top of page

Blog

L'Ambrevade

Photo du rédacteur: Anne
Anne
il y a 23 heures
7 min de lecture



Autres noms : Cajanus cajan - Pois cajongi - Pois d'Angole -




Toponymie :


Raymond Decary, dans un article intitulé "Plantes introduites à Madagascar et toponymie locale. (In : Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, 1963, vol. 10, no 5, pp. 204-218) mentionne deslieux répertoriés à Madagascar :


"Antsotry. — Cajanus indicus Spreng. Cultivé un peu partout, servait autrefois à l'élevage du ver à soie. Plus souvent connu sous le nom d'amberivatry, ambrevade.

Ambalantsiotry. Loc. (Port-Bergé). Au village entouré d'ambrevades.

Ambalantsotry. Loc. (Mandritsara). Au village entouré d'ambrevades."




Botanique :


Dominique Bourret, auteur de Bonnes plantes de Nouvelle-Calédonie et des Loyauté (Les Éditions du Lagon, 1981) propose une fiche présentant l'Ambrevade :


"Ambrevade Cajanus cajan (L.) Millsp.


Description : Cet arbuste de la famille des Légumineuses Papilionacées peut atteindre deux mètres de haut. Il donne des grappes de fleurs jaunes teintées d'orange vermillon qui fructifient en gousses contenant des graines de la taille d'une grosse lentille. Les feuilles soyeuses sont composées et d'une couleur vert brunâtre plus claire à l'envers de la foliole.


Origine et culture : L'Ambrevade est originaire d'Afrique. Elle a été introduite en Nouvelle-Calédonie par les colons bourbonnais ou leurs employés Cafres au tournant du siècle dernier. Elle ne se trouve qu'en culture, et si au hasard d'une promenade vous en rencontrez des pieds naturalisés, il sont les témoins d'un ancien jardin et, en principe, ont toujours un propriétaire.

Sauf dans le nord-est de la Grande Terre, où survivent des traditions culinaires réunionnaises, l'Ambrevade fait actuellement surtout partie du régime alimentaire des Mélanésiens. Elle est très abondante sur la Côte Est, de Ponérihouen à Ouégoa, et aux îles Loyauté. Elle est, ailleurs, moins bien représentée.

Les lentilles d'Ambrevade sont mûres fin août début septembre. Vous pouvez en trouver sur les marchés de brousse."

_____







Usages traditionnels :


Dans Bonnes plantes de Nouvelle-Calédonie et des Loyauté (Les Éditions du Lagon, 1981) Dominique Bourret révèle les utilisations possibles de l'Ambrevade :


"Usage alimentaire : Vous utiliserez les lentilles d'Ambrevade dans des potages ou des soupes, préparées en ragoût ou en salades, parfois aromatisées de curry. Elles sont faciles à digérer et nourrissantes. On leur attribue des propriétés diurétiques.


Usage médicinal : Les fleurs et les feuilles de l'Ambrevade possèdent les mêmes propriétés diurétiques que les lentilles; elles sont également émollientes.

  • Fleurs : Les fleurs d'Ambrevade infusées peuvent être employées en boisson pectorale.

  • Feuilles : Les feuilles sont utilisées en macération pour calmer et sécher les phlyctènes d'origine allergique comme par exemple les brûlures causées par le Faux acajou ou Goudronnier, Semecarpus atra :

    • mettez à macérer pendant 24 heures une poignée de feuilles grossièrement coupées dans un litre d'eau froide,

    • appliquez en compresses sur les brûlures et buvez trois fois par jour un verre de la macération. Vous observerez presque aussitôt la cessation des démangeaisons et la résorption de l'œdème.

    • Renouvelez la macération et son emploi pendant quatre à cinq jours jusqu'à assèchement total des plaies.

    Cette médication a le mérite d'insensibiliser aux atteintes ultérieures de l'Acajou.

L'action de l'Ambrevade sera renforcée si vous ajoutez aux macérations une ou deux feuilles de Graptophyllum pictum (Acanthacée), plante ornementale qui ne possède malheureusement pas de nom vernaculaire courant pouvant faciliter sa recherche.


