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La Cantharide

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    Anne
  • 7 févr.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 févr.




Étymologie :


Étymol. et Hist. 1. 1314 cantaride insecte venimeux (H. de Mondeville, Chirurgie, éd. Bos, t. 2, p. 103) ; 1575 « médicament préparé à partir de cantharides séchés » (Médecine Franche-Comté, p. 77 ds IGLF Techn.) ; 2. 1901 arg. « allumeuse » (Bruant). 1 empr. au gr. κ α ν θ α ρ ι ́ ς, -ι ́ δ ο ς (Aristote ds Liddell-Scott), transcrit dans le lat. cantharis (Pline ds TLL s.v., 280, 23) ; 2 p. allus. aux vertus aphrodisiaques de la poudre de cantharides séchées.


Cantharider, verbe trans. attest. a) 1896 cantharidé « érotique, leste » (G. Delesalle, Dict. arg.-fr. et fr.-arg., p. 57), rare (v. Rheims) ; b) 1920-22 « mélanger de la cantharide pulvérisée » (Lar. univ.) ; de cantharide, a en raison des vertus aphrodisiaques de la poudre de cantharides séchées, v. cantharide « allumeuse », suff. * ; b dés. -er.


Lire également la définition du nom cantharide et du verbe cantharider afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Vertus médicinales :


Elisabeth Motte-Florac propose un article qui met à l'honneur les usages de la cantharide de manière diachronique : "Pouvoir de la tradition et nécessaires innovations. L’évolution des pharmacopées à travers l’exemple de la cantharide." (In : 131e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Grenoble, 2006. CTHS (Comité des travaux historiques et scientifiques), 2009. pp. 172-192.) :


Elisabeth Motte-Florac, autrice d'un article intitulé "Utilisation des insectes médicinaux au cours de l’histoire, entre modes et découvertes scientifiques." (In : Les insectes et la santé. Entre nuisances et puissance thérapeutique, Mairie de Niort, 2012) nous apprend quelles sont les vertus thérapeutiques de la cantharide :


"La médecine grecque du Ier millénaire av. J.-C. est essentiellement mythique et sacerdotale mais à partir du VIIIe s. av. J.-C., l’exercice de la médecine passe aux mains des prêtres d’Asclépios, le dieu de la médecine. Au cours de la seconde moitié du Ve siècle av. J.-C., des médecins grecs (Hippocrate est le plus connu) désireux de se détacher de cette médecine théurgique, décident de fonder leur pratique sur l’étude des symptômes des maladies et des effets des remèdes. Leurs informations sont consignées dans une œuvre collective d’envergure, le Corpus hippocraticum ou Collection hippocratique. C’est dans cet ouvrage que sont décrits pour la première fois les bénéfices de l’usage de certains insectes et leurs effets. Ainsi, la cantharide et les effets de son ingestion (entre autres, des sueurs abondantes) sont décrits et, à cette occasion, on peut noter que les effets thérapeutiques recherchés (des vésicules produites par voie externe pour la cantharide) sont recherchés pour être en parfaite adéquation avec les conceptions biologiques de la maladie : celle-ci serait due à la présence dans le corps d’une matière pathogène. Aussi les médicaments (les pharmaka) ont-ils pour but de permettre son évacuation par l’un ou l’autre des orifices du corps ou encore la production de vésicules.

Lorsque, dans la deuxième moitié du IIe siècle av. J.-C., Rome étend sa domination, les médecins grecs monopolisent la pratique médicale dans l’Empire romain, et transmettent leur savoir aux Romains. Pendant les siècles qui suivent, les nombreux ouvrages traitant de maladies et de drogues vont en témoigner. La quantité et la diversité des informations qui s’y trouvent poussent quelques auteurs à rechercher l’exhaustivité. C’est ainsi que Pline (naturaliste romain du 1er siècle) rassemble dans son Historia naturalis ou Histoire naturelle, vingt mille observations tirées de deux mille volumes. Il y cite de nombreux insectes utilisés en thérapeutique : blatte, cantharide, bupreste, chenille des pins, cigale, grillon, criquet, mouche, abeille, guêpe (Pseudosphex), punaise, etc. Pour chacun de ces insectes, de nombreuses informations renseignent sur leur biologie et leur écologie, l’efficacité des différentes espèces, la préparation de la drogue, ses 66 emplois thérapeutiques, sa toxicité et les polémiques liées à son usage. Comme on le voit, il s’agit de toutes les observations qu’il est possible de faire sans le concours du microscope ou de l’analyse chimique.

[...]

