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  • Anne

Le Réséda


En hommage à Christian Blachon qui affectionnait particulièrement le poème d'Aragon...


Étymologie :

  • RÉSÉDA, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1562 reseda (Du Pinet, Histoire du Monde de Pline, XXVII, 12, t. 2, p. 382 : une certaine herbe [...] que ceux de la Romaigne appellent Reseda), attest. isolée, à nouv. 1750 (Dalibard, Obs. sur le réséda à fleur odorante ds Mém. de math. et de phys., p. 96) ; 1659 resede (N. Duez, Dittionario italiano et francese, 504 ds Fonds Barbier : Resede, reseda un'herba) ; 1723 resida (Lémery, Traité Universel des drogues simples, Paris, D'Houry, p. 659 ds Quem. DDL t. 34 : Phyteuma est une espèce de Resida) ; 2. 1864 « couleur d'un vert jaunâtre » (Barb. d'Aurev., Memor. pour l'A... B..., p. 426 : ma chambre jaune de réséda) ; 1874 (Mallarmé, loc. cit.) ; 1878 adj. (Zola, loc. cit.). Empr., par l'intermédiaire des trad. de Pline (comme pour l'ital., cf. infra) au lat. reseda « réséda », empl. subst. de reseda, impér. de resedare « calmer (un mal), guérir », dér. de sedare « calmer, apaiser » (cf. sédatif), préf. re- (re-*). D'apr. Pline (Hist. nat. 27, 131 ds André Bot. et OLD), le réséda était censé faire disparaître les abcès et les inflammations, et en l'appliquant, on prononçait cette formule : Reseda morbos reseda. En ital., resèda est att. en 1561 dans une trad. de Pline (Prati).


Lire également la définition du nom réséda afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :

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Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que : Avoir sur soi cette plante met à l'abri des cauchemars et des déceptions.

Si l'on ne parvient pas à faire pousser du réséda dans un jardin, il faut le semer le vendredi saint : le succès est alors assuré.

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; le Réséda raconte la sienne dans un conte venu du Portugal et intitulé "Jeannot le Bossu" :


"Une jolie fillette qui dégageait un doux parfum arriva dans la cohue de la danse jusqu'à la reine Rose. Vêtue d'une grappe de petites fleurs discrètes et simples, elle se mit à gazouiller son conte tout essoufflée.


Il était une fois un roi qui avait trois filles. La première avait un grand nez, la seconde avait de grandes oreilles, la troisième était couverte de taches de son. Toutes les trois réunies étaient très belles. La première savait compter jusqu'à un, la seconde comptait jusqu'à deux et la troisième jusqu'à trois. Toutes trois réunies, elles étaient très savantes. L'aînée boitait des deux jambes, la puînée était dure d'oreille et la cadette louchait. Mais, tout bien considéré, elles se portaient comme un charme. Très fier de ses filles, le roi en prenait grand soin, encore plus grand soin qu'il n'en portait à sa longue barbe. Il ne les laissait jamais sortir sans bonne garde et sans une pièce d'or pour qu'elles s'achètent des douceurs.

Un jour, les trois princesses allèrent en promenade. Confortablement installées dans leur carrosse d'or, elles se faisaient suivre par sept cent soixante-dix sept femmes de chambre, par sept cent soixante-dix sept cuisiniers et cuisinières et, pour arrondir le compte, par un petit homme chétif qui finissait les plats. Le petit homme, qui s'appelait Jeannot, avait deux bosses, l'une devant, l'autre derrière. En chemin, il faisait des cabrioles, chantait des chansons espiègles, mélangeait les histoires tout en les racontant, et tout cela pour distraire les princesses. D'ailleurs, les filles du roi riaient de bon cœur. La plus jeune lui faisait un pied de nez, louchant sur lui, tantôt d'un œil, tantôt de l'autre. Elle trouvait Jeannot à son goût et se serait bien fiancée avec lui.