Autres Papilionacées utiles : De nombreuses Légumineuses Papilionacées sont utilisées pour l'alimentation, ainsi des différents Haricots et Pois, du Soja, de l'Arachide, enfin du Magnagna, très ancienne culture autochtone. D'autres sont plantées à des fins ornementales ou rituelles, comme l'Erythrine ou "Peuplier canaque", qui est aussi réputée médicinale. Citons également de nombreuses lianes et des arbrisseaux dont la toxicité rend l'usage dangereux."

Patrice Grimaud, auteur de "La graine d'Ambrevade (Cajanus cajan), une solution possible pour l'élevage traditionnel des monogastriques en Nouvelle-Calédonie." (SIDALC, 1988) étudie l'usage de la légumineuse en agriculture :


Résumé : "Introduite sur le territoire de la Nouvelle-Calédonie il y a quelques 130 années, l'ambrevade (Cajanus cajan) est une légumineuse qui fournit une graine riche en protéines appréciée des mélanésiens. Elle fait à présent partie intégrante de tout jardin traditionnel, et les essais menés par l'auteur sur des porcs et des volatiles en engraissement ont montré que, broyée, cette graine pouvait entrer dans des formules alimentaires qui leur sont destinées à des taux importants, quoique limités par la présence de facteurs anti-nutritionnels. Néanmoins, des pourcentages de 15% chez le porc et de 20 à 25% chez le poulet peuvent être atteints sans que cela ne rejaillisse significativement sur les performances de ces animaux, ce qui laisse supposer que des régimes à base de produits essentiellement locaux peuvent être proposés pour une exploitation plus rationnelle de ces monogastriques en milieu traditionnel."

*

*

Selon Jean-Claude Hébert, auteur de "Les mesures à Madagascar." (In : Weights and Measures in Southeast Asia, 2004, p. 389) :


"Erana, « le contenu » : Erana ou erany désigne « la mesure, le modèle, le patron, la ration ». Le verbe manerana s’emploie pour mesurer l’étoffe, le riz, les dimensions d’une case, d’un terrain, etc. On a déjà rencontré erankapoaka, « le contenu d’un gobelet » ; on a encore erantànana, « une poignée, plein la main » ; erantànandroa, « le contenu des deux mains réunies » ; divay eransotro, « une cuillerée de vin » ; eraníny tavoahangy, « le contenu d’une bouteille » ; eraníny siny, « le contenu d’une cruche », etc. Mais le mot n’entre pas dans un système de mesures-étalons, sauf en tant que mesure de poids : il s’agit alors de líeran-ambatry, qui correspond au poids d’une gousse (environ quatre grains) d’ambrevade (ambatry). Le mot a donc ici gardé son acception de contenant. Ce poids d’eranambatry est une des divisions de la piastre, laquelle a longtemps servi d’unité supérieure dans le système monétaire malgache. Toutefois, avant l’apparition des piastres, c’étaient vraisemblablement les grains d’ambrevade et ceux du voamena (Abrus precatorius), et non leurs gousses, qui servaient d’étalons. C’étaient de très petits pois (l’amphibologie est-elle la même, en français, entre poids et pois ?) et ils servaient, comme nous allons voir, à peser l’or.

[...]

En tout cas, on est sûr qu’au moment où le grand roi Andrianampoinimerina voulut généraliser le système de poids et monnaies qu’il avait instauré en pays merina, la graine de voamena était le poids-étalon. [...]

Le poids de voamena (vraisemblablement celui d’une gousse pleine) avait des sousmultipes qui étaient la graine d’ambrevade, et le grain de riz qui était la plus petite division de la piastre. Un informateur malgache du père Callet, qui a recueilli ses dires dans les Tantaraníny andriana, faisait la constatation suivante :


Les appellations eranambatry, variraiventy, varidimiventy, etc. viennent en effet toutes de noms de graines, et il est facile de constater que la valeur de l’argent eranambatry correspond à peu près au poids d’une graine [sic] d’ambrevade, et c’est de là que vient son nom. Il en est de même de variventy.


