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  • Anne

Le Narval





Étymologie :

  • NARVAL, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1598 nahual (Theatre de l'Univers, Anvers, 104 vods R. rom. t. 10, 1975, p. 282 : un poisson nommé Nahual) ; 2. 1647 narhual [donné comme mot isl.] (I. de La Peyrère, Relation du Groenland, Paris, 71, ibid., p. 285) ; 1752 narhval [comme mot fr.] (Trév.) ; 3. 1676 narwal [donné comme mot étranger] (M. Charas, Pharmacopée royale Galenique et chymique, Paris, 256 ds R. rom. t. 10, p. 286) ; 1690 narwal [comme mot fr.] (Fur.) ; 1723 narval (N. Lémery, Traité universel des drogues simples, 3e éd., Paris, p. 583). Empr., à travers des trad. lat., à l'isl. ou à l'a. nord. nahvalr (1), au dan. narhval (2), à une forme dano-holl. ou dano-all. contenant le w de wal «baleine» (3). V. P. Skårup, R. Arveiller, Le Mot fr. narval ds R. rom. t. 10, 1975, pp. 281-292.


Lire également la définition du nom narval pour amorcer la réflexion symbolique.

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Zoologie :


Dans son Atlas de zoologie poétique (Éditions Arthaud-Flammarion, 2018) Emmanuelle Pouydebat nous expose les particularités du narval (Monodon monoceros), aussi appelée licorne des mers :


Hôte des eaux glacées de l'Arctique, le narval est l'un des animaux aquatiques les moins connus des humains. Mammifère marin exceptionnel, ce cétacé a inspiré bon nombre de mythes. Seul animal au monde à posséder une immense dent corne torsadée dont la fonction fait encore l'objet de questionnements scientifiques, le narval est toujours aujourd'hui comparé à la licorne, cette créature légendaire du Moyen Âge, symbole de puissance spirituelle, de pureté et de pouvoir magique.

Au XVIème siècle, la reine Elisabeth 1ère d'Angleterre aurait versé 10 000 livres pour une défense de narval, soit la valeur d'un château ! A cette époque, on attribuait à ces défenses le pouvoir de neutraliser les effets du poison. La légende persista jusqu'au XVIIIème siècle, soutenue par la rareté du narval et son habitat lointain.

Le mythe du narval a été largement entretenu pendant cinq cents ans, par la mystérieuse fonction de cette défense. Cette dernière a tour à tour été considérée comme un harpon pour chasser, un amplificateur acoustique, un régulateur thermique, un gouvernail, une arme contre les autres mâles ou les prédateurs, un outil pour creuser ou perforer la glace et respirer, un caractère sexuel secondaire pour attirer les femelles et établir la hiérarchie sociales entre mâles, un symbole doté de pouvoirs magiques pour les Inuits, etc. Ce dont nous sommes certains aujourd'hui, c'est que cette défense est issue d'une canine poussant en torsade au travers de la lèvre supérieure, et qu'elle peut mesurer jusqu'à 3 mètres de long chez les mâles, contre 33 centimètres maximum chez les femelles, quand l'animal lui-même mesure 4 à 5 mètres. Une étude récente montre que cette dent renferme une dizaine de millions de terminaisons nerveuses qui font le lien entre le coeur de la dent et l'océan en passant par le cerveau ! Cette défense est ainsi un capteur hydrodynamique capable de détecter des gradients de salinité, de température et de pression de l'eau. Ces données captées donneraient au narval des indications sur la prise des glaces, les sources de poissons et les moments de migration. Mais des images récentes prises par deux drones, dans la baie de Tremblay Sound, dans la région la plus au nord du Canada, renouent avec une ancienne hypothèse. En effet, elles montrent un narval en train de chasser, harponnant une morue avec sa défense avant de l'avaler ! Ainsi, la défense de cet animal remplit sans aucun doute plusieurs fonctions, incluant le bris de blocs de glace ou le rôle d'arme quand les mâles s'affrontent pour une femelle ou encore celui de radar sensoriel. Un mystère demeure. Comme environ 15% des femelles possèdent une défense et qu'elles ont été très peu étudiées en comparaison des mâles, la licorne des mers a encore sans doute des secrets à nous révéler.

