L'Esprit du Vent
- Anne

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Étymologie :
Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 1050 « force du déplacement de l'air dans la navigation sur mer » (Alexis, éd. Chr. Storey, 192) ; 1155 aval vent « sous le vent » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 11236) ; b) 1174-76 Deus li dona boen vent (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 4717) ; ca 1225 avoir bon vent (Histoire de Guillaume le maréchal, éd. P. Meyer, 1530) ; 1538 bon vent « faveur du peuple » (Est., s.v. aura) ; c) 1376 vent d'aval, vent d'amont (Modus et Ratio, éd. G. Tilander, 135, 9, 135, 13, t. 1, p. 301) ; id. souz le vent (ibid., 85, 22, t. 1, p. 164) ; dernier quart xives. venir au vent (Froissart, Chroniques, éd. S. Luce, t. II, p. 35) ; d) ca 1445 fig. avoir le vent en main de « être à même de choisir de » (Pierre de Hauteville, Confession et Testament de l'amant trespassé de deuil, éd. Bidler, 1543) ; ca 1460 avoir le vent contraire « connaître l'infortune » (L'Abuzé en court, éd. Dubuis, 68, 9) ; 1486 estre au-dessus du vent « être en bonne situation » (J. Michel, Passion, éd. O. Jodogne, 10647) ; 1492 avoir le vent en poupe « la fortune favorable » (Martial d'Auvergne ds La Curne) ; e) 1529 vent en poupe (Journal du voy. de J. Parmentier ds Jal); 1636 vent en proue (Monet) ; 1660 vent de terre (Oudin Fr.-Esp.) ; 1718 vent debout (Ac.) ; 1812 être vent dessus, vent dedans (Mozin-Biber) ; f) 1828 id. « être en état d'ivresse » (ds Esn.) ; 1883 avoir du vent dans les voiles « id. » (Delvau Suppl.) ; 2. a) 1176-81 ne savoir ne vent ne voie « odeur que le gibier laisse sur son passage » (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 3423) ; 1176-81 fig. ne savoir ne vant ne voie (de qqn) « n'en avoir aucune trace » (Id., Chevalier Charrete, 6383) ; 1316 n'oïr vent ne nouvelle (de qqn) « ne pas avoir de nouvelles de quelqu'un » (Jehan Maillart, Comte d'Anjou, éd. M. Roques, 6387) ; ca 1382 oïr le vent (de qqc.) « en entendre parler » (Cuvelier, Chronique de Bertrand Du Gesclin, éd. E. Charrière, 15410) ; 1461 sentir le vent de, avoir vent de (qqc.). « avoir des nouvelles de quelque chose » (G. Chastellain, Chroniques, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 3, p. 170, ligne 14, et t. 4, p. 187, ligne 5) ; b) 1858 vent du boulet (Littré-Robin) ; 1885 sentir le vent (de la balle) (Maupass., Bel-Ami, p. 161); 1956 il a senti le vent du boulet (Vialar, Tournez, p. 17) ; 3. a) déb. xiiies. faire le vent (à qqn) « l'éventer » (Prise d'Orange, éd. C. Régnier, AB 665) ; xiiies. li abat la ventaille pour le vent recueillir (Merlin, éd. G. Paris et J. Ulrich, I, 183) ; 1306 avoir le vent « se rafraîchir » (Joinville, St Louis, éd. N. L. Corbett, 243, p. 133) ; 1530 se donner vent « s'éventer » (Gay, s.v. éventail) ; b) ca 1215 herbergier au vent « loger à la belle étoile » (Aymeri de Narbonne, éd. L. Demaison, 