Chassés des cultures et des lieux d'habitation par des pesticides de toutes natures, les insectes sont aussi évincés des pharmacopées ; seuls quelques rares représentants continuent à avoir la faveur des pharmaciens et de leurs clients. C’est le cas des cantharides ; connues et utilisées depuis au moins trois millénaires, de nombreux médecins en prescrivent encore pour soigner un grand nombre de maladies aiguës, « fièvres putrides malignes, miliaires, fièvres chaudes, mal de gorge gangreneux, dans tous les cas où le malade est menacé ou attaqué de rêveries… ». Elles sont à la base des plus importants vésicatoires (produits qui, appliqués sur la peau, provoquent une sécrétion séreuse qui soulève l'épiderme en formant une ampoule), pommades et emplâtres qui sont employés chaque fois qu’il « faut réveiller le sentiment dans quelques parties, ou détourner les humeurs qui menacent de quelque dépôt dangereux ». Toutefois l’usage de ce remède dangereux tant par voie interne que par voie externe, et qui requiert, de la part du médecin, prudence et expérience, les cantharides, derniers insectes à figurer dans la pharmacopée française, elles finiront par en être éliminées en raison de leur toxicité."

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Croyances populaires :


Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (Editions Omnibus, 2016) Marie-Charlotte Delmas consacre un article à la cantharide :


"Cantharide : Ce coléoptère, qui passe pour avoir des vertus aphrodisiaques, est employé dans les envoûtements amoureux. Au XVIIe siècle, l’abbé Thiers évoque ceux qui en glissent discrètement sous la nappe d’un autel à l’endroit où le prêtre place le corporal quand il dit la messe. Ensuite, ils les pulvérisent et les mélangent à la boisson qu’ils administrent à la personne qu’ils souhaitent épouser. On raconte qu’un Lyonnais qui voulait se faire aimer de sa femme, laquelle le repoussait, glissa quatre cantharides pulvérisées dans un verre de vin du Rhône qu’il lui fit boire. Il s’attendait à être heureux ; il fut veuf, conclut Collin de Plancy, qui rapporte cette anecdote (1825).

En Isère, pour soigner un coup de froid, on fabrique un emplâtre à base de cantharides ramassées dans la rosée, le matin de la Saint-Jean. On les fait macérer dans du vinaigre avant de les faire sécher au soleil et de les placer sur une fine couche de levain. Dans les Hautes-Alpes, il faut étouffer les insectes avant de les réduire en poudre et de les mettre sur le levain. Ces deux recettes, recueillies au XIXe siècle, sont liées au pouvoir de la fête sacrée de la Saint-Jean et à sa rosée magique."

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Littérature :


Mladen Kozul, dans "Le Poison sadien : métaphores, sources, savoir médical." (In : Littérales, 1997, vol. 20, no 1, pp. 161-176) évoque la cantharide comme poison :


La fiction sadienne date bien des dernières décennies du XVIIIe siècle, où le savoir médical qu'implique l'empoisonnement reste lié aux pratiques et aux hantises ancestrales, investi par la rumeur et le fantasme.

En effet, les personnages sadiens introduisent sur la scène romanesque les motifs récurrents que l'imaginaire social attache à l'empoisonnement. Dans la chronologie sadienne, l'affaire de Marseille de 1772 met à jour le tissu fantasmatique associé au savoir qui commencera à s'ordonner, vers la fin du siècle, sous le nom de la toxicologie. Le lendemain de la partie de débauche qui enclenchera l'affaire, les deux filles auxquelles Sade a administré les pastilles de cantharide présentent les symptômes régulièrement associés à l'empoisonnement : brûlures d'estomac, nausée, vertiges, vomissements de matières noirâtres et fétides. Les maîtres apothicaires de Marseille analysent le contenu des vomissements. Obsédés par le poison, mais ne songeant pas à la cantharide, ils cherchent la présence du sublimé corrosif et de l'arsenic, les deux substances traditionnellement les plus utilisées. Même s'ils n'en trouvent pas, un chirurgien et un médecin, appelés au chevet des deux filles, s'en tiennent aux recommandations de l'Encyclopédie et des traités toxicologiques de l'époque qui préconisent « les substances huileuses » comme l'antidote universel, et leur prescrivent de l'huile d'amandes douces. Après quelques jours, les deux malades entrent en convalescence.

[...]

Parallèlement, le procès intenté à Sade mêle l'empoisonnement et la sodomie, auxquels les on-dit ajouteront l'inceste. Le savoir chimique de l'époque, qui range la cantharide, aphrodisiaque réputé, parmi les poisons, corrobore l'association entre l'érotisme et le crime. En outre, la hantise des alchimistes et des sorcières n'est pas loin : le sublimé corrosif recherché par les docteurs de Marseille est un dérivé du mercure, élément souvent mentionné dans les Cent Vingt Journées de Sodome comme une substance tantôt meurtrière tantôt jouissive. Vers la fin du siècle, le mercure est toujours utilisé dans la recherche de la pierre philosophale alors que l'autre poison traditionnel, l'arsenic, est employé pour essayer de changer le cuivre en argent.

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