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  • Anne

Le Cotonnier


Étymologie :

  • COTONNIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1542 adj. arbre cottonier (Du Pinet, Pline, XII, 10 ds Gdf. Compl.) − 1575 (Thevet, Cosmographie, XXI, 10 ds Hug.) ; 1694 subst. « arbuste qui produit le coton » (Ac.). Dér. de coton*; suff. -ier*.

  • COTON, subst. masc.

Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 1160 « duvet végétal » (Enéas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 7449) ; b) 1671 fig. mettre, élever dans du coton (Mme de Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, t. 2, p. 167) ; c) 1839 fig. jambes en coton (Stendhal, Chartreuse, p. 366 : Ses jambes lui semblaient comme du coton) ; 1877 guibolles de coton (Zola, loc. cit.) ; d) 1846 fig. filer un mauvais coton (Monnier, Scènes pop., II, 27 ds Quem. Fichier), 2. ca 1165 cotun « fil, étoffe de coton » (B. de Sainte-Maure, Roman de Troie, éd. L. Constans, 7907 [var.]) ; 3. 1680 « arbre qui porte le coton » (Rich.) − 1771 (Trév.), remplacé par cotonnier. B. 1. 1574 bot. « duvet de certaines plantes » (R. Belleau, Odes d'Anacréon, Œuvres, I, 26 ds IGLF) ; 2. 1916 arg. milit. « nuage » (Cartault, Feuillets de campagne ds Esn. Poilu 1919, p. 175) ; 3. 1890 adj. arg. « embrouillé, difficile » (Esn.). Empr. à l'ar. quṭun, « coton » par l'intermédiaire de l'ital. cotone (cf. lat. médiév. cutto à Gênes en 1156 et cutuneus en Sicile en 1144 d'apr. Vidos 1939, pp. 336-338). La culture de cette plante a été introduite en Sicile et en Andalousie par les Arabes au xiie s. (FEW t. 19, p. 102b, s.v. quṭun).


Lire également les définitions de coton et cotonnier pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Gossypium barbadense ;

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Expressions populaires :


Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expressions populaires bien connues :


Elever un enfant dans du coton : Avant l'invention des « couveuses » où l'on place les bébés prématurés, les gens à qui il venait un enfant avant terme tâchaient de lui sauver la vie en l'installant dans une boite garnie de coton. C'est ce qui arriva, en mars 1696, au minuscule Louis du Plessis, né à sept mois - ce futur duc de Richelieu, terrible guerrier, séducteur impénitent et scandaleux maréchal qui mourut à 92 ans passés ! Il passa les trois premiers mois de son existence dans une boîte de coton.

L'image de cette protection extrême, à l'abri de tous les dangers par excès de tendresse maternelle, a servi de modèle au langage populaire du XIXe : « Elever un enfant dans du coton, écrit Delvau, le gâter de caresses. » (1867).


Filer un mauvais coton : « On dit proverbialement, raconte Furetière, Cela jettera un beau coton, pour faire entendre, qu'une chose mal entreprise produira un mauvais effet & qu'elle sera désavantageuse à ceux qui l'ont commencée. Cette façon de parler, quoiqu'elle ait passé de la ville jusqu'à la Cour, est basse & ridicule. » (1690).

Le « beau coton » est ici une antiphrase de la seconde partie du XVIIe siècle - et « jeter » signifie produire, secréter, au sens où un arbre - jetait des « bourgeons ». L'interprétation arboricole qu'a donnée Guiraud de cette locution un peu étrange en faisant appel à une pseudo-maladie du cotonnier ( « aura pu se dire d'un cotonnier qui produit des boutons maladifs ») ne tient absolument pas la route. On comprend mal comment les gens du XVIIe, le peuple de Paris de surcroît, se seraient intéressés d'aussi près à des arbres exotiques d'inde ou d'Égypte, au point de nommer, sans les avoir jamais vus, une de leurs maladies hypothétiques, et d'en faire une locution ironique courante… On nage là dans le délire d'interprétation qui ne tient aucun compte de l'examen des faits linguistiques.

Gaston Esnault en revanche relève jeter un vilain coton en 1692 et propose avec beaucoup de bon sens l'image d'une étoffe vieillissante qui « jette » en effet une bourre cotonneuse, signe matériel de son usure. Le tissu se "débourre", dit-on, ce qui laisse prévoir des déchirures et une détérioration complète dans un proche avenir.