Soudain, un géant surgit devant le convoi. Sa grosse tête, qui disparaissait dans les nuages, était coiffée d'une tour de pierre en guise de chapeau. Il chassait les mouches de son visage en s'éventant avec un énorme pin et étanchait sa soif en buvant directement l'eau des nuages de pluie.

En l'apercevant, les sept cent soixante-dix sept preux chevaliers brandirent leurs épées d'or, préparèrent leurs lances d'argent leurs sept cent soixante-dix sept bouches criant d'une seule voix.

"Ôte-toi du chemin des filles du roi, grosse brute ! Ôte-toi vite de là, sinon il t'en coûtera ! "

Après cet avertissement, ils se mirent à piquer et à tailler les pieds de l'ogre qui se couvrirent rapidement de cloques et d'écorchures. Ennuyé, le géant piétina sur place, faisant sortir les rivières de leur lit. "Saperlipopette ! J'ai encore mis les pieds dans une fourmilière ! " se plaignit-il, et il éternua, déclenchant un terrible tourmente sur tout le pays. La tornade dispersa le cortège royal dans tous les coins du monde, seul le lourd carrosse en or tint bon. Bien enfermées à l'intérieur, les princesses plaquaient leurs jupes sur leurs genoux pour les empêcher de s'envoler par-dessus leur tête, et grognaient, mécontentes de leur situation.

"Il fallait que le vent se lève justement aujourd'hui", déplorèrent-elles. "Nous serons toutes décoiffées."

Le géant remarqua que quelque chose brillait à ses pieds. Il se baisa et ramassa le carrosse d'or, le soulevant jusqu'au nuages.

"Tiens, tiens ! " se réjouit-il en découvrant les trois princesses. "Quelles jolies poupées ! Je vais bien jouer avec elles." Pour empêcher que le carrosse avec les princesses ne lui échappât des doigts, il le mit sous son chapeau. Ainsi, les filles du roi se retrouvèrent-elles enfermées dans la tour de pierre.

Vous voulez savoir la suite ? Eh bien, écoutez : le vent emporta tous les chevaliers et toutes les femmes de chambre comme les aigrettes du pissenlit. Ils ne retrouvèrent jamais le chemin du retour et continuent à errer aujourd'hui encore de par le monde. Seul notre cher Jeannot se retrouva directement au château.

"Comment vont mes fillettes, mes petites princesses ? " voulut savoir le roi. Il s'arracha jusqu'au dernier poil de sa précieuse barbe en apprenant le malheur qui avait frappé ses filles. Il fit aussitôt annoncer dans le monde entier qu'il donnerait son royaume et la main des trois princesses à celui qui réussirait à les délivrer.

"Cela ferait bien mon affaire", pensa Jeannot le Bossu. Il prévint sans tarder sa mère qu'il irait chez le géant délivrer les filles du roi.

"Emporte avec toi une corde et un seau", lui conseilla cette femme avisée. "Bois l'eau de tous les puits que tu trouveras sur ton chemin, mais ne touche pas à la nourriture, ou tu perdras toute ta force."

Jeannot promit de suivre les conseils de sa mère et se mit en route. Il marchait au gré de sa fantaisie et, quand il se sentait recru de fatigue, il prenait un peu d'eau dans le puits le plus proche, retrouvant aussitôt toutes ses forces. Un jour, à force de marcher de puits en puits, le nœud de sa corde se défit et son seau tomba au fond de l'eau. Jeannot dut descendre dans le puits pour récupérer son bien. Il y trouva un petit galet qui scintillait dans l'obscurité.

"bonjour, Jeannot", dit le galet. "Que fais-tu ici ? " Le jeune homme bossu lui raconta qu'il cherchait le géant, geôlier des trois princesses. Il profita pour lui demander s'il ne savait pas où habitait ce géant.

