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  • Anne

Le Tramète rouge cinabre



Étymologie :

  • POLYPORE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1790 (J.-J. Paulet, Traité des champignons, I, 512 ds R. Ling. rom. t. 42, p. 452). Empr. au lat. sc. mod. polyporus «id.» 1729 (P. A. Micheli, Nova Plantarum Genera, 129 d'apr. NED Suppl.2), formé de l'élém. gr. π ο λ υ-, de π ο λ υ ́ ς « nombreux » et du gr. π ο ́ ρ ο ς « pore, passage ».

  • CINABRE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. xiiie s. cenobre « sulfure rouge de mercure » (Remedes anciens, B.N. 2039, f°6 ds Gdf. Compl.), forme isolée ; 1394 sinabre (Inventaire de meubles de la mairie de Dijon, 5 févr., Archives de la Côte-d'Or, ibid.) ; 2. 1552 « couleur rouge » (Ronsard, Amours de 1552, p. 64 ds IGLF : de son teint le cinabre vermeil) ; graphie concurrente cinnabre par réfection étymol. dep. 1606 (Nicot), mais plus rare. Empr. au lat. impérial cinnabaris « cinabre », lui-même empr. au gr. κ ι ν ν α ́ ϐ α ρ ι « cinabre, sang de dragon, sorte de teinture ; plante tinctoriale, garance », mot d'orig. orientale, prob. persane.


Autres noms : Pycnoporus cinnabarinus ; Polypore rouge cinabre ; Polypore cinabarin ; Pycnopore cinabre ;

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Mycologie :


D'après Jean-Baptiste de Panafieu, auteur de Champignons (collection Terra curiosa, Éditions Plume de carottes, 2013), le tramète rouge cinabre peut être considéré comme un "parasite utile".


Recyclage : Malgré son engageante teinte rouge orangé, le tramète rouge cinabre est non seulement un champignon immangeable, mais aussi un redoutable parasite des arbres. Son mycélium, aussi coloré que le chapeau, envahit peu à peu son hôte, hêtre, bouleau ou arbre fruitier, et finit par le tuer. Mais cette activité destructrice est justement l'une des raisons pour lesquelles les chercheurs s'intéressent particulièrement à lui. En effet, il trouve sa nourriture en dégradant la cellulose et la lignine des arbres, deux molécules que peu d'organismes sont capables de digérer, et les transforme en éthanol, un alcool utilisable par l'industrie ou par les transports. A partir d'une tonne de paille de blé, il pourrait fournir 235 litres d'éthanol ! Ce champignon est ainsi l'un des organismes susceptibles de produire des agrocarburants dits de deuxième génération, ceux qui ne consomment pas les mêmes matières premières que les humains, huile ou céréales, mas des sous-produits de l'agriculture. Aujourd'hui cependant, le rendement de la dégradation du bois reste trop faible pour être réellement intéressant. Ses qualités digestives sont aussi mises en œuvre dans d'autres domaines tels que le recyclage des effluents industriels toxiques ou le blanchiment de la pulpe de papier. Les chercheurs testent également une autre voie, le transfert des gènes du tramète à des levures ou à des moisissures, organismes plus faciles à cultiver.


Mauvais esprits : Cette espèce est présente dans le monde entier. Les Pygmées Aka de Centrafrique portent un collier de morceaux de tramète séché pour soigner la toux. Les Monzombo, qui vivent aussi en Centrafrique, s'en servent d'une tout autre façon, pour écarter les mauvais esprits des personnes décédées. La cinnabarine, l'un des pigments orange produits par le tramète, aurait une activité antimicrobienne et antitumorale.


