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L'énigmatique Vintius

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 11 mars
  • 12 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 mars



Étymologie :


Jacques Lacroix, auteur de Les Noms d'origine gauloise - tome III : La Gaule des Dieux (Éditions Errance, 2007) relie Ventius à une éminence :


"On peut se demander si d'autres sites de places fortes établies sur des éminences n'ont pas été investies d'un même caractère divin ou sacré.

Deux dédicaces antiques à un dieu VINTIUS (dont l'une a été perdue) ont été découvertes sur la commune de Seyssel (Haute-Savoie), au hameau de VENS (C.1.L., XII, 2561 et 2562). Il correspond au site d'une colline qui domine d'une centaine de mètres le confluent du Rhône et du Fier. On y trouvait jadis un habitat antique (sans doute oppidum), ayant livré aux archéologues du mobilier gaulois (de La Tène III) et gallo-romain (Dufournet, 197 4, 395-396). Sur le versant de cette hauteur était vraisemblablement installé un sanctuaire à VINTIUS (là où est établie aujourd'hui une église). Le lien entre le nom du dieu prié par les populations gauloises et le nom actuel de la localité ne fait pas de doute (Thévenot, 1955, 90-92 ; Benoît, 1959, 62 ; Dufournet, 1974). Toponyme et théonyme doivent être rapportés à l'époque de la Gaule. Pour la linguiste Patrizia de Bernardo Stempel, l'appellation de VENCE, dans les Alpes-Maritimes, (souvent considérée comme d'origine préceltique) proviendrait de la même origine : un celtique *Vindion (ayant évolué en Vintion, attesté au IIe siècle, chez Ptolémée) qui désignait la « blancheur », la « brillance » (2000, 89). VENCE, sur un site de promontoire rocheux, était l'oppidum principal des Nerusii, peuplade de culture celtique (même réf. ; Barruol, 1975, 368-369). Comme à VENS, on y révérait un dieu VINTIUS, éponyme de la localité (CIL., XII, 0003) (Longnon, 1920-1929, 114 ; Jufer et Luginbühl, 2001, 72)."

Laurence Lautier, dans un article intitulé "Les Préalpes de Grasse (Alpes-Maritimes, Var)" (In : ARCHAEDYN. Dynamique spatiale des territoires de la Préhistoire au Moyen Âge, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2023) mentionne le Vintius de Vence :


"Après la conquête, Vence, dont le nom est dérivé d’un Mars Vintius éponyme dont l’origine peut être préromaine, passa sous l’autorité de Rome et devint un centre administratif associé à un territoire."

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Symbolisme :


Jean Jacques Hatt, auteur de Mythes et dieux de la Gaule, tome II (Édition posthume, ouvrage inachevé, mis à disposition par la famille) s'intéresse au culte des Dioscures en Gaule :


"La répartition des monuments gallo-romains concernant les Dioscures semble manifester la prolongation des rapports des Celtes avec les diverses régions où ils paraissent avoir été le plus tôt implantés : Espagne, Italie du Nord, Germanie. Ils sont en effet particulièrement bien représentés en Savoie, dans la vallée du Rhône, à l'Ouest du Rhône, chez les Rutènes, plus au Sud chez les Arécomiques, et dans le Nord-Est chez les Leuques, les Trévires et les Médiomatriques, et naturellement dans les deux Germanies.

[...]

CIL XII 2561, 2562 [Seyssel] : Pollux est assimilé à un dieu topique de Vintium, adoré en tant que tel par l'inscription de Hauteville, 2558. Ce dieu Vintius était un Mars indigène d'origine préceltique, adoré également à Vence, près de Nice, CIL XII, 3. Cette assimilation à un Mars indigène pré-celtique d'un dieu archaïque, pan-celtique, antérieur à la formation du panthéon druidique (fin VIe - début Ve siècle) est instructive.

CIL XII 1904 : la flaminique de Vienne, dans sa généreuse donation, associe les Dioscures à Hercule et à Mercure. ce groupement est étranger au panthéon gréco-latin. Il correspond à l'expression romanisée de l'alliance, dans le mythe celtique, des Dioscures indigènes avec Smertulus, devenu Hercule et Teutatès devenu Mercure, pour défendre la déesse souveraine Rigani contre les effets de la jalousie de Taranis.

[...]

