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  • Anne

La Chouette effraie





Étymologie :

  • EFFRAIE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1553 effraye (Belon, Singularitez, I, 10 ds Barb. Misc. 17, 37, p. 323 : l'oiseau [qui] vole la nuict par les villes et faict un cry moult effrayant, nous l'avons nommé une fresaye, ou bien effraye). Formation obscure. Soit altération de orfraie* « pygargue » sous l'infl. de effrayer* (EWFS2). Le mot orfraie semble avoir été employé à tort du xvie au xixe s. pour désigner l'effraie ou fresaie (cf. Barb. op. cit., p. 324 et FEW t. 7, p. 435a, s.v. ossifraga). Soit altération de fresaie sous l'infl. de effrayer* (FEW t. 9, p. 305, s.v. praesagus).


Lire aussi la définition du nom de cette chouette pour amorcer la réflexion symbolique.


Autre noms selon Buffon :

"Latin : Aluco ;

en Allemand et en Flamand : Kirch-eule, ce qui signifie Chouette des églises ; Schleyer-eule, Chouette voilée, parce qu’elle semble avoir la tête encapuchonnée ; Perl-eule, parce que son plumage est parsemé de taches rondes comme des perles ou des gouttes de liqueur ;

en Anglois : White-owl, Chouette blanche.

Nota. Salerne dit qu’on l’appelle dans l’Orléanois, la Sologne, etc..… Frésaie ; en Poitou, Présaie ; en Gascogne, Bresague ou Fresaco ; dans le Vendômois, Chouart. "


Également surnommée La Dame blanche.

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Zoologie :


Pour connaître la situation de cette chouette sur le territoire national et en particulier en Rhône-Alpes, lire le dépliant proposé par la LPO Mission rapaces et les Actes des rencontres chevêche et effraie 2015.




Symbolisme :


Georges-Louis Leclerc, Comte de Buffon, dans son Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du cabinet du roi, Tome Seizième (1770-1783) fait état des superstitions qui ont longtemps entouré cet animal nocturne :


"...les tours, les clochers, les toits des églises et des autres bâtiments élevés lui servent de retraite pendant le jour, et elle en sort à l’heure du crépuscule, son soufflement qu’elle réitère sans cesse, ressemble à celui d’un homme qui dort la bouche ouverte ; elle pousse aussi en volant et en se reposant, différents sons aigres, tous si désagréables que cela joint à l’idée du voisinage des cimetières et des églises, et encore à l’obscurité de la nuit, inspire de l’horreur et de la crainte aux enfants, aux femmes, et même aux hommes soumis aux mêmes préjugés, et qui croient aux revenants, aux sorciers, aux augures ; ils regardent l’effraie comme l’oiseau funèbre, comme le messager de la mort ; ils croient que quand il se fixe sur une maison, et qu’il y fait retentir une voix différente de ses cris ordinaires, c’est pour appeler quelqu’un au cimetière."

Sur le site de la LPO Mission rapaces, on trouve ces quelques précisions sur l'évolution de la vision de l'effraie au fil du temps :


"Persécutée pendant des siècles, l’Effraie a été considérée tantôt comme une créature démoniaque (voir une Effraie étant considéré comme un mauvais présage), tantôt comme une guérisseuse (on attribuait aux œufs et aux ailes des vertus curatives), de même que la tradition de clouer des chouettes aux portes était censée protéger de l’orage ou de la maladie.

Par la suite, au cours des XIX et XX° siècles, la vision de l’Effraie a évolué de manière positive avec l’étude de sa biologie par les premiers naturalistes (Belon, Waterton). Aujourd’hui tous les rapaces sont protégés, les persécutions ont disparu et la perception de l’Effraie et des rapaces nocturnes en général est bien meilleure qu’autrefois, en témoigne le succès de la Nuit de la Chouette depuis 1996 par exemple."