"Depuis mille ans, je repose au fond de ce puits, mais je n'ai jamais entendu parler du château de ce géant En revanche, je sais où se trouve son jardin. Il te faudra descendre tout au fond d'un puits très profond que tu reconnaîtras au parfum enivrant qui s'en dégage. Je ne t'en dirai pas plus. Je suis un galet magique. Si je parle une fois tous les mille ans, je dois me taire pendant les mille ans suivants."

Jeannot remercia le galet et remonta avec le seau sur la margelle pou reprendre ses pérégrinations de puits en puits. Enfin, il en trouva un qui embaumait à plusieurs lieues à la ronde. Il descendit au fond et, miracle ! Un merveilleux jardin fleuri s'étendait devant ses yeux. Au milieu d'un parterre, poussaient trois modestes résédas. C'étaient eux qui, précisément, sentaient si bon. Lorsque Jeannot se pencha pour humer leur parfum, l'une des fleurs se mit à parler : "Sois le bienvenu, Jeannot, dans le jardin enchanté du géant. Nous sommes des fleurs magiques, nous fleurissons une fois tous les cent ans. Nous exauçons à tour de rôle un vœu pour qui vient sentir notre parfum. Demande-nous ce que tu désires."

Jeannot cueillit les trois résédas et demanda au premier de le porter en catimini dans le château du géant.

"C'est facile", répondit la fleur. "Le palais du géant se trouve au fond du puits le plus profond du monde. Seul, tu ne le trouveras jamais, mais avec mon aide, nous y serons en un tournemain." Et, en effet, le temps de dire ouf ! et Jeannot se retrouva au milieu d'une salle d'or. trois princesses tourmentées balayaient le sol avec des balais de fer. La première avait un grand nez, la seconde avait de grandes oreilles, la troisième était couverte de taches de son. Les trois réunies étaient fort belles. Les princesses reconnurent aussitôt leur Jeannot. Elles lui sautèrent au cou et le couvrirent de baisers. Rouge de confusion, Jeannot sentit le sol trembler sous ses pieds, venant gâcher la joie des retrouvailles. Sauve qui peut ! Le géant revenait chez lui ! Le jeune homme bossu sentit rapidement la seconde fleur et lui demanda de le sortir, ainsi que les princesses, du profond puis où ils étaient enfermés. En un clin d’œil, ils se retrouvèrent sur la margelle. Sans attendre la suite des événements, le jeune homme installa deux princesses sur la bosse de son dos, et la troisième, celle qui lui plaisait le plus, sur la bosse de sa poitrine, et se mit à courir comme s'il avait le feu aux talons. Le géant ne perdit pas de temps non plus. Après avoir constaté la fuite de ses prisonnières, il sauta dans ses bottes de sept lieues et se mit à poursuivre les fugitifs par monts et par vaux, les rivières sortant de leurs lits à son passage. En peu de temps, Jeannot l'eut à ses trousses. Lorsque le géant tendit la main pour l'attraper, le bossu se souvint du troisième réséda. Il le sentit et souhaita que la fleur magique le transformât, pour quelque temps, en meunier, et les trois princesses en roue de moulin. A peine eut-il formulé son vœu que celui-ci fut exaucé. Le géant se pencha vers lui et grogna : "Écoute, meunier, n'as-tu pas croisé trois princesses ? La première a un grand nez, la seconde a de grandes oreilles et la troisième est couverte de taches de son. Ensemble, elles sont très belles."

"Bien sur que si", répondit le brave Jeannot. "Vois-tu cette vieille roue de moulin ? Elles se sont glissées en dessous comme des petites souris."

Le stupide géant souleva la grosse pierre et passa sa tête en dessous. Le jeune homme n'attendit que cela pour sauter à pieds joints sur la meule, pour écraser la tête du monstre. Hélas, il n'y parvint pas ! Le géant ne fait que soupirer :

"Que se passe-t-il ? On dirait qu'une pomme de pin m'est tombée sur la tête."

