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  • Anne

La Betterave



Étymologie :

  • BETTERAVE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1600 bot. (O. de Serres, 530 dans Littré : Une espece de pastenades est la bette-rave, laquelle nous est venue d'Italie n'a pas longtemps. C'est une racine fort rouge, assez grosse, dont les fueilles sont des bettes, et tout cela bon à manger). Composé de bette* et de rave*.


Lire également la définition du nom betterave pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :


Selon Jean-Marie Pelt, auteur d'un ouvrage intitulé Des Légumes (Éditions Fayard, 1993) :


La bette et la betterave

Ces deux légumes, si différents d'un point de vue morphologique, sont pourtant très apparentés d'un point de vue botanique. L'un et l'autre viennent en effet d'une souche commune ; la bette maritime, espèce spontanée des bords de l'océan Atlantique et de la Méditerranée. De la culture de la bette ont dérivé deux plantes, l'une aux feuilles généreuses et à la racine pudique - la bette, précisément -, l'autre au feuillage plus modeste mais à la racine puissamment renflée et charnue - la betterave potagère. L'une et l'autre étaient déjà connues des Grecs et des Romains. Ne voit-on pas Cicéron raconter dans une lettre à son ami Gallus les coliques qu'il endura dis jours durant après avoir mangé un ragoût de bettes et de mauves : « La diarrhée m'a pris si bien que je commence aujourd'hui seulement à en espérer la fin. Ainsi, moi à qui il en coûte si peu de m'abstenir d'huîtres et de murènes, me voilà sottement pincé par des bettes et de la mauve ! » Les Romains des classes pauvres faisaient grand usage des soupes de bettes. Mais, selon Pline, les médecins considéraient la bette comme de qualité très inférieure au chou.

Au Moyen Âge, la bette était l'ingrédient principal de la plus populaire des soupes : la porée, ce qui lui valut d'ailleurs le nom de poirée. Avant la création des Halles de Paris, le premier marché aux légumes de la capitale se déroulait rue du Marché-à-la-Poirée. Poirée prit ensuite le sens plus général de légume vert.

Mais la betterave fournit également ses grosses racines tubéreuses avec des variétés à chair jaune et des variétés à chair rouge. Ces dernières doivent leur forte pigmentation à des pigments azotés caractéristiques de l'ordre botanique des centrospermales et de lui seul, auquel les chénopodiacées, famille de la betterave, appartiennent. Cette betterave rouge est une variété de betterave potagère. Mais il existe aussi les betteraves fourragères et les betteraves sucrières.

En effet, les racines de betterave contiennent du saccharose, que le chimiste Marggraf identifia en 1757 au sucre extrait de la canne à sucre. Le sucre figurait au Moyen Âge sur la liste des épices. Les Arabes avaient effectué des plantations de cannes en Tripolitaine, l'actuelle Lybie, et c'est là que les croisés virent pour la première fois de telles plantations. Ils baptisèrent « sel blanc » le sucre qu'ils voyaient cristalliser dans les vases où les solutions sucrées étaient mises à évaporer. Le sucre était rare et cher ; le miel, abondant et bon marché, était la matière sucrante couramment utilisée depuis l'Antiquité. Il fallut beaucoup de temps pour que le sucre se substituât au miel dans les pâtisseries et autres usages.

A la veille de la Révolution, la France était devenue, grâce à ses colonies des Antilles, la première productrice de sucre en Europe, remplaçant en cela la Venise du Moyen Âge. Mais dans sa lutte contre l'hégémonie napoléonienne, le 16 mai 1806, l'Angleterre déclara le blocus des côtes européennes, interdisant les ports français notamment aux navires sucriers. La France répliqua en décidant à son tour le boycott des marchandises anglaises : ce fut le Blocus continental, décrété le 21 novembre 1806. Ce qui n'empêcha pas le sucre anglais d'arriver clandestinement sur le territoire français, ce qui n'empêcha pas non plus des navires français de déjouer le blocus anglais. Bref, une certaine 'porosité" subsistait dans les échanges.

