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  • Anne

La Jasione




Étymologie :

  • JASIONE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1789 (Lamarck ds Encyclop. méthod. Bot. t. 3, p. 214a). Empr. au gr. ι ̓ α σ ι ω ́ ν η « grand liseron ».


Lire également la définition du nom jasione afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Jasione montana ; Mors de mouton ;


Selon Jean-Louis Moret, dans "Etymologie onomastique ou les noms de genres de la flore suisse dédiés à des personnes. Complément." (in : Bulletin du Cercle vaudois de botanique n°39 : pp. 103-108, 2010) :


Jasione L. (Sp. Pl. 2: 928. –Linné 1753), Campanulaceae

Sans dédicace. Le nom pourrait provenir de Jaso (lat. Iaso, gr. Ἰασώ), fille d’Esculape, déesse de la guérison (Gentil 1923, Ferrari 1984). Pour Le Maout et Decaisne (1855), Hegi (1906-1931), Fournier (1946) et Ferrari (1984), le nom est tiré du gr. ἴασις, la guérison. Ce serait une allusion à de prétendues propriétés de cette plante considérée comme médicinale chez Théophraste. Or, la jasione n’est pas une plante médicinale.

Selon Genaust (2005), le lat. iasione désigne le grand liseron (Calystegia sepium) dont la fleur en forme de cloche ouverte est blanche. Cette plante n’est pas médicinale non plus. Cet auteur s’interroge aussi : comment Linné a-t-il pu donner ce nom à une Campanulacée dont la fleur, qui n’est pas en forme de cloche, est bleue – et qui n’a pas de vertus médicinales ? Genaust (op. cit.) rattache à la même racine le nom de Iasion, fils de Zeus et d’Electre, comme celui de Jason, chef des Argonautes, qui conquit la Toison d’Or.

Gentil (1923) propose une autre étymologie: le nom viendrait du gr. ἴα, les violettes, σιός, (forme laconienne pour θεός) Dieu : violettes de Dieu. Ce pluriel rend cette étymologie peu plausible (Albin Jaques, comm. pers.).

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Botanique :





Symbolisme :


Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Jasione - Source de richesse.

Au milieu des Pyrénées et sur les pelouses sèches des montagnes du Midi, on rencontre une jolie fleur bleue, c'est la jasione. La mythologie raconte que Jasion, fils de Jupiter et d'Électre, fut aimé de Cérès, déesse de l'agriculture ; il en eut un fils nommé Plutus, qui fut le dieu des richesses.

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Mythologie :


Selon Isabelle Tassignon, autrice de "Dieux nains de Grèce et d'ailleurs." (In : Ktèma : civilisations de l'Orient, de la Grèce et de Rome antiques, N°33, 2008. pp. 271-279) :


Les Dactyles sont considérés aussi comme des dieux particulièrement anciens (d’une génération antérieure à celle, par exemple, des Courètes) ; l’un d’entre eux, l’Héraclès Dactyle, est qualifié de palaios theos et voit ses origines recherchées tantôt en Égypte, tantôt en Phénicie ; Pausanias décrit à son tour son sanctuaire de Thespies comme étant plus ancien que celui d’Héraclès, le fils d’Amphitryon. Bref, c’est un dieu qui apparaît comme antérieur de plusieurs générations aux Olympiens, un dieu « fossile » en quelque sorte. Le nom des Dactyles est associé aux montagnes lointaines par les auteurs anciens : l’Ida crétois, mais aussi l’Ida phrygien, et leur culte est attesté en divers lieux de la Grèce montagneuse et sauvage : l’Arcadie (Mégalopolis, Olympie, Elis), la Béotie (Mycalessos, Thespies). Si la Crète et la Phrygie passaient pour être, dans l’imaginaire grec, les antiques berceaux de plusieurs divinités, l’Arcadie était tout autant considérée comme une région conservatrice. Le panthéon de Mégalopolis avait gardé des traces de ce conservatisme.

Ils sont proches des déesses, Rhéa ou Déméter, toutes deux fortement associées à la terre. Ils passent pour être les fils de la première, déesse crétoise ou phrygienne. C’est par contre à Déméter qu’Hésiode associe le Dactyle Jasion, qui, au gras pays de Crète, dans une jachère trois fois labourée, s’unit d’amour à la déesse pour engendrer Ploutos. C’est encore à Déméter qu’Héraclès Dactyle est apparié à Mycalessos : il est le gardien de son sanctuaire et, chaque jour, en ouvre et ferme les portes ; ces liens se traduisent occasionnellement par une proximité physique puisque, à Mégalopolis, sa petite statue voisinait avec celle de la déesse.

Leur rapport étroit à la terre en fait, dans ces régions connues anciennement pour leurs richesses minérales, des dieux de la métallurgie, des techniciens. Ils passent pour avoir découvert des arts du feu sur le mont Bérécynthe et être les inventeurs de la métallurgie du cuivre, du fer et du bronze. On peut d’ailleurs se demander si un fragment de pinax corinthienne du VIIe siècle avant notre ère ne représente pas un dactyle à l’œuvre : un nain armé d’un pic s’active sous une voûte que survole une sirène. Derrière la voûte se tient un dieu barbu, qui n’est malheureusement pas assez caractérisé pour être identifié.

Enfin, l’un de ces frères se démarque occasionnellement de sa fratrie : c’est le plus souvent l’aîné¹⁸, Héraclès Dactyle, qui connut la notoriété en jouant, dans plusieurs panthéons locaux, un rôle de parèdre d’une grande déesse, mais c’est à Jasion qu’Hésiode réservait ce rôle. L’expression « Κέλμις ἐν σιδήρῳ » distinguait Kelmis, un méchant Dactyle, qui avait été tué par ses frères pour avoir manqué de respect à leur mère, Rhéa ; son corps enterré dans l’Ida se serait transmué en fer.

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