursier Ă©pique :


v. 377 « Montent les quatre frÚres sur Baiart le destrier »

v. 379 « De courir aussi tost comme vole espervier »

v. 2423 « Mais Bayart se tint bien car il estoit faez ».


Autrement dit, c'est un cheval-fĂ©e. Sa force est telle qu'il peut supporter le poids des quatre chevaliers rebelles, injustement poursuivis par la colĂšre de Charlemagne. Ses bonds sont d'une amplitude prodigieuse, et l'on peut suivre de la Haute-Meuse Ă  son cours moyen, sur les rives de l'Ourthe, de l'AmblĂšve et de la Vesdres, la puissante empreinte que ses sabots ont laissĂ©e sur les rochers ardennais. Maurice Piron a Ă©tĂ© l'exĂ©gĂšte des traces concrĂštes que la lĂ©gende a fixĂ©es dans la Pierre. Mais notre savante et charmante consƓur Rita Lejeune a fait plus.

Elle s'est placĂ©e avec les quatre Fils Aymon sur Bayard et s'est retrouvĂ©e d'un bond — vous l'avez dĂ©jĂ  devinĂ© ! — dans la CitĂ© ardente. Un manuscrit datable du XIIIe siĂšcle, explique-t-elle, « place Ă  LiĂšge une aventure capitale du cheval Bayard. Et la connaissance intime des lieux ne permet guĂšre de croire que cet Ă©pisode ait Ă©tĂ© conçu autre part qu'Ă  LiĂšge ».

Que raconte cette version ? GrĂące Ă  la perfidie de Ganelon, Charlemagne parvient finalement Ă  se rendre maĂźtre du cheval-fĂ©e et le condamne Ă  un cruel supplice, malgrĂ© les protestations indignĂ©es de l'archevĂȘque Turpin, d'Olivier et de Roland. On pend au cou de Bayard une lourde meule et, du haut du pont des Arches, on le prĂ©cipite dans la Meuse. A la grande joie de l'empereur, le cheval touche le fond de l'eau, une grande « goffe » dit le texte — toponyme encore officiel d'un quai sur la rive gauche du fleuve. Mais soudain, Charlemagne n'en croit pas ses yeux : « Il voit Bayard Ă©merger de l'eau et nager vigoureusement. La meule, il la cogne de ses sabots et y fait maintes entailles. Il en abat maintes pierres ; de ses fers, il la frappe, il la fissure, il la brise comme si elle Ă©tait d'argile. Il la dĂ©pĂšce littĂ©ralement, il l'Ă©crase de toute sa force. Et, quand il en est dĂ©livrĂ©, il traverse le grand fleuve. Sur l'autre berge, il aborde prĂšs d'une motte ; lĂ , il se tire de l'eau,... puis il hennit, s'Ă©broue et creuse le gravier. Alors, il s'Ă©lance, plus rapide qu'une alouette. Le voilĂ  en Ardenne... On raconte encore au pays, et l'Ă©criture le dit, qu'il est dans la forĂȘt oĂč il trouve sa pĂąture. »

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Croyances populaires :


Dans le Dictionnaire de la France mystĂ©rieuse - Surnaturel, superstitions, ĂȘtre fantastiques, apparitions, lieux enchantĂ©s (Editions Omnibus, 2017) Marie-Charlotte Delmas consacre un article aux chevaux fantastiques :