Le pauvre Jeannot ne sut que faire. Heureusement, un chien surgit, poursuivant un chat errant.

"Attends-moi, ne te sauve pas", aboya-t-il. Mais le chat ne l'attendit pas. Hop ! Il se réfugia d'un bond sur la tête du jeune homme bossu. Le chien sauta sur la meule et attrapa Jeannot par le bas du pantalon.

"Que m'arrive-t-il ? " s'étonna le géant. "On dirait que mon chapeau me serre aujourd'hui." Et il continua à chercher sous la meule comme si de rien n'était.

Jeannot se trouva en bien mauvaise posture. Heureusement, e poursuivant le chat, le chien fit tomber de ses poils une toute jeune puce.

"Attends-moi, ne te sauve pas ! " cria la puce. Elle prit son élan et hop ! Elle retomba sur la queue de chien.

Ne pouvant plus supporter ce terrible poids, la tête du géant éclata comme une noisette. Vous pensez bien que Jeannot était heureux ! En peu de temps la meule se transforma en princesses. Curieusement, elles perdirent qui son grand nez, qui ses grandes oreilles, qui ses taches de son, dans cette aventure. Toutes les trois réunies, elles étaient encore plus belles qu'auparavant lorsqu'elles remercièrent Jeannot avec effusion. Quant à ce dernier, vous pouvez ne pas me croire, ses bosses disparurent comme par enchantement. Ils se prirent tous par la main et retournèrent au château du roi. Bien entendu, le vieux roi ut transporté de joie.

"Voici le sceptre de la couronne, " dit-il à Jeannot, "et, en plus, tu as le droit de choisir l'une de mes filles. "C'était facile à dire, mais comment choisir, si les princesses n'avaient plus qui son grand nez, qui ses grandes oreilles, qui ses taches de son ! Comme le jeune homme n'arriva pas à se décider, le roi les lui donna toutes les trois. Pauvre Jeannot !"

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Littérature :


La Rose et le Réséda

À Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru

Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Tous deux adoraient la belle Prisonnière des soldats Lequel montait à l'échelle Et lequel guettait en bas Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas


Qu'importe comment s'appelle Cette clarté sur leur pas Que l'un fût de la chapelle Et l'autre s'y dérobât Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas

Tous les deux étaient fidèles Des lèvres du cœur des bras

Et tous les deux disaient qu'elle Vive et qui vivra verra Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Quand les blés sont sous la grêle Fou qui fait le délicat Fou qui songe à ses querelles

Au cœur du commun combat

Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Du haut de la citadelle La sentinelle tira Par deux fois et l'un chancelle L'autre tombe qui mourra Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Ils sont en prison Lequel A le plus triste grabat Lequel plus que l'autre gèle Lequel préfère les rats Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Un rebelle est un rebelle Nos sanglots font un seul glas Et quand vient l'aube cruelle Passent de vie à trépas Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Répétant le nom de celle Qu'aucun des deux ne trompa Et leur sang rouge ruisselle Même couleur même éclat Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Il coule il coule il se mêle A la terre qu'il aima Pour qu'à la saison nouvelle Mûrisse un raisin muscat Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas L'un court et l'autre a des ailes De Bretagne ou du Jura Et framboise ou mirabelle Le grillon rechantera Dites flûte ou violoncelle Le double amour qui brûla L'alouette et l'hirondelle La rose et le réséda.


Louis Aragon, « La Rose et le Réséda », mars 1943 ; Repris dans La Diane française, Paris, © Éditions Seghers, 1944.

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Le Réséda


— Où résida le réséda ?

Résida-t-il au Canada ?

Dans les campagnes de Juda ?

Ou sur les flancs du Mont Ida ?

— Pour l’instant, sur la véranda

Se trouve bien le réséda.

Oui-da !


Robert Desnos, "Le Réséda" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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