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La Forêt des Chambarans

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 8 mars
  • 15 min de lecture

Dernière mise à jour : 27 mars




Toponymie :


Henri Baulig, auteur de « Sur le sens des mots "serre", "serra", "sierra". » (In : Annales de Géographie, t. 38, n°212, 1929. pp. 171-173) nous renseigne sur une partie du nom médiéval de la forêt :


"La forêt qui couvre le plateau de Chambaran est nommée dans un texte de 1257 « Nemus de Chambaran de Serra » (J. Brun-Durand, Dictionnaire toponymique de la Drôme ,1891, article Chambaran). Un chef-lieu de canton bâti sur une langue détachée du plateau de Chambaran s'appelle Le Grand-Serre. [...]

On peut donc conclure que le mot serre sous ses différentes formes désigne une manière générale une montagne et plus particulièrement une montagne allongée que le sommet en soit étroit et déchiqueté ou au contraire parfaitement plat Il semble que dans le Centre et le Midi de la France ce mot oppose puy (puech, etc.) suc, malh, truc, tuc (forme féminine tuque) qui désignent des sommets isolés.

Quant à l'étymologie par le latin serra elle est pour le moins suspecte car elle n'explique ni le sens ni le double genre du mot. Il paraît bien plus probable qu'on ait affaire un de ces très anciens mots antérieurs à la romanisation de notre pays qui se sont maintenus dans le vocabulaire géographique populaire."

Pierre Gastal propose sur son site Noms de lieux et de rivières de France l'étymologie d'une rivière qui naît dans les Chambarans et dans laquelle j'ai vécu ma première initiation druidique à l'élément Eau :


L'Herbasse : affluent rive droite de l'Isère, département de l’Isère et de la Drôme, 35,2 km. Herbacia en 918. Elle naît dans la Forêt de Chambaran [sur la commune de Roybon, où elle se nomme tout d'abord le ruisseau de l'étang] et coulant uniformément vers le sud-ouest passe à Miribel, Crépol, Charmes-sur-l’Herbasse, Saint-Donat-sur-l’Herbasse, Clérieux et se jette au nord de Châteauneuf-sur-Isère.


Étymologie : du français "herbe" (latin herba), cette rivière étant peut-être encombrée d'herbes aquatiques + suffixe péjoratif occitan -assa.

Voir Herbissonne.

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Bénédicte et Jean-Jacques Fénié, auteurs d'un Dictionnaire des pays et provinces de France (Bordeaux, Éditions Sud Ouest, 2000, 349 p) proposent une étymologie :


Chambarand - Département : Isère. - Région : Rhône-Alpes. - Commune principale : Roybon.

Cours d’eau principaux : la Galaure, le Galaveyson.

Cité gallo-romaine : Allobroges.

Province sous l’Ancien Régime : Dauphiné.

Formes anciennes : néant.


Étymologie : Peut-être < dérivé du gaulois *cambo, au sens de “hauteur arrondie” avec les suffixes -ar et-anum (comparaison avec l’Aiguille ou le Brec de Chambeyron, Alpes de Hautes-Provence).

Domaine linguistique : Franco-provençal.

Jacques Lacroix, auteur d'un ouvrage intitulé Les Noms d'origine gauloise - tome II : La Gaule des activités économiques (Éditions Errance, 2005) explique le sens du cambo gaulois :


Cependant, cette étymologie est incertaine : on songe aussi à un modèle *cambo-randa, qui aurait nommé des lieux où la "frontière fait un coude" (Delamarre, 2003, 100).

[...]

... le terme dialectal CAMBON ou CHAMBON pour nommer un champ fertile situé près d'un cours d'eau (Billy, 1986, 49 ; Nègre, 1987 ; Lachiver, 1997, 349, 402 ; Yilloutreix, 2002, 85 ; Delamarre, 2003, 100). Cet appellatif se retrouve dans de nombreux "lieu[x] habité[s] à proximité d'une plaine alluviale qui borde un cours d'eau" [...]

Noms de lieux de type Cambon/Chambon issu du gaulois cambo, "terrain dans une courbe de rivière".

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Caractéristiques de la forêt :


Dans l'Inventaire forestier départemental Isère IIIe inventaire 1997, on a accès aux informations suivantes :


"[...] Cette région forestière est constituée de deux petits massifs, le plateau de Chambaran au sud et celui de la forêt de Bonnevaux au nord, qui font saillie au-dessus des plaines environnantes. Ces deux massifs sont séparés par la dépression de la Bièvre, cependant que la basse vallée de l'Isère s'étend entre le plateau de Chambaran et le Vercors.

