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  • Anne

La Coulemelle


Étymologie :

  • COULEMELLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. [1560 columella lat. sc. (Bruyerinus, De re cibaria ds Roll. Flore t. 11, p. 147)] ; fin xvie s. columelle « variété d'agaric » (ds FEW t. 2, p. 932 a) ; 1638 id. (Sully, Œcon. roy., ch. XXII ds Gdf. Compl.) ; ca 1600 coulemelle « lépiote élevée » (ds FEW, loc. cit.). Du lat. class. columella « petite colonne » (dimin. de columna, v. colonne), prob. pour les formes du type coulemelle à travers un nouveau dér. *columnella, en raison de la forme du champignon.


Lire également la définition du nom coulemelle afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Lepiota procera ; Baguette-de-tambour ; Boutarot ; Brugairol ; Brugassou ; Bruguet ; Chevalier bagué ; Chic-à-la-bague ; Couamelle ; Couanelle ; Colemelle ; Coulevrée ; Couleuvrelle ; Coulmotte ; Cormelle ; Cul d'ours ; Escargoule ; Escumelle ; Goimelle ; Golmotte ; Gomelle ; Gouno ou Gonno ("la jupe") ; Lépiote élevée ; Morto-de-fred ("mort-de-froid") ; Nez-de-chat ; Ombrella ; Parasol ; Penchinade ou Pinchinado ("le peigné") ; Paturon ; Perdrix ; Pied-de-chevreau ; Potiron ; Potrelle ; Quioul-d'azé (soit cul-d'âne) ; Senmiceou ou Samiquel ("Saint-Michel") ; Scaroge ; Vertet.

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Mycologie :

D'après Jean-Baptiste de Panafieu, auteur de Champignons (collection Terra curiosa, Éditions Plume de carottes, 2013), la coulemelle peut être considérée comme "le parasol de la prairie".

Mort de froid : Dans le Périgord, dans les Landes ou à Toulouse, on appelait parfois la coulemelle morto-de-fred ou mort-de-froid, mais ce nom désignait plutôt la lépiote pudique, plus petite et plus claire.


Le champignon aux mille noms : La coulemelle est un excellent champignon, très facile à reconnaître et, pour ces deux raisons, consommé presque partout. On lui connaît des dizaines de noms différent avec toutes leurs variantes locales. Certains d'"entre eux sont évidents, comme parasol ou ombrella. D'autres s'expliquant assez facilement :

  • chevalier bagué ou chic-à-la-bague (Loire), pour l'anneau qui entoure son pied ;

  • baguette-de-tambour, pour son aspect jeune, lorsqu'elle n'est encore qu'un long pied surmonté d'un petit chapeau ovoïde ;

  • nez-de-chat, peut-être pour le mamelon brun et velouté qui orne le centre du chapeau et qui pourrait rappeler la truffe du félin ;

  • pinchinado ou penchinade (Languedoc, "le peigné") évoquent la régularité des lamelles, similaires aux dents d'un peigne ;

  • gouno ou gonno (Toulouse), la jupe en occitan, pour sa forme en cloche, avant que son chapeau ne soit complètement étalé ;

  • escargoule, du latin esca gulae, de la nourriture pour le osier, nom qu'elle partage avec le cèpe et la chanterelle ;

  • saint-Michel, senmiceou ou samiquel parce qu'elle pousse en automne, aux alentours du 29 septembre ;

  • brugairol (Agenais), brugassou (Hérault) ou bruguet lorsqu'on la trouve dans les bruyères ;

  • potiron, paturon ou potrelle parce qu'elle pousse en abondance dans les prés, les pâtures.

D'autres appellations sont plus énigmatiques : cul d'ours, quioul-d'azé (soit cul-d'âne, à Toulouse), pied-de-chevreau, perdrix, scaroge, vertet ou boutarot.