Sur l'arc de Suze (Esp. I, 16) [...] Les jumeaux, divinités à la fois indigènes et romaines, font figure de médiateurs entre les dieux et les collectivités alpines. Ils sont considérés comme protecteurs et garants du traité. La signature de ce dernier figure sur la face Ouest. La présence des divins jumeaux assure la continuité entre le passé indigène, le présent et l'avenir romain. Si la région de Suze ne fait pas partie de la Narbonnaise, elle assure la liaison de cette dernière avec la Gaule cisalpine, où existe un culte des Dioscures.

[...]

..., il est nécessaire de récapituler les épisodes du mythe celtique dans lesquels ils ont joué un rôle. C'est eux qui, pressentis par Apollon, ont assuré la liaison entre les déesses changées en grues, ayant migré sur la terre, et Esus accompagné de Smertulus, demeuré aux Enfers. Ils ont facilité la sortie d'Esus vers la lumière, au moment de sa délivrance après le sacrifice du cerf. C'est eux, enfin, qui ont recherché et trouvé les taureaux destinés au sacrifice qui devait libérer les grues de leur enchantement et leur rendre leur forme humainement divine.

Les Dioscures jouent donc un rôle important dans le mythe, comme messagers d'un monde à l'autre, comme auxiliaires actifs et efficients d'Esus-Cernunnos et de Smertulus, ainsi que des déesses. C'est en tant que tels qu'ils figurent sur le troisième étage du pilier des Nautes, associés à Cernunnos et à Smertulus (Esp. V, 3133).

Les Dioscures indigènes : le Dioscure amenant le cerf au sacrifice d'Alzey.


Esp. XI, 7750 : sur l'une des faces d'un pilier découvert à Alzey, on voit un Dioscure, le torse nu, portant une courte jupe plissée et sur la tête un pileus. Il tient son manteau sur son avant-bras baissé, et de la main gauche une torche allumée, qu'il porte obliquement. De sa main droite levée, le bras droit replié le long du corps, il tient l'anneau d'une chaîne, dont la plus grande partie est sculptée sur le bord du bloc. Derrière lui, le corps d'un cerf dont la tête dépasse. Visiblement, il est censé amener à Smertulus le cerf dont le sacrifice permettra à Cernunnos de perdre ses bois et de revenir à la lumière sous la forme d'Esus. La chaîne qu'il tient de la main droite est celle de Smertulus, qui, comme celle d'Ogmios, possède un pouvoir magique sur les animaux comme sur les hommes. D'ailleurs, Hercule-Smertulus lui-même figure, à côté du Dioscure, sur la face adjacente de l'étage. Il tient la massue de la main droite, porte sur son dos la peau du lion, dont les pattes de devant sont nouées sur sa poitrine. Il tient, au bout d'une chaîne, de la main gauche Cerbère. Sa présence est en rapport direct avec celle du Dioscure, auquel il a ouvert la porte des Enfers, en enchaînant Cerbère et en le retenant sous la menace de sa massue.

Deux déesses sont associées au héros sur le même étage. Ce sont, d'une part, une curieuse Junon-Vénus, et d'autre part, une Minerve, représentant à elles deux les différentes fonctions de Rigani : souveraineté, sexualité, protection des guerriers. Elles encadrent le groupe constitué par le Dioscure et Smertulus, manifestant de la sorte leur alliance avec eux : sans doute Junon-Reine avec les Dioscures, Minerve avec Hercule.

[...]

Conclusion : Le couple des jumeaux occupe une place exceptionnelle dans l'évolution de la religion en Gaule. Ses origines remontent très haut dans le passé de la Préhistoire. Il apparaît dès l'Age du Bronze en Scandinavie. Il se développe à l'époque hallstattienne dans le berceau des Celtes et en Italie du Nord. Il n'est pas ignoré de l'art de La Tène aux confins des Germains et des Celtes et dans le massif schisteux rhénan. Présent dans les mythes celtiques, au témoignage des images du chaudron de Gundestrup, il joue un rôle important sur tous les tableaux à l'époque gallo-romaine : sous ses aspects indigènes les plus primitifs, dans les sanctuaires de sources, aux côtés d'Apollon gaulois et de Smertulus-Hercule.

