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  • Anne

La Boule-de-neige



Étymologie :

  • VIORNE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. Fin xiie-déb. xiiie s. vione (Le Bestiaire de Gervaise, 462, éd. P. Meyer ds Romania t. 1, p. 432), attest. isolée ; 1538 viorne (Est., s.v. viburnum) ; 1778 viorne cotonneuse, viorne lauriforme, viorne lobee (Lamarck, Flore fr. t. 3, p. 363) ; 1859 viorne obier (Bouillet) ; 2. 1544 viourne « clématite » (R. Estienne, De latinis et graecis nominibus arborum, p. 8) ; 1753 (Encyclop. t. 13, s.v. clematite : la clematite ou l'herbe aux gueux, dans la basse-Bourgogne on l'appelle viorne) ; 1764 viorne des pauvres (Valm., p. 655). Du lat. viburna, plur. neutre pris pour un fém. sing., de viburnum « viorne ; petit alisier ».


Lire également la définition de la viorne pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Viburnum opulus ; Blanche putain ; Pain mollet ; Viorne boule-de-neige ; Viorne obier ;




Botanique :

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Usages traditionnels :


Selon C. Busser, auteur de "Baies, fruits et pseudo-fruits toxiques utilisés en médecine populaire ou en phytothérapie" (in Phytothérapie Numéro 1 : 31–3, 2007), la Viorne obier (ou boule-de-neige) [Viburnum opulus L. Caprifoliaceae] :


En médecine populaire, le fruit est utilise´ comme sédatif, spasmolytique (dysménorrhée) et astringent (y compris hémorragies utérines), ce qui semble justifié par la présence de tanins catéchiques angioprotecteurs. Les extraits aqueux d’écorce, de fleurs et de fruits ou de feuilles ont des propriétés cardiotoniques.

Les fruits étaient utilisés surtout comme antiscorbutiques, émétiques et laxatifs. Pour Bruneton, les fruits ne sont pas toxiques au sens propre du terme, mais laxatifs. Les laboratoires homéopathiques français préparent une teinture mère issue d’écorce de tige fraîche.

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Symbolisme :


Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Boule-de-neige - Ennui.

La boule de neige n’est pas plus tôt fleurie qu’elle semble s’ennuyer de l’existence; ses pétales inodores tombent un à un et jonchent bientôt la terre.

 

Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


BOULE DE NEIGE - ENNUI.

Ne livrez pas votre âme à la tristesse et ne vous affligez pas vous-même en vos pensées. La joie du cœur est la vie de l'homme et un trésor inépuisable de sainteté ; la joie de l'homme est la longueur de ses jours.

Ecclésiaste. XXX, 23, 27.

La boule de neige est une charmante variété du viorne obier. Elle porte aussi le nom de Rose de Gueldre, à cause de la province de Gueldre, où elle a été obtenue pour la première fois . Cet arbrisseau forme ordinairement un beau massif comme un buisson : on ne connait rien de plus beau que son ensemble, on ne se lasse pas de contempler un luxe , une abondance tout à la fois simples et si aimables. Ses fleurs sont en belles pelotes et laissent à peine la patience de remarquer les feuilles opposées, pétiolées et découpées en trois parties principales qui ornent toutes les branches et garnissent le buisson ; ainsi et trop souvent on néglige de rendre hommage aux vertus d'une sage famille, qui font si bien ressortir les talents de ses nobles enfants. —Les fleurs de la boule de neige sont d'une blancheur éblouissante et d'un effet assez joli , mais elles sont stériles comme la conversation des gens bornés. C'est sans doute pour cette raison que cet arbrisseau n'est ni recherché ni aimé, et qu'on en fait le symbole de l'ennui.

DE L'ENNUI.