Cheval Bayard - Animal fantastique : L’histoire du cheval-fĂ©e Bayard ou Bayart des chansons de geste du Moyen Age fut popularisĂ©e par la chanson de geste des Quatre Fils Aymon (XIIIe siĂšcle) qui fit l’objet de multiples reprises et devint un des grands succĂšs de la littĂ©rature de colportage jusqu’au XIXe siĂšcle. Pour ce qui nous intĂ©resse ici, nous retiendrons que Bayart possĂšde la facultĂ© d’allonger le dos pour recevoir plusieurs cavaliers (voir CHEVAL FANTASTIQUE). C’est ainsi qu’il sauvera les quatre frĂšres qui s’enfuient alors qu’ils sont pourchassĂ©s par Charlemagne, Renaud, l’aĂźnĂ©, ayant tuĂ© le neveu du roi lors d’un diffĂ©rend. Lorsque Renaud, dit de Montauban, du nom de son chĂąteau, remet en signe de paix Bayart au roi, ce dernier tente de noyer le cheval dans la Meuse. Toutefois, il parviendra Ă  s’échapper et, selon la lĂ©gende, rejoindra la forĂȘt d’Ardennes (française et belge) dans laquelle il erre toujours. La lĂ©gende populaire s’emparera de ce cheval, notamment dans les Ardennes : « On affirme que tous les sept ans, revenant dans les forĂȘts des Ardennes, le cheval Bayard se tient quelques minutes sur une roche qu’il frappa jadis de ses quatre pieds au point de laisser trĂšs visible l’empreinte de ses fers. Il hennit trĂšs fortement et disparaĂźt, mais, s’il est possible d’entendre ses hennissements, il est fort difficile de le voir, car personne ne peut se vanter de l’avoir vu. Il apparaĂźtrait surtout dans les environs de ChĂąteau-Regnault, entre les “pointes des quatre fils d’Aymon” et Ă  cet endroit qui fut la “Table de Maugis.” » (A. Meyrac, 1890.) La Table de Maugis est une pierre plate, peut-ĂȘtre la table d’un ancien dolmen, liĂ©e Ă  l’enchanteur Maugis dont l’histoire accompagne celle des fils Aymon. On la retrouve dans la lĂ©gende qui suit, laquelle explique le nom de certains villages par le passage de Bayard et de ses cavaliers : « Tout proche de la frontiĂšre ardennaise, en Belgique, les quatre fils d’Aymon, Renaud, Allard, Guichard et Richard, pour se dĂ©fendre de leurs ennemis, avaient construit une immense forteresse. Et comme elle Ă©tait bĂątie sur une montagne, ils l’appelĂšrent Montfort. » Un jour, les troupes de Charlemagne parvinrent Ă  y pĂ©nĂ©trer, mais elles furent massacrĂ©es par les soldats des quatre frĂšres, qui durent nĂ©anmoins abandonner la place. Ils partirent chacun de leur cĂŽtĂ© et se retrouvĂšrent prĂšs de Noyers, dans un lieu « proche d’une fontaine qu’abritait un arbre gigantesque, aujourd’hui disparu, mais qui a laissĂ© le nom de l’arbre Renaud Ă  l’endroit sur lequel jadis il s’élevait ». Tandis que les frĂšres se reposaient Ă  l’ombre de cet arbre, leur pĂšre, le duc Aymon, alliĂ© de Charlemagne, vint les attaquer. Les frĂšres grimpĂšrent sur le cheval pour s’enfuir, et celui-ci franchit d’un seul bond deux kilomĂštres. Comme il Ă©tait un peu dĂ©sĂ©quilibrĂ© en retombant, Renaud lui cria « Balan ! Balan ! » [Balance ! Balance ! reprends ton aplomb]. Ce serait depuis ce jour qu’à cet endroit, aux portes de Sedan, un village prit le nom de Balan. Lorsque Bayard s’éleva de nouveau dans l’air, il atterrit bien fermement sur ses pattes. Renaud lui dit alors en le caressant : « Franc cheval ! » Et c’est ainsi que naquit le village de Francheval. Les troupes des frĂšres Aymon, en fuite elles aussi, arrivĂšrent devant un torrent infranchissable. Alors, Maugis plaça une Ă©norme pierre sur le torrent pour les faire passer. A cet endroit fut fondĂ© le village de Pont-Maugis (Noyers-Pont-Maugis) : « On montrait, au commencement du siĂšcle, cette fameuse pierre sur laquelle se voyaient de lĂ©gĂšres empreintes de pas, mais elle fut jetĂ©e dans la Meuse et, depuis, n’a jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©e. » (A. Meyrac, 1890.) On pense au XIXe siĂšcle que le chĂąteau de Montfort dont il est question ci-dessus se trouvait Ă  ChĂąteau-Regnault.

