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  • Anne

La Boule-de-neige




Étymologie :

  • VIORNE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. Fin xiie-déb. xiiie s. vione (Le Bestiaire de Gervaise, 462, éd. P. Meyer ds Romania t. 1, p. 432), attest. isolée ; 1538 viorne (Est., s.v. viburnum) ; 1778 viorne cotonneuse, viorne lauriforme, viorne lobee (Lamarck, Flore fr. t. 3, p. 363) ; 1859 viorne obier (Bouillet) ; 2. 1544 viourne « clématite » (R. Estienne, De latinis et graecis nominibus arborum, p. 8) ; 1753 (Encyclop. t. 13, s.v. clematite : la clematite ou l'herbe aux gueux, dans la basse-Bourgogne on l'appelle viorne) ; 1764 viorne des pauvres (Valm., p. 655). Du lat. viburna, plur. neutre pris pour un fém. sing., de viburnum « viorne ; petit alisier ».


Lire également la définition de la viorne pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :

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Symbolisme :


D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"La boule-de-neige fleurit à la saison froide, sur le viburnum, arbuste qui peut atteindre quatre mètres. Elle porte deux messages. L'un s'adresse aux enfants, le second aux adultes. Le premier concerne exclusivement les enfants sérieux et tranquilles, du genre petites filles modèles. En effet, la boule-de-neige demande en leur nom : "enveloppez-moi d'angélisme et de silence". Ces enfants-là ne s'élanceront pas dans le froid pour disputer des batailles de boules de neige. A tout hasard, la fleur si sage les met en garde : "n'allez pas vous refroidir ! ". Aux adultes, elle recommande : "méfiez-vous de la calomnie". Tiens, pourquoi donc ? Tout simplement parce que la (vraie) boule de n (vraie ) neige ressemble à la calomnie : elle grossit encore et encore à mesure qu'elle roule sur elle-même.

Prudente et angélique, notre fleur blanche pense quand même à l'amour et finit par lancer : "je suis fière de vous aimer". Une déclaration qui peut sembler pour le moins curieuse. Faite par la personne qui offre le bouquet, ne serait-elle pas un peu blessante pour celle qu le reçoit ? Quel mérite y a-t-il à l'aimer ? Est-ce un tel tour de force ? se demande-t-elle perplexe.

Les nombreux experts interrogés sur cette question comme les grimoires consultés dans les abysses des petites, grandes ou très grandes bibliothèques de rance et de Navarre, n('ont pas fourni la réponse. Heureusement, dans le domaine de la prédiction, un léger flou ajoure au charme."


Mots-clefs : "Angélique et fière"

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; la Boule-de-Neige raconte la sienne dans un conte venu de Roumanie et intitulé "Pantoufle et sa fiancée Araignée" :


"Très loin d'ici, au diable vauvert, se trouvait une curieux pays", commença à conter une petite princesse gironde, vêtue d'une crinoline blanche. Elle ressemblait à un pompon éclatant. "Dis-nous d'abord comment tu t'appelles", l'interrompit la reine. La jeune fille répondit : "On m'appelle Boule-de-Neige. Dans certains pays, on chante des chansons sur moi." Et elle enchaîna, sans se troubler.


Dans ce pays ne vivaient que des cordonniers. Du matin au soir, ils maniaient l'alène, ressemelaient les chaussures, taillaient leur dessus dans le chevreau et le vélin, et corrigeaient leurs jeunes enfants avec un chausse-pied. Le roi lui-même ne s'asseyait jamais sur un trône, mais sur un tabouret, poissant les ligneuls comme le plus humble de ses sujets. Il lui arrivait d'enduire de colle de pâte les fonds de culottes de ses conseillers pour les faire rester tranquilles pendant qu'il réparait tant bien que mal les chaussures. Bref, dans ce remarquable royaume, le métier se transmettait du grand-père au père, du père au fils, et ainsi de suite. Tous faisaient donc la même chose, tous possédaient des chaussures sans compter, et tous vivaient chichement. Personne ne voulait travailler la terre et, encore moins, apprendre un autre métier.

Dans ce pays vivait aussi un jeune cordonnier qu'on appelait Pantoufle. Du matin au soir, il se roulait au coin du feu, sans jamais mettre le nez dehors.

