Le Sophora
- Anne

- 28 déc. 2017
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 déc. 2025
Étymologie :
SOPHORA, subst. masc.
Étymol. et Hist. 1807 sophora (Duméril, Hist. nat. t. 1, p. 194) ; 1808 sophore (Boiste). Du lat. sc. sophora (1737, Linné, Genera plantarum, n°350, p. 125 : Sophora. Ervi species), prob. empr. à l'ar. ṣufayrā' « arbre dont le bois jaune est employé pour la teinture » (Dozy t. 1, p. 836a), mot de même orig. que l'adj. aṣfar « jaune » (cf. aussi Cor.-Pasc., s.v. sofora).
Lire également la définition du nom sophora pour amorcer la réflexion symbolique.
Autres noms : Sophora japonica pendula - Arbre des pagodes - Pagode japonaise -
Sophora toromiro -
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Botanique :


Histoires d'arbres :
Le Prix du jury du Concours de l'arbre de l'année 2017 est attribué à un Sophora japonica :
Organisé par le magazine Terre Sauvage et l’Office national des forêts (ONF), ce concours récompense des arbres de France présentés par des groupes et sélectionnés pour leurs caractéristiques naturalistes, esthétiques, historiques mais aussi pour le lien qui unit le groupe à l’arbre.
[...]
Le sophora du japon au château de Montry, région île de France : "L’histoire de ce sophora, c’est une histoire de résilience. Il se situe dans le parc à l’anglaise du château de Montry, sur la commune du même nom, qui date de la fin du XIXe siècle. On sait que l’arbre a préexisté au parc : il a sans doute plus de deux siècles. Si aujourd’hui, le sophora se présente sous la forme de deux grosses branches principales qui s’étalent sur le sol, lui confèrant un remarquable recouvrement de 1 000 mètres carrés, c’est que son histoire est marqué par une chute. Vers 1930, le sophora s’est couché à terre, son tronc initial s’étant creusé de l’intérieur. Une légende est née à cette époque : il s’est dit que les personnes ayant tenté d’abattre cet arbre après sa chute sont mortes prématurément, comme si l’esprit de l’arbre luttait pour sa survie. Le château est désormais devenu un établissement pour l’insertion dans l’emploi. Mais la légende perdure. Et, en 2016, une promotion de volontaires a décidé de prendre le nom de « Sophora » par analogie : l’arbre a chuté, mais s’est relevé, tels les jeunes qui intègrent l’établissement avec le statut de « volontaires à l’insertion ». "
Symbolisme :
Selon Catherine Orliac, autrice de "Données nouvelles sur la composition de la flore de l'île de Pâques." (In : Journal de la Société des Océanistes, 1998, vol. 107, no 2, pp. 135-143) :
L'étude anthracologique atteste de la présence de quatorze genres botaniques et de quinze espèces ligneuses auxquels s'ajoutent six autres taxons non identifiés. Quelques-uns de ces arbres et arbustes poussent encore à l'île de Pâques même si certains, comme Triumfetta semitriloba et Sapindus saponaria, sont aujourd'hui devenus très rares. D'autres espèces avaient été signalées dans les analyses polliniques tel Coprosma et le palmier pascuan (cf. Paschalococos disperta), jadis abondant et dont la présence est attestée sur l'île au moins jusqu'au XVe siècle. Il en est de même pour le Sophora toromiro, petit arbre endémique doté d'un fort pouvoir symbolique, largement représenté dans la flore ancienne par ses pollens fossiles et qui disparut de son habitat naturel dans les années cinquante. [...]
Le Thespesia populnea et le Sophora toromiro fournissaient de bons bois de sculptures particulièrement recherchés pour le façonnage d'objets de prestige ou de statuettes représentant les divinités.
Sur le site Naturando on peut lire :
"C’est un arbre qui a une réputation funeste au Japon : les branches tortueuses et crochues avaient la réputation d’attirer les mauvais esprits. Mais aussi en Chine depuis que le dernier empereur de la dynastie Ming s’était pendu à un sophora en 1644, les portes de la Cité Impériale étant assiégée par des paysans."
Béatrice David, autrice d'un article intitulé « Tourisme et politique : la sacralisation touristique de la nation en Chine », (Hérodote, vol. 125, no. 2, 2007, pp. 143-156) évoque le symbolisme du Sophora en Chine :
Dans les faubourgs de Hongdong, chef-lieu du district homonyme de la province septentrionale du Shanxi, le parc mémoriel qui met en scène le récit de la migration issue du Sophora géant de Hongdong attire chaque année plus de visiteurs chinois. « Demandez-nous de quel pays viennent nos ancêtres ? Du Grand Sophora de Hongdong dans le Shanxi, nous vous répondrons. Dites-nous le nom de la maison de vos ancêtres ? Le vieux nid de cigognes du Grand Sophora, nous vous répondrons » [Zhang, 2005], clament ces versets d’un chant populaire reproduits sur tous les souvenirs vendus dans ce sanctuaire mémoriel, où est réactualisé un récit de migration qui sert à établir aujourd’hui les origines de plus de la moitié de la population de la Chine septentrionale, y compris celles des lignages des musulmans hui et mongols. Le développement du site mémoriel de Hongdong, fondé sur la réactivation dans les années 1980 d’une légende d’origine qui n’avait pas au départ pour vocation de devenir un récit national, est exemplaire du rôle de la fiction de l’origine dans la fabrication des nouveaux espaces du tourisme chinois.
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