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Le Milan



Étymologie :


  • MILAN, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1500 ornith. millan (Anc. poésies fr., éd. A. de Montaiglon, t. 9, p. 339) ; 2. 1546 ichtyol. (Opuscules de Plutarque, trad. E. Pasquier, p. 170 ds Hug., s.v. chrysot). Empr. de l'a. prov. milan ornith. (xiiie s. ds Rayn.), lat. pop. *milanus (cf. esp. milano), altération de *milvanus, lui-même issu du lat. class. milvinus «relatif au milan», dér. de milvus/miluus «milan» (oiseau de proie et poisson marin). L'a. fr. disait escoufle (1re moitié xiie s., escufle, Psautier Cambridge, 103, 17 ds T.-L.), empr. d'une forme de b. bret. *skouvl que l'on peut restituer d'apr. le bret. mod. skoul (Bl.-W.5).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.

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Croyances populaires :


Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


MILAN. Albert le Grand nous apprend, avec son sérieux ordinaire, que si l'on porte sur son estomac la tête de cet oiseau, on se fera forcément aimer de tout le monde. Si, d'un autre côté, on attache cette tête au cou d'une poule, celle-ci couvera sans relâche jusqu'à ce qu'elle ait pu s'en débarrasser. Enfin, si on frotte de son sang la crête d'un coq, il ne chantera plus. Il existe aussi dans les rognons du milan une certaine pierre qui, placée dans le vase qui contient la viande que doivent manger deux ennemis, les remet aussitôt en bonne intelligence.




Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"On trouve, dans la littérature chinoise, des allusions au milan comme à un oiseau vulgaire et bavard, ce qu'est pour nous la pie.

Au Japon, tout au contraire, le milan est un oiseau divin : selon le Nibongi, c'est un milan d'or qui, se perchant sur l'arc du premier empereur Jimmu, lui indiqua le chemin de la victoire. Aussi l'image du milan figure-t-elle toujours auprès de l'empereur lors de certaines cérémonies. Il peut avoir été, comme en Égypte, un emblème de clan.

Le milan figurait parmi les oiseaux, consacrés à Apollon, dont le vol était riche en présages. Lors de l'attaque de l'Olympe par Typhon, c'est en milan qu'Apollon se transforma. Le milan, volant haut dans le ciel et d'une vue perçante, observé par les augures dans ses évolutions significatives, est normalement rattaché à Apollon et symbolise la clairvoyance."

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Cet oiseau rapace, « volant haut dans le ciel et d'une vue perçante », par conséquent symbole de clairvoyance, était consacré à Apollon qui prit sa forme lors de l'attaque de l'Olympe et vainquit le monstre Typhon. Au Japon, le milan est un oiseau divin et, dans certaines cérémonies, il est représenté aux côtés de l'empereur.

Le milan est vole au-dessus de la tête d'un individu ou croise son chemin lui promet une bonne journée ; perché au haut du mât d'un bateau, il est également de bon augure. Dans la Mayenne, à Fougerolles, on soutient que le voir avant cinq heures du matin annonce la mort ; de cinq heures à midi, il devient un présage d'ennui, et enfin le milan qui « tourne en rond indéfiniment dans le ciel » l'après-midi prédit une bonne nouvelle. Dans les pays arabes, on attrape l'oiseau pour lui faire faire le tour de la tête d'un enfant, puis on lui rend sa liberté ; cette opération effectuée un mardi ou un samedi attire la prospérité. En revanche, en Inde, son cri porte malheur tandis que, pour les Anglo-Saxons, ses fientes font mourir celui qui les reçoit.

D'un point de vue magique, la tête de milan portée sur l'estomac permet d'être aimé de tout le monde et surtout de la gent féminine. De plis, si deux ennemis mangent un plat renfermant une certaine pierre qui se trouve dans les reins ou « génitoires » de l'oiseau, « ils deviendront aussitôt bons amis et vivront dans une parfaite paix et union ». Son sang frotté sur la crête d'un coq empêchera celui-ci de chanter mais sa tête pendue au cou d'une poule la fait couver sans arrêt. La tête de l'oiseau réduite en poudre et prise dans un peu d'eau à encore le pouvoir de guérir la goutte.