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Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) nous propose la notice suivante :


"L'effraie est une chouette. Si l'on nomme ainsi cette espèce d'oiseau rapace nocturne, c'est sans doute parce qu'elle a suscité bien des frayeurs, mais aussi et surtout parce qu'on la confondait avec l'orfraie, dont le nom n'a pourtant rien à voir avec "frayeur" mais qui, étymologiquement, signifie briser (de frangere) les os (le "os" a fini par être prononcé "or"), car il brise les os des animaux qu'il mange.

L'effraie aime à se réfugier dans les clochers des églises, les vieilles granges, les greniers, les ruines. C'est la raison pour laquelle on la représente souvent solitaire et c'est pourquoi, aussi, elle disparaît peu à peu, les greniers à grains et les clochers se raréfiant. La femelle pond entre 4 et 6 œufs deux fois dans l'année, à même le sol.

Associée à la nuit, la chouette effraie le fut aussi à la Lune, bien sûr. Ainsi, chez les Aztèques comme chez les ancêtres de la civilisation inca, elle symbolisait la Maison de la Nuit, tandis que l'aigle, à l'opposé, figurait la Maison du Jour. Lorsqu'on représente une chouette comme symbole de divination ou de clairvoyance, on distingue la chouette effraie de la chouette hulotte en cela que la première veille sur les vestiges du passé, et donc sur la connaissance et le savoir ancestraux qu'elle est susceptible de transmettre à qui l=de droit, tandis que la seconde joue le rôle de gardienne de la nuit, protégeant l'homme contre les démons ou l'avertissant s'ils se manifestent ou le mettent en danger."

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Symbolisme celte :


De par son surnom de Dame blanche, l'effraie est reliée à Guenièvre dont le nom vient selon toute vraisemblance du mot gallois Gwenhwyfar signifiant « le blanc fantôme », « la dame blanche » ou « la blanche fée ».

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Selon Gilles Wurtz, auteur de Chamanisme celtique, Animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres (Éditions Véga, 2014),


"Le magnifique faciès blanc en forme de cœur qu'arbore la chouette effraie, tel un masque, lui donne une aura de mystère. Malheureusement, la symbolique première si évidente et bénéfique de la chouette effraie a été détournée par le christianisme qui a associé sa présence dans les greniers ou les granges à celle de fantômes, de spectres venus tourmenter les habitants, ces superstitions étaient alimentées par son vol feutré. Son envergure, de taille raisonnable puisqu'elle ne dépasse guère un mètre, lui permet effectivement de fondre sur ses proies en silence, les prenant ainsi par surprise. Ses cris désagréables passaient pour annoncer une mort imminente.

Si la forme spécifique de ses yeux permet de concentrer un maximum de lumière et de voir avec un éclairage cinquante fois plus faible que celui dont nous avons besoin, son sens le plus développé n'est pas la vue mais l'ouïe, grâce à laquelle elle repère ses proies.


Applications chamaniques celtiques de jadis

Avec son masque blanc, la chouette effraie inspirait le mystère. Pour les Celtes, elle symbolisait l'inconnu, ce qui est dissimulé et qui reste à explorer. Les druides, les chamans, les guérisseurs, les sages..., ainsi que toute personne engagée sur un chemin spirituel, travaillaient quotidiennement avec l'esprit de la chouette effraie qui les aidait à ouvrir de nouvelles portes, à accéder à des connaissances nouvelles. Son aide était également précieuse dans des questions précises, familiales, communautaires, politiques ou autres, lorsqu'on était dans une impasse, qu'on ne voyait pas d'issue et qu'il fallait voir au-delà des apparences. L'esprit de la chouette effraie permettait, à un individu ou à une communauté, d'explorer une réalité différente, ne réalité cachée par nos repères habituels, et ainsi favorisait de nouvelles prises de conscience dont on pouvait profiter pour sortir d'une relation conflictuelle, avec soi ou avec autrui. La chouette effraie était un guide avisé et estimé, c'était elle qui détenait la clé des subtilités des ajustements nouveaux.