2040, t. 2, p. 87) ; 1690 (arbres) à plein vent (Fur.) ; 1834 théâtre en plein vent (Béranger, Turlupin ds Littré) ; c) 1306 quatre mestres venz (Joinville, op. cit., 39, p. 90) ; ca 1480 les quatre ventz du ciel « les quatre points cardinaux » (Guillaume Alexis, Le passe-temps, 5054, éd. Piaget-Picot, II, 282) ; 1668 Les Vents « divinités subalternes de la mythologie, obéissant à Eole » (La Fontaine, Fables, L. IV, 2, Le Berger et la mer ds Œuvres, éd. J. Marnier, L'Intégrale, 1965, p. 96) ; 1685 être aux quatre vents (Fur.) ; 1690 être logé aux quatre vents (ibid., s.v. loger) ; 1721 ouvert aux quatre vents (Montesquieu, Lettres persanes, 45 ds Œuvres, éd. D. Oster, L'Intégrale, 1964, p. 84) ; d) ca 1340 cueillir vent « reprendre haleine » (Roman de Perceforest, éd. Taylor, 9650) ; déb. xves. getter alaine et vent « respirer » (Coudrette, Roman de Melusine, éd. Roach, 4112) ; e) ca 1393 traire une queue de vin sans luy donner vent (Ménagier, II, 69 ds T.-L.) ; ca 1459 donner vent à une bouteille trop plainne « la vider un peu » (A. Greban, Myst. de la passion, éd. O. Jodogne, 14316) ; 1549 bailler vent au vin (Est.); 1690 bailler vent à un tonneau (Fur.); 1701 donner vent à un tonneau (ibid.); f) 1510 Le vent coulys (P. Gringore, La Coqueluche, éd. A. de Montaiglon et Ch. d'Héricault, t. 1, p. 193) ; 1680 vent-coulis (Rich.) ; 4. a) ca 1178 quel vent vous maine? « quel vent vous amène ? » (Renart, éd. Martin, XV, 516) ; 1448 Quel vent te mayne ? « qu'est-ce qui te fait agir ainsi ? » (G. Chastellain, Temps perdu, éd. Deschaux, 18) ; 1579 Quel vent vous pousse en ce quartier ? (Larivey, Le Morfondu, éd. Viollet-le-Duc, I, 2) ; 1593 luy demande quel bon vent le menoit (R. de Lucinge, Dialogue du Français et du Savoysien, 107 ds Quem. DDL t. 38) ; 1613 Quel bon vent vous amène ? (S. Bernard, Tableau des actions du jeune gentilhomme, II, 24, ibid., t. 19) ; b) ca 1280 poi de plueve abat grand vent « se dit pour illustrer l'alternance rapide dans la vie humaine de la tristesse et de la joie » (Rigomer, éd. Foerster et Breuer, 2524) ; 1694 petite pluye abbat grand vent (Ac. : Une petite pluye fait cesser un grand vent. Et fig. et prov. Un peu de douceur appaise souvent un grand emportement). B. 1. a) Ca 1200 c'est uns venz « vanité, inanité » (Poème moral, éd. W. Cloetta, 16) ; ca 1225 li vens de mondaine folie (Renclus de Molliens, Carité, éd. van Hamel, CXXX, 8) ; b) xiiies. autant en porte le vent « c'est sans importance, sans conséquence » (Blancandin, éd. H. Michelant, 748) ; ca 1270 autant en emporte le vent (Art d'Amours, éd. Roy, 4780 [ms. du xves.]) ; c) ca 1370 ne pas vivre de vent « ne pas vivre de l'air du temps » (Jean le Fèvre, Lamentations Matheolus Leesce, éd. van Hamel, IV, 526) ; 1680 du vent (Rich.) ; 1685 vendre du vent et de la fumée « faire des promesses vaines » (Fur.) ; 1888 faire du vent « se donner de l'importance » (Villatte Parisismen) ; d) 1467-1506 en vent de