Mais, en 1810, Napoléon renforce le Blocus continental ; il ferme tous les ports d'Europe aux produits britanniques, espérant ainsi ruiner l'Angleterre et la contraindre à capituler. L'Europe commence alors à manquer de sucre et l'Empereur invite les savants français à trouver un sucre de remplacement. On s'intéresse alors au sucre de betterave, mais l'Académie des sciences, si souvent prompte à se tromper, donne un avis tout à fait défavorable à ce sujet.

Devant le spectre de la pénurie, l'Empereur change de stratégie et décide d'acheter à l'Angleterre le sucre dont la France et l'Europe ont besoin, quitte à revendre avec des substantiels bénéfices aux États européens le surplus de nos importations britanniques. Bien entendu, les nations européennes renâclent à se retrouver ainsi taillables et corvéables à merci.

Aimant avoir toujours deux fers au feu, l'Empereur encourage simultanément les cultures de betterave, affectant 42 000 hectares à cet effet. Le 2 janvier 1812, le ministre Benjamin de Leysser, aidé du pharmacien Deyeux, a réussi à épurer le sucre de betterave. Napoléon se rend sur-le-champ à la fabrique de Passy ; il est enthousiasmé par ce qu'il y voit : les premiers pains de sucre de betterave. Il ôte sa croix de la Légion d'honneur et en décore de Leysser. Aussitôt, cinq écoles de chimie sucrière sont fondées.

Vint l'effondrement de l'Empire. L'invasion brutale du sucre de canne transforma aussitôt le sucre de betterave en un ersatz censé être balayé par le retour de la paix. Mais le gouvernement de la Restauration fit front et décida de soutenir l'industrie sucrière française, malgré les fortes pressions de sucriers antillais. Ce qui n'empêcha pas Lamartine, en 1843, de se faire devant la Chambre des députés le défenseur d'un projet de loi visant à interdire absolument la fabrication du sucre de betterave. Ce projet fut repoussé à 4 voix de majorité. Le gouvernement devait dès lors lutter sur deux fronts, s'efforçant d'égaliser les droits de douane sur le sucre de canne et les taxes intérieures sur son concurrent, le sucre de betterave. En bonnes gens du Nord qu'ils étaient, les betteraviers ne cessèrent d'améliorer leur rendement et leur raffinage, de sorte qu'à la fin du XIXe siècle le sucre de betterave l'emportait sur le sucre de canne par une victoire de 3 à 2, les betteraves produisant les 3/5 de la consommation mondiale en 1890. En quatre-vingts ans, elles s'étaient imposées sur le marché du sucre.

Les champs de betteraves les plus productifs, avec un rendement fabuleux de 10 tonnes de saccharose à l'hectare, soir 1 kg au m², battent un double record : celui de la production de saccharose à l'hectare et celui du rendement photosynthétique. La photosynthèse réalise ici ses résultats les plus performants, aucun milieu naturel n'atteignant une telle productivité.

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Symbolisme :


Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


La betterave est vouée à l'amour : "Si un homme et une femme légèrement plus âgée que lui mangent ensemble d'une même betterave, en se regardant dans les yeux, ils éprouveront une violente passion l'un pour l'autre".

En outre, c'est son jus qui sert souvent d'encre dans les pactes d'envoûtement d'amour.

Une betterave placée dans un verre de cristal à moitié rempli d'eau, sa partie supérieure laissée à l'air libre, devient un talisman à condition d'invoquer le nom de "Sheva" en formulant un vœu. Il se réalisera si la plante, laissée dans le "coin d'une pièce entre l'ombre et la lumière", se met à bourgeonner.

Lorsque les feuilles de betterave montrent leur envers, disent les Belges, elles annoncent la pluie; Pour qu'elles soient très belles, les planter le jour de la Saint-Jean (24 juin), selon un précepte breton.