A ses origines premières remontant aux débuts de la Protohistoire, il doit d'avoir conservé l'un des aspects fondamentaux des croyances préhistoriques, l'union intime entre la force spirituelle immanente à l'animal, cerf ou élan et le numen de la divinité anthropomorphe. En ce qui le concerne, il s'agit des cerfs et des chevaux.

Intégré depuis les débuts de l'histoire de Rome au culte de l'Etat, le couple des jumeaux est devenu en Gaule l'un des garants majeurs, avec Hercule, de la Paix dans la province comme dans l'Empire. En même temps, la polyvalence des Dioscures, leur proximité, leur familiarité en ont fait, aux yeux des fidèles celtes, puis gallo-romains, l'un des éléments majeurs de leur foi, de leurs pratiques et de leur culte."

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Arnaud Vigier, développe dans sa thèse de doctorat Dévôts et dédicants : intégration des élites dans la ciuitas des Allobroges sous le Haut-Empire. (Université de Franche-Comté, 2011) les connaissances que nous avons sur ce dieu des Allobroges :


"L’énigmatique Vintius.

Situé autour des rives du Rhône et du Fier, entre les antiques Genava et Augustum (Aoste), le pagus [Dia---] offre un visage religieux tout à fait singulier au sein du très riche panthéon allobroge. En effet, à l’inverse du reste de la cité où s’impose une grande diversité des témoignages, les découvertes dans cette préfecture marquent l’omniprésence sous le Haut Empire d’une seule et unique divinité : le dieu indigène Vintius.

A ce jour, les chercheurs n’y ont retrouvé ni ensemble monumental, ni document figuré, nos connaissances se limitant à une série de six textes épigraphiques, dont la portée est des plus originales.


1) Les dédicaces à Vintius. Les différents témoignages ont été retrouvés dans deux localités proches de l’actuelle frontière administrative entre les départements de l’Ain et de la Haute-Savoie.

Vintius apparaît gravé sur une plaque de calcaire, mise au jour à Hauteville, mentionnant la donation d’un sanctuaire au dieu. Selon B. Rémy, cette plaque pourrait dater du règne de Tibère. Son auteur, Titus Valerius Crispinus, est un personnage important de la cité, possédant une certaine fortune. Il a tenu des charges civiles et religieuses, la préfecture du pagus et le sacerdoce de Vintius, sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement. De plus, il appartient à la gens Valeria, la même famille qui verra l’un de ses membres, le célèbre Valerius Asiaticus, atteindre le consulat. Enfin, Crispinus figure aussi dans une inscription à Vienne (ILN 66) gravée par ses amis en l’honneur du chevalier C. Passerius Afer.

Un second témoignage perdu, datant probablement du Ier siècle, a été retrouvé à Seyssel, localité qui devait être le chef-lieu du district. Le dédicant, Quintus Catius Bellicus, a fait ériger un monument, peut-être un temple, ou plus probablement une stèle, un autel, ou encore une statue, consacré à Vintius Auguste Pollux, associant la divinité indigène à l’un des Dioscures du panthéon romain. Il faut remarquer que ce magistrat a suivi le même cursus que Crispinus.

Toujours à Seyssel, un autel a fait également l’objet d’une dédicace en ex-voto à Vintius Pollux. Cependant, cette dédicace, qui ne peut dater qu’après 135 ap. J.-C. comme l’atteste la présence du mot « Deo » devant le nom du dieu, émane d’un citoyen, Cnaeus Terentius Terentianus, porteur d’un gentilice latin.

Une autre plaque, retrouvée dans le chef-lieu, met en scène un haut magistrat de la cité vénérant auguste Vintius. Comme pour les autres dédicants du pagus, C. Marius porte sans doute les tria nomina et s’impose comme membre de l’aristocratie locale, ayant occupé la plus haute charge civique viennoise, le triumvirat locorum publicorum persequendorum. C. Marius n’affiche aucun sacerdoce dans sa carrière. Selon B. Rémy, ce personnage devait néanmoins appartenir à l’ordre équestre. Il faut aussi noter que c’est la seule et unique fois en Narbonnaise que la préfecture des ouvriers est ainsi encadrée entre duumvirat et triumvirat pouvant suggérer une interruption du cursus, après l’octroi pour la cité du statut de colonie romaine honoraire, soit sous Caligula, soit au plus tard durant les premières années du règne de Claude. C’est pour cette raison que ce document a une datation comprise entre 45 et 68 ap. J.-C.

