La Forêt des Vouillants
- Anne

- il y a 5 heures
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Étymologie :
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Particularités :
Sur le site Grenoble-Tourisme, on trouve la description suivante :
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Les sources des Vouillants :
Serge Chaléon et Yves Poncet, auteurs d'un article intitulé "L’EAU VIVE, elle court, elle court !" (In Sources Fontainoises, cité par brunoGrenoble, le 16 avril 2014) mentionnent deux sources du bois des Vouillants :

La source de « cent francs » : Située dans le bois des Vouillants, à cent cinquante mètres environ en dessus « du coup de sabre » sur la route d’antan qui permettait d’accéder au plateau de Saint-Nizier-du-Moucherotte. Elle est localisée en dessous du chemin de la DFCI (Défense Forêt Contre l’Incendie). Actuellement une eau claire et fraîche jaillit et coule d’un ouvrage en mortier, fermé par une porte métallique. La canalisation en fonte grise avec un petit bout cassé est encore visible. L’eau court librement dans le chemin en direction du village. Cette conduite descend pour rejoindre une chambre de distribution permettant de répartir l’eau en plusieurs directions. Cette chambre est encore visible avant de s’engager par le coup de sabre. Une des dérivations alimentera un bassin lavoir installé à l’angle de la rue de l’abbé Vincent et la rue de l’Abbaye, rue de la Poya (en argot rue de la montée). Une autre branche part en direction du domaine de la propriété DEGAUD avec son imposante maison bourgeoise qui deviendra plus tard le Lycée Professionnel Jacques Prévert. Une troisième se dirige en direction de l’ex-café Olliak et du parc de la propriété Planta (avec quelques réserves : un habitant du quartier nous informe que la cascade à paliers aurait été alimentée par l’eau de l’ancien barrage d’Engins.) Tous ces travaux ont été lancés en 1820 par la municipalité de Joseph Fanga, à la demande du Sieur Michal pour une valeur de cent francs, ce qui donnera le nom à la source.
La source de « mille francs » : Située à environ cent cinquante mètres de la source de cent francs et également le long du chemin de la DFCI. Le même type d’ouvrage la protège et fragment de canalisation d’une dizaine de centimètres laisse couler son eau fraîche. Elle aurait été raccordée à celle de cent francs pour l’alimentation du village. Aucune trace de son trajet et de sa destination.
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La source des Sureaux : Sa localisation a été assez longue car très peu connue. Elle serait située à environ une centaine de mètres au-dessus de la source de cent francs mais sans ouvrage elle coulait librement. Elle devait être canalisée sur une certaine longueur car lors de la construction du chemin de la DFCI celle-ci aurait été cassée et peut être remplacée sur la traversé de la voie. Rien ne permet de retrouver son trajet et sa destination.
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L'eau des Vouillants : ça coule de source !
En 1820 le sieur Michal cédait à la ville les deux sources des bois de Vouillants, à savoir la fontaine de Cent francs et celle des Ferriers (Ferrières ?). Une rétrocession placée sous condition : « les eaux de ces sources devaient être amenées au Village de Fontaine au moyen d’un canal qui serait prolongé le long du chemin dit des Portes jusqu’à la propriété du demandeur ». Le même document (délibération du Conseil municipal) précisait que la conduite d’eau serait divisée en deux branches, dont une servirait de déversoir dans le fossé en cas de «trop plein ». Le sieur Michal quant à lui devait réaliser un lavoir avec un toit pour accueillir au minimum six laveuses. Parallèlement la fontaine du hameau des Bois de Vouillant fut encaissée en maçonnerie et recouverte de pierres en lauze pour que « rien ne vienne troubler les eaux de l’aqueduc », La fontaine dite des Ferriers quant à elle fut fermée définitivement par un mur en pierre de quinze à seize pouces d’épaisseur par Joseph Margari un Sassenageois auquel fut commandé le travail, afin d’éviter que les bêtes ne viennent troubler l’eau. Bien vite le débit de cinq hectolitres et demi d’eau par heure à la fontaine, sans compter un volume identique déversé dans le lavoir s’avéra insuffisant, et les habitants riverains durent aller chercher l’eau aux puits particuliers, heureusement en nombre important de ce temps-là. La bouche à incendie n’étant pas alimentée avec le débit et la pression nécessaire, on eut l’idée d’un captage haut, mais Monsieur Pellat successeur de Michal refusa de céder ses droits, ce qui contraignit la municipalité à construire une citerne de 60 M3 pour stocker les eaux des sources. Le 23 novembre 1884, le conseil décidait de l’établissement de trois lavoirs publics dans la commune, un au village (disparu depuis l’aménagement du carrefour vers le LEP jacques Prévert), un au Pont du Drac, le troisième au hameau de l’Eglise. Tous aujourd’hui disparus.