Le plateau de Chambaran avec une altitude de 600 à 700 m domine abruptement la plaine de l’Isère à l’est, mais s’incline doucement vers l’ouest où il se poursuit dans la Drôme. Il est entaillé de plusieurs vallées parmi lesquelles la Galaure offre les paysages les plus ouverts face aux paysages fermés des plateaux supérieurs. Les versants molassiques de ce plateau, modelés par de nombreux petits cours d’eau, offrent un paysage de collines boisées.

La vallée de la Gère, au nord, et la plaine de la Bièvre au sud font du plateau de Bonnevaux une sorte d’île boisée, semblable aux autres îles de l’avant pays dauphinois, l’île Crémieu et le plateau de Chambaran. Ce plateau culmine à un peu plus de 600 m dans sa partie orientale.

Ces deux plateaux de Chambaran et de Bonnevaux sont constitués d'une ossature en molasse miocène, recouverte en grande partie par un placage d'un terrain original, la formation de Chambaran.

Cette formation se compose de cailloutis sans stratification visible, emballés dans une matrice argilo-limoneuse ou argilo-sableuse. Jusqu'à 10 à 15 m de profondeur, le cailloutis comprend essentiellement des quartzites et autres roches siliceuses très fortement altérées.

Plus profondément, la formation renferme également des roches cristallines et calcaires, elles aussi très altérées. Cette formation est transgressive sur la molasse miocène, dont elle se distingue aisément. De ce fait, le substratum géologique se compose essentiellement de roches siliceuses meubles (79,4 %).

Pour le reste, ce sont des roches argileuses (12,3 %) et des roches calcaires meubles (8,3 %). On trouve des textures de sol limoneuse (38,6 %), argileuse (14,6 %) et argilo-limoneuse (7,5 %). Les humus sont principalement de type eumull ou mésomull (61,7 %), et de type dysmull ou oligomull (25,9 %).

La pauvreté des sols (terrains souvent argîleux propices à l’hydromorphie des sols) et la richesse en galets de la formation du Chambaran font de cette région forestière une zone peu propice à l’agriculture, d’où un taux de boisement de 42,6 %. La forêt tient donc une large place sur ces plateaux où des étangs occupent de nombreuses dépressions. Les peuplements sont constitués en grande majorité de taillis de châtaignier.

Quant à la propriété foncière, elle est presque exclusivement privée (81,3 %). Les forêts domaniales comptent pour 6 % de la surface totale (forêt domaniale de Chambaran), moitié moins que les forêts communales (12,7 %).



[...]

Les chênes rouvre et pédonculé se positionnent comme des essences de mélange de futaie et de taillis, aussi bien dans la réserve que dans le taillis. Aussi, ce sont des essences qu'on retrouve dans la plupart des types de peuplement et en majorité dans les mélanges futaie-taillis ; cette structure de peuplement étant peu présente en propriété domaniale, cela y explique la faible proportion de chênes.

Géographiquement, ces chênes sont localisés exclusivement à basse altitude et donc dans les régions forestières de plaine que sont la Plaine du Bas-Dauphiné, les Plateaux de Chambaran et Bonnevaux, l’Île Crémieu et le Grésivaudan et piémonts."

Yves Meinard et Juliette Rouchier, auteurs de "L’« argument économique » dans l’aide à la décision en politique environnementale et son évanescence." précisent l'importance de la forêt pour la région :


Afin d’expliquer concrètement ce que nous appelons « implications redistributives », prenons un exemple concret5 : la forêt de Chambaran. Cette forêt est en grande partie une zone humide, qui se place en tête du bassin versant de l’Herbasse (Drôme) (figure 2). Si la forêt de Chambaran subit des dégradations (1), des répercussions peuvent s’en faire ressentir dans tout le bassin versant, et avoir un impact sur des populations ailleurs sur le bassin versant : c’est cela que nous appelons « implications redistributives ».


[...]

