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  • Anne

La Chouette Hulotte



Étymologie :

  • HULOTTE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1530 ornith. les hulottes et les arondelles (Lef. d'Etaples, Bible Baruch 6, [21] ds Delb. Notes mss). Dér. de l'a. et m. fr. (h)uller « pousser des cris stridents » ca 1165 (B. de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 16749 : ullent, braient, plorent et criënt) − xvie s. ds Hug., encore vivant dans les dial. (v. FEW t. 14, p. 13a), du lat. imp. ŭlŭlare « id. »; suff. -otte*; cf. le lat. imp. ŭlŭla « chouette, effraie », d'où ne peut être empr. le fr. hulotte, étant donné son entrée tardive dans la lang. (ibid., p. 15b, note 7) ; v. aussi hurler.

  • CHAT-HUANT, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1269-78 chahuan (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 5945) ; fin xive s. chat huant (Marc. [ms. Venise Bibl. Marciana], app. fr. XXIII, f° 109b ds Gdf. Compl.) ; 1611 chat-huant (Cotgr.). Altération d'apr. chat 1* et huant (part. prés. de huer*) du judéo-fr. javan « hibou » (xie s., Raschi, Gloses, éd. A. Darmesteter et D.-S. Blondheim, t. 1, n°600), a. fr. choan 1180-1200 (Alex. de Paris, Alexandre, éd. Eliott Monographs, t. 2, branche III, 1265), lui-même issu du b. lat. cavannus (ve s. ds TLL s.v., 624, 6) d'orig. gauloise.


Lire aussi les définitions de hulotte et chat-huant pour amorcer la réflexion symbolique.




Croyances populaires :


Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


En Espagne, les Chats-huants passent pour des oiseaux du diable ; on les accuse de boire l'huile des lampes suspendues; devant les images des saints.




Symbolisme :


Son appellation de Chat-huant est à l’origine du nom des célèbres Chouans (Chat-huant en Vendéen) des guerres de Vendée qui utilisèrent son cri comme signal de ralliement.

Certains disent que cette appellation est due aux petites touffes de poils qu'elle aurait sur les oreilles mais ils confondent avec le hibou.

Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


C'est une chouette que l'on surnomme chat-huant, présente dans presque toute l'Europe, célèbre pour ses hululements plaintifs et mélodieux qu'elle lance au mois de février, à la saison de ses amours. La femelle pond 3 ou 4 œufs qu'elle couvre durant un mois environ, en mars ou en avril. Mais elle reste encore auprès des oisillons pendant dix jours, pour les protéger tandis que le mâle se charge d'apporter le produit de sa chasse, de petits mammifères ou des oiseaux, des grenouilles ou des insectes, le plus souvent. la chouette hulotte est sédentaire. on peut donc la voir toute l'année dans les forêts surtout, ou à la lisière des bois qui se trouvent près des villages de nos campagnes, à la nuit tombante. Au cœur de la nuit, on peut l'entendre lancer son chant ou son cri, mais on ne la voit qu'à la pleine lune, dont elle sait qu'elle est propice à la chasse.

A la chouette hulotte, on a attribué au Moyen Âge des pouvoirs maléfiques. L'Eglise l'associait ainsi à la mort, au mal et à la sorcellerie. Est-ce parce que, dans des temps beaucoup plus reculés encore, elle symbolisant la clairvoyance et les dons de divination ? En effet, on comprend qu'il était aisé de voir d'un mauvais œil - et de voir en elle l'incarnation du mauvais œil, justement - cet oiseau rapace qui chassait la nuit et se dissimulait le jour, qui semblait donc avoir peur de la lumière du Soleil. Mais alors, on avait oublié que la hulotte était l'attribut d'Athéna, la sœur d'Apollon, déesse grecque de la guerre, mas aussi et surtout de la sagesse, de la fécondité et des arts. A l'instar d'Athéna, la hulotte est une inspiratrice et une initiatrice."

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Contes, mythes et légendes :


Les Œufs de Pâques

Selon Michèle Blanc, auteure de Yon devint Artemare, : "à Artemare, il y avait le Sarvant, sorte de chat-huant, qui la nuit dans les greniers, brassait les noix, faisant croire qu'il entrechoquait les os de sa carcasse ".

