Le Campagnol

Dernière mise à jour : 13 août
Étymologie :
CAMPAGNOL, subst. masc.
Étymol. et Hist. 1758 (Buffon, Histoire naturelle, VII, p. 369 d'apr. Arveiller ds R. Ling. rom., t. 28, 1964, pp. 315-317). Adaptation par Buffon, de l'adj. ital. campagnoli, plur. « (d'un rat) qui vit à la campagne » (1637, Aldrovandi, De Quadrupedibus digitalis viviparis libri tres ..., Bononiae, p. 436 : [Mures] qui sylvestrem et rusticam ducunt vitam [...] ab Italis campagnoli nuncupantur), mot présenté à tort par les naturalistes J.-Th. Klein en 1751 et M.-J. Brisson en 1756 (Le Règne animal, pp. 175-176 : Le petit rat des champs [...] Les Italiens l'appellent Campagnoli) sources de Buffon, comme le nom ital. du rat des champs (d'apr. R. Arveiller, loc. cit.) ; l'adj. ital. campagnoli est dér. de campagna, v. campagne et champagne « plaine ».
Lire également la définition du nom campagnol afin d'amorcer la réflexion symbolique.
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Symbolisme :
Romain Dureau, auteur d'un article intitulé "Le syndrome du campagnol : l’agriculture crée-t-elle ses propres fragilités ?" (In : Revue d’Auvergne, mai 2023, pp. 223-240) établit un lien entre le campagnol et notre façon de penser notre avenir sur terre :
"Comme Beck (1992), nous constatons que la modernisation (ici, agricole) a généré certes plus de richesses (par l’augmentation de la productivité agricole) mais également de nouveaux risques (comme les pullulations de campagnols terrestres, la biorésistance et le dérèglement climatique), qui sont des « effets induits secondaires ». Le « syndrome du campagnol », objet de notre discussion, est celui d’une agriculture qui se rend non seulement plus vulnérable face aux risques, mais qui tend également à créer ses propres risques. Ce nouveau contexte d’incertitude radicale doit conduire à repenser l’analyse économique des risques.
1- Le « syndrome du campagnol » : Les pullulations de campagnols sont le syndrome des limites et des vulnérabilités du développement agricole de l’après-guerre. Elles sont le symbole de systèmes agricoles qui, au lieu de parvenir à rationaliser les espaces agricoles pour en optimiser la productivité (de la terre comme du travail), sont devenues plus exposés et plus vulnérables à des risques endogènes à ces choix productifs : « la production sociale de richesses est systématiquement corrélée à la production sociale de risques », comme le décrit Beck. L’objectivation et la proposition de perspectives d’action se heurtent aux crises du court terme. La pression est grande pour la recherche et les pouvoirs publics de proposer des solutions à même de répondre aux demandes légitimes des éleveurs : éliminer/réguler les ravageurs ou compenser les dommages.
Toutefois, il nous semble que ces deux approches, la lutte directe et la compensation des dommages, reposent sur une analyse partielle des caractéristiques du risque de pullulation, si bien que l’une et l’autre sont aujourd’hui compromises. Cause de dommages trop intenses pour être absorbés en l’état, phénomène trop fréquent et systémique pour être aisément mutualisable, la gestion des pullulations n’est pas une question simple à résoudre avec les outils classiques de gestion des ravageurs (pesticides) ou de l’économie du risque (assurance). La littérature générale sur la gestion des ravageurs (Barzman et al., 2015) comme celle plus spécifique sur la gestion des campagnols terrestres insistent sur l’importance d’intervenir non pas uniquement sur l’agent biologique lui-même, mais sur les causes de son développement (concept de lutte intégrée). Dans le cas des pullulations de campagnols, l’origine du phénomène est bien renseignée dans la littérature : les pullulations sont la conséquence de la spécialisation massive de certains territoires de moyenne montagne vers la production herbagère (Fichet-Calvet et al., 2000) et de la simplification des infrastructures agroécologiques et des paysages (Berthier et al., 2014).