"Tu devrais t'en aller, courir un peu le monde et apprendre un autre métier, autrement nous mourrons tous de faim", estimait son père cordonnier, mais le jeune homme lui rétorquait en riant :

"Tu es cordonnier, je suis cordonnier, mon aïeul et mon bisaïeul étaient cordonniers. Il ne sera pas dit que je serai le premier à trahir la corporation."

Un jour, sa mère, excédée, lui dit sans ambages qu'il était grand temps qu'il pensât à se marier.

L'idée parut plaisante à Pantoufle qui rit à gorge déployée :

"Je vais me marier, maman, c'est promis. Mais je le ferai seulement le jour où ce fourneau sur lequel je suis couché me portera de lui-même à travers le monde. J'épouserai alors la première qui voudra de moi."

Miracle ! A peine eut-il fini sa phrase que le fourneau s'ébranla, se dirigea vers la porte pour l'emporter tout droit à l'auberge où la fête patronale battait son plein. Pantoufle fut ébahi. Mais que pouvait-il faire ? Une promesse est une promesse. A cheval sur son fourneau, il s'approcha de la plus jolie fille de l'assistance et l'invita à danser. Quelle danse ! Les musiciens s'appliquaient et le fourneau dansait une polka endiablée avec la jeune fille effarée. C'était un véritable plaisir !

Juché sur son fourneau, Pantoufle riait à perdre haleine : "Voudrais-tu m'épouser ? " demanda-t-il à la danseuse éreintée, au moment où les musiciens entamaient une fanfare en leur honneur.

" Que sais-tu faire ? s'enquit la jeune fille.

- Je suis cordonnier ", répondit Pantoufle, gonflé d'orgueil. La demoiselle fit la moue. Des cordonniers, elle pouvait en avoir treize à la douzaine. Bon gré mal gré, Pantoufle dut reprendre ses tribulations.

Il parcourut le monde, assis sur son fourneau, demandant chaque jeune fille qu'il croisait en mariage. Hélas ! Aucune ne voulait de lui. Cela tombait sous le sens : qui aurait voulu d'un cordonnier dans un pays de cordonniers ?

Un soir, notre voyageur arriva dans une forêt sombre. Il y faisait noir comme dans un four, et le vent grondait dans les frondaisons à vous donner la chair de poule. Soudain, des bandits de quatre chemins surgirent devant le cordonnier : ils étaient robustes, barbus, hirsutes, avec des yeux de braise, conduits pas un chef au nez percé d'un anneau d'or. Derrière lui se tenait sa fille, belle et farouche comme une belette. Tous pointaient leur pistolet sur le jeune homme.

" La bourse ou la vie ! " tonna le chef. Le sang de Pantoufle se figea dans ses veines, mais son fourneau, heureusement, ne se laissa pas impressionner. Il gronda, lâcha de la fumée, cracha des flammes d'enfer et se rua sur cette racaille aux doigts crochus.

" Sauve qui peut ! C'est un dragon ! " hurlèrent les bandits, et ils se dispersèrent comme une volée de moineaux. Seule la fille du chef n'eut pas le temps de se sauver assez vite. Pantoufle l'attrapa par la tresse, tout en se proposant comme mari. " J'ai un métier très respectable. Je suis cordonnier ", dit-il fièrement pour la séduire.

Mais la belle craintive fit un signe de croix, tout épouvantée.

" Seigneur, préservez-moi ! Mon bisaïeul et mon aïeul étaient brigands, mon père et ma mère sont brigands, et moi, je devrais devenir respectable ? Tu veux que mes ancêtres se retournent dans leur tombe ? " Sans donner à Pantoufle le temps de se ressaisir, elle sortit un couteau de sa poche, trancha net sa tresse et disparut. " Pourquoi faut-il que je sois justement cordonnier ? " regrettait amèrement le jeune homme. Son fourneau se remit en route et Pantoufle voyagea toute la nuit. Le lendemain, lorsque le soleil monta au zénith, il commença à avoir très chaud. Étouffant, mourant de soif, il vit tout à coup une vieille grand-mère assise au bord de la route. Malgré ses trois pelisses, ses trois bonnets en peau de mouton et ses trois cache-nez en laine autour du cou, elle grelottait de froid. Pantoufle eut pitié d'elle.