Cette dernière forme fut celle du XVIIIe siècle : « Cet homme jette un vilain coton, Pour dire que sa réputation a reçu quelque atteint violente, ou que ses affaires sont ruinées. » (Le Roux, 1752 et 1786). « Jeter un mauvais coton », est signalé comme alternative à « vilain » par l'Académie en 1835. Par ailleurs, Napoléon Landais introduit l'année suivante, en 1836, la notion de mauvaise santé : « Jeter un vilain coton signifie encore : dépérir par la maladie ».

Au XIXe siècle, ce fut la seconde acception qui prévalut dans le peuple, avec le verbe filer introduit par une sorte de rationalisation, puisqu'on « file du coton », ce qui transforme radicalement l'image du départ. Il est probable que l'installation des filatures a influé sur cette remotivation à une époque d'intensification industrielle. « Filer un mauvais coton, écrit Delvau, Être malade et sur e point de mourir, dans l'argot du peuple. Signifie aussi Faire de mauvaises affaires ; mener une vie déréglée. » (1867). Le sens s'est élargi progressivement à tout ce qui ne bat que d'une aile : « A un autre signe, on voir que la police, la sale police de jadis, est en train de filer un mauvais coton tout gluant de sang caillé » (Jules Vallès, Le Tableau de Paris, 1882).

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Botanique :


Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt évoque les différents modes de communication chez les animaux et chez les plantes :


On raconte qu'il existait en Inde, jusqu'au siècle dernier, une étrange coutume consistant à fouetter les cotonniers en cours de croissance, sans doute pour la freiner et intensifier ainsi la production.

Là encore, nous retrouvons l'histoire des koudous dont les puissants effets prédateurs sur les acacias, avec ses conséquences biochimiques, pouvaient être simulés par le fouettage des arbres.

C'est ce que firent les étudiants et qui eut pour résultat d'augmenter les productions de tanins et le dégagement d'éthylène. Par ailleurs, des chercheurs américains ont réussi à empêcher un allongement excessif des chrysanthèmes par application de trains de vibrations et d'agitations des jeunes cultures.

 







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Croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012),


"A tous les indécis ne sachant vers quelle cause se tourner en priorité, ne sortez jamais sans une veste en coton. Si vous êtes amenés à traiter un négoce d'argent au cours de la journée, lancez le fameux habit sur votre épaule droite. Si l'on en croit les habitants de Caroline du Sud, il n'y aurait rien de tel pour favoriser la réussite de son entreprise. Mais si une affaire de cœur occupe soudain toutes vos pensées, répétez la même opération sur l'épaule gauche.

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Symbolisme :


Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Cotonnier (Gossypium barbadense) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Lune

Élément : Terre

Pouvoirs : Protection . Guérison ; Chance.


Utilisation magique : Dans le sud des États-Unis, la « boule de coton» qui apparaît au bout des branches lorsque éclate la capsule du fruit est mise dans un sucrier que l'on place sur le dessus du buffet ; c'est un talisman protecteur pour la maison.

Lorsqu'un homme va traiter des affaires d'argent, qu'il jette sur son épaule droite une veste ou un blouson de Coton; s il va régler des affaires sentimentales ou passionnelles, c'est l'épaule gauche qu'il faut draper du même vêtement (Caroline du Sud).

Les Noirs de ces régions passent une rage de dents en enduisant la dent malade d'un emplâtre fait avec des graines de Cotonnier pilées et mêlées à de la moelle de sureau.

Pour les retours d'affection, ce sont des grains de poivre blanc qu'il faut coudre dans un sachet en Coton rouge que l'on porte sur sa poitrine, à même la peau ; si on en a la possibilité, on renforce le charme en ajoutant au poivre quelques rognures d'ongles et de cheveux appartenant à la personne convoitée.

En matière de sachets magiques, les tissus de Coton constituent la meilleure enveloppe possible lorsque le contenu est à dominante Terre ou Eau. Lorsque le contenu est à dominante Air ou Feu, il vaut mieux choisir une étoffe de laine.

Quelques Cotonniers plantés autour de la maison tiennent les mauvaises influences à distance; si l'un de ces buissons est venu germer spontanément dans votre jardin, et qu'il semble y prospérer, gardez-vous bien de l'arracher : il vous indique que vous habitez dans une zone d'excellentes turbulences telluriques.

Si vous allez à la pêche par un jour de grand vent (très défavorable, le poisson reste au fond), prenez vingt graines de Cotonnier. Posez-en dix sur les berges. Enterrez-en cinq au pied d'un saule. Lancez les cinq dernières dans le courant. Le poisson mordra en dépit du mauvais temps (Noirs de l'Alabama).