L'homme accablé par l'ennui ne sait guère définir ce qu'il éprouve ; c'est ordinairement une inquiétude accablante, une langueur indéfinissable dans l'exercice des fonctions, une torpeur qui enchaine et qui engourdit, un dégoût invincible pour tous les biens et les plaisirs de l'existence, une difficulté de vivre et de jouir. L'ennui entre dans l'âme de mille façons différentes. Pour en être atteint, il suffit qu'on soit arraché à certaines habitudes, que certaines relations d'amitié, d'affaires, soient rompues, qu'on change des occupations habituelles contre le repos. Il s'empare fréquemment des campagnards qui viennent habiter les villes, et des citadins qui vont vivre à la campagne. Il sévit souvent contre ceux qui sont enlevés aux lieux qui les ont vus naitre, où ils ont longtemps vécu, qui sont privés de leur liberté, qui ont éprouvé des revers de fortune ou des déceptions dans leurs projets. C'est surtout chez les hommes oisifs que l'ennui se fait sentir. Tous ces favoris de la fortune qui ne se livrent pas à un travail sont exposés bien plus que d'autres à le ressentir .

Nous ne serons donc pas étonnés si madame de Maintenon écrivait à une de ses amies : « Que ne puis-je vous faire voir l'ennui qui dévore les grands et la peine qu'ils ont à remplir leur journée ! Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse au sein d'une fortune que l'on aurait eu peine à imaginer ? J'ai été jeune et jolie , j'ai été aimée partout, et, dans un âge plus avancé, j'ai passé bien des années dans le commerce de l'esprit ; je suis venue à la fortune, et je vous pro teste que tous les états laissent un vide affreux. » Satiété de bonheur ! peut-il être un mal plus insupportable ? L'excès même du malheur permet au moins l'espoir. C'est donc le manque de la vie intellectuelle et morale qui produit dans l'esprit et dans l'âme un vide qui se déclare par l'ennui. L'ennui ronge et dévore l'esprit, comme l'inaction mine et consume le corps ; c'est la plus triste maladie de l'être intelligent, parce qu'elle attaque directement en lui la source de la vie en le rendant incapable de recevoir la nourriture, de la goûter, de se l'assimiler, et, par conséquent, de se refaire et de se fortifier.

Toutes les relations sociales, tous les amusements, tous les plaisirs inventés contre l'ennui étant souvent une source d'où il découle à flots, ce ne peut être qu'en combinant avec sagesse l'exercice de la pensée, le travail du corps et les amusements permis que nous éviterons l'ennui. Voyez le peuple, il ne s'ennuie guère, tant sa vie est active. Si ses divertissements ne sont pas variés, ils sont rares : beau coup de jours de fatigue lui font goûter avec délices quelques jours de fête . One alternative de longs travaux et de courts loisirs tient lieu d'assaisonnement aux plaisirs de son état. Un homme intelligent, un homme de cœur, un chrétien, devrait rougir d'avouer d'éprouver de l'ennui. Comment s'ennuyer quand on a tant besoin de s'instruire, de se rendre meilleur et tant de devoirs à accomplir ? Comment s'ennuyer, lorsque tant de malheureux ont besoin d'assistance ?

Grands du monde, qui vous endormez dans la paresse, qui souffrez, dans les bras de la nonchalance, tous les tourments de l'ennui, réveillez- vous, venez contempler le laboureur qui vous nourrit, l'artisan qui façonne tous les matériaux de votre aisance, le prêtre à la tête de son troupeau, veillant au bonheur de tous, demandez-leur s'ils connaissent l'ennui ? Non, vous diront-ils ; nous n'avons pas de l'éprouver. Faites comme eux, sachez vous rendre utiles : c'est le secret du bonheur.

Femmes oisives et nonchalantes, qui passez des bras du sommeil sur les coussins moelleux de vos divans, qui ne voyez jamais le lever de l'aurore, et qui ne payez point à la société votre dette, l'ennui vous consume, répand ses langueurs sur vos traits ; il vous consume et vous tue au sein de tant d'amusements rassemblés à grands frais pour vos plaisirs, au milieu de tant de gens concourant à vous plaire. Vous passez, dites-vous, votre vie à le fuir et à en être atteintes ; vous êtes accablées de son poids insupportable ; il se transforme, pour vous, sous le nom de vapeurs, en un mal horrible qui vous ôte quelquefois la raison et consume votre existence ? Venez voir ces mères de famille qui se font un bonheur du travail ; ces saintes filles qui sont la Providence du malheur, les anges de la souffrance. Là vous trouverez le remède à l'ennui qui vous ronge, vous serez frappées de honte en voyant leur vertu payer la rançon de votre inutilité, et vous demanderez comment vous avez pu oublier que paix du cœur et le repos de l'âme ne s'allient qu'à la pratique des devoirs et jamais à la fainéantise.

