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La Rose de Jéricho

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 19 mai 2020
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 8 janv.




Autres noms : Anastatica hierochuntica - Jérose - Rose de Jésus - Rose de Jérusalem - Rose de la Sainte-Vierge - Rose de Notre-Dame - Rose de Sainte-Marie - Rose des samaritains - Sérapion -

Selaginella lepidophylla ; Fausse rose de Jéricho - Fleur de pierre - Fleur de rocher - Mousse de résurrection - Plante de la résurrection - Plante dinosaure - Sélaginelle reviviscente.




Botanique :


Paul Fournier, auteur d'un article intitulé "Les « Chardons roulants » de divers genres et de divers pays." (Bulletin de la Société Botanique de France, 1958, vol. 105, no 7-8, p. 354-356) distingue différentes espèces de plantes qui se trouvent en boules abandonnées au vent :


Quel est le mécanisme du phénomène, si frappant même pour des observateurs totalement étrangers à la botanique ? Ces Phlomis sont des espèces vivaces, mais à tige annuelle ; celle-ci, à l'automne, se dessèche et sa base, devenue cassante, se rompt sous les assauts du vent. Ces plantes deviennent alors des Steppenhexen, des « folles de la steppe », abandonnées à tous les caprices du vent. Toute une catégorie d'espèces obéissent à ces singularités biologiques, dont les unes inermes, comme Plantago Cretica et Odoniospermun pygmœum, l'une des plantes dites « Roses de Jéricho » ; les autres fortement épineuses et assimilables à la catégorie des « Chardons roulants » : Alhagi camelorum, Gundelia Tournefortii, Salsola Kali, etc. L'Anastatica hierochuntica, l'autre « Rose de Jéricho », bien connue pour son hygroscopisme, ne fait point partie de ses Steppenhexen, parce qu'elle ne se détache pas spontanément du sol.

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Dans la Revue trimestrielle éditée par La Rahla - Amicale des Sahariens (n°176, ler trimestre, mars 2006), Patrick Dumoulin propose un petit article intitulé "La Rose de Jéricho" qui commence ainsi :


« J'ai grandi comme les plants de rose de Jéricho » dit le Sage, rédacteur du Siracide (ch. 24, 12).

On a donné le nom de rose de Jéricho à l'Anastatica Hierochuntica, qui est une petite plante annuelle poussant au Moyen-Orient. Durant la saison sèche, pendant que les graines sont en train de mûrir, les feuilles tombent et les tiges s'enroulent sur elles-mêmes ; la petite boule ainsi formée roule à travers le désert jusqu'à ce qu'elle atteigne un lieu humide. Elle se déplace alors, et les graines donnent en peu de temps une nouvelle plante.

Jéricho est une oasis du désert de la vallée du Jourdain; c'est la propriété de cette plante de se déployer dans l'eau qui lui a valu sans doute ce nom particulier de rose de Jéricho .

.. Telle est l'histoire que nous livre Edmond Diemer, qui a parcouru plusieurs fois le désert en compagnie de Théodore Monod. Cette plante, bien particulière, appartient à la famille des Brassicaceae, aussi nommée Crucifère, qui comprend 3 200 espèces réparties en 350 genres. C'est une plante annuelle que les Touaregs appellent akaraba, et qui aurait, dit-on, la vertu d'éloigner les rapaces et de faciliter l'accouchement; pourquoi pas ! Laissons-nous en tout cas porter par la rêverie ...

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Croyances populaires :


Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (Editions Omnibus, 2016) Marie-Charlotte Delmas consacre un article à la rose de Jéricho :