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Histoire :
Lucien Jacquot rapporte dans un article intitulé "La Pierre à Cupules de Fontaine (Isère)." (In : Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 12, n°6, 1915. pp. 302-304) sa découverte d'une pierre intéressante dans la forêt des Vouillants :
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Aimé Bocquet, auteur de "Le scialet funéraire du Bois des Vouillants-Fontaine (Isère)." (In : Bulletin de la Société préhistorique de France, 1963, vol. 60, no Fasc. 11/12, pp. 847-857) expose les trouvailles celtes faites en cette forêt :
"Voici brièvement exposés les premiers résultats d'une fouille qui a livré un riche matériel céramique dans un scialet (1) distant seulement de 3 km du cour de la ville de Grenoble.
[...]
La typologie nous a permis de dater un très beau matériel de céramique de la période du Bronze Récent ou d'une phase ancienne du Bronze Final. Il faut remarquer que cette époque est assez mal illustrée dans la région grenobloise, où jusqu'à présent aucun gisement funéraire de cette importance n'avait été découvert (2).
[...]
SITUATION : Le scialet s'ouvre à une altitude de 285 m environ, dans les bois des « Vouillants » qui dominent la nouvelle cité industrielle de Fontaine, près de Grenoble. Ces bois recouvrent un plateau calcaire qui surplombe, par une falaise abrupte, la plaine de l'Isère et du Drac. L'entrée du scialet se place à une vingtaine de mètres du bord de la falaise et à quelque 10 m du chemin menant aux réservoirs d'eau de la ville de Fontaine. On y accède par la route qui part de la carrière abandonnée des « Perrières » et qui monte vers le hameau des « Vouillants ».
Le scialet occupe les parcelles 122-123 Section Al du cadastre de Fontaine, au lieu-dit « La Rochasse ». Ses coordonnées, prises sur la carte au 20 000e Grenoble n° 7, sont les suivantes : = 863, y = 325,9. [...]
CERAMIQUE : Des très nombreux tessons de céramique que nous avons sortis, nous avons pu reconnaître la présence de 23 vases différents. Quelques-uns ont été restitués presque complètement et les fragments de la plupart nous ont permis de les figurer graphiquement avec assez de précision pour les identifier. On peut provisoirement les répartir en cinq groupes :
Six coupes carénées à décor cannelé - [...]
Une petite urne biconique à fond ovoïde et à décor costulé [...]
Trois jarres biconiques à fond plat, à décor cannelé [...]
Deux urnes carénées à haut col [...]
Six grandes jarres à pâte grossière [...].
OBJETS MOBILIERS :
Perles de verre : Un verre bleu foncé, rempli de bulles, a fourni la matière de trois perles globuleuses ; elles portent une grosse perforation cylindrique, mal centrée. Toutes trois étaient collées par de la glaise aux parois de la fissure. Leur diamètre varie entre 1 et 1,2 cm. Ce type de perles est présent chez nous depuis la fin de l'Age du Bronze Moyen jusqu'à l'Age du Bronze Tardif. [...]
Pendeloque : Une dent monoradiculée, que l'on ne sait à quel animal attribuer (ce n'est probablement pas une dent humaine), est entaillée sur ses bords proximaux pour en faire une pendeloque. La couronne modifiée par usure est méconnaissable; l'apex est fracturé.
Anneau de bronze : Fait d'un fil de section ovale, irrégulière (de 3 à 5 mm sur 6 à 8 mm), sans décor apparent, cet anneau fermé a un diamètre de 9 cm.
Torque : C'est une pièce ovalaire de 13 cm à son grand diamètre, en fil de bronze de section ronde (3 mm), terminée d'un côté par un globule sphérique (6 mm de diamètre) et de l'autre par un renflement bilobé décoré de quatre petits creux soulignés d'un trait concentrique incisé.
Lampe (?) : Un petit godet de céramique, assez fruste, est en pâte sableuse jaunâtre, avec un épais enduit interne noirâtre.
OSSEMENTS HUMAINS : Depuis 1958, il a été recueilli quelques restes de crânes et de maxillaires qui, après examen, se répartissent ainsi :
1 crâne d'enfant de 7 ans avec son maxillaire supérieur et sa mandibule ;
1 crâne d'adulte, sans sa face, dont l'indice céphalique est de 83,8 ;
1 occipital de jeune adulte ;
1 temporal et un pariétal de jeune adulte ;
1 pariétal de jeune adulte ;
1 prémolaire temporaire inférieure gauche.