chemise « les plaisirs amoureux » (Molinet, Faictz et dictz, éd. N. Dupire, t. 2, p. 617, 25) ; e) ca 1316 le vent est mué « la situation a changé » (Geffroy de Paris, Chronique métrique, éd. A. Diverrès, 328) ; 2emoit. xves. tourner à tout vent (Archives du Nord, B 1723, fo27 ds IGLF) ; 1685 tourner à tous les vents (Fur.) ; f) 1640 sçavoir de quel costé vient le vent (Oudin Curiositez, p. 564) ; 1685 regarder de quel côté vient le vent « ne savoir où donner de la tête » (Fur.) ; 1718 id. « observer le cours des événements pour y conformer sa conduite » (Ac.) ; 1798 le vent tourne (ibid.) ; 2. a) déb. xiies. « le vent en tant que symbole de la rapidité, de la vitesse » (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 906 : Vers eals veint uns marins serpenz chi enchaced plus tost que venz) ; 1216 (courir) comme vent (Guillaume le Clerc, Fergus, 169 ds T.-L.) ; 1552 plus vite que le vent (Est.) ; 1594 fendre l'air et le vent (Satyre Menippee, éd. E. Tricotel, p. 28) ; b) av. 1529 coup de vent (J. Parmentier, Œuvres poétiques, 106 ds Quem. DDL t. 21) ; 1856 partir comme un coup de vent (Labiche, loc. cit.) ; 1872 coiffé en coup de vent (Littré) ; 1872 partir en coup de vent (Journ. amusant, 10 août ds Littré Suppl. 1877) ; 1893 entrer en coup de vent (Zola, DrPascal, p. 353) ; c) 1832 ce vent qui décornerait les bœufs (A. Jal, Scènes de la vie maritime, II, p. 90 ds Quem. DDL t. 19) ; 1885 un vent à décorner les bœufs (Le Triboulet, 15 mars, p. 110, ibid., t. 17) ; 3. 1896 Du vent! « Dehors ! allez-vous en ! » (Courteline, loc. cit.) ; 1909 Bon vent! « bon débarras ! » (Musette, Cagayous lutte, p. 10) ; 1964 station (de radio) dans le vent (Le Monde, 25 juin ds Gilb. 1980) ; 1964 (en parlant de qqn) (être) dans le vent « (être) à la mode, dans le coup » (L'Express, loc. cit.). C. 1. a) 1680 arquebuse à vent (Rich.) ; 1701 « différence de diamètre entre le projectile et l'âme de l'arme qui le lance » (Fur.) ; 1743 fusil à vent (ds Encyclop., 1751, s.v. arquebuse) ; b) 1685 instrument à vent (Fur.) ; 2. 1680 « gaz intestinal » (Rich.). Du lat. ventus « vent », « flatuosités », « tendances, influences, courant d'opinion », « la bonne ou mauvaise fortune » ; pour une hist. détaillée du mot vent, cf. G. Roques, Le Vent dans les locutions et expressions médiévales françaises ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg t. 25 no1, p. 181 à 206.
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Symbolisme :
Dans le Dictionnaire des Symboles, Mythes, Rêves, Coutumes, Gestes, Formes, Figures, Couleurs, Nombres (Éditions Seghers, 1969) Jean Chevalier et Alain Gheerbrant proposent la notice suivante :
"VENT : 1. Le symbolisme du vent revêt plusieurs aspects. C'est, en raison de l'agitation qui le caractérise, un symbole de vanité, d'instabilité, d'inconstance. C'est une force élémentaire, qui appartient aux Titans : c'est assez dire à la fois sa violence et son aveuglement.
