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  • Anne

Le Calebassier




Étymologie :

  • CALEBASSIER, subst. masc.,

Calebassier, subst. masc., attest. 1637 calbassier « baobab » (P. Alexis de Saint-Lô, Relation du Voyage du Cap-Verd, p. 129 ds Arv., p. 134) ; 1640 calebassier « arbrisseau des Antilles » (P.-J. Bouton, Relation de l'establissement des François dep. l'an 1635 en l'isle de la Martinique, p. 66, ibid.) ; de calebasse, suff. -ier*. A d'abord été transposé au baobab en Afrique occidentale (supra 1637). − Fréq. abs. littér. : 8.

  • CALEBASSE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1527 calebace « grosse courge, séchée et vidée, servant de récipient » (F. de Roxas, Celestine, Harvard, f. M 4v d'apr. Brault ds Rom. Philol., t. 15, p. 131) ; 1542 calabasse (Du Pinet, Pline, table du t. 2 ds Delb. Notes : Calabasses des pelerins S. Jacques) ; 1555 calebace (Oviedo, L'Hist. nat. et gen. des Indes, Isles et Terre Ferme de la Grand Mer Oceane, trad. de Cast. en Fr. par J. Poleur, fol. 107b ds König, p. 47) ; 1572 calebasse (Liebaut, Maison rustique, t. 2, p. 10 ds Delb. Notes) ; 2. 1611 caulebasse « cucurbita lagenaria » (Cotgr.) ; 1680 calebace, calebasse (Rich.). Empr. à l'esp. calabaza « id. » (attesté dep. 946 sous la forme kalapazo d'apr. Cor. ; calabaza dep. 978, ibid. ; cf. 1502, F. de Rojas, la Celestina, original esp. de la trad. fr. d'où est tirée la 1re attest., supra), d'orig. discutée, peut-être préromane : il représenterait une dér. à partir de la racine *kal- « abri » (cale* « abri », calanque*, chalet*), var. de kar(r)- (carapace*, cheire*; v. Cor., s.v. calabaza et Hubschmid, fasc. 1, pp. 33-36). Un empr. à l'ar. qar'a « gourde » (FEW t. 19, pp. 85-86 et Bl.-W.5) oblige à faire intervenir un croisement (p. ex. avec le cat. cabas « panier », d'abord cavazo en 949 d'apr. Cor., s.v. capacho) pour expliquer la finale. De même un croisement de l'ar. qar'a avec un lat. vulg. *cucurbacea, *curbacea, altération par changement de suff. de cucurbita « courge » (Schuchardt ds Z. rom. Philol., t. 28, p. 149 ; repris par EWFS2 et König, p. 47) est sans fondement (v. Cor., s.v. calabaza).


Lire aussi les définitions de calebasse et calebassier.




Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut aussi lire un article consacré à la calebasse :


"Symbole féminin et solaire chez les Dogon, dont le système symbolique est à prédominance lunaire. C'est un substitut du vase de terre cuite, matrice du soleil, autour duquel s'enroule la spirale de cuivre rouge à huit tours qui est le symbole de la lumière, du verbe, de l'eau, du sperme, des principes fécondants. Le bélier mythique, premier fils du soleil, porte entre ses cornes une calebasse, peinte de l'huile rouge du sa, qui n'est autre que la matrice solaire. Ce bélier, représentation du principe eau-terre, féconde la calebasse matricielle par un sexe érigé sur son front. Le Nommo, dieu d'eau, grand démiurge de la cosmogonie des Dogon, se présente parois sur la terre sous la forme d'une calebasse. La famille des plantes associées au calebassier est liée aux notions d'espace , d'étendue et de commerce ; la calebasse est l'image du corps entier de l'homme, et du monde dans son ensemble."