Brûler du Coton brut fait pleuvoir.

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"Selon une tradition orale venue d'Outre-Atlantique, les fleurs de cotonnier fêtent le premier anniversaire d'une vie à deux. Elles pourraient très bien dire carrément : "Vous me plaisez beaucoup. Quand nous revoyons-nous ?" et même questionner hardiment : "et si on essayait en toute liberté ?". Et souhaiter, lorsque c'est le cas : "un an déjà ! Joyeux anniversaire !". Elles ont beaucoup de succès aujourd'hui et visiblement beaucoup à dire, ces branches dénudées garnies de petites boules d'ouate qu'on appelle "fleurs de coton" (et qui ne sont pas des fleurs, comme on va le voir). Elles s'inscrivent à merveille dans les appartements de célibataire où, par leur style graphique, elles apportent une note d'avant-garde. Appréciée des femmes et des hommes raffinés et sans préjugés, la branche à pompons n'a rien de la fraîche fleurette gentillette. Elle n'avait pas sa place dans les harems ni dans les cercles de jeunes filles herboristes des siècles passés et ne figure donc pas dans les manuels anciens.

Mais déjà, au XVIIIe siècle les hommes de goût comme Chateaubriand durant son voyage aux Amériques, remarquaient sa grâce : "L'herbe était couverte de rosée [...] et les plantes à coton du pays, renversant leurs capsules, ressemblaient à des rosiers blancs".

En Europe, nous ignorons la véritable fleur du cotonnier. Elle ressemble à une rose trémière mais cède très vite la place à la petite coque duveteuse qui protège les graines du cotonnier. Le cinéma américain nous en a souvent montré des champs entiers. Parfois, comme dans L'Homme du sud de Jean Renoir, le coton joue le rôle principal et toute l'intrigue tourne autour de ce trésor offert par la nature.


Mot-clef : "Un an déjà !"

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Pour Sophie Ékoué , auteure de Sagesses africaines (Hachette, 2016) :


"La blancheur de son fruit, le coton, et sa pureté inspirent la purification et la spiritualité à l'homme. Ses feuilles palmées à cinq lobes sont comme les doigts et ressemblent à une main gantée.

Le cotonnier fournit la matière pour les vêtements, c'est une de ses nombreuses fonctions. Il est un régulateur du système nerveux central, le porter apporte douceur et bien-être. Avec son duvet soyeux, les mystiques wolof (ethnie du Sénégal et de Gambie) le décrivent comme une "plante-signature". Cela veut dire qu'en s'habillant de coton, on revêt non seulement une matière qui caresse la peau, mais l'essence même de la plante imprègne peu à peu l'être. L'essence du cotonnier est faire de gaieté et de suavité, elle influe sur le tempérament en le rendant paisible, calme et léger.

Tout est bon dans le coton, les feuilles, les tiges, l'écorce. Les brindilles servent de frottements qui assurent, dit-on, estime et sympathie à la personne qui en use. La fumée purifie les animaux destinés aux sacrifices. Sur le plan ésotérique, en pays bamana, l'initié ne doit pas couper la racine du cotonnier car elle représente l'homme en tant que personne physique.


En Sierra Leone, il est symbole d'un mouvement, d'un peuple et du pays ; tout à la fois durable et fragile, il peut exprimer une grande palette de sentiments. En 1792, les esclaves afro-américains qui avaient gagner leur liberté durant la guerre d'Indépendance américaine, en combattant auprès des Britanniques, rejoignirent leur nouvelle colonie et prirent l'habitude de se rassembler sous cet arbre pour rendre grâce à Dieu. Aujourd'hui, après la guerre civile qui a déchiré le pays, c'est toujours un puissant symbole d'espoir. Si vous voyagez à Freetown ou dans d'autres villes de ce pays, allez voir l'arbre du coton juste avant le crépuscule, pour assister à l'envol des milliers de chauves-souris qu'il héberge ; le spectacle est unique et impressionnant, dans une atmosphère entre chien et loup."