Lors de ces pĂ©rĂ©grinations, Bayard laisse d’autres empreintes de son passage. Dans les Ardennes, Ă  Laifour, aprĂšs avoir sautĂ© la Meuse, Bayard imprima ses sabots sur une pierre que l’on pouvait encore voir en 1815, avant qu’elle ne soit transformĂ©e en cailloux. On l’appelait le Pas de Bayard, comme c’est aussi le cas d’une pierre Ă  empreinte d’Hargnies (Dr Guelliot, 1932).

Selon certains, le fameux chĂąteau de Montauban auquel Renaud doit son nom ne serait autre que celui de Cubzac-les-Ponts (Gironde), d’oĂč l’apparition de l’empreinte du sabot de Bayart dans les environs, lors d’un saut gigantesque. Il marqua une pierre du plateau de Touilh Ă  Villerouge, d’oĂč il partit, puis des rochers au lieu dit Le Tertre Ă  Saint-Romain-la-VirvĂ©e, oĂč il s’arrĂȘta. De lĂ , il fit un nouveau bond sur le chĂąteau de Montauban, puis franchit l’espace une troisiĂšme fois, jusqu’à la Roche-Mombron, Ă  Tauriac, oĂč l’on voit aussi l’empreinte de son pied (P. SĂ©billot, 1883).

Les folkloristes ont relevĂ© ailleurs en France quelques pierres marquĂ©es par le sabot de Bayard, mais il s’agit lĂ  de simples appellations qu’aucune lĂ©gende n’accompagne. On en trouve, par exemple, Ă  Courcelles-FrĂ©moy (CĂŽte-d’Or), Ă  Bourg-Saint-AndĂ©ol (ArdĂšche) ou Ă  Saint-Julien-du-Sault (Pas de Bayard, Yonne).


Cheval fantastique : De tous les animaux qui prennent une dimension fantastique, le cheval mĂ©rite une place Ă  part tant les rĂ©cits qui lui sont consacrĂ©s sont abondants. Dans les tĂ©moignages relevĂ©s au XIXe siĂšcle, certains chevaux ne font qu’apparaĂźtre, tandis que d’autres, particuliĂšrement malfaisants, vont jusqu’à entraĂźner dans la mort ceux qui s’aventurent Ă  les chevaucher. Ils se prĂ©sentent alors comme des entitĂ©s psychopompes qui voyagent entre le monde des vivants et celui des morts.

Il est parfois question de l’apparition de chevaux blancs. On en redoute plusieurs dans les CĂŽtes-d’Armor. Ils se montrent souvent dans les champs Ă  trois coins, comme c’est le cas dans le tĂ©moignage qui suit : « Un homme de HĂ©non, qui en voyait souvent un, et qui mĂȘme avait Ă©tĂ© enlevĂ© par lui, alla consulter son recteur, qui lui dit de prendre une piĂšce de monnaie marquĂ©e d’une croix, de la mettre dans un bois fourchu et de la prĂ©senter au cheval. Le soir venu, l’homme alla dans le champ, et, quand le cheval se prĂ©senta Ă  lui, il lui montra son morceau de bois avec la piĂšce Ă  la croix. Le cheval partit aussitĂŽt en reculant ; mais Ă  l’autre extrĂ©mitĂ© du champ un autre homme lui montrait aussi une semblable piĂšce d’argent. Le cheval blanc alla pendant toute la nuit de l’un Ă  l’autre ; au jour, il disparut, et on ne le revit plus jamais. » (P. SĂ©billot, 1882.) Dans le Pas-de-Calais, les habitants de Samer racontent que le mont de Blanque-Jument est ainsi nommĂ© parce qu’une jument blanche d’une grande beautĂ© s’y montrait jadis. Elle n’appartenait Ă  personne et s’approchait des voyageurs, qu’elle invitait Ă  monter sur son Ă©chine : « Tous les gens sages se gardĂšrent bien de cĂ©der Ă  une pareille sĂ©duction. Mais un incrĂ©dule ayant eu, un jour, la tĂ©mĂ©ritĂ© de monter la blanque-jument, il fut aussitĂŽt terrassĂ© et Ă©crasĂ©. Depuis ce temps, la jument, ou plutĂŽt l’esprit qui avait pris cette forme, n’a plus reparu. » (Dr Vaidy, 1810.)

