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  • Anne

Le Sarrasin



Étymologie :

Étymol. et Hist. 1545 blé sarrasin (Ch. Estienne, De latinis et graecis nominibus arborum, fruticum, herbarum..., p. 35) ; 1551 sarrasin (G. de Gouberville, Journal, 27 juin ds Poppe 1936, p. 179). Ell. de blé sarrasin (sarrasin1*) à cause de la couleur noire du grain. Cf. lat. médiév. frumentum sarracenorum (1460, L. vert d'Avranches ds L. Delisle, Ét. sur la condition de la classe agric. et l'état de l'agric. en Normandie, p. 324).


Lire également la définition du nom sarrasin pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :






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Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Le diable qui voulut copier le blé et le seigle, créations divines, ne réussit qu'à faire le sarrasin; C'est pourquoi jadis, à la fin de chaque récolte, les paysans bretons laissaient quelques gerbes ou jetaient un peu de blé noir autour des champs : c'était « la part du malin ».

On prétend toutefois que se tenir au centre d'un cercle de farine de sarrasin protège des mauvaises influences pendant un rituel magique. Selon un usage de basse Bretagne, les grains de sarrasin viennent à bout des infections de la vue : il faut mendier neuf grains dans neuf maisons différentes, les plonger dans un récipient d'eau et les prendre un par un pour tracer une croix sur la paupière du malade et faire le tour de l'œil en disant : « Goutte - impie - je t'empêche - de bouillir - Par la vertu - de mon grain - Dans l'eau - tu seras - noyée - Amen. » On dépose alors les grains dans un verre qui a servi à une femme très âgée et à un garçonnet avant de jeter le tout au feu.

En Seine-et-Marne, lors de l'ensemencent du blé noir, on conseillait de faire cette invocation, en tenant une poignée de grains et le pied gauche en avant : « Blé, je te sème, qu'il plaise à Dieu que tu viennes aussi saint et pur comme la Sainte Vierge a enfanté Notre Seigneur Jésus-Christ. » Les Bretons croient que le sarrasin semé le premier vendredi de juin est sûr de réussir.

En Belgique, dire en semant le blé noir Pô lè mohon empêchera les moineaux de picorer le champ.

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Dans Comme le sel, je suis le cours de l'eau : le chamanisme à écriture des Yi du Yunnan (Chine) ( Éditions de la Société d'ethnologie, 2008), Aurélie Névot détaille un rituel qui met en valeur le sarrasin :


Avant d'accomplir les dernières offrandes, d'alcool en l'occurrence, le chamane explique comment et de quoi cet alcool, dje, est fait. Aujourd'hui, de l'alcool de riz acheté dans l'échoppe de Lava est utilisé pour faire les différentes ablutions. Il est communément employé lors des rituels domestiques. Les deuxième et troisième jours, l'alcool de sarrasin, djegu, entrera en scène. « Sarrasin », gu, étant homophone de gu, « année », semer des graines de sarrasin revient à ensemencer la terre et à donner naissance à l'année. C'est l'année qui sera symboliquement semée au travers du sarrasin. (1)

Ici, l'alcool de riz ressoude les alliances. La psalmodie entonnée par midjebimo souligne son aspect fédérateur : des offrandes d'alcool sont faites aux individus afin qu'ils vivent heureux en couple et qu'ils entretiennent de bons rapports entre eux et avec leurs ancêtres. Des offrandes d'alcool sont par ailleurs adressées aux agnats et aux utérins afin que la paix règne. […] Enfin, une dernière psalmodie concerne l'offrande d'alcool destinée à la parole, la parole étant cette fois-ci celle des humains et non plus celle de l'animal sacrificiel. C'est que l'alcool est perçu par les Nipa comme un régulateur des relations sociales. Sans lui, « la langue est rigide comme un os », dit explicitement le texte, et la société sombre dans le chaos. Le chamane décrit les douze registres du discours concernés par ces offrandes :


Les paroles qui se réfèrent aux origines du monde et à la création du cosmos, la parole qu'on se dit à soi-même et celle destinée aux autres, les discussions pour résoudre une querelle, les consolations pour soulager quelqu'un de malheureux, les paroles qui « ordonnent » [édictent des lois et les font respecter], les paroles humoristiques qui ne doivent blesser personne, les paroles de compassion adressées aux individus en souffrance, les discussions à propos d'un mariage, les propos tenus au sein de la maison et à l'extérieur, les discussions entre jeunes et vieux, les mots adressés aux bestiaux, les mots qui résolvent les confits.

[…]

Pendant que le chamane psalmodie les textes rituels d'usage, les djegu (les officiants qui font et servent l'alcool rituel) entrent en scène. Ils portent l'urne d'alcool de sarrasin (un pot de terre) et la placent dans un panier, lequel est accroché à l'arbre céleste, à l'extérieur de l'aire des officiants. Ainsi l'urne est diamétralement opposée l'autel.


L'alcool dans la calebasse : la quintessence du cosmos

Un texte rituel relativement long se réfère à l'alcool de sarrasin bu en ce deuxième jour. Il explique son processus de fabrication qui a débuté treize jours plus tôt. Il est comparable à une période de gestation préparant la cérémonie. Les différentes étapes sont minutieusement décrites. Comme pour la bière de mil dogon, le début de la fabrication de l'alcool rituel déclenche le « compte à rebours » des festivités, mais ouvre et ponctue aussi le processus rituel. Toute la création du cosmos est explicitée au travers des phases successives par lesquelles le riz (?) passe : tout d'abord, sa décortication sur un mortier l'engendrement par le raffinement de l'essence pure. Ensuite la fermentation et la cuisson, qui transforme le riz froid et mouillé en riz chaud et sucré, […]


1) L'homme est la maître des cultures - notamment celle du sarrasin - dans le mythe évoquant l'origine des chema, la femme étant quant à elle associée aux cycles cosmologiques, à l'espace-temps.

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