Mycovanille : Le tramète dégrade mais il eut aussi produire ! La description d'un mycologue lui attribuait autrefois "une odeur agréable de champignon unie à celle de violette ou de racine d'Iris de Florence, odeur très diffusible qu'il conserve, quoique affaiblie, lorsqu'il est entièrement desséché". Bien qu'il ne sente aucunement la vanille c'est pourtant cet arôme qu'il pourrait fournir ! En effet, la vanilline naturelle des gousses de vanille couvre moins de 1% de la demande : il s'agit d'un des arômes les plus utilisés au monde. La vanilline de synthèse est beaucoup moins coûteuse, mais les consommateurs préfèrent les arômes produits "naturellement" par des plantes. Plusieurs voies biotechnologiques permettent ainsi d'obtenir de la vanilline avec l'aide de bactéries ou de champignons; ) partir d'huile de girofle ou bien de matière premières abondantes comme le lignine du bois. Le tramète rouge cinabre s'est révélé particulièrement efficace pour produire de la vanilline à partir de son maïs ou de pulpe de betterave. Selon son milieu de culture, il peut aussi produire un parfum d'amande amère, de fraise des bois ou de fleur d'oranger (à partir d'huile de ricin, par exemple). Glace vanille-fraise ou glace au champignon ?

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Vertus médicinales :


Selon Philippe Plourde, auteur de Valorisation des champignons forestiers nordiques par l’étude de leur activité biologique pour des applications pharmaceutiques et cosméceutiques. (Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Chicoutimi, 2016) :


Ce champignon posséderait plusieurs propriétés pharmacologiques et cosméceutiques. Une étude portant sur des extraits d’acétone et acétate d’éthyle a pu révéler la présence d’activités antitumorale, antivirale contre l’herpès et la polio, antioxydante et anti-inflammatoire (Dias et Urban 2009). Les conclusions de cette étude attribuent la présence de l’activité antitumorale détectée à la cinnabarine, un des pigments retrouvés chez P. cinnabarinus, et au peroxyde d’ergostérol, un dérivé de l’ergostérol qui est le principal stérol retrouvé dans la composition de la membrane cellulaire fongique (Zheng et al. 2013). Mis à part la découverte de ces propriétés bioactives, P. cinnabarinus a principalement été étudié pour les mécanismes biochimiques des laccases contenues chez cette espèce. Les laccases présentent un intérêt particulier dans la production de pâtes et papier par leur capacité à délignifier la matière végétale (Andreu et Vidal 2013).

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Thomas Bouzigues, dans une thèse intitulée Bush Medicine (Plantes et Champignons aborigènes) : La redécouverte des usages des Pycnoporus sp. (Université de Montpellier, 2017) distingue les vertus des différents pycnopores :


Parmi les quatre espèces de Pycnoporus réparties autour du globe, seules Pycnoporus coccineus et Pycnoporus sanguineus, les deux espèces retrouvées sur le sol australien, présentent des propriétés thérapeutiques. De ce fait, on ne les retrouve que dans les soins traditionnels aborigènes australiens.




Usages traditionnels :


Jean-Pierre Navez et Jean-Marie Sénelart, auteurs d'un article intitulé "Teintures naturelles obtenues à l’aide de champignons." (paru sur le site de l'Association des Mycologues Francophones de Belgique, 2012)


Les champignons tinctoriaux sont des carpophores qui teignent, c’est-à-dire avec lesquels il est possible de communiquer aux diverses fibres textiles des couleurs durables. Les colorants ne possèdent pas tous la propriété de se fixer directement sur la laine ; dans ce cas, on a recours au mordançage de la fibre avec des sels métalliques. Pour ralentir l’hydrolyse des liaisons dues au soufre et aux sels et assurer une meilleure répartition des mordants sur la fibre, on ajoute au bain de mordançage des acides organiques, comme l’acide citrique, oxalique, la crème de tartre, le vinaigre, etc..., qui sont des adjuvants.

[...]

Principes tinctoriaux des champignons : [...] Dérivés de la phénoxazone : la cinnabarine et l’acide cinnabarique sont des pigments rouge foncé présents dans Pycnoporus cinnabarinus (identique à l’orseille et au tournesol extraits de lichens).

[...]

Pycnoporus cinnabarinus (Jacq. : Fr.) P. Karst.

Couleurs obtenues : fauve. Avec mordançage à l’alun : fauve ; à l’étain : roux ; au cuivre : brun rouge ; au fer : brun foncé.

Ecologie : saprophyte, il s'attaque dans les forêts montagneuses aux troncs morts, aux souches pourries ou carbonisées, au bois gisant, au chablis des arbres feuillus comme hêtres, pruniers, bouleaux, cerisiers, merisiers, frênes, chez lesquels, lentement, il provoque une pourriture fibreuse et blanche. A peu près cosmopolite.

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