Les seuls et véritables moyens de nous sauver de l'ennui consistent donc dans le travail manuel et le travail de la pensée.

RÉFLEXIONS.

Les petits ennuis sont plus fâcheux à cause de leur multitude et importunité que les grands, et les domestiques que les étrangers ; mais la victoire en est souvent plus agréable à Dieu que plusieurs autres qui, aux yeux du monde, semblent de plus grand mérite.

(Esprit de saint François de Sales.)

Si on examinait bien les divers effets de l'ennui, on trouverait qu'il fait manquer à plus de devoirs que l'intérêt.

(Mme DE LA SABLIÈRE.)

Nous pardonnons souvent à ceux qui nous ennuient, mais nous ne pouvons pardonner à ceux que nous ennuyons.

(La ROCHEFOUCAULT.)

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Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


BOULE-DE-NEIGE - REFROIDISSEMENT.

Le nom de cette fleur exprime à la fois et sa forme et le symbole qu'elle représente. Elle est d'une espèce commune, mais elle concourt à cette variété des couleurs qui font le charme des jardins.

 

Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Boule de neige — Ennui - Fatigue.

La boule de neige est la fleur d'une espèce de viorne obier : on l'appelle aussi rose de Gueldre. La viorne est un arbrisseau d'un port élégant , au feuillage touffu, et qui fait un charmant effet dans les massifs de nos jardins. Malheureusement ses fleurs sont d'une bien courte durée ; toujours penchées sur leur tige , la tête inclinée vers la terre, elles s'effeuillent à peine ouvertes, comme ennuyées d'être venues à la vie.

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Le Dictionnaire Larousse en 2 volumes (1922) propose des pistes pour comprendre le langage emblématique des fleurs :

Nom Signification Couleur Langage emblématique

Boule-de-neige Fierté Blanche Je suis fier de vous aimer

 

D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"La boule-de-neige fleurit à la saison froide, sur le viburnum, arbuste qui peut atteindre quatre mètres. Elle porte deux messages. L'un s'adresse aux enfants, le second aux adultes. Le premier concerne exclusivement les enfants sérieux et tranquilles, du genre petites filles modèles. En effet, la boule-de-neige demande en leur nom : "enveloppez-moi d'angélisme et de silence". Ces enfants-là ne s'élanceront pas dans le froid pour disputer des batailles de boules de neige. A tout hasard, la fleur si sage les met en garde : "n'allez pas vous refroidir ! ". Aux adultes, elle recommande : "méfiez-vous de la calomnie". Tiens, pourquoi donc ? Tout simplement parce que la (vraie) boule de n (vraie ) neige ressemble à la calomnie : elle grossit encore et encore à mesure qu'elle roule sur elle-même.

Prudente et angélique, notre fleur blanche pense quand même à l'amour et finit par lancer : "je suis fière de vous aimer". Une déclaration qui peut sembler pour le moins curieuse. Faite par la personne qui offre le bouquet, ne serait-elle pas un peu blessante pour celle qui le reçoit ? Quel mérite y a-t-il à l'aimer ? Est-ce un tel tour de force ? se demande-t-elle perplexe.

Les nombreux experts interrogés sur cette question comme les grimoires consultés dans les abysses des petites, grandes ou très grandes bibliothèques de rance et de Navarre, n('ont pas fourni la réponse. Heureusement, dans le domaine de la prédiction, un léger flou ajoure au charme.


Mots-clefs : "Angélique et fière"

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; la Boule-de-Neige raconte la sienne dans un conte venu de Roumanie et intitulé "Pantoufle et sa fiancée Araignée" :


"Très loin d'ici, au diable vauvert, se trouvait une curieux pays", commença à conter une petite princesse gironde, vêtue d'une crinoline blanche. Elle ressemblait à un pompon éclatant. "Dis-nous d'abord comment tu t'appelles", l'interrompit la reine. La jeune fille répondit : "On m'appelle Boule-de-Neige. Dans certains pays, on chante des chansons sur moi." Et elle enchaîna, sans se troubler.

