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  • Anne

La Chrysomèle




Étymologie :


Mot formé du grec chryso- + gr. μ ε ́ λ ο ς « membre, articulation ».

Chryso - : Élément préf. tiré du gr. χ ρ υ σ ο ́ ς « or », entrant dans la composition de nombreux mots et utilisé notamment pour la formation de termes de chim. et de sc. naturelles pour désigner des animés ou des inanimés présentant qq. anal. avec l'or.


Lire également la définition de Chrysomèle afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :


Jacques M. Pasteels, auteur de « L'écologie chimique : une vision des interactions entre organismes. » (In : Bulletin de la Classe des sciences, tome 6, n°7-12, 1995. pp. 417-430) présente une particularité de certaines chrysomèles :


Cependant, les toxines peuvent se retourner contre leurs producteurs (boucles positives). Des insectes phytophages peuvent non seulement tolérer les toxines végétales, mais les utiliser comme signal leur permettant de reconnaître leur plante-hôte sur laquelle ils se sont spécialisés. Dans des cas extrêmes, sans ce signal ils ne se nourrissent pas. Un des exemples le plus spectaculaire est fourni par des chrysomèles appelées « cucumber beetles » qui ne se nourrissent que de cucurbitacées (concombres, melons, ...). Les cucurbitacées synthétisent des triterpénoïdes (cucurbitacines) très amères et toxiques pour les vertébrés et les arthropodes non-adaptés. Chez les chrysomèles qui ne se nourrissent que de cucurbitacées, l'alimentation est déclenchée par ces cucurbitacines. La réaction comportementale des insectes est à ce point spécifique et sensible que ces insectes sont les meilleurs révélateurs pour déceler la présence de cucurbitacines dans un extrait végétal. Après Chromatographie de l'extrait sur une couche mince de silice offerte aux insectes, ceux-ci rongent la couche de silice aux endroits précis où les cucurbitacines ont migré (Metcalf, 1986). Les insectes se nourrissent de silice parfumée d'un zeste de toxine. Des plants de concombres sélectionnés pour leur incapacité à synthétiser ces triterpénoïdes sont rejetés par les « cucumber beetles ». Cependant plantés en champ, ils sont très rapidement dévastés par des acariens qui délaissent les plants contenant des cucurbitacines dans leurs tissus (Da Costa et Jones, 1971). Léo Errera (1886) est un des premiers biologistes à avoir perçu ce rôle écologique ambigu des toxines végétales. Il comparait les relations entre plantes et insectes à un jeu de gendarmes et voleurs fait d'adaptations et de contre-adaptations. C'était une idée tout à fait révolutionnaire à l'époque qui n'a été réellement acceptée que plus d'un demi-siècle plus tard.

[...]

Les chrysomèles sont des coléoptères phytophages généralement très spécialisés dans leur alimentation. Elles sont le plus souvent vive¬ ment colorées (chrysomèle signifie en grec coléoptère doré) et ces couleurs vives, comme celles d'ailleurs des coccinelles, est un signal d'avertissement de leur toxicité, ou mauvais goût, pour leurs prédateurs qui apprennent à les éviter. Certaines espèces vivent sur les saules et les peupliers. Beaucoup de salicacées possèdent dans leurs feuilles des glucosides phénoliques, par exemple la salicine et la salicortine. La salicortine est le composé majeur, mais elle est facilement dégradée en salicine quand l'insecte se nourrit. Ces composés sont répulsifs et toxiques pour de nombreux herbivores non-adaptés aux salicacées (réf. in Pasteels et Rowell-Rahier, 1992). Les larves séquestrent ces composés et les utilisent pour synthétiser leur propre défense chimique, l'aldéhyde salicylique accumulé dans des glandes thoraciques et abdominales évaginables (Pasteels et al. 1983).

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D'après l'article de Jean-Louis Doucet intitulé « Palabres autour des arbres : des discours sur leur intelligence aux dérives de l’anthropomorphisme. » (Biotechnologie, Agronomie, Société et Environnement, 2020, vol. 24, no 3, p. 203-206) :


Les premières études sur les talking trees (Baldwin & Schultz, 1983) ont suscité bien des controverses (voir par exemple Fowler & Lawton, 1985), en raison des faiblesses statistiques liées à l’absence de répétitions indépendantes. Toutefois, des travaux ultérieurs, menés cette fois avec des approches statistiquement robustes et plusieurs modèles biologiques, plaident en faveur d’une réelle communication entre les arbres.

Par exemple, Dolch & Tscharntke (2000) ont étudié les effets de la défoliation de l'aulne (Alnus glutinosa (L.) Gaertn.) sur la consommation des feuilles par une chrysomèle (Agelastica alni (Linnaeus, 1758)). Dans 10 sites, un arbre a été partiellement défolié manuellement (environ 20 % du feuillage total) pour simuler l'herbivorie. Ensuite, les dommages causés par la chrysomèle ont été évalués. Il s’est avéré que l'herbivorie augmentait avec la distance à l'arbre défolié. La résistance a donc été induite non seulement chez les aulnes défoliés, mais aussi chez leurs voisins non endommagés. Par conséquent, la défoliation des aulnes semble déclencher un transfert de résistance entre les plantes et réduire l'herbivorie dans les peuplements d'aulnes entiers. Toutefois, les mécanismes réellement impliqués n’ont pas été élucidés par les auteurs et plusieurs hypothèses ont été avancées, dont l’émission de signaux chimiques : soit via l’air par des molécules volatiles, soit via le sol par des soudures racinaires ou des mycorhizes.

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Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque ainsi la chrysomèle :

19 juin

(Fontaine-la-Verte)


Une chrysomèle (zébrures de bronze et d'améthyste) tombe d'une touffe de thym d'une plante sur mon carnet de notes. Elle se hâte sur le papier : prodige de protéines. Je la touche du doigt : elle se fige, les pattes sous le corps. Au bout d'une minute, elle reprend l'usage de ses articles et détale. L'acide désoxyribonucléique est un farceur.

Le temps d'immobilité de la chrysomèle, si je la touche plusieurs fois, ne cesse de diminuer. Elle s'adapte à l'agression. Tout l'homme est là, lui aussi : tomber ; courir ; faire le mort en cas de danger ; s'habituer à l'horreur avec une facilité déconcertante...

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