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  • Anne

Le Manchot





Étymologie :

  • MANCHOT, -OTE, adj.

  • MANCHOT, subst. masc.

Étymol. et Hist. I. 1. 1502 «privé d'un bras» menchot (Olivier de La Marche, Mémoires, L. II, ch. 4, éd. H. Beaune et J. d'Arbaumont, t. 3, p. 169) ; 1553 subst. (la Bible de l'imprimerie Jean Gerard, 4, Esdr. 2b 21 d'apr. FEW t. 6, p. 139a) ; 2. fig. 1680 (Rich. : Il n'est pas manchot. C'est à dire, il est adroit, il a de l'esprit). II. 1760 zool. (M. Brisson, Ornith., 6, 96 : Manchot, nom que j'ai donné aux Oiseaux de ce genre à cause de la briéveté de leurs ailes). Dér. avec suff. -ot* de l'a. fr. manc «estropié» (dep. ca 1180 ds T.-L.) du lat. mancus «id.» (cf. aussi manquer) ; antérieurement avec d'autres suff. menchaux (1263, hapax ds Gdf.) ; manchet (dep. 1380 ds FEW t. 6, p. 138) qui survit encore dans les dial. ; manchier (2e moitié xiiie s., Première continuation de Perceval, éd. W. Roach, 4807).


Lire également la définition du nom manchot pour amorcer la réflexion symbolique.

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Zoologie :


Selon Matt Pagett, auteur de Le petit livre de merde (titre original What shat that ?, Quick Publishing, 2007 ; édition française Chiflet & Cie, 2008) :


"Le manchot, cet oiseau en smoking, appartient à un espèce de plus en plus menacée par la réduction de son territoire, réchauffement climatique oblige, hélas ! En revanche, sa merde, que l'on nomme "guano", n'a pas fini de nous épater, surtout lorsque le manchot, un fameux tireur d'élite, l'expulse à une vitesse étonnante ! Et ça, vous ne l'avez pas vu dans La Marche de de l'empereur !


Description : Le guano du manchot sent fort le poisson, sa couleur dépend de ce qu'il a dans l'estomac : blanc ou gris si c'est du poisson ; rose pour le plancton ; vert pour les algues. Si l'oiseau s'est contenté de puiser dans ses réserves, son guano est également vert. très liquide, celui-ci sera ensuite violemment éjecté du cloaque.


Ils en font des montagnes : Les manchots vivent en colonies qui groupent parfois plus d'un million d'oiseaux, d'où les problèmes posés par l'accumulation de guano. Comme celui-ci est un excellent fertilisant, riche en azote, il est très convoité. Auparavant, les manchots faisaient leur nid dans le guano durci. Mais après la disparition de ces sites naturels de nidification, ils ont dû aller ailleurs pour couver leurs œufs, devenant ainsi des proies faciles. Plus au sud du pays, des murs de guano menaçaient le tout premier édifice construit en Antarctique. Il a dû être consolidé.


Prêts, tirez ! Certains manchots sont donc capables de faire gicler leurs excréments très loin et cette fanfaronnade n'est pas seulement réservée aux mâles ; les femelles la pratiquent aussi. Les oiseaux se placent à l'extrémité du nid, le cloaque dirigé vers l'extérieur, se concentrent, et, une fois prêts, projettent le guano à plus de 40 centimètres. Le guano se solidifie ensuite avec le temps, pour dessiner à la longue un motif disposé en rayons.


Ne pas confondre :

- en anglais, manchot = penguin ; pingouin = auk

- les manchots vit au Pôle Sud, le pingouin vit au Pôle Nord

- le manchot ne vole pas ; le pingouin vole."

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Dans son Atlas de zoologie poétique (Éditions Arthaud-Flammarion, 2018) Emmanuelle Pouydebat expose les caractéristiques du Manchot empereur (Aptenodytes forsteri), l'empereur des glaces :


Survivre au froid de l'Antarctique... Tel est l'un des plus grands défis de cet oiseau au corps profilé, parfaitement adapté à la nage et à la plongée. En effet, le plus grand des manchots peut rester pendant près de vingt minutes sous 'eau à plus de 500 mètres de profondeur, grâce à une hémoglobine fonctionnant avec peu de dioxygène et un squelette résistant à la pression. Cela lui permet de chasser poissons, crustacés et céphalopodes. Mais avec une température de l'air pouvant quasiment atteindre - 50°C, un vent glacial soufflant à près de 150 kilomètres à l'heure et une eau de mer à presque - 2°C, le manchot empereur doit avant survivre au froid.