Dans ce pays ne vivaient que des cordonniers. Du matin au soir, ils maniaient l'alène, ressemelaient les chaussures, taillaient leur dessus dans le chevreau et le vélin, et corrigeaient leurs jeunes enfants avec un chausse-pied. Le roi lui-même ne s'asseyait jamais sur un trône, mais sur un tabouret, poissant les ligneuls comme le plus humble de ses sujets. Il lui arrivait d'enduire de colle de pâte les fonds de culottes de ses conseillers pour les faire rester tranquilles pendant qu'il réparait tant bien que mal les chaussures. Bref, dans ce remarquable royaume, le métier se transmettait du grand-père au père, du père au fils, et ainsi de suite. Tous faisaient donc la même chose, tous possédaient des chaussures sans compter, et tous vivaient chichement. Personne ne voulait travailler la terre et, encore moins, apprendre un autre métier.

Dans ce pays vivait aussi un jeune cordonnier qu'on appelait Pantoufle. Du matin au soir, il se roulait au coin du feu, sans jamais mettre le nez dehors.

"Tu devrais t'en aller, courir un peu le monde et apprendre un autre métier, autrement nous mourrons tous de faim", estimait son père cordonnier, mais le jeune homme lui rétorquait en riant :

"Tu es cordonnier, je suis cordonnier, mon aïeul et mon bisaïeul étaient cordonniers. Il ne sera pas dit que je serai le premier à trahir la corporation."

Un jour, sa mère, excédée, lui dit sans ambages qu'il était grand temps qu'il pensât à se marier.

L'idée parut plaisante à Pantoufle qui rit à gorge déployée :

"Je vais me marier, maman, c'est promis. Mais je le ferai seulement le jour où ce fourneau sur lequel je suis couché me portera de lui-même à travers le monde. J'épouserai alors la première qui voudra de moi."

Miracle ! A peine eut-il fini sa phrase que le fourneau s'ébranla, se dirigea vers la porte pour l'emporter tout droit à l'auberge où la fête patronale battait son plein. Pantoufle fut ébahi. Mais que pouvait-il faire ? Une promesse est une promesse. A cheval sur son fourneau, il s'approcha de la plus jolie fille de l'assistance et l'invita à danser. Quelle danse ! Les musiciens s'appliquaient et le fourneau dansait une polka endiablée avec la jeune fille effarée. C'était un véritable plaisir !

Juché sur son fourneau, Pantoufle riait à perdre haleine : "Voudrais-tu m'épouser ? " demanda-t-il à la danseuse éreintée, au moment où les musiciens entamaient une fanfare en leur honneur.

"Que sais-tu faire ? s'enquit la jeune fille.

- Je suis cordonnier ", répondit Pantoufle, gonflé d'orgueil. La demoiselle fit la moue. Des cordonniers, elle pouvait en avoir treize à la douzaine. Bon gré mal gré, Pantoufle dut reprendre ses tribulations.

Il parcourut le monde, assis sur son fourneau, demandant chaque jeune fille qu'il croisait en mariage. Hélas ! Aucune ne voulait de lui. Cela tombait sous le sens : qui aurait voulu d'un cordonnier dans un pays de cordonniers ?

Un soir, notre voyageur arriva dans une forêt sombre. Il y faisait noir comme dans un four, et le vent grondait dans les frondaisons à vous donner la chair de poule. Soudain, des bandits de quatre chemins surgirent devant le cordonnier : ils étaient robustes, barbus, hirsutes, avec des yeux de braise, conduits pas un chef au nez percé d'un anneau d'or. Derrière lui se tenait sa fille, belle et farouche comme une belette. Tous pointaient leur pistolet sur le jeune homme.