Sur la base de cette conceptualisation de la notion d’outil, posons donc la question : pour penser les implications redistributives d’une démarche de gestion de zone humide, le CESE est-il un outil adapté ? L’intention initiale objectivée par la création de l’outil CESE a partie liée à l’agrégation interpersonnelle de différents déterminants du bien-être humain dans un indice, pour des fins d’internalisation d’externalités ou d’analyse coûts-bénéfices. Ces utilisations effacent toute question de redistribution. Ainsi, dans l’exemple de Chambaran, si une analyse coûts-bénéfices d’un projet sur la forêt était menée, elle occulterait le fait que tous les bénéfices du projet seront capturés par les promoteurs et par la commune de Roybon, sur laquelle se place la forêt mais qui ne contient qu’une toute petite partie du bassin-versant dont la forêt constitue la tête, lequel bassin-versant subira tous les impacts indirects du projet.


Note : 1) Ce secteur est concerné par un projet de Central Park." [donc article paru avant 2020]

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Croyances populaires :


Raymond Moyroud, auteur d'un article intitulé "Loups et loups-garous autour des verreries en Bas-Dauphiné sous l'Ancien Régime." (In : Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, 2002, vol. 30, no 1, pp. 125-134) montre le lien qui existe entre verreries médiévales et loup-garou :


"[...] C'est à la suite de concessions delphinales que les premiers ateliers apparaissent au début du XIVe siècle. En créant ces verreries, les dauphins souhaitent s'attirer des revenus réguliers et des objets à moindre coût, et n'hésitent pas à faire appel aux verriers italiens, renommés pour leur savoir et l'excellence de leurs techniques. Par la suite, le travail du verre devient l'apanage de la noblesse locale qui s'est formée auprès des Italiens ; c'est le cas des forêts de Chambaran, de Borniol, de Fassion, entre autres ; ces derniers s'assurant un véritable monopole dans la seconde partie du XVe siècle.

Tous les ateliers sont implantés dans les forêts où se trouve le bois nécessaire pour la chauffe des fours, évitant ainsi les charrois. Ils sont, la plupart du temps (au moins dans 90 % des cas), situés loin des bourgs et des villages à cause de la fumée des fours, propice disait-on, à la propagation de la peste. Au début de la fabrication du verre, les verriers sont mal admis par les populations qui voient dans ce nouveau travail gros consommateur de bois, et de surcroît fait par des étrangers, une source de pénurie et de renchérissement. Par ailleurs, la fabrication du verre, disait-on encore, n'est pas de première nécessité et de volupté seulement ! Ces nobles qui peuvent travailler sans déroger gardent jalousement leurs secrets de fabrication et ne les dévoilent que lorsqu'un contrat va lier un maître verrier à son apprenti. [...]

Pour ces différentes raisons, le travail du verre sera donc, tout au long des siècles, source de conflits entre les communautés paysannes et les verriers, mais en contrepartie, générateur de sociabilité pour les habitants des villages confrontés aux verriers : défenses de leurs intérêts, réclamations communes, entraide, solidarité dans le malheur, etc.


Ce que dit la tradition orale : La tradition du loup-garou pourvoyeur d'enfants, sur lesquels on prélève de la graisse pour faire du bon verre, est tenace. Etant tirée d'une croyance ancienne et répandue ne peut-on penser que les verriers se l'approprièrent et l'exploitèrent à leur profit ?

Parmi les renseignements collectés certaines personnes parlent du loup ou du loup-garou (en patois : liberous), d'autres du loup-cervier, voire du « loup carnassier ». Une certaine confusion ressort de ces différentes appellations. De toute façon, il est toujours question d'enfants dévorés ou emportés, parfois on retrouve une partie du corps, souvent rien. Mais tous affirment que les enfants sont utilisés pour leur graisse. Nous avons même entendu raconter que l'opération consistait à racler la partie charnue de l'individu !"

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Actualité de la forêt :


Axelle Egon et Lionel Laslaz, « Résister face à Center Parcs. Les espaces de la ZAD de Roybon », (In : Géoconfluences, septembre 2020) étudient la ZAD de Roybon :


"Le 9 juillet 2020, le groupe Pierre & Vacances Center Parcs annonce l'abandon de son projet à Roybon. Si celle-ci met un terme au projet de centre de vacances, qu'en sera-t-il de la ZAD ? Roybon se situe en Auvergne-Rhône-Alpes, à l’ouest du département de l’Isère. Localisée à environ 40 km de Grenoble et à 17 de la Côte-Saint-André, d’une altitude moyenne de 436 m, la commune est en partie couverte par la forêt du plateau de Chambaran (environ 10 000 ha dont 3 500 ha sur le territoire de Roybon) (document 1). [...]