D'autre part, le vent est synonyme du souffle, et, en conséquence, de l'Esprit, de l'influx spirituel d'origine céleste. C'est pourquoi les Psaumes, comme le Coran font des vents les messagers divins, l'équivalent des Anges. Le vent donne même son nom à l'Esprit-saint. L'Esprit de Dieu se mouvant sur les Eaux primordiales est appelé un vent (Rouah) ; c'est un vent qui apporte aux Apôtres les langues de feu du Saint-Esprit. Dans la symbolique hindoue, le ventVâyu, est le souffle cosmique et le Verbe ; il est le souverain du domaine subtil, intermédiaire entre le Ciel et la Terre. Espace que remplit, selon la terminologie chinoise, un souffle, k'î. Vâyu pénètre, brise et purifie, il est en rapport avec les directions de l'espace, qui désignent d'ailleurs, d'une façon très générale, les vents. Ainsi les quatre vents de l'Antiquité et du Moyen Age, la Tour des Vents d'Athènes qui comporte huit faces, la rose des vents à huit, douze ou trente-six pointes. Les quatre vents étaient mis en outre en correspondance avec les saisons, les éléments, les tempéraments, selon des tableaux sujets à quelques variations. Les huit vents de la Chine correspondaient aux huit trigrammes.
Le vent, associé à l'eau, sert à désigner en Chine l'art de la géomancie, c'est-à-dire en principe l'étude des courants aériens, associée à celle des courants aquatiques sur un site donné.
2. D'après les traditions cosmogoniques hindoues des Lois de Manu, le vent serait né de l'esprit et aurait engendré la lumière : L'esprit, aiguillonné par le désir de créer... engendre l'espace. De l'évolution de cet éther est né le vent... chargé de toutes les odeurs, pur, puissant, ayant la qualité du toucher. Mais, à son tour, de la transformation du vent est née la lumière illuminatrice qui, resplendissante, chasse les ténèbres, ayant la qualité de la forme...
3. Dans les traditions avestiques de la Perse ancienne, le vent joue le rôle de support du monde et de régulateur des équilibres cosmiques et moraux. Selon l'ordre successif de la création : la première créature de toutes étant une goutte d'eau, Ormuzd créa ensuite le feu flamboyant et lui conféra un éclat qui provient des lumières infinies, dont la forme est comme celle du feu désirable. Il produisit enfin le vent sous la forme d'un homme de quinze ans qui soutient l'eau, les plantes, le bétail, l'homme juste et toutes choses.
4. Selon les traditions islamiques, le vent est chargé de contenir les eaux ; sa création, air et nuage, aux ailes innombrables, lui conférerait également une fonction de support. Puis Dieu créa le vent et le munit d'ailes innombrables. Il lui ordonna de porter l'Eau ; ce qu'il fit, Avâs, le Trône était sur l'Eau et l'Eau sur le Vent. Ibn'Abbâs répond de même à la question : Sur quoi reposait l'Eau ? — Sur le dos du Vent ; et lorsque Dieu voulut produire les créatures, il donna au Vent pouvoir sur l'Eau ; l'Eau se gonfla en vagues, rejaillit en écume, envoya au- dessus d'elle des vapeurs ; ces vapeurs restèrent élevées au-dessus de l'Eau et Dieu les nomma Samâ (de samâ, être élevé), c'est-à-dire Ciel.
5. Dans les traditions bibliques, les vents sont le souffle de Dieu. Le souffle de Dieu ordonna le tohu-bohu primitif ; il anima le premier homme. La brise dans les micocouliers annonce l'approche de Dieu. Les vents sont aussi des instruments de la puissance divine ; ils vivifient, châtient, enseignent ; ils sont des signes et, comme les anges, porteurs de messages. Ils sont une manifestation d'un divin, qui veut communiquer ses émotions, de la douceur la plus tendre aux courroux les plus tempétueux.
6. Chez les Grecs les vents étaient des divinités inquiètes et turbulentes, contenues dans les profondes cavernes des /les Eoliennes. Outre leur roi Eole, ils distinguaient les Vents du Nord (Aquilon, Borée) ; du Sud (Auster) ; du matin et de l'Est (Eurus) ; du soir et de l'Ouest (Zéphir). A chacun d'eux correspondait une iconographie particulière, en rapport avec les propriétés qui lui était attribuées.
[...]