Deux dernières dédicaces fragmentaires ont été découvertes à Seyssel. Même si la première met certainement en scène un préfet du pagus, les deux fragments ne représentent que peu d’intérêt isolément, mais peuvent apparaître sous un autre angle en complément des autres témoignages. Concernant la divinité honorée, nous pouvons légitimement penser à Vintius, l’unique dieu référencé dans ce district.


2) Commentaire sur le corpus. Comme nous l’avons vu précédemment cinq inscriptions sont assurément le fait de citoyens. Parmi ceux-ci, de manière formelle, quatre d’entre eux sont des magistrats de la cité. Ils appartiennent à l’élite allobroge et le poids de leur évergétisme ne peut donc être remis en cause. Caius Marius, fils de Decimus, a atteint le sommet de la hiérarchie civile. Trois autres personnages ont été, eux, préfet de district. Selon J. Gascou, dans les pagi éloignés, les praefecti pagi auraient eu pour rôle de représenter les duumvirs du droit. Il n’est pas sûr, comme nous pourrions le penser, que la préfecture n’ait été tenue que par de simples fonctionnaires à Vienne. Ainsi, le premier d’entre eux est Titus Valerius Crispinus, issu de l’illustre gens Valeria dont quatre membres auront des responsabilités au niveau impérial, et dont le plus célèbre est Decimus Valerius Asiaticus, consul en 35 puis en 46. Le second se nomme, comme nous l’avons vu, Q. Catius Bellicus, alors que le troisième est demeuré anonyme.

Il est également intéressant de souligner que le préfectorat des pagi n’est mentionné qu’à sept reprises sur le territoire allobroge, dans le pagus Ati[---] à Cularo (ILN 368), dans le pagus Oct[---] à Augustum (ILN 603), dans le pagus Vale[---] à Albertville (ILN 539), mais trois fois dans le seul pagus de Diane. Un dernier préfet, nommé G. Ateius Pecularis, est attesté à Boutae (Annecy), dans le pagus d’Apollon, circonscription voisine de celle relevant de Seyssel.

Corrélativement, la prêtrise de Vintius est recensée sur deux dédicaces. Elle précède à chaque fois, dans le cursus des dignitaires, le préfectorat ; et seule l’inscription ILN 787, trop fragmentaire, ne permet pas de restituer un quelconque sacerdoce, ce qui n’empêche pas de se demander si ce préfet anonyme ne pouvait pas être aussi prêtre de Vintius.

Pour B. Rémy, Vintius semble avoir été le dieu tutélaire du district, où la divinité jouit sans doute d’un culte quasi-officiel.

En dehors des deux documents fragmentaires, trois sur quatre datent du Ier siècle et sont l’œuvre de magistrats formellement recensés au début du Haut-Empire. Le quatrième datant de la seconde moitié du deuxième siècle a été gravé par un simple évergète, prouvant une certaine persistance du culte. Il faut aussi noter que parmi le corpus nous pouvons dénombrer trois dédicaces en ex-voto et un autel. En revanche, l’épigraphie révèle la donation d’un sanctuaire et l’élévation d’un monument. Or, ces deux derniers actes sont le fait des deux sacerdotes, ce qui tend à prouver la place qu’occupent ces magistrats religieux dans l’aristocratie locale, leur richesse et leur puissance. Toutes ces remarques semblent renforcer l’idée d’un culte quasi officiel.


3) Les caractères de la divinité. Vintius est accompagné dans trois dédicaces par l’épithète couramment utilisé dans les dévotions aux dieux du panthéon viennois : « Auguste » ; et à deux reprises l’attribut précède le nom de la divinité.

Pour B. Rémy, notamment dans l’inscription de Hauteville, ce n’est pas une simple adjonction de l’épithète, mais une véritable association du culte impérial au culte du dieu indigène honoré. Il s’interroge aussi sur le début de l’épigraphe de Seyssel : « Consacré à l’Auguste régnant ?… ». R. Etienne, lui, voyait dans le culte des divinités augustes le révélateur d’un mécanisme du culte impérial, le panthéon auguste devenant le panthéon de l’Auguste. Une autre tendance de l’historiographie, depuis J. Toutain, voyait peu de relation entre l’épithète accolée aux dieux et la personne impériale.