Le projet de Center Parcs, lancé en 2007 et justifié par une situation stratégique entre de grands pôles urbains - Lyon, Grenoble, Chambéry et Genève – (environ 5 millions de foyers potentiellement clients) (document 2), profiterait à l’ensemble de l’intercommunalité. Mais il a suscité depuis sa validation en 2009 et le choix final du site (document 3) de fortes contestations, notamment traduites par l’installation d’une Zone à Défendre (ZAD), qui ont abouti à l’abandon du projet le 9 juillet 2020. Les espaces de cette ZAD sont pluriels, des lieux où logent les opposants, des réseaux qu’ils mobilisent pour perdurer, aux territoires au sein desquels elle s’emboîte, de la forêt aux pôles métropolitains.

[...]

Le contexte environnemental, argument de rejet du projet : Les différents documents cadres (SRCE Rhône-Alpes, SCOT de la région urbaine de Grenoble, SDAGE Rhône Méditerranée), mettent en évidence les richesses écologiques et pédologiques du plateau de Chambaran, dont Roybon constitue un réservoir de biodiversité.

D’abord, une vaste surface forestière (Bois des Avenières) est traversée par plusieurs corridors écologiques identifiés comme trame verte et bleue. Elle comporte de nombreuses étendues d’eau (petits lacs et 47 étangs recensés sur Roybon) reconnues par le SDAGE comme « ressource majeure à préserver », pour l’eau potable et la richesse de la biodiversité animale et végétale, ce qui leur a valu d’être délimitées par l’inventaire départemental de l’Isère Avenir (2010) comme des zones humides au titre de la loi sur l’eau de 1992.

Enfin, la commune fait l’objet de plusieurs mesures de protection supposées incompatibles avec le projet de Center Parcs, comme Natura 2000, des ZNIEFF de types 1 et 2 et un arrêté préfectoral de protection de biotope interdisant tout aménagement sur son périmètre. Il est le seul dispositif toutefois de portée réglementaire.

[...]

L’organisation spatiale de tous les domaines [Center Parc] est similaire, favorisant le sentiment d’un accès privilégié à la nature. D’abord, ils sont installés au cœur d’un massif forestier, garantie d’un espace « naturel » recherché par une clientèle principalement urbaine (Dubromel, 2014) : paysages végétaux et animaux en liberté dans un domaine clos. Cette privatisation est contestée notamment par l’association d’opposants locaux PCSCP (Pour les Chambaran Sans Center Parcs), créée depuis le début du projet :


« le projet s’inscrit dans une forêt anciennement privée communale où tout le monde pouvait accéder librement. La forêt était entendue comme un bien communal. Une partie de la forêt va donc se trouver en propriété privée. » (entretien, représentant associatif, 03/04/19)

[...]

Le projet de Center Parcs de Roybon (environ 200 ha) implique le défrichement de 92 ha de forêt (cottages, Aqua Mundo et autres activités) et l’imperméabilisation de 35 ha de zones humides. Le gigantisme de l’opération immobilière est surtout à l’origine de la levée de boucliers : 1120 cottages étaient initialement prévus, ce qui en aurait fait le Center Parcs à la capacité d’accueil la plus élevée, mais les tensions ont conduit à la ramener à 990 pour une capacité d’accueil de 5000 clients. Ce chiffre, rapporté à la population résidente, effraie toujours : « je n’ai pas envie de voir une horde de touristes arriver tous les week-ends en face de chez moi » confie une habitante de Roybon (discussion informelle, 7/05/18). Les avis sont ainsi contrastés.

[...]

Des logiques actorielles brouillant les échelles, des positionnements locaux antagonistes : Center Parcs cherchait à l'époque à s’installer en Rhône-Alpes, afin de compenser des déséquilibres touristiques dans certains départements, notamment en Isère. Collectivités territoriales d’échelles régionale, départementale ou locale et partis politiques s’accordent quasi-unanimement sur ses bienfaits supposés et la majorité de la population roybonnaise en espère beaucoup, puisque le groupe prévoit environ 700 emplois soit 468 « emplois équivalent temps plein ». L’assentiment local est plutôt majoritaire, mais loin d’être unanime.

La divergence d’opinions se traduit par une confrontation de visions entre deux groupes. D’abord, les natifs de Roybon ou des communes proches voient le village péricliter et espèrent un second souffle qui valoriserait la forêt, « un secteur pauvre, sans essences nobles » (entretien, maire de Roybon, 7/05/19).