9. Lorsque le vent apparaît dans les rêves, il annonce qu'un événement important se trame ; un changement va surgir. Les énergies spirituelles sont symbolisées par une grande lumière et, ce que l'on sait moins, par le vent. Lorsque la tempête approche, on peut diagnostiquer un grand mouvement d'esprit ou d'esprits. D'après l'expérience religieuse, la divinité peut apparaître dans le doux murmure du vent ou dans l'orage de la tempête. Il semble que les orientaux seuls puissent comprendre la signification de l'espace vide (où souffle le vent), qui est paradoxalement pour eux un puissant symbole d'énergie."
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Symbolisme celte :
Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des Symboles, Mythes, Rêves, Coutumes, Gestes, Formes, Figures, Couleurs, Nombres (Éditions Seghers, 1969) mentionnnent le vent druidique :
"7. Le vent druidique est un aspect du pouvoir des druides sur les éléments et il s'apparente de très près, comme véhicule magique, au souffle*. Lors de l'arrivée des fils de Mil, c'est-à-dire les Gaê'ls, en Irlande, les druides des précédents occupants, les Tùatha Dé Dànann, repoussent leurs bateaux loin de la côte au moyen d'un vent druidique très violent. On le reconnaît à ce qu'il ne souffle pas au-dessus des voiles.
8. Mais il serait excessif de faire un dieu d'une manifestation de la divinité. Jean Servier met justement en garde contre ces confusions simplistes : Souvent, comme bien des mystiques, les hommes du monde nouveau découvert par l'Occident ont eu recours à des comparaisons sensorielles pour faire comprendre la spiritualité infinie de ce Dieu suprême. Dieu est un souffle, Dieu est un vent. Les grossiers trafiquants ou les missionnaires qui espéraient gagner à eux ces grands enfants en leur proposant un paradis matériel, en ont conclu que les Indiens adoraient le vent et le considéraient comme le dieu. La vérité était tout autre.
[...]
10. Le poète romantique anglais, Percy Bysshe Shelley évoque la poésie cosmique du vent, qui ravage et renouvelle la nature :
... enchanteur des spectres,
... sauvage esprit, toi dont l'élan emplît l'espace,
Destructeur et sauveur, écoute, écoute-moi !
... toi seul, indomptable
... Ame farouche, sois
Mon âme. Sois moi-même, vent impétueux !
Emporte une pensée éteinte par le monde,
Feuillage desséché, d'où renaisse la vie !
Et, par la force incantatoire de ce chant,
Répands, ainsi que d'un foyer inextinguible
Cendres et feu, une voix parmi l'humanité !
Sois par ma bouche, à la terre assoupie encore,
La trompette d'une prédiction / O vent,
Si vient l'Hiver, le Renouveau peut-il tarder ?
(Traduction Cazamian, CAZA, 220-223)."
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Rituels :
Daisy et Julie Bodin, autrices de Rituels d'éveil de la femme sacrée (© Éditions Eyrolles, 2021) proposent un rituel spécifique pour le Vent :
RITUEL DES QUATRE VENTS
Relié à l’esprit, l’air est l’une des essences célestes qui vibrent en nous. Il peut initier le changement mais aussi être porteur de messages terrestres et divins. Dans la roue de médecine, l’air est l’élément de l’intellect, de la communication, de la divination et de la spiritualité. Symbolisé à l’est – emblème du soleil levant – l’air représente également la naissance, les commencements. Il est le souffle précieux qui anime la force de vie.