Rose de Jéricho : Cette plante, familière de certains déserts, a la propriété de revivre, une fois sèche, si on la remet au contact de l’eau. On la nomme aussi « plante de la résurrection » en vertu de ce petit miracle. Qui dit miracle dit aussi légendes chrétiennes. C’est ainsi que l’on raconte qu’elle devait son origine à un ange présent lors de la naissance de Jésus. Il l’aurait fait naître en frôlant la terre de ses ailes. Ensuite, des croisés l’auraient dénichée dans un buisson proche de l’étable de Bethléem et rapportée en Europe. Dans certaines églises, on montrait, chaque année, la veille de Noël, la merveille de la renaissance d’une rose de Jéricho qui refleurissait jusqu’au lendemain. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, on venait à l’église métropolitaine de Cambrai voir s’opérer ce prodige au moment de l’Elévation, pendant la messe de minuit. Les familles qui possédaient l’une de ces plantes la conservaient précieusement. Au XIXe siècle, en Franche-Comté, comme probablement ailleurs, elle était respectée et on ne s’avisait pas de la faire fleurir en dehors de Noël. A la même époque, les Alsaciens qui en font une amulette protectrice se la transmettent de génération en génération, convaincus qu’elle préserve la maison de la foudre. De plus, selon le développement de la plante pendant la nuit de Noël, ils tirent différents pronostics liés aux futures récoltes. Dans le Haut-Rhin, ce sera le cas si elle fleurit, une fois trempée dans l’eau bénite.

La rose de Jéricho est aussi un support de présage lors d’un accouchement. Au XVIIe siècle, l’abbé Thiers mentionne comme superstition « que quand les roses de Jéricho, que l’on fait venir des Indes, s’ouvrent, étant mises dans l’eau, les femmes grosses qui les y ont mises auront un heureux accouchement ; et qu’au contraire quand elles ne s’ouvrent pas, leur accouchement ne sera pas heureux. On m’a assuré que cette superstition était en usage parmi les femmes de Provence ». Plus tard, cet usage est toujours relevé en Picardie (XVIIIe siècle), en Alsace et dans la Gironde (XIXe siècle).

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Symbolisme :


Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


ROSE DE JERICHO. Cette plante célèbre de l'Orient, qui n'est nullement une rosacée, mais qui appartient à la famille des crucifères, jouit de cette singulière propriété, qu'après s'être entièrement desséchée et avoir été roulée, comme une pelote, par les vents, sur les sables du désert, elle renaît dès qu'elle rencontre un lieu où l'humidité lui permet de s'arrêter, de plonger ses racines dans le sol, d'étendre ses rameaux qui se sont ramollis, de végéter enfin derechef et de produire de nouvelles racines Ce phénomène est déjà des plus curieux ; mais il ne put satisfaire les esprits amateurs de prodiges et , jusqu'au XVIIIe siècle on racontait encore que la rose de Jéricho ne s'épanouissait spontanément que dans la nuit de la nativité du Sauveur, pour se refermer ensuite et ne se remontrer que l'année suivante à la même époque. On ajoutait qu'en la plaçant dans l'eau pendant qu'une femme éprouvait les douleurs de l'enfantement, on était assuré, si elle s'épanouissait qu'une heureuse délivrance aurait lieu et que l'enfant qui proviendrait serait appelé à une existence fortunée.

Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Jérose - Soulagement à la Souffrance.

Cette plante, dont le nom n'est que la contraction de celui de rose de Jéricho, ou rose de Jésus, sous lequel elle est plus connue, n'a que dix ou douze centimètres de haut. Elle porte des fleurs blanches que remplace un petit fruit rond ; quand celui-ci est mûr, toute la plante se dessèche, les rameaux se recourbent en dedans comme un peloton , puis le vent les emporte et les roule jusqu'au travers des sables de l'Égypte et de l'Arabie. Dans cet état, si l'on plonge les racines de la jérose dans l'eau ou si on l'expose à l'humidité, elle s'étale et reprend sa forme première, pour se contracter de nouveau et toujours ainsi .

Une légende rapporte que, lors de la fuite en Égypte, la Vierge mit sécher les langes de l'enfant Jésus sur des tiges de jérose, ce qui lui donna l'étrange propriété dont elle jouit aujourd'hui encore. Les jeunes femmes qui vont devenir mères pour la première fois font placer près de leur lit, une tige de jérose dans un vase d'eau. Elles croient que leurs souffrances ne dureront pas plus que l'épanouissement de la plante et qu'elles seront terminées quand il sera complet.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Rose de Jéricho (Anastatica hierochuntica) a les caractéristiques suivantes :


Pouvoir : Accouchements.