"La bourse ou la vie ! " tonna le chef. Le sang de Pantoufle se figea dans ses veines, mais son fourneau, heureusement, ne se laissa pas impressionner. Il gronda, lâcha de la fumée, cracha des flammes d'enfer et se rua sur cette racaille aux doigts crochus.

"Sauve qui peut ! C'est un dragon ! " hurlèrent les bandits, et ils se dispersèrent comme une volée de moineaux. Seule la fille du chef n'eut pas le temps de se sauver assez vite. Pantoufle l'attrapa par la tresse, tout en se proposant comme mari. " J'ai un métier très respectable. Je suis cordonnier ", dit-il fièrement pour la séduire.

Mais la belle craintive fit un signe de croix, tout épouvantée.

"Seigneur, préservez-moi ! Mon bisaïeul et mon aïeul étaient brigands, mon père et ma mère sont brigands, et moi, je devrais devenir respectable ? Tu veux que mes ancêtres se retournent dans leur tombe ? " Sans donner à Pantoufle le temps de se ressaisir, elle sortit un couteau de sa poche, trancha net sa tresse et disparut. "Pourquoi faut-il que je sois justement cordonnier ? " regrettait amèrement le jeune homme. Son fourneau se remit en route et Pantoufle voyagea toute la nuit. Le lendemain, lorsque le soleil monta au zénith, il commença à avoir très chaud. Étouffant, mourant de soif, il vit tout à coup une vieille grand-mère assise au bord de la route. Malgré ses trois pelisses, ses trois bonnets en peau de mouton et ses trois cache-nez en laine autour du cou, elle grelottait de froid. Pantoufle eut pitié d'elle.

"Montez sur mon fourneau, grand-mère, pour vous réchauffer. J'ai si chaud que je pourrais faire sauter des crêpes sur la paume de ma main, lui dit-il gentiment.

- Pas sur le fourneau, mon petit bonhomme. Laisse-moi plutôt entrer à l'intérieur, autrement, je mourrai de froid, répliqua la vieille, et hop ! elle sauta dans les flammes, sans donner à Pantoufle le temps de dire un mot !

- Ah ! Comme il fait bon ici ! se félicitait-elle alors que les flammes lui léchaient le visage. Pantoufle prit sur lui d'ajouter quelques bûches dans le brasier.

- Vous me plaisez bien, grand-mère, ne voulez-vous pas m'épouser ?, hasarda-t-il poliment, tout en priant le ciel qu'elle dise non. En effet, il espérait trouver mieux. - Quelle drôle d'idée, mon garçon, rit la vieille, amusée. Je suis trois fois centenaire, et j'ai passé l'âge de songer au mariage depuis fort longtemps. Mais, comme tu t'es montré gentil avec moi, je te donnerai un bon conseil. Tu trouveras tout près d'ici un arbrisseau, une boule-de-neige. Si tu prononces la formule magique, il réalisera ton vœu."

Et la petite vieille chuchota des paroles magiques à l'oreille du jeune homme, puis disparut comme la fumée. Pantoufle se dirigea aussitôt dans la direction qu'elle lui avait indiquée. Il arriva en peu de temps près d'un château de pierre, mais ce château était tout petit, de la taille d'une maison de poupée. A l'intérieur, une boule-de-neige fleurissait. Le jeune cordonnier lui dit :

" De toutes les fleurs de la terre,

La boule-de-neige est la plus belle.

Sors, Boule-de-neige, sur la route,

Donne-moi la fiancée, coûte que coûte ! "


L'arbrisseau frémit, comme si une brise l'avait agité, et tendit ses rameaux vers le soleil. La fleur la plus belle s'offrait à Pantoufle.

"Je suis là, je suis là ", cria une petite voix.

Pantoufle avait beau écarquiller les yeux, il ne voyait personne, à part une araignée qui tissait une toile, fine comme un voile de mariée, autour de la fleur blanche.

"Seigneur, ayez pitié de moi, soupira le jeune homme, je ne vais tout de même pas faire la cour à une araignée ! " Mais que faire puisqu'il avait donné sa parole ? Et une parole de cordonnier, mes amis, est ferme comme si elle était collée avec de la colle de pâte. Ainsi, bon gré, mal gré, Pantoufle marmonna dans sa barbe, en espérant que l'araignée ne l'entendrait pas :

"Voudrais-tu m'épouser, petite araignée ?

