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  • Anne

Les Hamadryades



Étymologie :

  • HAMADRYADE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1442 [composition] amadriades « nymphe des bois » (Lefranc, Champ. des Dames, Ars 3121 [1481], fo128b ds Gdf. Compl.); 1544 [éd.] hamadryades (B. Desper., Recueil des œuvres, p. 52, ibid.). Empr. au lat. imp.hamadryas, -adis « id. » lui-même du gr. α ̔ μ α δ ρ υ α ́ ς, -α ́ δ ο ς (< α ́ μ α « ensemble » et δ ρ υ ̃ ς « arbre, en partic. chêne ») « nymphe dont la vie est liée à celle d'un arbre ».


Lire aussi la définition du nom hamadryade pour amorcer la réflexion symbolique.




Mythes et légendes :


Dans Arbres filles et garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs (Éditions du Seuil, février 2017) de Françoise Frontisi-Ducroux, celle-ci propose de penser que :


"Les arbres sont féminins [en grec] parce qu'ils peuvent être habités par des filles, les hamadryades, les nymphes des arbres, catégorie que nous n'avons pas encore évoquée. Comme leur nom le dit, elles vivent avec et en même temps, hama, que leur arbre, drys (Note : Ce qui n'en fait pas pour autant les résidus d'un culte des arbres, d'une "dendolâtrie" primitive. L'existence d'une phase animiste généralisée et universelle, préliminaire à d'autres formes d'expression religieuse, relève de constructions obsolètes, qui appliquaient à l'histoire des religions le schéma de l'évolutionnisme biologique.). Elles naissent, poussent et s'épanouissent, explique Aphrodite à Anchise, et lorsque leur destin touche à son terme, "leurs âmes quittent ensemble la lumière du soleil" (Hymne homérique à Aphrodite, 265-72). Les bûcherons connaissent bien ces divinités. Il les entendent frissonner et murmurer avec le vent. Et, fait plus inquiétant, elles crient lorsqu'on veut les abattre. Elles saignent aussi, telles Lotis, la " micocoulière ", dont Dryopé, inconsciente de son geste, arrache un rameau en voulant cueillir une fleur. L'histoire la plus terrible est celle que raconte Callimaque dans son Hymne à Déméter. L'impie Érysichthon s'en prit à un bois sacré très cher à Déméter. Il voulait en faire le plafond de sa salle à manger. La première frappée, une haute "peuplière" qui touchait jusqu'au ciel, poussa, au premier coup de hache, un son plaintif qui alerta la déesse. Courroucée, celle-ci punit le coupable en le frappant d'une faim inextinguible. après avoir tout dévoré dans la maison, chien, cheval, chatte et souris, après avoir mendié des quignons aux carrefours, lui, le fils du roi, il finit par se ronger lui-même (Note : Ovide remplace ce peuplier par un chêne, quercus, Métamorphoses, VIII, 71 s.).

[...] Arbres filles et filles arbres sont parfois envisagés comme une pluralité. Fratrie de sœurs, groupe de compagnes, troupes de bavardes, rondes de danseuses deviennent alignement de peupliers, rangée de sapins, bosquet de pins ombrageant un sanctuaire. A elle seule, Syrinx est une brassée de roseaux. Elle se fond dans une roselière. Lorsqu'elle est individualisée, l'héroïne se détache sur une collectivité qui vient à son secours et peut l'absorber. Ces images répondent certes aux réalités des paysages. Mais elles correspondent aussi à une tendance de l'individu mâle, seul sujet de la pensée et du discours antiques, à penser le féminin au pluriel. A se penser face à une communauté différente de soi : les femmes, les filles. Plus généralement l'autre, quel que soit son genre, est un pluriel indifférencié : les autres. Pour preuve ces bergers d'Apulie, transformés en arbres anonymes. Ce sont bien des mâles, une troupe grossière de bergers incultes et impies, des brutes, mais leur altérité excessive les fait basculer dans une quasi-féminité végétale collective, sans identité. inversement lorsque le héros est unique, le rustre brutal est transformé en une variété distincte, une espèce dont les filles sont exclues, un olivier sauvage, l'oléastre, un arbre au masculin.

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