Souffle de vie, bourrasque purificatrice ou brise ressourçante, le vent est une folle danse des énergies vitales. Parfois, les vents contraires peuvent nous faire osciller, ne sachant plus quelle direction emprunter. Nous tournons en rond, nous hésitons. Nous avons perdu notre chemin de vue. Tout est confusion. Une tempête s’anime dans notre intériorité. L’appel du retour au calme, au silence et à l’écoute se fait entendre. Dans la tradition seneca (peuple amérindien d’Amérique du Nord), entrer dans le silence se dit « tiyoweh », ce qui signifie « tranquillité »
Vos artéfacts sacrés :
Une bougie
4 plumes pour matérialiser une rose des vents
Une pierre de citrine pour invoquer les alizés du renouveau
Une pierre de cornaline pour invoquer le vent stellaire chaud et lumineux
Une pierre de sodalite pour invoquer le ponant, vent de la compréhension
Un cristal de roche pour invoquer la bise glaciale du nord et de l’obscurité
Un smudge stick
Votre cercle de pouvoir : Prenez le temps de purifier l’espace de votre rituel à l’aide d’un smudge stick. Pensez également à vous envelopper de sa fumée en passant le bâton tout autour de votre corps, de la tête aux pieds. Si vous le souhaitez, vous pouvez laisser les volutes de fumée continuer leur danse pendant tout votre rituel. Placez au centre de votre espace sacré une bougie allumée entourée de quatre plumes indiquant les quatre directions cardinales (est, sud, ouest, nord). Enfin, à la pointe des plumes, placez le cristal de roche dans la direction du nord, la citrine vers l’est, la cornaline dans la direction du sud et la sodalite vers l’ouest.
Votre rituel inspirant : Installez-vous confortablement face à cette rose des vents. Prenez le temps d’inspirer et d’expirer profondément trois fois. Puis, fermez les yeux et portez votre attention sur votre respiration naturelle. Sentez l’air entrer en vous, parcourir l’ensemble de votre corps de son pouvoir ressourçant et ressortir par une expiration pleine, évacuant avec elle les tensions subsistantes. Tranquillement, reliez-vous à la Terre-Mère en imaginant de belles racines pousser de votre matrice féminine et s’enfoncer généreusement dans le sol nourricier. Une fois enracinée en son cœur, ressentez combien vous ne faites qu’une avec la Terre-Mère. Vos cœurs battant à l’unisson, vous pouvez percevoir que vous n’êtes jamais seule et qu’elle vous accompagne à chacun de vos pas.
Puis, prononcez les mots suivants :
« Mère de clan de Tiyoweh, tu peux disposer de moi.
J’écoute tes chuchotements sur le parcours que tu vas ouvrir
À la rencontre de la voix silencieuse
Qui vit à l’intérieur de mon cœur. »
Inspirez et expirez profondément autant de fois que nécessaire. Maintenant, portez votre attention en direction de l’est indiqué par la citrine et prononcez les mots suivants :
« J’invoque les énergies nouvelles et positives des vents de l’est, le souffle de l’énergie vitale et de la créativité. Que les alizés diffusent en moi leurs bouffées rafraîchissantes des bonnes décisions et des nouveaux commencements.
Que ce flux de l’aube naissante m’apporte la légèreté de l’insouciance de mon enfant intérieur. »
Inspirez et expirez profondément autant de fois que nécessaire, puis portez votre attention en direction du sud indiqué par la cornaline et prononcez les mots suivants :
« J’invoque les vents solaires et stellaires qui émanent des étoiles de l’univers entrant par la porte du sud. Que leurs effluves gorgés de feu et de lumière me relient à ma force intérieure et me confèrent le courage et la clarté me menant vers l’équilibre. Que cette retraite dans le silence illumine mon chemin. »
Inspirez et expirez profondément autant de fois que nécessaire, puis portez votre attention en direction de l’ouest indiqué par la sodalite et prononcez les mots suivants :
« J’invoque le ponant qui souffle depuis le crépuscule de l’ouest.
Qu’il évente les perturbations tempétueuses qui soufflent à l’intérieur de moi
pour enfin disperser ma confusion et m’amener à la sérénité intérieure.