Ce majestueux animal dispose de tout un arsenal adaptatif pour lutter contre le froid et limiter les pertes de chaleur. Ses plumes tout d'abord. Le plumage des manchots est le plus dense des plumages d'oiseaux, recouvre la quasi-totalité du corps et assure plus de 85% de l'isolation. Des muscles spécialisés permettent une orientation spécifique du plumage octroyant le maintien d'une couche d'air entre la peau et les plumes et favorisant la conservation de la chaleur corporelle. Pour isoler encore davantage le corps de l’extérieur hostile, un duvet filamenteux tapisse la base des plumes. Et comme si cela ne suffisait pas, notre empereur est pourvu d'un couche graisseuse de 3 centimètres d'épaisseur. De plus,e n cas de stress thermique majeur, un processus d’homéostasie se met en place sous l'impulsion de deux hormones, l'insuline et le glucagon : même à - 47°C, un manchot empereur peut maintenir sa température corporelle entre 37,5°C "( 38,5°C. Outre le plumage, la graisse et les hormones, le manchot empereur dispose d'une vascularisation parfaitement adaptée : la viscosité sanguine augmente à basse température et la vasoconstriction périphérique permet de limiter les pertes thermiques dans les tissus exposés au froid. Enfin, il possède également un système de recyclage de l'air au niveau des cavités nasales lui permettant de diminuer les pertes par évaporation.

Ces adaptations anatomiques sont complétées par des comportements des plus appropriés. Tout d'abord, les manchots empereurs toilettent leur plumage régulièrement, le badigeonnant de sécrétions composées de corps gras et de cires issues de leur glande uropygienne afin de lui conférer une imperméabilité indispensable à une bonne isolation. Ensuite, ils sont le plus souvent en mouvement pour se réchauffer : ils nagent, se déplacent, avec ou sans l’œuf ou le poussin, ou encore frissonnent. Enfin, pendant l'hiver antarctique, ils mettent en place uns stratégie judicieuse et efficace : la thermorégulation sociale. Il s'agit du regroupement d'individus en réponse à des conditions de températures et de vent extrêmes, afin de bénéficier de la chaleur du groupe. Elle permet de limiter la thermolyse, c'est-à-dire la dissipation de l'énergie thermique de l'organisme vers le milieu extérieur. L'objectif des manchots, seuls animaux à se reproduire pendant l'hiver antarctique, est ainsi d'économiser l'énergie nécessaire à l'incubation de leur œuf. Comment procèdent-ils ? Tout d'abord, ils se regroupent en un amas appelé "tortue" ! Des oiseaux qui font la tortue ? La tortue des manchots est une formation dense et défensive, non pas contre des ennemis armés, mais contre le froid. Plusieurs milliers d'individus, entre huit et dix par mètre carré, peuvent être serrés les uns contre les autres, exposant les oiseaux à des températures pouvant aller jusqu'à 37,5°C ! On pourrait penser que les individus les plus compétitifs (lourds, expérimentés) accéderaient au centre du groupe, reléguant les plus jeunes à la périphérie. Cependant, les manchots empereurs sont très peu agressifs et il semble que l'accès aux bons emplacements soit équitable : les individus ont la possibilité de se serrer fortement ou non selon leurs besoins. Ainsi, en période d'incubation, le groupe est très hétérogène et représente la clef de l'accès égalitaire des oiseaux à la chaleur du groupe. En revanche, en période de forts blizzards, de vents glacials ou de pariade (union du mâle et de la femelle pour l'accouplement), les individus en périphérie se déplacent du côté abrité et établissent ainsi un roulement dans les positions les plus prisées. La dynamique exacte de cette thermorégulation sociale reste très complexe et loin d'être élucidée.

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Symbolisme :

Emmanuelle Pouydebat propose une rêverie dans son Atlas de zoologie poétique (Éditions Arthaud-Flammarion, 2018) qui nous met sur des pistes symboliques :


"Un univers de glace, blanc, froid, et pourtant si chaud : un oiseau royal nous transmet toute la flamme de sa beauté et sa lutte acharnée pour survivre, dans un milieu onirique si propice à la rêverie d'un monde imaginaire qu'on espère tant immaculé."

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Littérature :


Le Paradis blanc


Il y a tant de vagues et de fumée Qu'on arrive plus à distinguer Le blanc du noir Et l'énergie du désespoir Le téléphone pourra sonner Il n'y aura plus d'abonné Et plus d'idée Que le silence pour respirer Recommencer là où le monde a commencé

Je m'en irai dormir dans le paradis blanc Où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps Tout seul avec le vent Comme dans mes rêves d'enfant Je m'en irai courir dans le paradis blanc


Loin des regards de haine Et des combats de sang Retrouver les baleines Parler aux poissons d'argent Comme, comme, comme avant

Y a tant de vagues, et tant d'idées Qu'on arrive plus à décider Le faux du vrai Et qui aimer ou condamner Le jour où j'aurai tout donné Que mes claviers seront usés D'avoir osé Toujours vouloir tout essayer Et recommencer là  où le monde a commencé

Je m'en irai dormir dans le paradis blanc Où les manchots s'amusent dès le soleil levant

Et jouent en nous montrant Ce que c'est d'être vivant Je m'en irai dormir dans le paradis blanc Où l'air reste si pur Qu'on se baigne dedans

A jouer avec le vent Comme dans mes rêves d'enfant Comme, comme, comme avant Parler aux poissons d'argent Et jouer avec le vent Comme dans mes rêves d'enfant Comme avant

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