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Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


La sphère psychique de la Betterave Rouge absorbe tout ce dont elle a besoin pour se maintenir debout, pour rester en vie, pour entretenir sa robustesse et sa vigueur sans ressentir le moindre manque. Elle montre à l'être humain comment bien prendre soin de soi et retenir en soi les substances alimentaires dont il a besoin pour se sentir sain et fort. C'est aussi psychiquement qu'elle incite l'être humain à faire en sorte qu'il ne manque de rien. Elle l'exhorte à remédier immédiatement à toute insuffisance, à combler toute lacune en lui, non pas en se remplissant avec des choses ou des personnes extérieures à lui mais en se donnant l'assurance, l'amour, l'attention, l'alimentation... bref, tout ce qu'il lui faut, à proprement parler, pour se sentir bien - sans que ce la entraîne une dépendance d'autrui.

Celui qui aime la Betterave Rouge s'avachit parfois, il croit insuffisamment en le sens de son Être, en la valeur de son JE. Il doute de lui-même, de la valeur de son JE. Il ne compte pas assez sur sa force intérieure parce qu'il se relie insuffisamment à sa source intérieure de forces : il ne croit pas vraiment en le Noyau incommensurablement puissant de son Être. Il cherche trop à se reposer sur les forces en dehors de lui ; il se maintient en vie en s’administrant, par exemple, des aliments complémentaires sous forme de vitamines u de tisanes, etc. Ce faisant, il ne se rend pas compte qu'une force bien plus grande est produite à l'intérieur de lui, que l'approvisionnement en substances alimentaires s'opère de dedans... pour peu qu'il bâtisse sa vie sur sa Source intérieure, dans la foi ! Il apprendra à se mettre en résonance avec cette source de vie intérieure pour s'y nourrir en premier lieu. Il ne devra consommer que les aliments dont il a réellement "envie" puisque cette "envie de" est précisément la traduction de son Moi profond !

A suivre

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Contes et légendes :






















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Littérature :


Dans son recueil intitulé 188 contes à régler (Éditions Denoël, 1988), Jacques Sternberg propose des micro-nouvelles souvent empreinte d'humour noir :

L'immersion


Toujours plus audacieux, toujours plus profond, plus vite, plus loin ou plus haut, c'était depuis longtemps la devise sacrée du siècle, surtout celle du monde de l'exploit.

C'est ainsi qu'en 1998 un, bathyscaphe immergé dans une fosse abyssale de l'océan Pacifique revint à la surface dans un champ de betteraves des Flandres.

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Dans L'Homme à l'envers (Éditions Viviane Hamy, 1999), Fred Vargas, le lecteur est surpris de voir apparaître un olivier, suivi d'une betterave, dans l'environnement montagneux du Mercantour et des Alpes, tout autant que certains personnages :

"- Bon, dit Camille, pensive. Je ne voyais pas le Mercantour comme ça.

- Tu le voyais comment ?

- Je voyais quelque chose de chaud et de modérément montagneux. Avec des oliviers. un truc comme ça.

- Eh bien c'est froid et exagérément montagneux. Il y a des mélèzes, et quand c'est trop haut pour subsister, il n'y a plus rien du tout, que nous trois, avec le camion.

- C'est gai, dit Camille.

- Tu ne sais pas que les oliviers s'arrêtent à six cents mètres ?

- A six cents mètres de quoi ?

- D'altitude, bon sang. Les oliviers s'arrêtent à six cents mètres, tout le monde sait cela.

- Dans les régions d'où je viens, il n'y a pas d'oliviers.

- Ouais. Vous bouffez quoi, alors ? - Des betteraves. C'est courageux la betterave. Ça ne s'arrête pas, ça fait le tour du monde.

- Si tu plantes ta betterave en haut du Mercantour, eh bien, elle crèvera.

- Bon. Ce n'est pas ce que je voulais faire, de toute façon. Combien de kilomètres pour atteindre ce foutu col ?"

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