Insuffle-moi la compréhension des enseignements. »
Enfin, inspirez et expirez profondément autant de fois que nécessaire, puis portez votre attention en direction du nord indiqué par le cristal de roche et prononcez les mots suivants :
« J’invoque la bise glaciale du nord pour éclairer les zones obscures de ma vie.
Ô vent de la nuit et du silence, veille à dissiper dans ton souffle hivernal mes remises en question.
Confère-moi, dans tes soupirs du grand repos, les sagesses de la Terre et la tolérance envers moi-même. »
Une dernière fois, inspirez et expirez profondément autant que nécessaire. Remerciez les quatre vents pour leurs effets bénéfiques. Ils continueront de vous insuffler leurs belles énergies vibratoires pendant encore quelques jours. Vous pouvez, si vous le souhaitez, porter sur vous les quatre pierres bienfaitrices les jours prochains.
Votre mantra magique : « Je sais retrouver ma paix intérieure,
Laisser les eaux sombres de ma rivière profonde
S’apaiser pour former un miroir merveilleux.
En me reconnectant à mes sagesses profondes,
La lumière revient,
Le chemin se dessine avec clarté devant moi. »
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Mythologie :
Jean-Luc Lambert, auteur du « Chapitre III. Les esprits de l’est et de l’ouest », (In : Études mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines [En ligne], 33-34 | 2003) explore l'axe est-ouest de la cosmogonie chamanique des sibériens :
"[...] Si le côté des vents froids (ŋarmüδə n’iid’ə) — l’est — est symbolisé par l’esprit des vents froids (Ŋarmü-ŋuə), le côté des tempêtes de neige (kotuδə n’iid’ə) — l’ouest — renvoie sans surprise à celui des tempêtes de neige (Koδu-ŋuə) ; les représentations concernant ces deux esprits sont beaucoup moins riches que celles relatives à l’axe nord-sud. Koδu-ŋuə est essentiellement invoqué en cas de violentes tempêtes, en particulier si un Nganassane se perd alors dans la toundra. Le malheureux égaré s’adresse à cet esprit pour que le temps devienne plus clément et lui permette de rentrer chez lui. Il peut lui promettre de sacrifier un chien ou de consacrer un renne à son retour — le renne en question aura la marque des tempêtes de neige au niveau de l’omoplate gauche et sera désormais appelé « renne-tempêtes de neige » (koδu-taa). Parce que les vents froids sont moins redoutés que ces tempêtes meurtrières susceptibles de paralyser la vie économique, les Nganassanes ne paraissent pas avoir consacré ou sacrifié d’animaux à Ŋarmü-ŋuə.
Les deux esprits sont parfois associés : selon Kurumaku, Demnimie Kosterkin s’est, très jeune, perdu près d’une semaine dans la toundra. Il y avait un froid intense et la tempête soufflait. Toute la peau du visage de Demnimie tomba. Son père chamanisa, le soigna, et une nouvelle peau repoussa. Djuhadie fit aussi un kojkə pour son fils qui, une fois devenu chamane, compta parmi ses auxiliaires les esprits des tempêtes et des vents froids. Lorsqu’un chamane s’adresse à ces esprits, il ne se rend pas chez eux, semble-t-il, il les convoque plutôt. Ainsi, personne n’a pu me parler d’une route chamanique menant à l’est ou à l’ouest.
[...]
Par ailleurs, ce mythe est aussi connu des Selkoupes du Taz où L. Ju. Ioffe a recueilli, en 1973, la version suivante :
M36 Version selkoupe :
Un vent violent s’était levé et empêchait de sortir de chez lui un vieux pêcheur qui avait deux filles. Pensant que le ciel (nom) voulait le tuer, l’homme âgé ordonna à son aînée de partir dans le ciel, chez le fils du ciel avec qui elle se mit à vivre. Celuici était chasseur. Un matin, il demanda à la fille de lui coudre, dans la journée, des vêtements, des bottes et de faire cuire de la nourriture. Peu après son départ, une femme âgée pénétra sous la hutte, demanda à être épouillée et posa la tête sur les genoux de sa bru. Dans l’une de ses oreilles, des gens corroyaient des peaux et cousaient. La fille fit aussi cuire la nourriture, mais n’en donna pas à ceux qui se présentèrent, ce qui fâcha son mari.
