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  • Anne

Le Couteau





Étymologie :

  • COUTEAU, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1130 coltel « outil tranchant » (Couronnement de Louis, éd. E. Langlois, 540) ; 1316 couteau sing. (Inv. des armures de Louis X ds Gay) ; 1586 fig. estre aux cousteaux tirer (Cholières, 8° Apresdisnée, p. 217, Paris, J. Richer, s.d.) ; 1680 estre à couteaux tirez (Rich.) ; 2. ca 1265 faucon. (Brunet Latin, Trésor, éd. F.-J. Carmody, I, 147, 32 : corticus corrigé en coutiaus par l'éd.) ; 3. 1611 p. anal. conchyl. (Cotgr.) ; 4. 1863 d'une balance (Littré). Du lat. class. cultellus « petit couteau », dimin. de culter, v. coutre.

  • RASOIR, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Mil. xiie s. rasuir « instrument servant à raser » (Psautier Cambridge, 51, 2 ds T.-L.) ; ca 1180 rasouer (Jehan le Nevelon, Vengeance Alixandre, 1882 ds Elliott Monographs t. 27, p. 96) ; 2. 1792 « guillotine » (A. Schmidt, Tabl. Révol. fr., t. 1, p. 267 ds Brunot t. 9, p. 877) ; 1793-94 rasoir national « id. » (Desmoulins ds Vx Cordelier, p. 258) ; 3. arg. a) 1866 subst. « personne ennuyeuse » (Delvau) ; b) 1881 adj. « ennuyeux » (Rigaud, Dict. arg. mod.). Du b. lat. rasorium « rasoir » att. dans l'Itala (dér. de rasum, supin de radere, v. raser).

  • SOLEN, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1694 (Corneille). Mot lat. de même sens, lui-même empr. au gr. σ ω λ η ́ ν « id. », propr. « canal, conduit, tuyau ; tuile creuse ».


Lire également les définitions de couteau ; rasoir (même si le sens zoologique n'est pas mentionné) ; solen pour amorcer la réflexion symbolique ainsi que la page consacrée au coquillage.


Autres noms : Couteau de mer ; Pied de couteau.

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Zoologie :


Selon le site https://www.allboatsavenue.com/ : "trois familles de couteaux se partagent les plages du littoral Français :


Le couteau américain (Ensis Directus) est une espèce provenant de l’Amérique du Nord, apparue le long de nos côtes il y a maintenant une quinzaine d’années (années 1987-88). Très rapidement, il s’est développé massivement le long des côtes danoises, néerlandaises, belges et françaises, se fondant dans l’environnement sans chasser les autres espèces.

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Le couteau d’Europe (Solen Marginatus) est sans doute le plus commun car c’est celui-ci que l’on trouve généralement en vente chez le poissonnier. Cependant, sa population est actuellement en diminution. Il est très recherché à marée basse, dans le sable bien humide jamais trop loin de la mer. Il est l’un des hôtes de l’étage infra-littoral, vit en eau peu profonde enfoui dans le sable. C’est un coquillage mobile se déplaçant horizontalement et basculant à la verticale pour s’enfoncer dans le sable. Il mesure communément entre 10 et 15 cm sur 2/3 cm de large.

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Le couteau français (Ensis Arcuatus), espèce originaire de nos côtes, est nettement plus petit que le précédent (il mesure environ 10 cm à l’âge adulte) et sa densité de population, au mètre carré, est environ de dix individus. La couleur du coquillage est plus claire que son grand cousin américain."

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L'enfouissement du couteau :



L'anatomie du couteau :








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Symbolisme :


Lors du cercle de tambour de ce soir, l'animal qui s'est présenté à moi pour être mon maître en adaptabilité a été le couteau ! Une preuve supplémentaire que l'imagination n'a rien à voir avec les voyages chamaniques car jamais je n'aurai songé à cet animal pour cette qualité à développer et, au-delà de cette association improbable à mes yeux, je n'en ai pas entendu parler depuis belle lurette ! Néanmoins il est associé dans ma mémoire à une classe de mer en Normandie à l'âge de 10 ans et à un plateau de fruit de mer à Sète où l'un d'entre eux avait jailli soudainement de l'assiette de ma mère, provoquant un dégoût généralisé de la famille...


Relation de mon voyage : Alors que je suis dans mon Endroit de Paix, debout au centre du feu qui brûle dans la neige, je descends dans le monde d'en-bas les pieds devant, comme si je sautais dans un étui bizarre, un tunnel blanchâtre, un peu comme un duvet mais en plus rigide. J'atterris dans un lieu vide et automatiquement le coquillage rectangulaire prend vie sous mes yeux. Je comprends alors que j'ai sauté dans sa coquille pour descendre. Je suis totalement décontenancée par cette vision, d'autant plus qu'il m'est difficile d'entrer en communication avec lui. Difficile également de faire un câlin ou de discuter tranquillement... Il ne me reste donc qu'à l'observer pour apprendre :

- je vois le couteau glisser dans un trou dans le sable et attendre tranquillement la marée montante pour refaire surface => l'adaptabilité consiste à savoir se mettre dans un trou, c'est-à-dire accepter de se cacher momentanément pour attendre les conditions favorables à la mise en place de notre action.