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882)


COTON. (Gossypium ; en sanscrit karpâsa, d’où les noms grec et latin : ..., carbasus ; en sanscrit, on l’appelle aussi phalahî, proprement fructifère). — Le nom de gossypium religiosum L. donné à une espèce indienne de coton ne semble avoir aucune importance scientifique ; cette dénomination serait née en Europe, parce que, dans le siècle passé, en cultivait l’espèce de coton indiquée sous ce nom, dans un couvent de nonnes européennes du Dekhan. Dans l’Inde, le coton est une plante si commune, que nous ne l’avons jusqu’ici trouvée mentionnée nulle part dans les livres sanscrits comme une plante sacrée. Une strophe populaire indienne113 parle même du coton avec le plus grand mépris : « O plante du coton, tu pousses loin des chemins ; ton fruit n’est mangeable ni pour les hommes ni pour les singes ; il n’a pas d’odeur ; les abeilles le négligent ; tu ne possèdes aucune bonne qualité ; il est donc inutile que nous te visitions ; reste, nous nous en irons d’ici en soupirant ». Dans un conte populaire indien publié par Maive Stokes114, on lit que l’oiseau bulbul (espèce de rossignol, Lanius boulboul Lath.) va se poser sur une plante de coton, et y demeure douze ans, pour en attendre le fruit, en refusant l’hospitalité à tous les autres oiseaux, de peur qu’ils ne viennent lui arracher le fruit convoité. Lorsqu’il voit la belle fleur, il se réjouit, mais c’est en vain qu’il attend le fruit ; alors, il s’expose à la risée de tous les autres oiseaux qu’il avait chassés de la plante. Une autre strophe indienne publiée par Böhtlingk parle cependant des fruits du coton avec quelque indulgence : « Nous aimons les fruits du coton, quoique dépourvus de goût, puisqu’ils ont la propriété de cacher ce qui doit être caché (c’est-à-dire de donner à l’homme des draps pour couvrir sa nudité). » M. Girard de Rialle, en outre, nous apprend que « chez les Khonds, un cotonnier est planté à la fondation de chaque nouveau village, et devient une sorte de palladium de la commune ». D’après la strophe 166 du Saptaçataka de Hâla, il semblerait que, dans l’Inde, on ait remarqué une certaine ressemblance entre le tremblement des mains qui semaient le coton et le mouvement convulsif produit par la volupté de deux amoureux qui se pâment de plaisir « Lorsque la belle, au jour propice, sema le coton, ses mains tremblaient, parce que son désir était accompli ». La même comparaison revient dans la strophe 364 de Hâla. Il paraît que les semailles du nouveau coton se font lorsque le fruit du coton semé l’année d’avant, déjà mûr pour la récolte, commence à s’ouvrir et à montrer la blancheur de la ouate. La plante semble alors montrer ses dents (que les Indiens du temps de Hâla ne devaient pas encore noircir de bétel) et rire. « Lorsque le paysan (qui avait semé le coton) s’en alla en pensant que la jeune fille pâmée de plaisir était morte, les cotonniers, courbés sous le poids de leurs fruits, riaient ». Agassiz, dans son Journey in Brazil, nous a fait connaître une étrange légende brésilienne, qui concerne l’une des plus belles espèces de coton (gossypium brasilianum). Caro Sacaibu, le premier des hommes, était un demi-dieu. Son fils Rairu, être inférieur, suivait les ordres de son père, qui ne l’aimait point. Pour s’en débarrasser, Sacaibu façonna un armadille et le fourra dans la terre, en laissant seulement sortir la queue, qu’il frotta avec du gui ; alors, il donna à son fils l’ordre de lui apporter l’armadille ; Rairu obéit ; mais il avait à peine touché la queue (1), que celui-ci, aidé par Sacaibu entraîna Rairu au fond de la terre. Mais, grâce à son talent, Rairu parvint à reparaître sur la terre, et il raconta à Sacaibu que, dans les régions souterraines habitaient des hommes et des femmes, qui, transportés sur la terre, sauraient la cultiver. Sacaibu se laissa convaincre, et descendit à son tour au fond de la terre, à l’aide d’une corde tressée avec un coton, qu’il avait semé pour la première fois à cette occasion. Les premiers hommes que Sacaibu tira sur la terre au moyen de cette corde étaient petits et laids ; mais, à mesure qu’il en tirait, il en sortait de plus beaux, jusqu’à ce que la corde de coton se brisa, et les plus beaux échantillons de l’humanité restèrent pour toujours sous la terre. Voilà pourquoi, dans ce monde, la beauté est un privilège si rare.


Note : 1) Un détail pareil se trouve dans une légende cosmogonique et zoologique que j’ai entendue dans ma première enfance en Piémont ; seulement, au lieu d’un armadille, dans la légende piémontaise il s’agit d’un cochon.

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