Le vieil homme envoya ensuite la cadette, qui se mit à vivre avec le fils du ciel dont elle eut un enfant. Alors que celui-ci marchait déjà, la femme âgée arriva. La fille avait mis de la nourriture à cuire et vit dans l’une des oreilles de la vieille des gens en train de corroyer des peaux et de coudre. Quand la femme âgée repartit, des gens entrèrent sous la hutte : ils furent régalés et s’en allèrent satisfaits.
Plus tard, tandis que le fils du ciel se préparait à partir [chasser] en forêt, sa mère lui dit d’enfiler son manteau en fourrure de renard rouge, son manteau en fourrure de renard argenté. Il répondit à sa mère qu’elle ne comprenait rien, et celle-ci rétorqua qu’elle pensait aussi aux jours suivants. Le lendemain matin, elle fit se lever un vent d’est meurtrier [qui le tua].
Pendant trois jours, les deux femmes attendirent son retour, puis la vieille dit à sa belle-fille de rentrer avec son enfant chez son père, car son mari ne reviendrait pas. Elle leur demanda de mettre leur manteau en fourrure de renard rouge, leur manteau en fourrure de renard argenté. La mère et son enfant retournèrent à la hutte du vieil homme.
(Kuznecovaet alii 1993, pp. 8-9, 44-45)
Cette brève version serait d’interprétation difficile si l’on ne disposait pas en regard des deux variantes nganassanes, dont elle diffère toutefois sur plusieurs points essentiels. Le voyage chez l’esprit, maintenant localisé dans le ciel, ne comporte plus d’épreuves, et les tâches imposées à la jeune fille sont moins claires que précédemment. La manière dont les vêtements apparaissent n’est pas précisée, même si l’on peut penser que les personnes que la fille doit nourrir y sont pour quelque chose. En outre, le père n’a plus que deux filles, et l’on ignore tout du sort réservé à l’aînée.
À la différence de la jeune Nganassane, la fille selkoupe ne meurt pas pour vivre avec son mari-esprit ; c’est lui qui trouve la mort, tué par sa propre mère qui représente l’esprit du vent. Commentant ce mythe, E. A. Helimskij (Kuznecova et alii 1993, p. 45) signale que le thème de la vieille femme-esprit du vent tuant son fils se retrouve dans d’autres ethnies (Nénètses de la forêt, Kètes, Khantes) de la taïga de l’ouest sibérien, où il mériterait d’être étudié plus en détail. Il suffira ici de noter que la fin de la version selkoupe est peu convaincante. Simplement parce que son fils n’a pas suivi ses conseils à propos d’un port de vêtement, la mère le sacrifie, renvoie sa belle-fille chez ses parents et, du même coup, perd la descendance de son fils qui sera élevée sur terre. Le geste paraît étonnamment disproportionné.
[...]
Si, de manière générale, les représentations nganassanes et nénètses sont proches, elles diffèrent néanmoins sur certains points. Ainsi, les Nénètses n’attribuent pas les tempêtes de neige à un esprit comparable à Koδu-ŋuə. D’après eux, ces manifestations météorologiques sont provoquées par le vol d’un oiseau mythique appelé Minl’ej. Ce volatile déclencherait le vent (Homič 1976, p. 19), et aussi les tempêtes de neige (Lehtisalo 1947, pp. 24-25 ; Neneckij fol’klor 1995, pp. 17-25 ; Tereščenko 1965, p. 252) par le battement de ses ailes métalliques. En passant des Nganassanes aux Nénètses, le versant religieux du mythe ne pouvait plus être compris : le récit subit d’importantes modifications."
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