" Montez sur mon fourneau, grand-mère, pour vous réchauffer. J'ai si chaud que je pourrais faire sauter des crêpes sur la paume de ma main, lui dit-il gentiment.

- Pas sur le fourneau, mon petit bonhomme. Laisse-moi plutôt entrer à l'intérieur, autrement, je mourrai de froid, répliqua la vieille, et hop ! elle sauta dans les flammes, sans donner à Pantoufle le temps de dire un mot !

- Ah ! Comme il fait bon ici ! se félicitait-elle alors que les flammes lui léchaient le visage. Pantoufle prit sur lui d'ajouter quelques bûches dans le brasier.

- Vous me plaisez bien, grand-mère, ne voulez-vous pas m'épouser ?, hasarda-t-il poliment, tout en priant le ciel qu'elle dise non. En effet, il espérait trouver mieux. - Quelle drôle d'idée, mon garçon, rit la vieille, amusée. Je suis trois fois centenaire, et j'ai passé l'âge de songer au mariage depuis fort longtemps. Mais, comme tu t'es montré gentil avec moi, je te donnerai un bon conseil. Tu trouveras tout près d'ici un arbrisseau, une boule-de-neige. Si tu prononces la formule magique, il réalisera ton vœu."

Et la petite vieille chuchota des paroles magiques à l'oreille du jeune homme, puis disparut comme la fumée. Pantoufle se dirigea aussitôt dans la direction qu'elle lui avait indiquée. Il arriva en peu de temps près d'un château de pierre, mais ce château était tout petit, de la taille d'une maison de poupée. A l'intérieur, une boule-de-neige fleurissait. Le jeune cordonnier lui dit :

" De toutes les fleurs de la terre,

La boule-de-neige est la plus belle.

Sors, Boule-de-neige, sur la route,

Donne-moi la fiancée, coûte que coûte ! "


L'arbrisseau frémit, comme si une brise l'avait agité, et tendit ses rameaux vers le soleil. La fleur la plus belle s'offrait à Pantoufle.

" Je suis là, je suis là ", cria une petite voix.

Pantoufle avait beau écarquiller les yeux, il ne voyait personne, à part une araignée qui tissait une toile, fine comme un voile de mariée, autour de la fleur blanche.

" Seigneur, ayez pitié de moi, soupira le jeune homme, je ne vais tout de même pas faire la cour à une araignée ! " Mais que faire puisqu'il avait donné sa parole ? Et une parole de cordonnier, mes amis, est ferme comme si elle était collée avec de la colle de pâte. Ainsi, bon gré, mal gré, Pantoufle marmonna dans sa barbe, en espérant que l'araignée ne l'entendrait pas :

" Voudrais-tu m'épouser, petite araignée ?

- Volontiers ", répondit celle-ci et l'affaire fut conclue !

Ne pouvant faire autrement, Pantoufle posa délicatement sa fiancée Araignée sur son chapeau et repartit immédiatement pour aller chercher un travail convenable dans le vaste monde. A dire vrai, il n'était pas pressé d'ne trouver un, mais sa fiancée ne le laissait pas en paix.

Un jour, ils arrivèrent dans un royaume inconnu dont tous les habitants, jusqu'au dernier, se consacraient à la couture. Le roi lui-même administrait le pays, assis sur un tabouret, tout en maniant l'aiguille et le dé. Hélas, personne ne savait coudre les chaussures dans ce curieux royaume, si bien que tout le monde marchait pieds nus.

" Ici, le travail ne te manquera pas, déclara l'araignée, mais, avant de commencer, tu vas nous bâtir une maison." Pantoufle essaya de se dérober, mais sa fiancée tint bon. Aussi, retroussa-t-il ses manches et se mit-il à l'ouvrage. En peu de temps, il construisit une jolie petite maison et, par habitude, il voulut s'installer près du fourneau.