La défense du narval nous ferait presque oublier ses autres particularités... Chasseur de calmars, pieuvres, crustacés, mollusques et poissons, le narval est aussi un très bon apnéiste et peut descendre à 1 500 mètres de profondeur pendant une demi-heure pour trouver de la nourriture, effectuant jusqu'à vingt-six plongées par jour. Il émet différents sons pour communiquer comme pour naviguer. Il utilise l'écholocation pour s'orienter et localiser les proies, comme le font les chauves-souris. Il semble également que chaque individu ait une signature vocale, ce qui facilite les retrouvailles avec les membres du groupe. Car le narval est un migrateur dont le territoire d'été couvre environ 10 000 kilomètres carrés et celui d'hiver 26 000 kilomètres carrés. Il migre selon la formation et le retrait des glaces. Autant dire que le réchauffement climatique et la fonte des glaces mettent en danger ce mythe vivant.

Chassé par l'ours polaire, l'orque et les humains, le narval est avant tout menacé par le réchauffement climatique qui modifie la température et la salinité de l'eau. La glaciation de surface peut également l'emprisonner. Les activités humaines comme la pêche, les accidents avec des bateaux et les polluants liés aux activités minières affectent leurs taux de natalité. Quand on sait qu'une femelle met bas tous les trois ans seulement, nous avons du souci à nous faire.

"Je suis une licorne, je ne crois pas aux humains." (Anonyme)

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Symbolisme :


Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), le Narval est défini par les caractéristiques suivantes :


Traits : Le narval est un cétacé de l'océan Arctique également appelé la "licorne des mers". On en voit rarement, mais c'est un animal très sociable qui nage en groupe. Il a deux grosses dents sur la mâchoire supérieure. Lorsque les mâles ont un an, leur dent gauche commence à pousser vers l'extérieur en spiralant sur la gauche pour former une défense, qui peut aller jusqu'à 3 mètres de longueur. Le narval s'en sert pour faire sa cour amoureuse, pour percer des trous dans la glace, pour montrer sa domination et pour amplifier les pulsations de son sonar (son système d'écholocation), mais il ne s'en sert pas pour chasser. A l'époque médiévale, on croyait que les cornes de narval trouvées sur les côtes étaient celles de licornes, et elles étaient offertes comme telles à la royauté.


Talents : Concrétise ; Analyse ; Beauté ; Calme ; Insouciant ; Connexion au Divin ; Créatif ; Sentiments profonds ; Vérités cachées ; Rêveur ; Guérison émotionnelle ; Excellente mémoire ; A l'aise dans les situations difficiles ; Combat pour ses convictions ; Liberté ; Imagination ; Intelligent ; Connaissance ; A des tas d'idées ; Magique ; Mystérieux ; Observateur ; Passionné ; Planificateur ; Rationnel ; Résilient ; Romantique ; Gère son propre espace ; Voit la merveille en toute chose ; Sensible à l'injustice ; Fort désir de réussir ; Unique ; Travaille mieux seul.


Défis : Facilement frustré ; Impulsif ; De mauvaise humeur ; Rebelle ; Solitaire ; Trop intense ; Imprévisible ; Vagabondage.


Élément : Eau.


Couleurs primaires : Gris-bleu à la naissance, bleu-noir en tant que jeune, gris tacheté en tant qu'adulte, tout blanc quand il est vieux.


Apparitions : Lorsque le narval apparaît, cela veut dire que vous avez besoin de trouver l'équilibre dans votre vie. Vous êtes créatif, vous avez une surabondance d'idées, et vous êtes motivé par l'envie de les voir se concrétiser. Votre cerveau semble ne jamais ralentir, même pendant votre sommeil. Trouver l'équilibre est à présent important pour vous. Sans équilibre, vous pouvez vous épuiser ou tomber malade parce que vous vous êtes mis trop de pression. Le narval vous aide à calmer votre esprit et à faire des plans précis pour assurer votre succès en ayant un objectif clair, tout en prenant le repos dont vous avez besoin. Le narval signifie que vous essayez sans cesse de vous comprendre vous-même. Vous êtes intéressé par un large éventail de sujets de recherches, et vous appliquez ce que vous apprenez à l'analyse de vous-même. Le narval vous aide à trouver du sens à tout ce que vous faites. C'est ainsi que vous faites avec passion l'effort supplémentaire qui vous permet d'apprendre vos leçons de vie et d'aider les autres à apprendre les leur. Vous pouvez changer souvent de travail ou de relations, mais, lorsque vous vous stabilisez enfin, c'est en sachant que vous avez appris quelque chose de chacune de vos expériences.


