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L’Épine-vinette




Étymologie :


Selon Wikipédia : Berberis, nom arabe du fruit de la plante ; il signifierait coquille car les pétales creux sont en forme de coquille. Vinette est le nom vulgaire de l'oseille dont les feuilles rappellent le goût.


Autres noms : Berberis vulgaris ; Berbéris ; Bisbinette ; Bois de Saint-Girâ ; Crépinier ; Épine-croix ; Épine minette ; Oseille des bois ; Oseille du berger ; Pain de chèvre ; Pine vinelle ; Pisse-vinaigre ; Vinettier.




Botanique :


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Vertus médicinales :


Pierre-Joseph Buchoz, médecin de Monsieur et auteur de Etrennes du printemps, aux habitans de la campagne, et aux herboristes, ou pharmacie champêtre, végétale & indigène, à l'usage des pauvres & des habitans de la campagne (Lamy libraire, Paris, 1781) recense les vertus médicinales des plantes :


Racine d'Epine-vinette. Haller recommande l'écorce des racines de cet arbrisseau contre la jaunisse ; on la fait infuser pour cet effet dans l'eau bouillante, & on s'en sert en tisane ordinaire, édulcorée de bois de réglisse.




Symbolisme :


Selon Philippe François. Nazaire Fabre d'Églantine, auteur du Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française (1792) :


Dans le calendrier républicain, l'Épine-vinette était le nom donné au 13e jour du mois de fructidor.

 

Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme de l'épine-vinette :


ÉPINE-VINETTE - AIGREUR.

Le fruit de l'Épine-Vinette est fort aigre ; l'arbrisseau qui le porte est armé d'épines, et les fleurs ont une si grande irritabilité qu'au plus léger attouchement toutes les étamines se replient autour du pistil. Ainsi cet arbrisseau porte tous les caractères des personnes dont l'humeur est aigre et difficile.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Épine-vinette - Aigreur.

A cause de l’acidité de son fruit, qui sert à faire du vinaigre.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


ÉPINE VINETTE - AIGREUR.

N'ayez point d'aigreur les uns contre les autres, afin que vous ne soyez point condamnés. Voilà le juge qui est debout à la porte. Prenez pour exemple de patience, dans les mauvais succès et dans les afflictions, les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voilà que nous les appelons bienheureux parce qu'ils ont souffert.

Jacques. v, 9, 10.

L'épine vinette est un arbrisseau indigène qui se recouvre au printemps de grappes de fleurs jaunes et en automne de fruits d'un très beau rouge, qui persistent jusque bien avant dans l'hiver, et qui décorent encore les bosquets lorsque les feuilles sont tombées. Ses fruits sont recherchés pour faire des confitures. Elle croît dans les haies et sur le bord des bois. Ses fleurs sont si faciles à irriter, qu'au moindre attouchement, les étamines se replient autour du pistil, et sont à leur tour enveloppées par les lobes de la corolle qui se rapprochent spontanément. Les épines acérées dont cet arbrisseau est armé semblent éloigner de lui, malgré les bonnes qualités de son fruit. Il n'est pas rare de voir des personnes possédant un bon cœur ternir leurs belles qualités par une rudesse et une aigreur de caractère qui éloignent d'elles alors même qu'on les estime.


DE L'ÉPINE VINETTE.