Comme tous ses congénères, le milan annonce la pluie « quand il crie plus bassement et mollement en faisant : huie ! huie ! huie ! » et un orage s'il vole en bande et assez haut, en tournant sans cesse.

La formule de conjuration de la buse, recueillie par Eugène Rolland dans le pays messin, est valable pour le milan qu'on veut éloigner des volailles. Il faut dire dès qu'on en aperçoit un : « Milan, milan fais trois fois le tour de la maison, tu auras le plus beau de mes oisons ».

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Le milan noir est un oiseau rapace de la même famille que le faucon, l'autour, le vautour, l'aigle ou la buse, par exemple. On le trouve dans toute l'Europe, en Scandinavie, au sud de l'Asie, en Afrique et en Australie. Chasseur de petits vertébrés, il se nourrit surtout de charognes, oiseaux ou poissons morts. La femelle ne pond que 2 ou 3 œufs en avril ou en mai, mais il arrive fréquemment que le dernier oisillon à naître soit jeté au bas du nid par ses aînés, à peine sorti de l’œuf. Le milan noir aime à vivre près des rivières et des grands étangs, en se mêlant aux colonies de hérons. D'une taille pouvant atteindre entre 50 et 60 centimètres, son vol tournoyant et son cri strident sont impressionnants.

C'était l'un des oiseaux consacrés à Apollon, le dieu solaire grec, qui symbolisait ses dons de clairvoyance. Ainsi, selon la légende mythique attribuée à Typhon, le fils monstrueux, issu de l’œuf engendré par Gaïa et la semence de Cronos, lorsqu'il attaqua le Ciel, les dieux se réfugièrent dans le désert d’Égypte. Alors, Arès se transforma en poisson. Hermès en Ibis, Dionysos en bouc, Héphaïstos en bœuf et Apollon en milan, tandis que Zeus et Athéna luttèrent contre l'être surnaturel dont la tête touchait les étoiles, et qui était pourvu de cent têtes de dragons à la place de doigts..."

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Symbolisme celte :


Pour Sabine Heinz, auteure de Les Symboles des Celtes, (édition originale 1997, traduction française Guy Trédaniel Éditeur, 1998),


"Comme beaucoup d'autres merveilles de la nature, les rapaces sont aujourd'hui en voie de disparition. Bien qu'ils soient encore nombreux dans les pays celtiques, on se rend compte de la destruction progressive de la nature et l'on prend des mesures. C'est ainsi qu'aujourd'hui, dans le centre du Pays de Galles, le milan rouge, un oiseau de proie aussi majestueux qu'élégant, célèbre par sa queue d'hirondelle, est protégé par l'armée lors de la pariade et de la couvaison. Etant donné la pollution croissante de l'environnement et le manque de proies qui en résulte, il apprécie certainement que les habitants du pays le nourrissent."

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Littérature :


Le Milan et le Serpent


Un milan ayant enlevé un serpent s’envola dans les airs. Le serpent se retourna et le mordit ; tous les deux furent alors précipités du haut des airs, et le milan périt. « Pourquoi, lui dit le serpent, as-tu été si fou que de faire du mal à qui ne t’en faisait pas : tu es justement puni de m’avoir enlevé. » Un homme qui se livre à sa convoitise et fait du mal à de plus faibles que lui peut tomber sur un plus fort : il expiera alors, contre son attente, tous les maux qu’il a faits auparavant.

 

Le Milan qui hennit


Le milan eut jadis une autre voix, qui était perçante. Mais un jour il entendit un cheval qui hennissait admirablement, et il voulut l’imiter. Mais il eut beau répéter ses essais : il ne réussit pas à prendre exactement la voix du cheval et il perdit en outre sa propre voix. De cette manière il n’eut ni la voix du cheval ni sa voix de jadis.

Les gens vulgaires et jaloux envient les qualités contraires à leur nature et perdent celles qui y sont conformes.


Ésope, (fin VIIè siècle - début VIe siècle av. J. C.) ; traduction par Émile Chambry, Fables

Société d’édition « Les Belles Lettres », 1927.

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