Le Faucheux
- Anne

- 21 janv.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 janv.
Étymologie :
FAUCHEUX, FAUCHEUR2, subst. masc.
Étymol. et Hist. 1690 faucheux « araignée » (Fur.) ; 1756 faucheur (Geoffroy, Matière médicale ds Fr. mod. t. 14, p. 298, s.v. faucheux). Même mot que faucheur peut-être d'apr. le sens de faucher* (terme de man.); pour la chute du r, v. Fouché, p. 669. Cf. aussi ca 1535 faucheux au sens de « personne qui fauche » (Nicolas de Troyes, le Grand Parangon, 54 ds Hug.).
Lire également la définition du nom faucheux afin d'amorcer la réflexion symbolique.
Autres noms : Opiliones - Faucheur - Faucheuse - Opilion-
Zoologie :
William Shear, dans un article intitulé "Les faucheux." (In : Pour la science (Imprimé), 2010, no 393, pp. 28-32) propose une étude sérieuse des caractéristiques des faucheux :
Croyances populaires :
Selon Alfred Harou, auteur de Le folklore de Godarville (Hainaut). (J. Vancaneghem, 1893) :
"Les Faucheux (araignée, leu en wallon). Les enfants s'amusent à arracher les longues pattes des faucheux et interrogent ensuite ces membres palpitants. Ils leur demandent par exemple l'endroit où se trouve le garde-champêtre. Suivant que les pattes se meuvent à droite ou à gauche, ils concluent que le garde-champêtre doit se trouver à droite ou à gauche."
Jean Baucomont, dans un article intitulé "Les formulettes enfantines d'indication" corrigé en ""Les formulettes enfantines d'incantation" (In : Arts et traditions populaires, 1965, vol. 13, no 3/4, pp. 243-255) rapporte une formule qui concerne le faucheux :
[Sa] rencontre fournit des prédictions oraculaires :
[...]
Pute, pute, versipute
Du côté que ton cul
Se tournera, le galant de (X)
Se trouvera. (Charente)
La pute est le nom charentais du faucheux, araignée à longue pattes. On arrache toutes les pattes et l'on fait sauter le corps entre les deux mains fermées en chantant l'incantation.
Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (Editions Omnibus, 2016) Marie-Charlotte Delmas consacre quelques lignes au faucheux dans l'article sur l'araignée :
Divination : le faucheux
L’araignée aux longues pattes, connue sous le nom populaire de « faucheux », sert essentiellement de support divinatoire. Pour savoir d’où viendra la personne que l’on va épouser, il faut emprisonner l’insecte dans ses mains et le secouer en disant : « Du côté que le cul de la pute [nom du faucheux] se trouvera / La gouyate [fille] s’y mariera. » (Gironde, F. Daleau, 1887, cité par P. Sébillot, 1901.) Dans les Vosges, on le tient par une ou deux pattes et on lui demande : « Chance, dis-moi où est le loup, ou je le tue ! » La première patte de devant levée par l’araignée donne la direction (X. Thiriat, 1878).
On interroge également le faucheux en lui coupant les pattes. On les pose dans la main et, si elles remuent toujours, la chance sera au rendez-vous (Ille-et-Vilaine, Eure-et-Loir). La même opération s’effectue pour savoir dans quel lieu une fille se mariera (Cher), ou si l’on est aimé (Pas-de-Calais). En fait, on peut poser aux pattes du faucheux diverses questions, y compris leur demander combien de temps il reste à vivre. Dans ce cas, le nombre d’années correspond au nombre de leurs mouvements (Deux-Sèvres, Charente-Maritime).
Lorsqu’un faucheux se pose sur une personne, c’est un signe de chance dans les Vosges. En revanche, en Ille-et-Vilaine, celui qui grimpe sur l’épaule d’une personne signifie qu’elle mourra prochainement.