Dans le système de poids, le voamena devait valoir 3 eranambatry. On reconnaît ici le mot erana, « mesure », déjà explicité, l’ambatry ou ambrevade n’étant pas cependant au XIXe siècle le poids d’un grain, mais celui de la gousse entière. Il devait d’ailleurs en être de même pour le voamena, tout au moins dans le système élaboré par Andrianampoinimerina.

[...]

Au XIXe siècle, le système instauré par Andrianampoinimerina a évolué, comme il apparaît du tableau suivant. Les équivalences de poids des graines d’ambrevade et d’Abrus precatorius ont changé par rapport au grain de riz, pris comme plus petite mesure. On a eu successivement :


Système ancien (connu de Mayeur) Système nouveau

[...] erambatry = 10 grains eranambatry = 13 grains"

*

*




Symbolisme :


Claudine Friedberg, autrice de "L'agriculture des Bunaq de Timor et les conditions d'un équilibre avec le milieu." (In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 18, n°12, décembre 1971. pp. 481-532) nous apprend que :


"Avec Hohon a commencé la période d'abondance ; c'est l'époque où les légumes sont nombreux, l'alimentation variée. Le riz est surtout gardé pour les fêtes; d'ailleurs le maïs est considéré comme plus énergétique et les Bunaq estiment que lorsqu'on travaille, le riz ne « tient pas assez bien au corps ». Pour accommoder le maïs on dispose alors de feuilles et de fleurs de courges et de nombreux haricots. C'est d'abord Ho, les Vigna, qui donnent environ en mai et juin et pour finir, Tir, l'ambrevade qui donne de juillet à septembre Il n'y a que pour cette dernière qu'il y a un lever d'interdit, mais il n'a pas du tout la même signification que ceux que nous venons de voir. Il ne s'agit ni de protéger, ni d'augmenter la récolte, ni de préserver la part des nobles ou de vérifier les rapports hiérarchiques entre les différents membres du village, mais d'empêcher que la plante ne soit néfaste à ceux qui la consomment et qu'au contraire elle les fasse entrer dans une période bénéfique. En effet, disent les Bunaq, si on mange l'ambrévade sans avoir accompli le rituel on aura l'esprit aussi fermé que sa graine dont la rondeur lisse semble ici symboliser une impénétrabilité parfaite. Cette explication révèle sans doute un des aspects de la signification de ce rituel, mais on ne peut s'empêcher d'observer qu'il existe bien d'autres fruits ronds qui sont mangés sans cérémonie. Il est vrai que certains informateurs m'ont assuré que le partage symbolique d'une mangue, d'une noix d'arec ou d'une noix de coco, au moment des cérémonies de lever d'interdit, avait la même signification.

Le rituel effectué pour l'ambrévade s'appelle Tir duzuk (duzuk : frotter). En effet, il consiste principalement à frotter différentes parties du corps avec une feuille de bétel contenant du riz et de l'ambrévade pour l'ouvrir symboliquement. On y mange aussi du riz cuit avec de l'ambrévade dans la main d'une personne particulièrement habile dans un domaine ou un autre pour acquérir son habileté. Aucune règle précise ne prescrit comment doit se dérouler le rituel; il peut avoir lieu dans une Maison de lignage ou au sein d'une famille conjugale; on peut aussi se réunir entre voisins pour l'accomplir. Les élèves d'un barde par exemple iront chez leur maître à cette occasion pour acquérir son savoir."

*

*




Mythologie :


Bruno de Foucault, auteur de "Mythologie et spéciation chez les plantes." (In : Bulletin de la Société botanique du Centre-Ouest, nouvelle série, tome 23, 1992) mentionne un lien mythique entre l'ambrevade et les pupilles :


"Chez les Bunaq, le héros sacrifié par le feu lors de la préparation du champ par brûlis est à l'origine de toutes les plantes cultivées qui naissent à partir d'un élément du corps de ce héros, même le maïs ; entre l'organe du héros et la plante dérivée, il existe un invariant morphologique : ainsi, les oreilles donnent des champignons, les pupilles l'ambrevade, les doigts l'arachide, ... (FRIEDBERG 1990)."

*


*


bottom of page