À l’inverse, les néo-ruraux arrivés depuis 5 à 10 ans dans la Bièvre et le Sud-Grésivaudan sont venus chercher « le calme, la tranquillité, la nature, aux antipodes de la ville » (entretien, représentant associatif, 3/04/19). « Anciennement Parisien, j’ai quitté la région car cela ne correspondait plus à ce que je cherchais ; aujourd’hui, je travaille uniquement une journée et demi par semaine juste assez pour pouvoir vivre. Je me nourris grâce à mes cultures » (ibid.). La forêt de Chambaran représente l’idéal imaginé de la nature, « un bien exceptionnel » (ibid.).

Plusieurs autres opposants, surtout la Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature (FRAPNA) et dans une moindre mesure la Fédération de la Drôme pour la pêche et la protection des milieux aquatiques, luttent pour la préservation de cette forêt. Ils s’appuient sur l’association PCSCP, forte de plus de 600 adhérents, principalement de la région Auvergne-Rhône-Alpes (Drôme en particulier), qui dénonce plus largement les stratégies de développement de Pierre & Vacances. Elle est soutenue par la coordination nationale « Center Parcs, Ni ici Ni ailleurs », regroupant les associations d’opposants autour de l’acronyme NINA, déjà exploité dans d’autres mobilisations pour réfuter le syndrome NIMBY couramment associé aux opposants. Derrière cet acronyme, elles montrent que leur combat s’inscrit dans un débat de société, selon un principe de « montée en généralité » (Lolive, 1997)."

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Contes et légendes :


Il y a dans la forêt des Chambarans, près de l'abbaye du même nom un hameau et un bois nommés "Gargamelle", ce qui nous renvoie bien évidemment à la mère de Gargantua, elle-même vraisemblablement un avatar d'une déité gauloise...


Hanna Latawiek, autrice de "Portraits de femme dans Gargantua et Pantagruel" (In : Acta universitatis Lodziensis folia Littteraria 14, 1985) brosse le portrait littéraire de la géante :


"Gargamelle — épouse de Grandgousier et mère de Gargantua dont elle accoucha après l'avoir porté „onze mois dans son ventre” — fut ,,fille du roy des Parpaillos". Elle appartient aux peuples barbares (les Parpaillos avaient été réputés „hostiles à la foi chrétienne"), son aspect physique de „belle gouge et de bonne troigne" semble souligner sa beauté païenne. Les informations sur l'aspect physique de Gargamel- le se trouvent dans un fragment qui possède des traits de chronique. Il atteste le fait de la descendance royale de Gargamelle, souligne sa force et ses capacités pour l'union sexuelle par suite de laquelle elle accouche.

Ce rythme naturel de „l'accouplement, de la conception, de la grossesse et de l'accouchement" est interrompu par „la satisfaction des besoins naturels".

Chez Gargamelle, c'est l'absorption de nourriture qui la retire de son rythme biologique pour rendre finalement impossible l'accouche ment naturel. Le chapitre IV du Premier Livre nous présente Gargamelle qui „estant grosse de Gargantua mangea grand planté de tripes". La concrétisation de ce personnage littéraire doit s'appuyer sur la catégorie esthétique du grotesque. La déformation grotesque du corps gargamellien repose sur l'abondance matérielle (la nourriture copieuse absorbée par l’héroïne), sur l’abondance corporelle (le ventre déformé) et sur l’abondance temporelle (la longueur de la grossesse). La réalisation visuelle, plastique de ce personnage posséderait un caractère inhumain, difficile à accepter objectivement. Elle s'accorde avec les traits typiques du monde grotesque établis par Kayser. Ce dernier constate que „l'essentiel dans le monde grotesque c'est quel que chose d'hostile, étranger et inhumain".