*
*
Symbolisme :
Emma Ménébrode, autrice d'un article intitulé "Opilion, appelé faucheur ou faucheuse : une araignée pas comme les autres" (Ouest-France, Le mag des Animaux, mis à jour le 08/12/2023) précise l'origine possible du surnom des opilions et révèle certaines caractéristiques des faucheux, susceptibles d'interprétations symboliques intéressantes :
[...] Cet animal est souvent surnommé faucheux, faucheuse ou faucheur, non pas en raison de la grande faucheuse, comme on pourrait le croire, mais parce qu’on le trouve essentiellement dans les champs lors des moissons. En outre, quand il se déplace, les mouvements de ses pattes rappellent ceux d’une faux.
L’origine de son nom est latine : opilio. Cela signifie berger de brebis. En effet, dans certaines régions, notamment dans les Landes de Gascogne au sud-ouest de la France, les bergers utilisaient des échasses pour bénéficier d’une meilleure visibilité et traverser des zones humides. Les longues pattes de l’opilion rappellent ces gardiens de troupeaux. Le mot a été créé en 1933 par le naturaliste Karl Sundevall.
[...]
Le faucheux connaît différents ennemis dans la nature.
Nombreux oiseaux insectivores, tels que les rouges-gorges et les mésanges ;
Reptiles, notamment les lézards, à l’agilité et à la rapidité desquels l’opilion ne peut pas échapper ;
Grenouilles et crapauds : ces amphibiens sont connus pour leur appétit à l’égard des arachnides et les faucheux ne font pas exception ;
Petits mammifères tels que les hérissons et les musaraignes ;
Arthropodes, tels que d’autres arachnides, par exemple les scorpions, ou des fourmis, des mantes religieuses…
Face à ces prédateurs, le faucheux dispose d’une stratégie de défense : l’autotomie. Il peut volontairement perdre une patte pour pouvoir s’enfuir, à l’instar du lézard qui peut se séparer de sa queue pour se sauver. Il est donc courant de croiser des faucheurs ne possédant plus que 6 ou 7 pattes. En effet, si elles peuvent se régénérer, cela prend du temps et exige parfois plusieurs mues.
Il dispose d’un autre mécanisme de défense étonnant : les glandes répugnatoires. Comme leur nom l’indique, elles « répugnent » en sécrétant des composés nocifs et malodorants. Et il a d’autres cordes à son arc comme faire vibrer son corps ou se réunir en grand nombre, entre autres.
Enfin, le faucheur est capable de « faire le mort », on parle de thanatose : il reste immobile et raidit son corps afin que le prédateur s’en détourne.
[...]
Une légende urbaine raconte que le faucheux serait doté d’un venin extrêmement puissant. C’est totalement faux. Il n’en possède pas du tout et il est tout à fait inoffensif pour les humains. Il ne peut même pas mordre ni piquer !
*
*
Mythologie :
Dans l'article "araignée" leur Dictionnaire critique de mythologie (CNRS Éditions, 2017) Jean-Loïc Le Quellec et Bernard Sergent évoquent rapidement le faucheux :
En Grèce, Arakhnê, fille d’un teinturier, tenait son art d’Athèna la déesse des brodeuses et fileuses, qu’elle eut l’outrecuidance de défier ; son travail — parfait — déplut à la déesse, qui, dépitée, le déchira ; de désespoir, Arakhnê se pendit, mais Athèna, ne lui permettant pas de mourir, la transforma en l’araignée qui, depuis, se pend au bout du fil qu’elle a elle-même tissé. Quant à Phalanx, le frère d’Arakhnê, il avait appris d’Athèna le maniement des armes mais, pour avoir commis l’inceste avec sa sœur, il fut changé en une autre araignée : la phalange ou faucheux.
[...]
L’espèce populairement appelée « faucheux » donnait lieu à des pratiques divinatoires attestées il y a peu encore en Saintonge, dans le Cher et la Nièvre, en Poitou, en Wallonie et à Guernesey : on lui arrachait les pattes, et l’observation de leurs soubresauts renseignait sur le domicile de la future épouse, ou le nombre d’années restant à vivre.
*
*