Aujourd’hui, l’emploi de cette épithète fait encore débat. A la suite d’A. Chastagnol ou de D. Fischwick, il y a eu remise en cause de ce que les historiens croyaient acquis. Plus récemment, W. Van Andringa a montré que les divinités dites Augustes correspondent dans de nombreux cas aux grands dieux communautaires de la cité.

Cependant, selon J.-C. Béal, cette remarque paraît moins vraie dans la Provincia Narbonensis, et encore moins exacte chez les Allobroges où l’épithète est aussi bien accolée aux dieux indigènes et locaux qu’à des divinités au nom latin.

Il faut revenir sur l’association de Vintius avec Pollux à Seyssel (ILN 784. 785), et fait que celle-ci soit présente sur le document de la seconde moitié du IIème siècle. Sur ce texte épigraphique, nous pouvons nous interroger sur les intentions du dédicant : simple pérennisation d’un culte un temps oublié, ou encore volonté du personnage de se démarquer ?

Géographiquement, l’association peut s’appréhender, lorsque l’on sait que le pagus est bercé par les eaux du Fier et du Rhône. Or, les Dioscures avaient le don d’apaiser les eaux. Vintius serait alors le protecteur des utilisateurs de ces voies fluviales, des bateliers et des voyageurs.

Les uniques témoignages citant chez les Viennois des utriculaires et des ratiaires ont été mis au jour à Vienna et Genava. Toutefois, cette caractéristique du dieu est plausible dans le sens où Seyssel se trouve sur la route menant deux des grandes agglomérations de la cité, de la capitale à la localité lémanique.

Il est également singulier de voir que le culte de l’autre Dioscure, Castor, est attesté seulement dans le pagus voisin, celui d’Apollon, dans le bassin annécien. Les deux pagi portent le nom des jumeaux Diane-Apollon, et parallèlement le culte des Dioscures Pollux-Castor se retrouve aussi largement et quasiment exclusivement dans ces deux seuls districts de la cité. Le chercheur peut se demander si cette analogie est un simple hasard des découvertes archéologiques et épigraphiques. En effet, à Duingt, non loin de Boutae, un certain Caius Caprilius Sparus, de la plus prestigieuse famille d’Annecy, la gens Caprilia, a fait élever un monument avec le produit de la souscription de l’année 91 (ex-stipe) en l’honneur de Castor auguste. Plus étonnante est l’inscription découverte à Boutae mentionnant la donation, grâce à une quête doublée, d’un autre monument ou d’une statue, rendant hommage à Castor et Pollux. Car, le dédicant n’est autre que Gauis Ateius Pecularis, préfet du pagus d’Apollon. Ce magistrat, à la différence des préfets du pagus de Diane, n’a pas tenu de charge religieuse, mais il est très curieux de pouvoir constater de telles connotations entre les deux districts voisins.

On pourrait rapprocher Vintius de la divinité Mars Ventius à Vence, dans les Alpes Maritimes (C.I.L. XII 3). Pour I. Tournié, Ventius faisait partie des divinités tutélaires et éponymes. Vintius pourrait avoir les mêmes caractères, si on tient compte uniquement de son omnipotence dans le pagus et la similitude de son nom avec la colline de Vens dominant Condate (Seyssel). Cependant, selon l’ouvrage très récent de S. Morabito sur les Inscriptions Latines des Alpes Maritimes, celui-ci souligne le fait que dans la cité de Vintium, « Vintius » n’est en rien une divinité, mais apparaît comme une épiclèse divine, une épithète indigène et un surnom éponyme, Mars étant ici un dieu celtique, protecteur de la communauté. De plus, ce type de comparaison ne concerne à aucun moment le dieu chez les Allobroges. Par contre, ce qui est marquant, c’est qu’une étude du statut des dédicants, honorant Mars dans la cité, fait apparaître que seuls des magistrats lui rendaient hommage, ce qui est également le cas pour Vintius, en tous cas au Ier siècle.

Au-delà de tous les caractères et particularismes de Vintius, l’adjonction de l’épithète Augustus liée à l’assimilation à Pollux est plus certainement le témoignage d’une romanisation de son culte, faisant de ce dieu énigmatique la divinité référente dans le cœur des notables de Seyssel et Hauteville, et ceci dès le début du Principat."

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