Ce qui nous donne, au minimum, un total de 6 individus, dont deux enfants, car d'autres os (dents, maxillaires et fragments de calottes) pourraient correspondre à ces corps déjà individualisés, ainsi que certaines vertèbres cervicales hautes (Cl, C2, C3).
La brachycéphalie qui a été mesurée chez un adulte peut se retrouver sur les autres restes crâniens : minceur des parois, apophyses mastoïdes peu développées, etc.
La partie basale d'un crâne est brisée dans la région mastoïdienne. Pour le moment, il est prématuré de tirer des conclusions de ces trouvailles exclusivement céphaliques, les fouilles étant loin d'être terminées.
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CONCLUSIONS : Les multiples rapprochements que l'on a pu faire entre notre matériel et celui de stations dont l'âge a été fixé avec précision nous conduisent à dater du Bronze Récent (Hallstatt A) ou à une phase ancienne du Bronze Final (Hallstatt B) le mobilier funéraire du scialet des « Vouillants ».
La découverte de ce mobilier montre l'extension à la région des Alpes occidentales de la céramique à fines cannelures du Bronze Récent, en France surtout connue jusqu'à maintenant - en dehors du Bas Rhin - en Bourgogne et à la périphérie de cette province : Franche-Comté, Nivernais et Bourbonnais. Cette importante constatation fait ressortir la continuité de l'influence que l'on a déjà vu se manifester dès l'Age du Bronze Moyen, à la Nécropole de Saint-Paul-de-Varces (Isère).
La céramique de Fontaine manque cependant des ornements habituels en appendices coniques, godrons ou cercles concentriques ; mais cette décoration n'est cependant pas absente dans la région : elle a été vue sur un tesson à Rochefort, dans la basse vallée du Drac. En outre, jusqu'à présent tout au moins, le décor gravé du Groupe Rhin-Suisse, propre aux Champs d'Urnes nord-alpins et connu dans la Drôme par exemple (grotte de Beaume-Sourde) fait défaut ici.
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Note : 1) Dans les Alpes, un « scialet » est une large fissure, plus ou moins verticale et profonde, ouverte dans un massif calcaire et plus communément appelée aven ?
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Jean-jacques Millet, auteur d'un article intitulé "Restes humains et pratiques funéraires dans les Alpes du Nord du Paléolithique à l’âge du Bronze – note de synthèse sur l’évolution des chaînes opératoires funéraires des « Paléoalpins »."(Collection EDYTEM. Cahiers de géographie, 2018, vol. 20, no 1, pp. 257-273) précise ce que nous apprend les fouilles du scialet des Vouillants sur les populations concernées :
"[...] L’âge du Bronze inaugure d’autres modes de pensées, avec l’apparition de nouveaux rites. Les populations vont parfois réoccuper des lieux funéraires préexistants, ce qui ne facilitera pas la tâche de l’archéologue qui interviendra 4000 ans plus tard (Muret, 2006). Dans ces nouvelles sépultures, le nombre d’individus est plus modéré qu’au Néolithique final. Les corps sont préservés, les os sont entiers. Le mobilier est souvent riche, associant des bracelets et d’autres éléments de parure avec des céramiques, comme aux Râcles à Saint-Paul-de-Varces (groupe sépulcrale S1 et S2 ; Bocquet, 1963a), au Scialet de Vouillants à Fontaine (Bocquet, 1963b) ou dans la sépulture de la Dame assise de la grotte de Sarrazins, à Seyssinet-Pariset (Bocquet, 1966 et 1976; Millet, 2014c ; figure 10).
La taille moyenne des individus de l’âge du Bronze est comprise entre 164 et 171 cm pour les hommes et entre 147 et 165 cm pour les femmes. Les crânes deviennent très nettement brachycéphales, avec un frontal haut et très large. Les indices de robustesse des squelettes sont forts.
Dans les cas de crémation, les restes sont introduits dans une urne « funéraire », déposée parfois dans des grottes comme dans la grotte de la Balme en Isère (Bocquet et Raymond, 2007).
La sépulture de la Dame assise de la grotte des Sarrazins à Seyssinet-Pariset - Isère.