Il serait ainsi utile d’insister en premier lieu sur la mobilisation des leviers de gestion qui permettrait, en agissant sur les causes, de réduire la fréquence et l’intensité des pullulations : cela passe d’abord par la diversification des assolements, en réintroduisant des cultures annuelles dans les territoires aujourd’hui dominés par les prairies permanentes, puis par la mise en place et l’entretien d’infrastructures agroécologiques. Cependant, cette dynamique agroécologique de diversification s’inscrirait en contre du développement agricole depuis plus de 70 ans, et ne peut être mise en œuvre par les éleveurs isolément, car ceux-ci devront composer avec de multiples contraintes spécifiques à leurs exploitations (Dobremez et al., 2008). L’objectif de cette diversification est, d’une part, de réduire l’intensité et la fréquence des pullulations en réduisant la part de prairies permanentes, et d’autre part, de repenser la flexibilité des systèmes fourragers face à d’autres risques qui tendent à devenir courant, tels que les épisodes de sécheresse."
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Croyances populaires :
Un article (1927) de Georges Dubosc sur les pratiques rituelles concernant le campagnol en Normandie.
Littérature :
Dans L'Homme à l'envers (Éditions Viviane Hamy, 1999), Fred Vargas attire l'attention du lecteur sur Camille, l'amoureuse d'Adamsberg. Celle-ci écrit des musiques pour des feuilletons sentimentaux en même temps qu'elle est plombière itinérante.
"La meilleure astuce qu'elle avait trouvée pour parvenir à composer une bonne musique sentimentale tout en les oubliant consistait à remplacer le baron et la professeur par un papa campagnol et une maman campagnol, comme dans ses livres d'enfant quand elle croyait encore à l'amour. Elle fermait les yeux, appelait à elle l'image du papa campagnol, fort et fier dans sa salopette de campagne, avec les deux petits campagnols qui apprenaient le grec en bondissant, couvant des yeux la maman campagnol en blouse rouge. Et ça marchait bien mieux ainsi. Suspense, tension, disparitions inexpliquées des campagnols, émotions des retrouvailles. Jusqu'ici, les producteurs s'étaient déclarés très satisfaits des bandes qu'elle leur avait adressées. Ça collait au thème, ils avaient dit.
Depuis la mort de Suzanne, cela devenait une véritable épreuve que de s'occuper de cette famille de campagnols qui n'avait de cesse de s'emmerder l'existence pour des broutilles.
[...]
Mais quoi qu'il arrive à présent, c'était l'impuissance. Massart était sur les routes, les gendarmes cherchaient sa dépouille sur le mont Vence, Lawrence était reparti dans le Mercantour et elle, Camille, retrouvait son face à face avec le quatuor de campagnols émotifs."
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Martin Cruz Smith, auteur de Chiens et loups (Éditions Titanic Productions, 2004 ; traduction française Robert Laffont, 2006) raconte comment la faune et la flore vivent à nouveau dans la zone sinistrée de Tchernobyl :
"Arkady se prit à mieux respirer quand les pins rouges cédèrent la place à des frênes et à des bouleaux. Alex s'arrêta au pied d'un arbre et repoussa de hautes herbes pour révéler un tunnel. Il aboutissait à une cage occupée, sembla-t-il à Arkady, par des mulots qui se tortillaient.
- Clethrionomys glareolus, cita Alex. Des campagnols, à moins qu'il ne s'agisse de super-campagnols. Le taux de mutation parmi nos petits amis s'est accéléré trente fois. L'année prochaine, ils feront peut-être des opérations d'arithmétique. Ce taux de mutation exceptionnel s'explique en partie par le fait qu'ils se reproduisent très vite. Or les radiations affectent beaucoup plus les organismes en cours de développement que ceux ayant atteint le stade adulte. Les radiations affectent un cocon, pas un papillon.
Alex sortit un campagnol de la cage en le saisissant par la queue.
- La question est de savoir comment les radiations affectent ce gaillard. La réponse est : il se fiche des particules radioactives. Il a peur des chouettes, des renards, des faucons. Il s'inquiète de trouver de la nourriture et un nid bien chaud. Il estime que les radiations constituent, et de loin, le facteur le moins important dans sa survie, et il a raison."
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