- ne pas confondre un grain de sel avec un grain de sable, c'est-à-dire qu'au contraire du grain de sable qui peut enrayer une mécanique, le grain de sel apporte souvent la solution et vient débloquer une situation complexe à laquelle on a du mal à s'adapter.

- être ouvert à ce qui est surprenant, notamment une forme inattendue et peu esthétique.

- il faut pouvoir renoncer momentanément à la quête de beauté au profit du seul pragmatisme.

- le couteau allie à la fois les lignes droites de sa coquille rectangulaire et les lignes courbes et molles de son corps de mollusque => pour être capable d'adaptabilité, il faut équilibrer en soi les énergies masculine et féminine.

- je vois également son corps projeté au-delà de la coquille de manière très phallique => implications sexuelles, mémoires d'effractions à guérir.


Relation du voyage vers le Guide associé : je suis propulsée vers le monde d'en-haut par le couteau qui m'éjecte hors de lui par la force de son corps. La membrane à traverser a la consistance et la couleur de l'huître, visqueuse, épaisse et verdâtre. Dès que je l'ai franchie, je me retrouve au milieu de l'océan, bleu à perte de vue. Apparaît alors immédiatement : la Vénus de Botticelli, debout dans sa coquille Saint-Jacques.

Je comprends alors que le couteau représente le moyen d'améliorer ma capacité d'adaptabilité et Vénus / Aphrodite le but à atteindre grâce à une meilleure adaptabilité, c'est-à-dire manifester la beauté du changement accompli.

Ma vision est ensuite particulièrement attirée par l'onde, l'onde des flots, l'onde de ses cheveux ondulant. Onde de forme : onduler et ondoyer ; ondulations et vagues. Cela me rappelle la remarque de Sophie dans le cercle concernant la coquille du couteau sur laquelle s'inscrivent les ondes de la mer.

Enfin, bien sûr, l'apparition renvoie à la renaissance promise par l'adaptabilité au changement, se découvrir nue à nouveau, comme au premier jour, neuve pour de nouvelles aventures, protégée par l'onde de forme de la coquille.


Soin reçu dans le Monde du Milieu par le couteau et Vénus : Assise en tailleur dans une coquille Saint-Jacques, je sens le couteau qui nettoie l'intérieur de mon corps en pénétrant successivement par tous mes orifices tandis que Vénus, debout derrière moi, verse sur ma tête de l'eau de mer récupérée dans sa coquille / Graal comme pour un nouveau baptême. Je vogue alors un long moment seule sur la mer bleue dans ma coquille devenue barque improvisée.

Sans transition, je suis alors absorbée par un couteau géant. Je me retrouve enfermée dans une sorte de cercueil dont l'intérieur est très lumineux, d'un blanc éclatant, assez surprenant car, étant claustrophobe j'associe instinctivement l'enfermement au noir et au sombre. Peut-être est-ce une amorce de guérison ? Je sens alors une sensation bizarre sur et dans mon corps, que je ne comprends tout d'abord pas vraiment. Puis, tout à coup, je réalise que le couteau est en train de me manger en déversant sur moi l'acidité de son estomac. L'opération génère un froid intense comme si un vent glacial tourbillonnant m'entourait de toutes parts. Mangée par le couteau, je deviens alors moi-même le couteau.

Je m'enfonce alors dans le sable, à l'abri des regards et du froid. Quand la marée arrive, je ressens une impulsion vers le haut gigantesque et j'émerge du sable en Vénus triomphante au milieu de ma coquille Saint-Jacques ! Je ressens une chaleur intense dans tout mon corps, comme si le soleil me brûlait intensément."

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Littérature :


La Nature, s’étant plu longtemps à faire et défaire la méduse, à varier à l’infini ce thème gracieux de liberté naissante, un matin se frappa le front, se dit : « J’ai fait un coup de tête. Cela est charmant. Mais j’ai oublié d’assurer la vie de la pauvre créature. Elle ne pourra subsister que par l’infini du nombre, l’excès de sa fécondité. Il me faut maintenant un être plus prudent et mieux gardé. Qu’il soit craintif, s’il le faut. Mais surtout, je le veux, qu’il vive ! »


Ces craintifs, dès qu’ils apparurent, se jetèrent dans la prudence jusqu’aux limites dernières. Ils fuirent le jour, s’enfermèrent. Pour se sauver des contacts durs, secs, tranchants, de la pierre, ils employèrent le moyen universel, celui de la mue. De leur mue gélatineuse, ils secrétèrent une enveloppe, un tube qui va s’allongeant autant que leur chemin s’allonge. Misérable expédient qui tient ces mineurs (les tarets) hors de la lumière et hors de l’air libre, qui leur cause une dépense énorme de substance. Chaque pas leur coûte infiniment, les frais d’une maison complète. Un être qui se ruine ainsi pour vivre ne peut que végéter pauvre, incapable de progrès.

La ressource n’est guère meilleure, de s’ensevelir par moment, de se cacher dans le sable à la mer basse, en remontant quand le flux revient. C’est le manège que vous voyez chez les solens. Vie variable, incertaine, fugitive deux fois par jour, et de constante inquiétude.


Jules Michelet, La Mer, Livre VII "Le Piqueur de pierres", 1875.

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