La sépulture de la dame assise a été fouillée en 1966 par Aimé Bocquet et ses collaborateurs (Bocquet, 1976; Millet, 2014c). Ils ont dégagé des restes humains épars, aux abords de la paroi nord de la grotte des Sarrazins, parmi des pierres de grande taille. Puis la fouille se poursuivant, c’est une fosse délimitée par des blocs qui s’est révélée aux archéologues. À l’intérieur, des ossements regroupés indiquent un squelette en connexion anatomique. Cependant le crâne et les tibias semblent avoir été déplacés. Ainsi, des vertèbres cervicales jusqu’aux côtes et au bassin, les ossements permettent de restituer un thorax complet. Le corps semble avoir été adossé au bord ouest de la fosse. Les avant-bras sont contre les flancs. Au fond de la fosse le bassin est ouvert. Les fémurs sont éloignés du corps mais toujours en position parallèle (figure 10). Il est possible qu’il y ait eu des perturbations anciennes du squelette. De fait, il est probable qu’un terrier comprenant plusieurs diverticules a été aménagé dans la partie est et nord de la sépulture. Cette intrusion est à l’origine du déplacement des différents ossements (mandibule, crâne notamment et tibias).
La datation carbone 14 AMS réalisée sur os (calcanéum) se place vers 1750 ans av. J.-C. Il s’agit vraisemblablement d’une femme de 45 ans dont le corps a été déposé dans une fosse orientée estouest en position assise, les jambes reposant sur le fond. Le crâne n’ayant pas été retrouvé en place, il est difficile de dire quelle était sa position exacte, malgré la présence d’un probable coussin funéraire : les vertèbres cervicales étaient appuyées contre des pierres qui délimitaient un aménagement au sommet de la fosse. L’effondrement de la cage thoracique vers le nord rend néanmoins difficile toute spéculation supplémentaire, si ce n’est la présence d’un espace vide. D’une taille de 146 ± 3,72 cm, cette femme a été l’objet d’une attention particulière, puisqu’elle est inhumée dans une sépulture individuelle aménagée, ce qui est relativement rare à cette époque. C’est un privilège qui différencie clairement cette sépulture unique de l’âge du Bronze ancien des sépultures collectives de la même période, comme celles des Râcles à Saint Paul de Varces, groupe sépulcrale 1 et 2 (Bocquet, 1962), ou du Scialet des Vouillants à Fontaine (Bocquet, 1963b). Avec toutefois une différence nette de profil ostéologique entre les deux dernières, indiquant une sépulture primaire aux Râcles et probablement une sépulture secondaire aux Vouillants. Il y a pour ces périodes du Bronze un retour du caractère ostentatoire de ces sépultures, que l’on retrouve à l’âge du fer (Perrin, 2017).
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Symbolisme :
Jean-Joseph-Antoine Pilot de Thorey, auteur de L’ancien mandement de Pariset (Editions X. Drevet. Grenoble, 1872) explique le nom donné à l'un des déserts de la forêt des Vouillants :
« En 1768, Jean-Jacques Rousseau, décrié par les uns, peu ou mal compris des autres, dégoûté au surplus, lui-même, d’une célébrité qui lui devenait fastidieuse, avait conçu le projet de quitter Genève, pour vivre plus calme et tranquille, sous le pseudonyme de Rénou. Il arriva, le dimanche 10 juillet à Grenoble, où il logea d’abord chez Antoine Vachat, fondeur, en une maison de la rue Vieux-Jésuites, et bientôt après, chez son ami Gaspart Bovier [1], jeune avocat, avec qui il était en rapport de sympathie, et qui, même, avait le plus contribué à le déterminer dans le choix de notre cité ; mais son caractère inquiet et sa manière de vivre devaient bientôt le dégoûter de sa nouvelle résidence. En effet, son séjour ne dura qu’un mois à Grenoble ; il en partit précipitamment, et sans en faire part à personne dès le 13 août, pour se rendre à Bourgoin. Durant ce mois, ROUSSEAU fit des excursions de montagnes et des courses de botanique ; il fut reçu chez des amis de son hôte et partout avec le plus de cordialité possible : il visita Beauregard, il y séjourna. Il se plaisait surtout à herboriser dans son voisinage. De là vient qu’on a donné le nom de désert de Jean-Jacques à l’un de ces points d’excursions que préférait le plus notre philosophe. »
Note personnelle : 1) lire l'article sur l'Argousier pour lire cette anecdote.
Dans un article intitulé "Le Senior des Vouillants, Seyssinet, Isère" (paru sur le site Les têtards arboricoles le 12 septembre 2014) le Castor masqué présente le vieux tilleul du Désert de Jean-Jacques Rousseau :
"[...] je vous propose cette fois-ci de découvrir un vieux Tilleul forestier.