Les druides - les savants et philosophes détenteurs des connaissances spirituelles dans les peuples celtiques - entretenaient une relation privilégiée avec ce messager du monde des esprits. C'était avec lui qu'ils débattaient de sujets intellectuels, philosophiques et spirituels, nourrissant leur besoin constant d'une ouverture toujours plus grande, d'une compréhension toujours plus profonde, d'une conscience toujours plus juste de l'homme et de la vie.


Applications chamaniques celtiques de nos jours

Aujourd'hui, la chouette effraie est toujours celle qui incarne le mystère et l'inconnu, qui encourage à explorer au-delà des apparences, au-delà des repères habituels et qui peut nous accompagner, si nous le lui demandons à travers notre pratique chamanique, dans la remise en question qui en découle inévitablement afin qu'elle nous soit la plus bénéfique possible.

Toute personne qui souhaite progresser sur son chemin spirituel, intellectuel, philosophique ou autre, peut, par une pratique chamanique celtique, aller rencontrer l'esprit de la chouette effraie pour avoir accès à l'inconnu, à l'inexploré au-delà de nos connaissances limitées, pour ensuite s'ajuster au mieux aux remises en question et aux changements que cela implique. Tous, membres d'un couple, parents qui doivent s'ouvrir et s'ajuster à l'univers de leurs enfants, chercheurs - dans tous les domaines : sciences, médecine, écologie...,- enseignants, responsables politiques, nous pouvons faire un travail salutaire avec l'esprit de la chouette effraie. Pour nous apprendre à voir avec le cœur, à nous ouvrir à des horizons nouveaux."


Mots-clefs : Le mystère de l'inconnu ; La remise en question."

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Littérature :


L'Effraie


La nuit est une grande cité endormie

où le vent souffle... Il est venu de loin jusqu'à

l'asile de ce lit. C'est la minuit de juin.

Tu dors, on m'a mené sur ces bords infinis,

le vent secoue le noisetier. Vient cet appel

qui se rapproche et se retire, on jurerait

une lueur fuyant à travers bois, ou bien

les ombres qui tournoient, dit-on, dans les enfers.

(Cet appel dans la nuit d'été, combien de choses

j'en pourrais dire, et de tes yeux...) Mais ce n'est que

l'oiseau nommé l’effraie qui nous appelle au fond

de ces bois de banlieue. Et déjà notre odeur

est celle de la pourriture au petit jour,

déjà sous notre peau si chaude perce l’os,

tandis que sombrent les étoiles au coin des rues.


Philippe Jaccottet, "L'Effraie" in L'Effraie, éditions Gallimard, 1953.

On peut lire une analyse intéressante de ce poème par Jean-Michel Maulpoix sur son site.

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Sylvain Tesson entreprend grâce à Vincent Munier une véritable quête initiatique qu'il relate dans un récit de voyage qu'il a intitulé La Panthère des neiges, (Éditions Gallimard, 2019). Ce faisant, il évoque également d'autres souvenirs :


"Une chouette effraie criait. « Je la connais, c'est celle du quartier, le génie de la nuit, le général en chef des arbres morts. » C’était l'une de ses obsessions : refaire une classification des êtres vivants, non plus selon la méthode structurelle des parentèles de Linné, mais selon un ordre transversal qui rassemblerait les dispositions des bêtes et des plantes confondues.

[...]

Demain nous rentrions à Paris. Pour l'heure, une nuit à tuer. Nous convergions vers le parc du centre-ville. Munier cria :

- Là-haut !

Une chouette effraie fuyait vers le parc, les ailes frappées par les faisceaux. Même ici, Munier traquait les signaux sauvages. La complicité d'un homme avec le monde animal rend supportable le séjour dans les cimetières urbains.

[...] Quelle place restait-il aux chouettes dans un monde laser ? Comment reviendraient les panthères dans cette haine mondiale de la solitude et du silence, dernières joies des malheureux ?"

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