La petite colonne : Son nom le plus courant est coulemelle, dit aussi colemelle ou cormelle, attesté depuis le XVie siècle, dans les premières descriptions de champignons. Il a sans conteste une origine latine : columella, petite colonne. Le pied de la coulemelle a effectivement la forme d'une colonne haute et droite. Ce nom a donné les diminutifs coulmotte ou golmotte (Lorraine), ou encore gomelle ou goimelle. Ces derniers termes pourraient aussi être rapprochés de couamelle, couanelle ou escumelle, des noms qui semblent plutôt dériver de squamula, écaille en latin. En effet, le chapeau du champignon porte de nombreuses mèches pelucheuses, très caractéristiques. Ces écailles sont d'ailleurs à l'origine du nom scientifique du champignon, lépiote élevée, du grec lepion, petite écaille. Le pied porte lui aussi de petites écailles brun-gris, qui évoquent la peau de serpent, d'où les noms de coulevrée ou couleuvrelle.


Le géant : La coulemelle est le plus grand champignon européen. Elle peut atteindre 40 cm de haut, et son chapeau, 30 cm de diamètre.


Confusions : La coulemelle a été parfois accusée de provoquer "des spasmes convulsifs et un délire furieux accompagné de hurlements frénétiques" (British journal of homoepathy de 1853 !), dans doute par confusion avec une autre espèce. C'est aussi pour sa ressemblance avec des espèces locales toxiques qu'elle est évitée dans certains pays, par exemple au Nigéria."

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Croyances populaires :


Selon Frédéric Duhart, auteur d'une « Contribution à l’anthropologie de la consommation de champignons à partir du cas du sud-ouest de la France (XVIe -XXIe siècles) », (Revue d’ethnoécologie [En ligne], 2 | 2012) :


Tous les champignons considérés comestibles par une population ne sont pas également appréciés. Quand les uns sont appelés au service des meilleures tables, l’emploi de certains autres ne saurait être envisagé en dehors des cuisines les plus rustiques. Fondées sur des critères de texture, de saveur ou de parfum, ces différenciations reposent uniquement sur l’exercice de l’arbitraire culturel propre à un lieu et à une époque (Garine 1979). [...] Pour sa part, la coucourle (Lepiota procera) ne devint un honorable mets périgourdin qu’à la faveur de la première vague de régionalisme culinaire et de la curiosité pour les nourritures rustiques (Fulbert Dumonteil 1906 : 307-308). Deux catégories de champignons comestibles se distinguaient en effet assez nettement dans le Sud-Ouest. À ceux qui étaient dignes d’être mis à l’honneur lors des repas les plus somptueux s’opposaient les champignons populaires.

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Symbolisme :


Carole Chauvin-Payan, dans son article intitulé "Le champignon : désignations dialectales et traditions populaires sur le territoire français" (Quaderni di Sémantica / a. XXV, n°2, décembre 2004) précise l'origine du mot girolle :


La désignation coulemelle qui désigne aujourd'hui la lépiote élevée, Lepiota procera, vient du terme latin columella signifiant "petite colonne" , au sens imagé, "pilier, soutien". En moyen français, le terme columelle désignait une variété d'agaric. La forme [kuam'el] est utilisée comme générique en Languedoc, dans l'Hérault, l'Aveyron et le Tarn. En Aveyron, le chercheur de champignons est appelé [kuam'elaire]. Dans l'Hérault, le sobriquet de [lus kuam'els] est donné aux habitants de Saint-Gervais qui ramassent beaucoup de champignons dans les châtaigneraies.

La forme latine cucuma qui désignait une petite baignoire a donné en français coquemar, "bouilloire à large ventre, casserole en fonte ou pot en terre". La désignation coucoumelle en français moderne l'oronge blanche, amanita ovoidea. La forme dialectale [kukum'ela] attestée dans l'Hérault est présentée comme générique par le FEW, alors qu'elle est répertoriée comme un spécifique par J. Bourlier-Berkowicz. Dans le sud de la France, en Gascogne, Languedoc et dans le Massif Central [kukumelo] désigne essentiellement la coulemelle, Lepiota procera. Il arrive parfois que cette forme dialectale désigne l'oronge vraie (amantite des césars), amanita caesarea, ou la rose des prés. Dans le cas de la Lepiota procera, l'emploi de la dénomination [kukumela] peut s'expliquer par une métaphore basée sur l'aspect arrondi et ventru d'une casserole et la forme arrondie et large du chapeau de ce champignon, en référence à d'autres dénominations comme coucoumèou, "mamelon d'une toupie" et cocmale, "coiffure trop large".

