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  • Anne

La Renouée




Étymologie :

Étymol. et Hist. xiiie s. (Le Livre des Simples Medecines, éd. P. Dorveaux, § 52). Empr. au lat. médiév. persicaria (ca 1250 ds Latham ; v. aussi Nierm.), dér. de persicus «pêcher».

Étymol. et Hist. 1548 (G. Gueroult, Hist. des plantes de L. Fousch, CCXXXV ds Gdf. Compl.). Part. passé subst. de renouer*.


Lire également les définitions des noms persicaire et renouée afin d'amorcer la réflexion symboliqu

Voir aussi la fiche consacrée à la Bistorte.




Botanique :





Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, il y a deux entrées pour les renouées :


Renouée : Appelée aussi « maison du Soleil » ou « herbe Proserpine », cette plante herbacée très fertile, vivement conseillée aux mélancoliques, est un aphrodisiaque puissant : « Si quelqu'un en boit, elle l'excitera beaucoup à l'amour et lui donnera des forces pour user du coït », dit Albert le Grand. Avoir sur soi de la renouée guérit les maux de coeur et d'estomac et soulage les néphrétiques. Sa racine portée dans les mêmes conditions guérit les maladies ophtalmiques.

Contre les maladies de peau, il faut frotter la partie atteinte avec une renouée humide de rosée, cueillie le matin de la Saint-Jean et contre les rhumatismes, « ligaturer le membre atteint avec des tiges de renouée et aller uriner sur un pied d'estragon », selon un usage du Tarn-et-Garonne.

On peut supposer que la plante avait également un certain pouvoir sur les menstruations comme l'évoque la prière suivante à prononcer lors de sa cueillette : « Herbe Proserpine, fille du roi Horcus, comme tu as arrêté la fécondité de la mule, ainsi arrête le flux de sang d'une femme ».

Ceux qui ont été mordus par un chien enragé doivent éviter le contact de la renouée : ils risqueraient un nouvel accès de rage, selon une croyance du XVIe siècle.

La renouée des oiseaux sert à la divination : en Italie, les jeunes filles qui veulent savoir si elles trouveront un époux dans leur village ou ailleurs interrogent chaque nœud de la plante en récitant : « Je me marierai ici, je me marierai dehors », tandis qu'en Vénitie, pour connaître son sort dans l'au-delà, on dit à chaque noeud de sa tige, de la pointe vers les racines : « Paradis, Purgatoire, Enfer » et ainsi de suite.


Persicaire : La feuille de cette plante des lieux humides, du genre renouée, pote sur son limbe une tache rouge qui, selon une superstition belge, ne serait pas moins qu'une tache menstruelle de la Vierge ! En Flandre, on l'attribue au sang du Christ car la persicaire se trouvait au pied de la croix.

Par lien de sympathie, la feuille, présentée de façon à ce que la fameuse tache touche le nez, en arrête les saignements : présentée de l'autre côté, elle les proovque.*Au XVIIe siècle, on préconisait l'application de persicaire sur les ulcères. La guérison survenait soi on enfouissait la plante à l'endroit même où elle avait été cueillie.

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Mythologie :


Aurore Petrilli dans un article intitulé "Le trésor du dragon : pomme ou mouton ?" paru In : Gaia : revue interdisciplinaire sur la Grèce Archaïque, numéro 16, 2013. pp. 133-154 évoque le pouvoir magique de la renouée persicaire, lié au symbolisme de l'or :


L’or

L’or a toujours été un métal recherché et il a, très tôt, revêtu une forte symbolique, quelle que soit la civilisation qui en faisait usage. L’Antiquité grecque ne déroge pas à cette règle et les Anciens estimaient beaucoup ce métal. L’or, c’est le soleil. Comme le dit Dacosta, c’est la « lumière solaire matérialisée » (Dacosta, 1991, p. 99 ; Diel, 1966, p. 172). L’énergie de l’or est colossale. Sa fonction symbolique, outre celle de conférer de manière évidente un caractère précieux à un objet donné (même très courant), est double. Cette double expression figurée est équitablement partagée entre les deux mythes.

Le premier thème est celui de l’immortalité qui s’exprime en premier lieu dans l’épisode des pommes des Hespérides. En effet, l’or est une matière réputée imputrescible, inaltérable et presque indestructible. Cette inoxydabilité lui confère d’emblée une sorte de pureté qui l’associe au divin ( Fontana, 1995, p. 66). En revêtant les fruits de cette matière on les rend imputrescibles, éternels. Ils le sont d’autant plus s’ils sont entièrement faits d’or. Leur vol doit donc, par une action sympathique, conférer à Héraklès leur immortalité. Celle-ci ne pourra pourtant pas être effective tant que le héros ne se sera pas consumé sur le bûcher de l’Œta.

Le second thème est celui du pouvoir et de la royauté (Jourdain Annequin, 1989, p. 23) qui s’exprime surtout dans l’épisode de la Toison d’or. Ici, l’or de la Toison doit légitimer l’accession au trône de Jason. Ces deux thèmes sont toutefois assez proches, parfois même associés. La Toison d’or représente également un gage de prospérité pour qui la détient. Il est compréhensible qu’Aiétès ait quelques réticences à s’en défaire. Enfin, elle peut aussi symboliser une certaine immortalité à travers la conservation et les honneurs rendus à la dépouille de l’animal.

Pour finir sur le pouvoir de l’or dans l’Antiquité, ajoutons simplement qu’il existe une plante, nommée Polygonum Idaeum ou Persicaire de l’Ida, qui aurait la capacité d’aurifier les dents des moutons qui la broutent. Cette plante aux feuilles duveteuses et aux fleurs d’un rose très pâle est connue depuis l’Antiquité, notamment par les bergers qui remarquèrent cette étonnante vertu. Jamais utilisée en cuisine, elle servait en revanche beaucoup en médecine, notamment contre les maux de dents (Psilakis, 1990, p. 21). Le pas est vite franchi qui relie la coloration des dents des moutons à une action magico-médicinale contre les douleurs dentaires et confirme un peu plus l’action bénéfique et protectrice de l’or.

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