Aide : Vous avez besoin de terminer rapidement un projet. Le narval vous donne le moteur, la concentration et l'intensité pour que le travail soit fait. Le narval vous met en garde : ne soyez pas si concentré sur ce que vous faites que vous en veniez à écarter des personnes désireuses et capables de vous aider. Cela peut être cause de conflit interne, avec de la frustration pour vous, en même temps que les sentiments de ces personnes en sont blessés. Le narval signifie qu'il se peut que votre maturité se fasse lentement pour passer de votre enfance, avec ses situations et relations chaotiques, à davantage d'équilibre, d'ancrage et d'acceptation des circonstances et des relations en prenant de l'âge. Le narval vous incite à être plus romantique, mystérieux et magique. Il peut aider à guérir un cœur brisé. Il peut éliminer les émotions négatives, vous aider à plonger profondément pour voir ce qui est en dessous de la surface des choses et à être authentique par rapport à la nature de votre âme. Le narval vous demande de faire attention à ne pas vivre dans un monde imaginaire, ni devenir trop replié sur vous sans jamais accepter l'aide des autres.


Fréquence : L'énergie du narval bouge dans un mouvement lent, facile, en ondulant. Elle est froide, douce et fluide. Sa sonorité est semblable au bruit d'une porte qui grince ou d'une grenouille qui coasse.


Voir aussi : Dauphin ; Licorne ; Baleine.

Imaginez...

En rêve, vous vous tenez sur un monticule de glace, observant alentour l'océan Arctique. Vous voyez dans le lointain des défenses de narval qui sortent de l'eau. Vous vous sentez attiré par l'eau, par les narvals, et vous plongez dans cette eau glacée, mais vous n'avez pas froid. Vous nagez vers le banc de narvals et ils vous accueillent dans leur groupe, en faisant bien attention à ne pas vous toucher avec leurs défenses. En faisant glisser votre main le long de leur dos, vous éprouvez le sentiment d'une connaissance profonde - celle des vérités universelles : une connexion avec le Divin vous traverse, en vous remplissant de chaleur, de compassion et d'acceptation. Vous vous éveillez de votre rêve en vous sentant en paix, aimé et un avec tout ce qui est.

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Contes et légendes :


Howard Norman propose un recueil de contes intitulé Contes du Grand Nord, récits traditionnels des peuples Inuits et Indiens (Édition originale 1990 ; Éditions Albin Michel S.A., collection "Terre indienne", 2003). L'un d'entre eux concerne le narval :

Comment une défense poussa au narval

Esquimau du Groenland


Il y a bien longtemps, une vieille femme vivait dans un village isolé en compagnie de son petit-fils et de sa petite-fille. Un jour, ils rassemblèrent leurs affaires et partirent en voyage. très vite, ils furent pris dans une tempête de neige. Cette tempête les immobilisa plusieurs jours. Ils commencèrent à avoir faim, puis furent bientôt affamés. Le petit-fils, l'aîné, était aveugle de naissance. Il n'arrêtait pas de tourner en rond dans l'igloo.

Ils restèrent là longtemps. Un jour enfin, un ours bien gras vint se montrer à l'igalaaq, la fenêtre. Il se balançait ; sa tête apparaissait, disparaissait, apparaissait de nouveau. Puis soudain il s'immobilisa et regarda à l'intérieur de l'igloo en reniflant.

« C'est un ours, dit la vieille femme à son petit-fils. Tu dois essayer de le tuer. Je vais bander l'arc, viser pour toi et tu laisseras le coup partir. »

Elle mit une flèche, il tira, et ils entendirent un bruit sourd.

« Tu l'as manqué, s'écria la grand-mère. La flèche est allée se planter dans le mur près de la fenêtre. Quel dommage ! »

Mais le petit-fils aveugle savait que sa grand-mère mentait. Et il avait raison car il avait touché l'ours en pleine poitrine.

« Quel dommage, insista-t-elle, quel dommage que tu n'aies pas tiré droit ! »

Puis elle murmura à l'oreille de sa petite-fille : « Nous ne lui donnerons rien. Emportons cet ours plus loin et nous mangerons la viande en cachette. »

Le petit-fils aveugle savait ce qui se passait. Il les entendit faire bouillir la viande, il en sentir l'odeur.

Les deux femmes s'empiffrèrent. Mais tout en mangeant, la petite-fille laissait glisser des morceaux de viande le long de son cou, puis sous son vêtement. Elle fit cela à plusieurs reprises. « Je suis étonnée de voir comme tu as faim, dit la grand-mère. Tu n'as pas arrêté d'engloutir de la viande et tu n'es toujours pas rassasiée !