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Selon les recherches de Carole Chauvin-Payan qu'elle communique dans le préprint de l'article intitulé "Les noms populaires des champignons dans les populations européennes mycophobes" (Quaderni di Semantica, 2018, Perspectives de la sémantique, pp. 159-189) :

[...] Pour décrire les liens existant entre le champignon et le serpent, nous nous appuierons sur différents récits et croyances populaires. Nous commencerons par un récit étiologique présenté dans l’ouvrage L’ordre des choses [Albert-Llorca, 1991 : 221] expliquant l’histoire du caractère venimeux du serpent.


“ Avant, il n’y avait pas de serpent, et les hommes pouvaient aller sans danger dans les forêts. Mais c’était encore pire : la terre était pleine de venin et il n’y avait aucun animal pour le sucer. Quand le soleil était couché, le venin sortait de la terre sous forme d’épines pointues. Et quand quelqu’un marchait dessus, il mourait. De ce venin de la terre, beaucoup de gens sont morts. Enfin, le Père céleste décida de créer des animaux qui sucent le venin de la terre. Dieu créa les serpents. Mais les serpents devinrent si méchants à cause du venin qu’eux aussi empoisonnèrent les hommes par leurs morsures. Cependant, les hommes meurent beaucoup moins aujourd’hui à cause des serpents qu’ils ne mouraient autrefois à causes des épines venimeuses. (O. D., III, p. 250) ”


Nous retiendrons que le serpent est un animal absorbeur, suceur du venin de la terre et que par sa morsure il peut empoisonner l’homme. Cette absorption du venin de la terre est l’un des points commun avec le champignon. Ainsi dans Rolland [1967 : t. XI, 132], nous trouvons la croyance suivante “ Le venin de la terre, quand il s’accumule sur un point, donne naissance à des champignons ”. Le venin comme lien entre le serpent et le champignon est aussi explicité par Pline. Ce dernier écrit que les champignons nommés bolets seront venimeux s’ils “se sont trouvés auprès du trou d'un serpent, s'ils ont été frappés de son haleine en commençant à s'ouvrir, par une affinité pour les poisons qui les dispose à prendre le venin. Aussi qu'on se tienne sur ses gardes jusqu'à ce que les serpents se cachent ! On aura pour signes tant d'herbes, tant d'arbres et d'arbrisseaux qui demeurent verts depuis leur sortie jusqu'à leur retraite […]. [André, 1970 : 55]” Autre croyance, selon Fericgla [1994 : 25] Nicandro de Colofón, hace más de dos mil años, suponia que los hongos eran “criados sobre la insidiosa serpiente enroscada en su agujero y aspirando el ponzoñoso hálito de la boca del reptil.”

De ces récits et croyances, nous pouvons établir plusieurs liens entre le serpent et le champignon. Premièrement, les deux absorbent et sucent le venin de la terre. De plus, le champignon peut devenir toxique par l’aspiration de l’haleine vénéneuse d’un reptile. Si l’on observe les liens existants entre le serpent et le champignon, le crapaud et le champignon, nous pouvons remarquer que le serpent par son haleine et le crapaud par le toucher peuvent envenimer le champignon. Enfin, de par leur nature vénéneuse, ils peuvent tous empoisonner l’homme. Grâce à ces liens mis en évidence, il devient plus aisé de comprendre l’utilisation des zoonymes crapaud et couleuvre dans la nomination du champignon lorsqu’il est envisagé comme vénéneux.

[...] Mais le rôle des zoonymes dans la nomination des champignons pourrait être expliqué d’une autre manière. Selon Alinei [1997 : 8], il est admis par les spécialistes, que les animaux considérés comme les ancêtres et protecteurs des populations, jouaient un rôle central dans les comportements des sociétés traditionnelles. Il a même été suggéré que ce culte des animaux appelé « totémisme » soit la plus ancienne forme de religion. Selon l’auteur [Alinei, 1983 : 11], l’importante utilisation des zoonymes pour la nomination de plantes, des maladies, des phénomènes atmosphériques, des êtres magico-religieux est « la preuve par neuf » linguistique du caractère sacré des animaux et de certaines autres réalités.

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