L'épine vinette, par le grand nombre de ses tiges et de ses rameaux épineux, est très -propre à former des clôtures autour des champs et des jardins ; tous les terrains lui conviennent. Ses grappes jaunes, entremêlées avec les fleurs blanches de l'aubépine, se montrent à la même époque, produisent, au printemps, un très bel effet dans nos bosquets. Mais tel est le sort de tous les êtres qui nous entourent : s'ils ne flattent pas également nos sens, s'ils en offensent quelques-uns, nous les repoussons, quelles que soient d'ailleurs leurs bonnes qualités . Cependant on pardonne à l'aubépine ses aiguillons, à cause du parfum agréable de ses fleurs ; elles sont introduites dans nos appartements ; mais l'épine vinette ne peut trouver grâce, à cause de l'odeur désagréable qu'elle répand à l'époque de la floraison. Nous la tenons dans nos bosquets, mais dans les lieux les moins fréquentés ; nous lui abandonnons le soin de défendre nos possessions agrestes, mais non pas celui de nos jardins de plaisance ; nous l'éloignons du voisinage de nos moissons par un de ces préjugés que l'étude de la nature peut aisément détruire : nous l'accusons très injustement d'être en partie la cause de cette nielle funeste qui attaque nos céréales. En vain cet arbrisseau qui, malgré ses épines, n'est pas sans élégance, réclame en sa faveur l'acidité agréable de ses fruits, l'emploi qu'on peut en faire, la couleur jaune que fournit, pour les laines et les cuirs, l'écorce de sa racine : en vain il nous offre, dans l'irritabilité de ses étamines, un phénomène aussi curieux qu'intéressant; ces titres ne peuvent nous faire supporter l'odeur de cette plante, trop heureuse de trouver place dans quelques-uns des massifs de nos bosquets.

Presque toutes les parties de cette plante sont employées avec avantage : toutes sont amères ; le bois et les feuilles, macérés dans une lessive alcaline, fournissent également une teinture jaune, propre à colorer les ouvrages de menuiserie.

C'est probablement à raison de sa couleur jaune qu'on la dit bonne dans la jaunisse , comme on le dit de la patience et de la carotte ; principes établis dans les siècles d'ignorance, qui ont servi de base à la plupart des matières médicales. Les taies sont acides, rafraichissantes ; on peut les manger crues ou cuites avec du sucre ; on en fait des conserves, des confitures délicates et saines, un sirop ; on les confit au vinaigre et au sucre. La médecine domestique en fait usage pour tempérer et rafraichir le sang dans les fièvres inflammatoires et bilieuses, pour apaiser l'irritation des intestins et des voies urinaires. Elle les emploie également dans les maux de gorge ; on en exprime le suc et on l'étend dans une suffisante quantité d'eau qu'on édulcore avec du sucre.


RÉFLEXIONS.

Ce qui nous donne tant d'aigreur contre ceux qui nous font des finesses c'est qu'ils croient être plus heureux que nous.

(LA ROCHEFOUCAULT.)

La véritable raison et la véritable sagesse, c'est de savoir se modérer.

(Bossuet, Sermons.)

Le fruit de la douceur chrétienne c'est la paix au dedans et la paix au dehors.

(BOURDALOUE, Sermons.)

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Dans son Nouveau Langage des fruits et des fleurs (Benardin-Béchet, Libraire-Éditeur, 1872) Mademoiselle Clémentine Vatteau poursuit la tradition du Sélam :


Épine-vinette : Aigreur de caractère.

L'épine-vinette est bien en effet le symbole des caractères aigres et peu endurants.


Une épine de Rose ou de Briacanthos

(Je n'ai pas pu savoir laquelle)

Aimait à se vanter de sa pointe cruelle,

Et la citait à tout propos.

Une épingle lui dit : « Vous avez tort, ma chère,

« Et vous feriez bien mieux de cacher vos défauts.

« Nous avons bien un peu le même caractère;

« Je suis blessante aussi : mais de vous je diffère,

« Et nos destins sont inégaux.

« Vous piquez dès que l'on vous fâche,

« Et vous vous fâchez bien souvent.

« Je vous vois attaquer tout le monde sans relâche ;

« Vous en voulez à tout venant ;

« Piquer est votre unique tâche.

«Moi, je pique aussi, mais j'attache. » MONTESQUIOU.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), l'Épine-Vinette (Berberis vulgaris) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Terre

Élément : Terre

Pouvoirs : Argent ; Succès ; Popularité.


Utilisation rituelle : On tire de son écorce et de ses racines une belle odeur jaune pur, très solide, bien connue autrefois pour son emploi dans l'industrie teinturière; c'est vraisemblablement pour cette raison que, le Jeudi saint, les villageois déposaient une écorce et une épine de cet arbrisseau devant la porte des maris trompés. Cette coutume se retrouve dans toute la France et en Wallonie.