Certains chevaux sont estropiĂ©s. En Franche-ComtĂ©, une lĂ©gende explique le jaillissement intermittent de la « Fontaine Ronde », prĂšs du fort de Joux, par la soif d’une jument Ă  deux jambes, sans arriĂšre-train. Le sire de Joux, Amaury III, qui revenait des croisades sur une belle jument arabe, sortait d’un monastĂšre oĂč on lui avait offert l’hospitalitĂ© lorsque la herse de la porte s’abattit sur sa monture et la coupa en deux. Le chevalier ne s’en aperçut pas et continua de chevaucher jusqu’au bord du Doubs, au pied du chĂąteau de Joux, oĂč la bĂȘte se mit Ă  boire sans s’arrĂȘter. ImpatientĂ©, Amaury mit pied Ă  terre et c’est alors qu’il vit qu’il ne restait qu’une moitiĂ© de son cheval. A mesure qu’il buvait, l’eau s’échappait de son corps. Le temps que le cavalier tourne la tĂȘte pour appeler ses gens, l’animal avait disparu. Cependant, il ne quitta pas le pays : « Il y demeure toujours, et c’est parce qu’il ne saute que sur deux jambes, que la partie postĂ©rieure de son corps lui manque, qu’il ne peut jamais Ă©tancher sa soif, quoiqu’il boive sans cesse. » (A. de Chesnel, 1856.)

D’autres se prĂ©sentent sans tĂȘte. Le cheval d’Olizy (Ardennes) se contente de se tenir immobile devant les promeneurs attardĂ©s tandis que celui qui galope dans les montagnes de la Soule (PyrĂ©nĂ©es-Atlantiques) apparaĂźt dans les vallĂ©es prĂšs des riviĂšres. Quiconque est assez fou pour grimper sur celui de Cosges (Jura) est emportĂ© on ne sait oĂč car on ne le revoit plus jamais. A Relans (Jura), un cheval sans tĂȘte garde l’entrĂ©e d’un chemin qui mĂšne dans le bois de Commenailles. Il fonce sur les imprudents qui veulent y pĂ©nĂ©trer et les jette sur son dos pour les dĂ©poser au loin. D’autres fois, il s’avance en silence et pose ses pieds sur leurs Ă©paules : « Il fut pendant longtemps la terreur du village. » (D. Monnier, 1854.) De la mĂȘme façon, le poulain sans tĂȘte qui demeurait dans les ruines du chĂąteau de Gondrecourt (Meuse), « ruinĂ© pendant les guerres de Louis XIV », venait mettre ses antĂ©rieurs, en guise d‘embrassade, sur le veilleur de nuit tandis qu’il criait Ă  minuit : « RĂ©veillez-vous qui dort ! Pensez Ă  la mort ! Priez Dieu pour les Ăąmes des fidĂšles trĂ©passĂ©s ! » (E. Auricoste de Lazarque, 1904.)

Le cheval blanc Ă  trois jambes du bois de Nancray, surnommĂ© « Trois-pieds », galope dans les montagnes des environs de Besançon (Doubs). On raconte que celui qui parviendrait Ă  le brider pourrait en faire ce qu’il veut

(D. Monnier, 1854).