Un arbre en forêt, quoi de plus normal me direz-vous !
Et pourtant, le Tilleul en forêt est habituellement tellement discret qu’il se remarque à peine. Ne supportant pas la concurrence, il disparait rapidement au profit d’arbres plus opportunistes.
Celui de la Forêt des Vouillants fait exception.
[...]
Dans cette quête du frais, la Forêt des Vouillants (gérée par l’ONF) remplie parfaitement sa fonction d’accueil du public dans un cadre resté sauvage et préservé.
On peut y pénétrer en suivant une gorge étroite aux falaises vertigineuses appelée le Désert de Jean-Jacques Rousseau. A l’entrée, un panneau ONF signale la présence de deux arbres remarquables :
un Tilleul vénérable
un Hêtre magnifique qui a su profiter de la fraicheur du lieu pour atteindre des dimensions proches de ses cousins montagnards (presque 3m de circonférence).
Ce Tilleul a été baptisé le « Senior des Vouillants » car son âge estimé à plus de 250 ans en fait le doyen de la forêt. Et ses mensurations font de lui le plus gros des Vouillants.
Selon la légende, il aurait vu passer Jean-Jacques Rousseau venu herboriser en 1768 dans cette forêt sauvage.
Mesures de la circonférence à 1,3m = 3,49m (mesure actualisée en juin 2020).
Je n’étais pas équipé pour mesurer précisément la hauteur (estimation entre 20-25m).
Coordonnées GPS = 45,17286N 005,67251E – Altitude 450m.
La particularité de ce Tilleul se trouve aussi dans sa forme : un tronc étrangement bosselée. Jusqu’à la première fourche à 4m du sol, il est couvert de petites cavités représentant une multitude de possibilités de logement pour les insectes et les oiseaux. Quelle aubaine en pleine crise immobilière ! A la fraicheur du matin, j’ai remarqué que chaque cavité avait sa toile d’araignée. Le Senior des Vouillants est un véritable HLM à araignées !(Note : arachnophobes s’abstenir pour la mesure de la circonférence !)
Le Tilleul a été choisi au moment de la Révolution française comme symbole de la Liberté. Celui des Vouillants n’était certainement qu’un fringant jeune homme à cette période. En continuant ce chemin bien frais au fond des gorges, j’imagine que ce vieux tilleul pourrait représenter un beau symbole pour le Vercors. Ce haut lieu de la Résistance durant la seconde guerre mondiale, où le mot « Liberté » avait pris toute sa valeur. Son tronc tortueux couvert de stigmates pourrait aussi symboliser les difficultés et tourments que les hommes ont endurés dans ce « maquis » pour gagner Notre Liberté.
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Littérature :
Le Désert de Jean-Jacques Rousseau tient son nom du célèbre écrivain genevois qui en 1768 a séjourné chez ses amis de Beauregard et qui herborisait, dit-on, dans cette forêt. S'il ne cite pas explicitement Seyssinet dans Les Rêveries du promeneur solitaire, il nous éclaire cependant sur sa joie d'herboriser dans les bois :
"Des dispositions bien différentes ont fait pour moi de cette étude une espèce de passion qui remplit le vide de toutes celles que je n’ai plus. Je gravis les rochers, les montagnes, je m’enfonce dans les vallons, dans les bois, pour me dérober autant qu’il est possible au souvenir des hommes et aux atteintes des méchants. Il me semble que sous les ombrages d’une forêt je suis oublié, libre et paisible comme si je n’avais plus d’ennemis ou que le feuillage des bois dût me garantir de leurs atteintes, comme il les éloigne de mon souvenir, et je m’imagine dans ma bêtise qu’en ne pensant point à eux ils ne penseront point à moi. Je trouve une si grande douceur dans cette illusion que je m’y livrerais tout entier si ma situation, ma faiblesse et mes besoins me le permettaient. Plus la solitude où je vis alors est profonde, plus il faut que quelque objet en remplisse le vide, et ceux que mon imagination me refuse ou que ma mémoire repousse sont suppléés par les productions spontanées que la terre, non forcée par les hommes, offre à mes yeux de toutes parts. Le plaisir d’aller dans un désert chercher de nouvelles plantes couvre celui d’échapper à des persécuteurs ; et parvenu dans des lieux où je ne vois nulles traces d’hommes je respire plus à mon aise comme dans un asile où leur haine ne me poursuit plus."
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