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Littérature :


Les Souris et le Chat-huant


Il ne faut jamais dire aux gens : « Écoutez un bon mot, oyez une merveille. » Savez-vous si les écoutants En feront une estime à la vôtre pareille ? Voici pourtant un cas qui peut être excepté : Je le maintiens prodige et tel que d’une fable Il a l’air et les traits encore que véritable. On abattit un pin pour son antiquité, Vieux palais d’un Hibou, triste et sombre retraite De l’oiseau qu’Atropos prend pour son interprète. Dans son tronc caverneux et miné par le temps, Logeaient, entre autres habitants, Force Souris sans pieds, toutes rondes de graisse. L’oiseau les nourrissait parmi des tas de blé,

Et de son bec avait leur troupeau mutilé. Cet oiseau raisonnait, il faut qu’on le confesse. En son temps, aux Souris le compagnon chassa : Les premières qu’il prit du logis échappées, Pour y remédier, le drôle estropia Tout ce qu’il prit ensuite ; et leurs jambes coupées Firent qu’il les mangeait à sa commodité, Aujourd’hui l’une et demain l’autre. Tout manger à la fois, l’impossibilité S’y trouvait, joint aussi le soin de sa santé. Sa prévoyance allait aussi loin que la nôtre : Elle allait jusqu’à leur porter Vivres et grains pour subsister. Puis, qu’un Cartésien s’obstine À traiter ce Hibou de montre et de machine ! Quel ressort lui pouvait donner Le conseil de tronquer un peuple mis en mue ? Si ce n’est pas là raisonner, La raison m’est chose inconnue. Voyez que d’arguments il fit : « Quand ce peuple est pris, il s’enfuit ; Donc il faut le croquer aussitôt qu’on le happe. Tout ? il est impossible. Et puis, pour le besoin N’en dois-je pas garder ? Donc il faut avoir soin De le nourrir sans qu’il échappe. Mais comment ? Ôtons-lui les pieds. » Or, trouvez-moi Chose par les humains à sa fin mieux conduite. Quel autre art de penser Aristote et sa suite Enseignent-ils, par votre foi ?


Jean de La Fontaine, Fables, Livre XI, 9, 1678.

Le Philosophe et le Chat-huant


Persécuté, proscrit, chassé de son asile, Pour avoir appelé les choses par leur nom, Un pauvre philosophe errait de ville en ville, Emportant avec lui tous ses biens, sa raison. Un jour qu'il méditait sur le fruit de ses veilles, C'était dans un grand bois, il voit un chat-huant Entouré de geais, de corneilles, Qui le harcelaient en criant : C'est un coquin, c'est un impie, Un ennemi de la patrie ; Il faut le plumer vif : oui, oui, plumons, plumons, Ensuite nous le jugerons. Et tous fondaient sur lui ; la malheureuse bête, Tournant et retournant sa bonne et grosse tête, Leur disait, mais en vain, d'excellentes raisons. Touché de son malheur, car la philosophie Nous rend plus doux et plus humains, Notre sage fait fuir la cohorte ennemie, Puis dit au chat-huant : pourquoi ces assassins En voulaient-ils à votre vie ? Que leur avez-vous fait ? L'oiseau lui répondit : Rien du tout ; mon seul crime est d'y voir clair la nuit.

Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794), Fables, Livre IV, 14, 1792.

A la proue du toit


A la proue du toit la hulotte,

De son œil accoutumé,

Voit l'aube assombrir la prise

Que la nuit lui livrait sans leurre.


Après l'écho écartelé,

L'arrachage des mûriers ;

L'oiseau dont seul le cœur transpire

Présage un cruel demi-jour,

Le ciel où s'embrase Corinthe.


L'un l'autre avons même souffrance

Et le vent est bien léger,

Le vent à tête de méduse,

Qu'à Martigues en peine d'enfance

J'avais pris pour un cri d'oiseau

Alertant la voûte cendreuse.


René Char, Chants de la Balandrane, 1977.

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Art pictural :

Victor Hugo, Chat-huant devant les ruines du château de Vianden, dessin.