" Pas question ! l'arrêta sa fiancée Araignée. Allez, paresseux, au travail ! " Et, pour donner l'exemple, elle s'affaira dans les coins et sur les murs de la maison qui brillèrent bientôt comme un sou neuf. Bien sûr, Pantoufle ne voulut pas être en reste. Les commandes affluèrent de toutes parts dans le pays des tailleurs aux pieds nus, et l'argent s'entassa dans son escarcelle. Au fil du temps, le jeune cordonnier prit goût à son métier. Une seule chose le tracassait. Une jeune et belle princesse lui apparaissait en songe chaque nuit pour le supplier :

" Prends-moi pour épouse, s'il te plaît ! "

Pantoufle la dévorait des yeux tellement elle lui plaisait. Mais chaque fois qu'il était sur le point de tomber amoureux d'elle, il se rappelait sa gentille et travailleuse fiancée Araignée.

" Veuillez me pardonner, gentille princesse. Je me suis déjà engagé pour le meilleur et pour le pire, répondait(il à la jeune beauté. Choisissez plutôt quelqu'un parmi vos égaux. Que feriez-vous d'un cordonnier malpropre ? "

Chaque fois, la jeune fille lui lançait un regard mutin avant de disparaître. Un jour, Pantoufle approvisionna le dernier sujet du royaume en chaussures élégantes et chaussures de tous les jours, et sa fiancée jugea que le moment était venu de rendre visite aux parents du jeune homme. Celui-ci n'en eut pas très envie, se voyant déjà la risée de tous les cordonniers du pays, mais son fourneau lâcha un nuage de fumée, aviva ses flammes et se mit de lui-même en branle. Pantoufle eut tout juste le temps de se hisser dessus. Il se mit à chercher sa fiancée et la trouva juchée sur le dos d'un coq blanc qui voletait devant le fourneau en s'égosillant :


" Cocorico, faites place

A la princesse Araignée

Qui retourner dans son palais

Avec son fiancé."


Pantoufle, amusé par la chansonnette du coq, rit à gorge déployée. En peu de temps, ils atteignirent le petit château de pierre qui abritait l'arbrisseau boule-de-neige.

" Te rappelles-tu ? c'est ici que nous nous sommes rencontrés, dit l'araignée. Arrêtons-nous un peu pour évoquer ensemble mes souvenirs. "

Le cordonnier ne s'y opposait pas : plus il approchait de sa maison, moins il avait envie de rentrer. Il redoutait fort la moquerie des gens. Il descendit de son fourneau, s'assit sur la muraille crénelée du château et posa sa fiancée Araignée sur la paume de sa main. Tout à coup, le château trembla sur ses bases, et se mit à grandir, à grandir, jusqu'à se transformer en un somptueux palais au toit d'or. Sans savoir comment, le jeune homme se retrouva très haut dans les nuages. Perché sur la pointe d'une tour, il tenait dans ses bras une princesse, belle comme le jour. C'était bien celle qui lui apparaissait en rêve.

" Je te remercie, cher fiancé, de m'avoir délivrée du sort qu'on m'a jeté, en me restant fidèle dans les moments les plus difficiles ", dit la charmante jeune fille. Elle sortit de son corsage un mouchoir arachnéen avec lequel le jeune couple descendit, tendrement enlacé, dans la cour du château. Les buissons de boule-de-neige y fleurissaient à perte de vue. Des chevaliers, des écuyers, des femmes de chambre, des cuisiniers et des laquais sortirent des massifs fleuris pour acclamer la princesse et son élu.

" Désormais, tu ne seras plus cordonnier, mais le roi du pays des boules-de-neige ", sourit la princesse et elle manda quérir sans tarder les parents du jeune homme. Ce fut une noce comme vus n'en avez jamais vue ! Pantoufle voulut absolument coudre lui-même les souliers de sa jolie fiancée. Il s'installa sur son tabouret et se mit à travailler. C'était un plaisir ! Il acheva son ouvrage tout juste au moment où le bal commençait. Tout le monde dansa et festoya jusqu'au lever du jour ; seule la jolie mariée pleurait à chaudes larmes.

" Mais qu'est-ce qui fait pleurer ma belle princesse ? " se demandait Pantoufle. Son père le cordonnier le conduisit à l'écart :

" Tu es la brebis galeuse de notre profession ! s"indigna-t-il. Les escarpins de danse de ta fiancée sont trop étroits. Dieu merci, tu abandonnes le métier. Espérons que tu seras meilleur roi que cordonnier ", ajouta-t-il en tapant Pantoufle avec son chausse-pied."

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