Cette très curieuse petite plante, haute d'une dizaine de centimètres à peine, croît dans les sables maritimes du Moyen-Orient. À la fin de son cycle annuel de végétation, les feuilles tombent, les rameaux se resserrent, s'entrecroisent, de manière à former une pelote de la grosseur d'une balle de tennis, que le vent détache et roule sur les plages. La Rose de Jéricho peut rester plusieurs années dans cet état, puis il suffit de la replacer dans une atmosphère humide pour qu'elle reprenne vie. Desséchée à nouveau, elle se remet en pelote. Posée sur un bol d'eau, elle reverdit et fleurit. Ce phénomène a donné naissance à une foule de légendes et d'utilisations magiques, surtout à propos des accouchements. Selon la manière dont la plante s'ouvre lorsqu'on la trempe dans l'eau, les sages-femmes en déduisent toutes sortes d'augures sur la délivrance facile ou difficile, le caractère de l'enfant qui va naître, son destin, etc.

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Originaire de Syrie, la rose de Jéricho, petite plante annuelle appelée aussi « fleur de la Passion » a ceci de particulier que, même desséchée, elle écarte ses rameaux et renaît quand elle et mise dans de l'eau, d'où sa réputation de plante miraculeuse dont on trouve trace dans l'Antiquité et au Moyen Âge. Cette renaissance n'étant pas sans rappeler la résurrection du Christ, on disait qu'elle fleurissait tous les ans la veille de Noël, pour se réfléchir le lendemain. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, l'église de Cambrai possédait une rose de Jéricho qui s'épanouissait pendant la messe de minuit au moment de l'élévation.

De nombreuses légendes lui attribuent une origine merveilleuse : c'est un ange qui, en frôlant la terre de son aile, la fait naître près de la crèche de Bethléem ; pour d'autres, elle fut créée avec une goutte du sang du Christ. On prétend encore que « pendant la fuite en Égypte, la sainte Vierge étendit un jour les langes de l'enfant Jésus sur la terre tapissée de cette plante. Dieu dit que la fleur touchée par Marie ne devait pas périr et serait immortelle ».

En Europe comme dans les pays méditerranéens, la « rose de Sainte-Marie » ou « de Notre-Dame » constitue un talisman de premier ordre, qui protège notamment la maison de la foudre. Autrefois, la plante magique demeurait longtemps dans les familles et se transmettait de père en fils.

Mise dans un verre d'eau près de la parturiente, la rose de Jéricho facilite son accouchement et s'ouvre lorsque l'enfant va paraître. Cet usage, qui serait d'origine juive, existe aussi bien en Occident qu'en Asie et fans les pays arabes. En France, on prétend qu'un enfant né en même temps que la plante s'est épanouie est promis à la plus grande fortune.

La rose de Jéricho peut être consultée pour connaître le sort d'un malade : si, au contact de l'eau, elle s'ouvre, il guérira mais, dans le cas contraire, il faut redouter le pire. Selon la manière dont elle s'épanouit la veille ou le jour de Noël, on s'attend à une année plus ou moins bonne. Dans le Doubs, on mettait une rose de Jéricho dans l'armoire à linge : « Si quand on al retirait à Noël, elle était ouverte par suite de la moiteur des piles de draps et de serviettes, c'était un singe heureux. Si, au contraire, elle était restée complètement fermée, cela devait être interprété comme l'annonce d'une mort prochaine dans la maison. »

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


On doit aussi mentionner ici la prétendue rose de Jéricho, qui n’est rien moins qu’une rose ; son nom scientifique est anastatica hierocuntica. On l’appelle, à Bologne, rose de la madone, et les femmes du peuple lui attribuent la propriété de faciliter les couches ; cette fleur météorologique, lorsqu’il fait humide, étend ses branches ; lorsqu’il fait sec, elle les retire comme une boule. Même si la plante est desséchée, et si on la place dans l’eau tiède, elle étend de nouveau ses petites branches. On fait cette expérience lorsque le moment de l’accouchement approche, et on croit que la délivrance aura lieu au moment même où la fleur aura tout à fait étendu ses branches. En Allemagne, on appelle la rose de Jéricho « Maria’s Hand » (main de Marie), parce que la madone, comme la Vénus Genitrix, comme la Diana Lucina, est devenue, dans les croyances populaires chrétiennes, une charitable sage-femme dont la main procure aux femmes en couche une plus prompte délivrance. Ne pouvant s’expliquer autrement le phénomène de cet admirable hygromètre végétal, on songea à un miracle, et à la main toute-puissante de la sainte Vierge.

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