- Volontiers ", répondit celle-ci et l'affaire fut conclue !

Ne pouvant faire autrement, Pantoufle posa délicatement sa fiancée Araignée sur son chapeau et repartit immédiatement pour aller chercher un travail convenable dans le vaste monde. A dire vrai, il n'était pas pressé d'ne trouver un, mais sa fiancée ne le laissait pas en paix.

Un jour, ils arrivèrent dans un royaume inconnu dont tous les habitants, jusqu'au dernier, se consacraient à la couture. Le roi lui-même administrait le pays, assis sur un tabouret, tout en maniant l'aiguille et le dé. Hélas, personne ne savait coudre les chaussures dans ce curieux royaume, si bien que tout le monde marchait pieds nus.

"Ici, le travail ne te manquera pas, déclara l'araignée, mais, avant de commencer, tu vas nous bâtir une maison." Pantoufle essaya de se dérober, mais sa fiancée tint bon. Aussi, retroussa-t-il ses manches et se mit-il à l'ouvrage. En peu de temps, il construisit une jolie petite maison et, par habitude, il voulut s'installer près du fourneau.

"Pas question ! l'arrêta sa fiancée Araignée. Allez, paresseux, au travail !" Et, pour donner l'exemple, elle s'affaira dans les coins et sur les murs de la maison qui brillèrent bientôt comme un sou neuf. Bien sûr, Pantoufle ne voulut pas être en reste. Les commandes affluèrent de toutes parts dans le pays des tailleurs aux pieds nus, et l'argent s'entassa dans son escarcelle. Au fil du temps, le jeune cordonnier prit goût à son métier. Une seule chose le tracassait. Une jeune et belle princesse lui apparaissait en songe chaque nuit pour le supplier :

"Prends-moi pour épouse, s'il te plaît ! "

Pantoufle la dévorait des yeux tellement elle lui plaisait. Mais chaque fois qu'il était sur le point de tomber amoureux d'elle, il se rappelait sa gentille et travailleuse fiancée Araignée.

"Veuillez me pardonner, gentille princesse. Je me suis déjà engagé pour le meilleur et pour le pire, répondait(il à la jeune beauté. Choisissez plutôt quelqu'un parmi vos égaux. Que feriez-vous d'un cordonnier malpropre ? "

Chaque fois, la jeune fille lui lançait un regard mutin avant de disparaître. Un jour, Pantoufle approvisionna le dernier sujet du royaume en chaussures élégantes et chaussures de tous les jours, et sa fiancée jugea que le moment était venu de rendre visite aux parents du jeune homme. Celui-ci n'en eut pas très envie, se voyant déjà la risée de tous les cordonniers du pays, mais son fourneau lâcha un nuage de fumée, aviva ses flammes et se mit de lui-même en branle. Pantoufle eut tout juste le temps de se hisser dessus. Il se mit à chercher sa fiancée et la trouva juchée sur le dos d'un coq blanc qui voletait devant le fourneau en s'égosillant :


" Cocorico, faites place

A la princesse Araignée

Qui retourner dans son palais

Avec son fiancé."


Pantoufle, amusé par la chansonnette du coq, rit à gorge déployée. En peu de temps, ils atteignirent le petit château de pierre qui abritait l'arbrisseau boule-de-neige.

"Te rappelles-tu ? c'est ici que nous nous sommes rencontrés, dit l'araignée. Arrêtons-nous un peu pour évoquer ensemble mes souvenirs. "

Le cordonnier ne s'y opposait pas : plus il approchait de sa maison, moins il avait envie de rentrer. Il redoutait fort la moquerie des gens. Il descendit de son fourneau, s'assit sur la muraille crénelée du château et posa sa fiancée Araignée sur la paume de sa main. Tout à coup, le château trembla sur ses bases, et se mit à grandir, à grandir, jusqu'à se transformer en un somptueux palais au toit d'or. Sans savoir comment, le jeune homme se retrouva très haut dans les nuages. Perché sur la pointe d'une tour, il tenait dans ses bras une princesse, belle comme le jour. C'était bien celle qui lui apparaissait en rêve.