Les Amérindiens obtenaient cette même teinture des espèces indigènes : Berberis aristata ; Berberis lycium, etc. Ils la mélangeaient avec d'autres sucs végétaux et des graisses animales pour faire des peintures avec lesquelles ils dessinaient les dieux, les représentations cosmiques, les signes magiques, etc. Ils s'en enduisaient aussi le corps, selon un rituel précis, à l’occasion des danses sacrées.

Dans beaucoup de campagnes, les garçons plaçaient un rameau desséché d'Épine-Vinette devant la maison des filles peu aimables, ou mauvaises langues.


Utilisation magique : Cet épineux aux fleurs d'un jaune éclatant est traditionnellement associé à la réussite, au succès. Pour être très populaire et gagner lés élections, un homme politique, met toutes les chances de son côté en portant sur lui de la racine d'Epine-Vinette. Ce même talisman peut aider une comédienne à devenir une grande vedette, un écrivain à obtenir la notoriété, etc.

Les étamines de l'Épine-Vinette présentent un phénomène d'irritabilité remarquable : si l'on touche avec une pointe quelconque les filets staminaux, on les voit se dresser tous ensemble, d'un seul élan, vers le pistil, en un violent réflexe d'autodéfense. Cette caractéristique a été largement employée à des fins de divination. Une fille « chatouillait l'Épine-Vinette » pour savoir si elle se marierait bientôt; une actrice pour savoir si elle obtiendrait le rôle qu'elle souhaitait ardemment; une coquette pour savoir si elle se trouverait un riche amant, etc. Il ne faut jamais interroger la fleur pour des questions étrangères au gain, à la réussite sociale, car alors l'Epine-Vinette se fâche et fait échouer l'entreprise.

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Littérature :


Régine Detambel consacre un ouvrage à Colette. Comme une flore, comme un zoo (Éditions Stock, 1997) dans lequel elle s'intéresse aux métaphores botaniques et zoologiques :


Épine-vinette

« La femme de nos pays n'est pas, physiologiquement, précoce. Son adolescence, âpre et maigriotte comme une baie d'épine-vinette, ne fait que promettre. » Prisons et Paradis


Quelques articles de Colette journaliste et critique de théâtre sont réunis dans La Jumelle Noire. L’un d’eux proclame : « Paris ne souhaite qu'une chose : l'éternité de Mistinguett. Elle est propriété nationale. » Dans Prisons et Paradis, Colette se souvient de Mistinguett, à ses débuts, de son « visage, étonné, inachevé, qui hésitait sur un parti à prendre. » Elle s'étonne de la hâte avec laquelle Mistinguett s'échappe dans les coulisses et pense qu’ « [elle] pouvait signifier : Je n'ai qu'un moment, il faut que je vous quitte pour m'occuper de l'autre, pour aller travailler à l'autre - l'autre Mistinguett, celle que je deviendrai. Ce que je vous donne ici, c'est en attendant. Je n'ai pas mieux, pas encore... » La maturité est à gagner, le rayonnement en attente.

De cette Mistinguett inaboutie, Colette ébaucha le portrait à l’aide d’un arbrisseau épineux, humble, simple, dont les baies sont couleur de vin et les fleurs jaunes. L’épine-vinette « âpre et maigriotte » était cette jeune femme prometteuse qui devint, en effet, « une sorte de tonnerre de Dieu, une résistance de cantinière... » L’œuvre de Colette est un gisement de devinettes pour le jeu du portrait chinois. Si j'étais un arbrisseau, je serais une épine-vinette. Qui suis-je ? Et toute l'œuvre se révélerait, comme une énigme botanique. Si j'étais un parfum, je serais la verveine-citronnelle : Minne, bien sûr. Si j'étais une graminée, je serais la mélique penchée : c'est Annie. Si je soignais un cactus rose...

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