Gargamelle, mère d'un des géants, par son caractère glouton con firme et renforce même le signifié de son nom propre (gargamela c'est-à-dire le gosier, la gorge) et détermine le code génétique de son fils Gargantua, lui aussi grand buveur et grand mangeur. Son activité s'arrête là: elle n'agit qu'en mangeant. Pendant cet acte elle se montre désobéissante à son mari Grandgousier. Pendant la fête en plein air qui avait précédé l'enfantement de Gargamelle, Grandgousier sou cieux de la santé de sa femme et de son enfant, lui conseilla de manger ,,le moins, veu qu'elle aprochait de son terme et que" ceste tripaille n'estoit viande moult louable". Gargamelle ne l'écouta point. L'abus de la nourriture fait d’elle une femme-pécheresse, mais elle est loin de se confesser de ses péchés, de s’accuser elle-même, mais comme tout être humain, elle manifeste un besoin d'empathie. Souffrant de grandes douleurs, elle demande à son entourage de les partager. Son mari reste au centre de son intérêt. De nouveau, elle ne répond pas amicalement à ses conseils bienveillants qui ont pour but de la soulager psychiquement dans ses maux. Son conseil donné à Grandgousier qu'elle voudrait voir blessé3 contribue à situer cette femme parmi les êtres primitifs, barbares. Pour un barbare, „le plus grand danger est toujours d'être victime d’une unilatéralité''9, constate Cari Gustave Jung dans son ouvrage Types psychologiques. Gargamelle est en danger d’être exposée à une douleur typiquement féminine et passagère pour chaque femme. Pendant quelques instants, elle ne s'accorde pas avec sa destinée de femme. Aussi bien par sa gourmandise que par sa colère elle rompt le cercle des fonctions physiologiques féminines. Elle s'excuse de son comportement barbare envers Grandgousier, directement devant Dieu.

Sa barbarie ne se manifeste qu’au niveau langagier et il convient de voir si elle n'est pas justifiable par l'appartenance de l’héroïne à la culture patriarcale. Les cultures patriarcales avaient tendance à diminuer le rôle de la femme dans le processus de la procréation. Le chapitre qui décrit la naissance étrange de Gargantua prouve qu'un tel point de vue se manifeste dans l'œuvre rabelaisienne. Le bas corporel de Gargamelle est dégradé par la sécrétion. Ses douleurs étaient dues à l'indigestion tandis que le véritable accouchement se passe par le haut du corps, à savoir par l’oreille gauche. Ce moment étrange permet au lecteur de voir le corps féminin de l'intérieur, décrit avec un souci de détails propre à un médecin.


La pensée esthétique de la Renaissance est pénétrée du désir de reproduire le plus exactement possible les formes de la nature et les lois lu monde physique.

Littérature de la Renaissance à la lumière des recherches soviétiques et hongroises, Budapest 1978, p. 205.


L'art descriptif de Rabelais prouve les liaisons étroites de l'auteur avec la civilisation de son époque. Son désir d'être vraisemblable va jusqu'à l’exagération. Les exemples dont il se sert pour situer ses constatations dans une longue tradition répondent, eux aussi, au principe grotesque de l'abondance. Son raisonnement, dans lequel il ne veut aucunement céder la place à une „savante ignorance — docta ignorantia" définie par Nicolas de Cusa, qui, l'un des premiers, s'aperçut de la relativité du monde, est celui de l'homme du Moyen âge.

Pour attester la véracité étrange de l'accouchement de Gargamelle, Rabelais cite des exemples puisés dans la mythologie latine où parmi les organes procréateurs nous pourrions trouver la cuisse et le cerveau de Jupiter, l’écorce d'un arbre à myrrhe et la coquille d'un œuf. Dans le contexte d'une telle liste l'oreille gauche de Gargamelle ne devrait pas nous étonner !

C'est en participant à la fête populaire que Gargamelle entre au patrimoine de la culture patriarcale. Par opposition aux tournois courtois, les fêtes populaires, bien arrogées d'alcool, ne célébraient ni la beauté, ni la grâce féminines. Gargamelle, bien qu'elle fût fille de roi, existe en marge du monde masculinisé, présenté au moment de la fête. Le temps festif appartient au domaine du sacré et restitue, pour l'homme de la renaissance, l'ordre divin sur la terre. Un ,,illo tempore" d'insouciance, de joie accompagne le venue au monde de Gargantua, futur géant et roi sage, bienveillant et tolérant. L'espace, le temps et les actes de Gargantua contribuent immédiatement à le situer au sommet de lu hiérarchie humaine et font de lui un surhomme appar tenant à Г Ace d'or mythique. Sa mère, dont le ventre a perdu son caractère sacré aurait commencé à exister en fonction de son fils. Nous concrétisons son portrait à travers son nom à elle et à travers son état physique. Son corps, son anatomie, ses gestes nous font chercher ses prototypes visuels parmi les sculptures antiques des déesses-mères: Gea, Héra et, dsns la peinture des XVe et XVIe siècles, parmi les toiles de Jérôme Bosch, de Pieter Breugel.

La barbarie, la souffrance, la perplexité, mais aussi le qrand dévouement face aux actes à accomplir constituent le portrait moral de Gargamelle. La personnalité de l'héroïne rassemble les éléments: mythique, païen, réaliste, populaire, chrétien et la place dans une perspective surréaliste.

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