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  • Anne

La Germandrée






Étymologie :

Étymol. et Hist. xiies. gemandree (Gloss. de Tours, 328 ds T.-L.). Issu, avec une altération mal expliquée, du lat. chamaedrys « id. » (transcr. du gr. χ α μ α ι ́ δ ρ υ ς « id. », étym. chêne [δ ρ υ ̃ ς] à terre [χ α μ α ι ́]) qui présente des formes latinisées comme camedria, v. André Bot.


Lire également la définition du nom germandrée afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Teucrium ; Gazon de chat ; Ive ; Ivette.




Botanique :


Philippe Glardon, dans un article intitulé « La relation du texte à l’image dans l’Hortus sanitatis et les traités du milieu du XVIe siècle : quelques points de comparaison », Kentron [En ligne], 29 | 2013, mis en ligne le 22 mars 2017, propose une comparaison de deux descriptions, l'une médiévale, l'autre renaissante  qui permet de mieux comprendre la philosophie sous-jacente à toute description.





















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Propriétés :


Marie Girard mentionne la germandrée dans son article intitulé "Le coup de froid et ses remèdes en Chartreuse" paru dans Ecologie humaine, 1993 :


« Faire circuler », « digérer », « éliminer »

L'irruption du froid dans l'organisme refroidit l'ensemble des liquides et des matières circulantes. Et elle entraîne le blocage :

- du sang : « Quand les gens avaient pris froid, ils en buvaient de la germandrée petit-chêne, c'était bon pour le sang aussi ».

Pierre Lieutaghi dans un article intitué « Aux frontières (culturelles) du comestible » et paru dans la revue Ethnologie française, vol. vol. 34, n°3, 2004, pp. 485-494, revalorise la savoir populaire :


L’emploi populaire des ressources de la pharmacopée atteste que l’une des caractéristiques foncières de la tradition orale est d’induire de l’innovation, à l’inverse de ce qui est couramment avancé. Déjà, quiconque détient une recette et la met en œuvre suscite une variante, sans qu’il y ait pour autant désarticulation du savoir : le champ des probabilités d’emplois se referme autour d’une moyenne implicite (quantité de plantes, doses journalières, durée des cures, etc.), laquelle procède justement des expériences diverses. On voit ainsi la germandrée petit-chêne, grand amer dépuratif dans la région considérée, prescrite en cures de quatre à dix jours, les traitements plus longs étant habituellement perçus comme dangereux.


Note : À la fin des années quatre-vingt-dix, le petit-chêne s’est retrouvé interdit à la vente libre en France. Vanté pour des vertus « amaigrissantes », sous forme de gélules, il a causé des accidents graves (hépatites aiguës) chez des personnes qui avaient jugé bon d’accélérer le traitement. En masquant les saveurs désagréables de beaucoup de plantes médicinales (ici l’amertume extrême), les gélules favorisent le surdosage. Les précautions d’emploi de la médecine populaire auraient pu, si elles avaient été prises en compte, enseigner la prudence. C’est l’occasion de remarquer que l’industrie pharmaceutique s’efforce de plus en plus de masquer le « goût de remède » par des « goûts de fruits » (ou supposés tels), et que se renverse en même temps l’ancien rapport entre aliment et remède : le premier peut enseigner le second ; mais le second ne peut, sans risques d’atteintes graves à des catégories d’appréhension fondamentale, empiéter sur le champ du premier.

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Selon la présentation de Stéphane Andreani, "Les huiles essentielles de Corse et Vertus insoupçonnées des plantes envahissantes." proposée à la Journée des associations du Cap Corse, le 6 juin 2015 :

Usages traditionnels :

- utilisée par les bergers pour éloigner les mouches des fromages ;

- en infusion contre les rhumes, les maux de tête ;

- connue pour soulager les symptômes de la malaria.


- propriétés insecticides (C. Beaupin Thèse de doctorat) ;

- psychotrope sur les félidés (T. Ellsner et coll, Chemoecology, 2000 ;

- un antibiotique large spectre (montré par N. Djabou, V. Lorenzi, E. Guinoiseau, S. Andreani, A . Muselli, Food control, (2013) : L’huile essentielle de Teucrium marum s’est avérée efficace contre un grand nombre de souches bactériennes dont deux pathogènes alimentaires et deux souches responsables de maladies nosocomiales (Campylobacter jejuni ; Listeria innocua ; Staphylocoque doré; Enterobacter aeroginosa) ;

- son hydrolat est capable de venir interférer sur la communication chimique entre bactéries pathogènes (quorum sensing).

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Symbolisme :


D'après Le Livre des superstitions, Mythes, légendes et croyances (Éditions Robert Laffont, S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Le pouvoir de cet arbrisseau aromatique que les Provençaux appellent erbo du masco (herbe de la magicienne), est mis en valeur par une légende se déroulant dans la région de Hyères (Var) : un jour, deux enfants, surpris par l'orage, trouvèrent abri près d'un germandrée petit-chêne. Ils entendirent alors une conversation pour le moins étrange :

« Casse ceci et cela, disait l'éclair.

- Voilà qui est fait, répondait le tonnerre.

- Tiens, tue ces deux enfants, disait l'éclair.

- Impossible, répondit le tonnerre, le calamandriée [du latin calamandria : germandrée] les protège. »

Depuis, en Provence, cette plante placée dans la cuisine ou la chambre protège la maison de la foudre et du tonnerre.

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Mythologie :


Teucrium désigne le genre en latin, et vient du grec teukris, teukros ou teucros, ou encore teucer. Or, Teucer est un des fondateurs de la cité de Troie, qui, selon la légende, utilisa la Germandrée comme médication.


N.B. Teucer ou Teucros, fils du dieu-fleuve Scamandre, avait fondé une première ville en bordure du Scamandre. Puis Dardanos, fils de Zeus, chassé de Samothrace, vient se réfugier en Troade, épouse la fille de Teucer et fonde la ville de Dardania. Tros, successeur de Dardanos, fonde la ville de Troie. Son fils Ilos fonde Ilion et réunit les trois villes voisines qui deviennent Troie.

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