C’est dans le Jura que demeure l’un des rares chevaux ailĂ©s de France. Cette bĂȘte Ă  la robe blanche va paĂźtre vers la source de la Saine dans laquelle elle s’abreuve : « Combien de bergers n’ont-ils pas eu le plaisir, mĂȘlĂ© d’une Ă©motion indĂ©finissable, d’apercevoir cet Ă©lĂ©gant coursier, Ă  l’heure du crĂ©puscule, qui est l’heure favorite de toutes les apparitions merveilleuses ! Le docteur Munier, ancien maire de Foncine-le-Haut, qui, Ă  la vĂ©ritĂ©, ne se flatte pas d’avoir la vue plus perçante que les bergers de sa commune, atteste du moins que le cheval volant est de notoriĂ©tĂ© publique. » On parle aussi de ce cheval Ă  Bonlieu oĂč l’on dit qu’il galope dans les airs jusqu’à Arinthod et Ă  ChissĂ©ria oĂč on l’appelle le PĂ©gase de « SĂ©gomon », divinitĂ© locale parfois assimilĂ©e Ă  Mars que l’on trouve mentionnĂ©e sur des inscriptions votives (D. Monnier, 1854).

Enfin, il existe une catĂ©gorie particuliĂšrement dangereuse de chevaux dont l’échine s’allonge, comme le cĂ©lĂšbre Bayard, pour servir de monture Ă  plusieurs cavaliers. Ils entraĂźnent ensuite dans l’eau leurs victimes afin de les noyer. A Plouguenast (CĂŽtes-d’Armor), celui qui se prĂ©sente aux enfants peut en porter quatre ou cinq. A PindĂšres (Lot-et-Garonne), « il y a longtemps de cela », un cheval rouge Ă  la queue courte accueillit un jour sur son dos neuf cavaliers : « Alors, les neuf sur le dos, le cheval partit comme si le diable l’enlevait. Huit des cavaliers furent jetĂ©s dans la poussiĂšre, l’autre se tint Ă  la criniĂšre. D’un plein [d’un seul saut] ce cheval du diable le porta Ă  la fondriĂšre de LĂ©outre oĂč ils disparurent : on ne les a pas revus du tout. » (AbbĂ© L. Dardy, 1891.)

En 1880, une informatrice des CĂŽtes-d’Armor raconte : « Jadis, Ă  PlĂ©venon, le petit cheval Pacoret se plaisait Ă  jouer des tours aux garçons qui allaient voir les filles. Il se couchait prĂšs d’un Ă©chalier et se laissait monter d’abord par un, puis par deux garçons. Son dos s’allongeait Ă  mesure qu’il en montait sur lui, et parfois il se chargeait de vingt ou trente garçons. S’il passait auprĂšs d’un ruisseau, il les jetait dedans et se mettait Ă  rire. » (P. SĂ©billot, 1882.)

Ces chevaux, auxquels on ne croit plus vraiment au XIXe siĂšcle mais dont on connaĂźt l’histoire, servent parfois de croquemitaines pour effrayer les enfants qui seraient tentĂ©s de partir seuls Ă  l’aventure, tel Lou DrapĂ©, Ă  Aigues-Mortes (Gard). Il ramasse tous ceux qui s’égarent, les met sur son dos qui s’allonge dĂ©mesurĂ©ment et peut en recevoir ainsi plus d’une centaine qu’il emporte Ă  tout jamais on ne sait oĂč (A. de Chesnel, 1856).

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Symbolisme :


William Blanc, auteur d'un article intitulé " Bayard, le meilleur cheval du monde" (In : Histoire et Images médiévales n°49, 2013) propose un dossier richement illustré :




Symbolisme celte :


Serge de Foestraets, auteur d'un article intitulé "Ambiorix et le cheval Bayard." suppose une origine celtique à lalégende du cheval Bayard :



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