"Je te remercie, cher fiancé, de m'avoir délivrée du sort qu'on m'a jeté, en me restant fidèle dans les moments les plus difficiles ", dit la charmante jeune fille. Elle sortit de son corsage un mouchoir arachnéen avec lequel le jeune couple descendit, tendrement enlacé, dans la cour du château. Les buissons de boule-de-neige y fleurissaient à perte de vue. Des chevaliers, des écuyers, des femmes de chambre, des cuisiniers et des laquais sortirent des massifs fleuris pour acclamer la princesse et son élu.

"Désormais, tu ne seras plus cordonnier, mais le roi du pays des boules-de-neige ", sourit la princesse et elle manda quérir sans tarder les parents du jeune homme. Ce fut une noce comme vous n'en avez jamais vue ! Pantoufle voulut absolument coudre lui-même les souliers de sa jolie fiancée. Il s'installa sur son tabouret et se mit à travailler. C'était un plaisir ! Il acheva son ouvrage tout juste au moment où le bal commençait. Tout le monde dansa et festoya jusqu'au lever du jour ; seule la jolie mariée pleurait à chaudes larmes.

"Mais qu'est-ce qui fait pleurer ma belle princesse ? " se demandait Pantoufle. Son père le cordonnier le conduisit à l'écart :

"Tu es la brebis galeuse de notre profession ! s'indigna-t-il. Les escarpins de danse de ta fiancée sont trop étroits. Dieu merci, tu abandonnes le métier. Espérons que tu seras meilleur roi que cordonnier ", ajouta-t-il en tapant Pantoufle avec son chausse-pied."

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Chansons populaires :


Selon Wikipedia :


Kalinka (Калинка en cyrillique, « Petite baie (d'obier) ») est un célèbre chant russe devenu traditionnel. Il a été écrit et composé en 1860 par Ivan Petrovitch Larionov (1830 – 1889). Il s'agit d'une chanson d'amour poétique, amusante et coquine, dont il est impossible de traduire toutes les nuances à cause des expressions typiques russes utilisées et des double-sens volontairement introduits.

Калинка Petite baie Калинка, калинка, калинка моя ! Petite baie, petite baie, ma petite baie ! В саду ягода малинка, малинка моя ! Dans le jardin, il y a des petites framboises, ma petite framboise


Ах, под сосною, под зеленою, Sous le sapin, sous la verdure, Спать положите вы меня ! Je suis allongé pour dormir Ай-люли, люли, ай-люли, люли, Ah, liouli, liouli, ah liouli, liouli, Спать положите вы меня. Je suis allongé pour dormir.


Калинка, калинка, калинка моя ! Petite baie, petite baie, ma petite baie ! В саду ягода малинка, малинка моя ! Dans le jardin, il y a des petites framboises, ma petite framboise


Ах, сосёнушка, ты зеленая, Ah, petit sapin, toi qui es vert, Не шуми ты надо мной ! Ne fais donc pas de bruit au-dessus de moi Ай-люли, люли, ай-люли, люли, Ah, liouli, liouli, ah liouli, liouli, Не шуми ты надо мной ! Ne fais donc pas de bruit au-dessus de moi !


Калинка, калинка, калинка моя ! Petite baie, petite baie, ma petite baie ! В саду ягода малинка, малинка моя ! Dans le jardin, il y a des petites framboises, ma petite framboise


Ах, красавица, душа-девица, Ah, jolie fille, chère jeune fille, Полюби же ты меня ! Tombe donc amoureuse de moi ! Ай-люли, люли, ай-люли, люли, Ah, liouli, liouli, ah liouli, liouli, Полюби же ты меня ! Tombe donc amoureuse de moi !


Калинка, калинка, калинка моя ! Petite baie, petite baie, ma petite baie ! В саду ягода малинка, малинка моя ! Dans le jardin, il y a des petites framboises, ma petite framboise

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Voir aussi la Viorne ;


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