- J'ai faim, c'est vrai ! répondit la petite-fille. Je n'ai jamais eu aussi faim ! J'engloutis, je mange salement et je mâche bruyamment parce que je suis affamée ! »

Puis elle laissa de nouveau quelques gros morceaux glisser sous son vêtement. sa grand-mère ne remarqua rien. La grand-mère s'endormit. Aussitôt la petite -fille vint nourrir son frère. elle plongea la main sous son vêtement et sortit les morceaux de viande. Le garçon les avala vite. « J'ai terriblement soif, dit-il. Conduis-moi là où il y a de l'eau que je puisse boire. »

Elle l'emmena et pleura tout le long du chemin. Quand ils arrivèrent, le garçon supplia sa sœur de le laisser seul et de retourner auprès de sa grand-mère, mais sans oublier de semer sur le chemin des pierres, de grosses pierres qu'il pourrait sentir avec ses pieds afin de regagner l'igloo. C'est ce qu'elle fit, sans cesser de pleurer.

Assis au bord du lac, le garçon réalisa que, malgré sa grande soif, il était incapable de boire. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi. Il ne pouvait tout simplement pas avaler la moindre gorgée d'eau. Soudain, il entendit un terrible sifflement. Un oiseau s'était posé à côté de lui. « Pends-toi à mon cou », dit-il au garçon. Le garçon obéit et l'oiseau l'entraîna sous l'eau. Ils firent surface et replongèrent quatre fois de suite. Chaque fois, ils restaient un peu plus longtemps sous l'eau, et chaque fois le garçon éprouvait plus de difficulté à respirer, mais il se passait également autre chose.

« Comment te sens-tu ? demandait chaque fois l'oiseau.

- Mieux, bien mieux ! En réalité, je commence à voir ! »

Après le quatrième plongeon le garçon déclara : « Je vois parfaitement !

- Tu vas bien à présent, lui répondit l'oiseau. Quand je le pourrai, je reviendrai avec de la nourriture. »

Le garçon remarqua les pierres le long du chemin et les suivit.

« Regardez ça ! s'exclama-t-il en arrivant près de l'igloo. Une grande peau d'ours, une peau bien tendue.

- Oh, cette peau nous a été offerte, expliqua la grand-mère lorsqu'il entra. Des gens qui passaient par là nous ont donné de la viande d'ours et nous ont laissé cette peau à tendre. Quelle chance, hein !

- Oui, oui ! répondit le garçon sachant que sa grand-mère mentait. »

Ils passèrent tous les trois quelques jours dans l'igloo. Un matin qu'ils étaient au bord de l'eau, ils virent des baleines blanches non loin du rivage. Le garçon se prépara à les harponner. Il attacha l'extrémité de la ligne fixée à son harpon à la jambe de sa sœur qui, selon la tradition, devint ainsi sa « queue de baleine ». Une fois l'animal tué, la sœur recevrait la même quantité de viande que son frère. Elle était sa partenaire pour cette chasse.

« Attache-moi aussi », demanda la grand-mère. Il le fit. Il harponna d'abord une petite baleine. La grand-mère se mit à hurler : « Vite ! Encore une ! Encore une ! » Le garçon se dépêcha d'en harponner une autre, un béluga. C'était une grosse baleine et elle nageait beaucoup plus loin du rivage.

Blessée, la grosse baleine tira très fort sur la ligne, celle qui était attachée à la jambe de la grand-mère. Celle-ci s'efforça de résister, de ne pas perdre son équilibre, mais elle fut violemment entraînée vers l'eau. Incapable de tenir plus longtemps, elle s'agrippa désespérément à la botte de sa petite-fille. La baleine tira sur la ligne d'un coup sec et la main de la vieille femme glissa sur la botte. Elle fut traînée sur le rivage glacé, puis dans l'eau et enfin emportée vers le fond. La baleine refit surface, et la grand-mère souffla très fort, aussi fort que la baleine. Elles s'enfoncèrent de nouveau sous l'eau puis réapparurent. « Lance-moi mon ulu, mon couteau ! hurla la grand-mère. Mon ulu ! Mon ulu ! » Elle espérait couper la ligne et se libérer.

A cet instant - à cet instant précis - ses cheveux, pris dan un remous, furent tordus en une natte serrée et très épaisse. Lorsque la natte fut terminée - un type de natte qu'on n'avait jamais vu auparavant - la baleine entraîna la grand-mère vers le fond une fois pour toutes. Là, la grand-mère fut transformée en narval, un mâle noir avec une longue défense torsadée sortant de la bouche, une défense blanche qui lui t quand le soleil tape dessus. C'est ainsi que fut créé le premier narval. C'est arrivé il y a très longtemps. C'est pour ça que le narval a une défense.

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