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Selon Sophie Ékoué, auteure de Sagesses africaines (édition Hachette, 2016) :


Calebasse, objet de pouvoir : Avec le baobab, le rônier et le palmier, le calebassier est un arbre que l'on trouve sur tout le continent africain. Son fruit est la calebasse. Récolté à maturité, il est coupé en deux, l'intérieur est vidé et soigneusement nettoyé puis mis à sécher. Totalement imperméable, la calebasse sert à transporter l'eau, le lait, conserver le mil, le riz. Elle fait aussi office de louche ou de bol pour manger, ou encore d'objet décoratif. La modernité n'a pas totalement fait perdre la valeur de la calebasse. Elle sert encore dans les cuisines, dans les cours des habitations, en guise de seau ou de bassine.

De forme ronde, la calebasse rappelle le ventre de la femme enceinte. Elle évoque la cuisine, l'abondance, la fécondité et symbolise la femme, la mère, le foyer. AU Cameroun, la calebasse est considérée comme la matrice, l'utérus.

Chez les Peul ou les Maasaï, la calebasse n'est pas seulement un objet utilitaire : les calebasses sont peintes et gravées par les femmes et exposées sur des tables, offertes aux regards lors des fêtes. C'est un signe extérieur de richesse. La calebasse se fait aussi instrument de musique quand elle est utilisée par les femmes touareg qui en font des imzad.


Calebasse, objet de langage : Au nord du Bénin, lorsqu'une jeune fille entre en âge de se marier, elle utilise, pour les transports, une calebasse richement ornée. Les garçons savent ce que cela signifie.

Son fiancé offrira des calebasses à la famille de celle qu'il désire épouser. Si elle accepte, le mariage pourra être conclu. Et plus tard, si le couple ne s'entend plus et que le divorce est prononcé, la famille de l'épouse remettra une calebasse au mari pour signifier la séparation définitive.

Chez les Bambara du Mali, on faisait mettre au cou des menteuses de très épais colliers constitués de petits morceaux de calebasses brisées grossièrement taillés.


Au Kivu, au Rwanda et au Burundi, quand tout le monde est couché, la mère de famille, avant de fermer la porte de la case, place une calebasse contenant un peu d'eau bien propre : c'est ce qu'on appelle "l'utuzi tw' Imana", la petite eau de Dieu. Le Créateur passe chaque nuit refaire les gens de la maisonnée et pour cela, comme aux origines de l'univers, il a besoin d'eau ; c'est le rôle de la femme de fournir cette eau dans une calebasse.

Georges Defour, prêtre belge (1913-2012).


Calebasse, objet de culte : Les calebasses se déclinent en plats, gourdes, cuvettes, boîtes... Elles sont utilisées dans les rituels et jouent un rôle très important dans les pratiques religieuses, divinatoires et occultes. Elles servent à la confection de masques.

Au Niger, pour donner le premier bain à un bébé griot, on collecte sept calebasses d'eau dans la maison d'un homme connu pour sa générosité.

Les boissons traditionnelles comme le vin de palme ou la bière de mil, boisson des dieux, sont souvent servies dans des calebasses gravées de représentations géométriques ou zoomorphes. Elles servent aux devins à prédire l'avenir, car la calebasse est le récipient des ancêtres, des morts, des divinités, des esprits et des génies ; elle sert de voix à l'oracle interrogé ; elle est le plat dans lequel des prêtres animistes donnent à boire et à manger à leurs dieux et déesses ; emplie de nourriture, elle accompagne des défunts dans la tombe, pour leur long chemin vers l'au-delà.

Dans certaines sociétés secrètes nigérianes, lors du décès d'un chef de ces confréries, le nombre de calebasses disposées sur sa tombe permet de mesurer l'importance du disparu. Chaque année, les autres membres de la société y viennent en placer de nouvelles.


N.B Représentations géométriques :

  • le cercle symbolise l'unité infinie de la vie, la féminité de l'homme.

  • la croix exprime un sens cosmique, les quatre points cardinaux qui symbolisent le monde, les chemins de la vie et de la mort de la destinée humaine.

  • la croix d'Agadez des Touareg, qui favorise la protection, symbolise la richesse.

  • la ligne brisée symbolise la parole des défunts.

  • le losange symbolise la femme, la maternité, le mariage.

  • le point est très présent dans le langage rituel. Il a le pouvoir de renforcer cercles, carrés et losanges. Il appuie un message.

  • le serpentin à la ligne brisée zigzague comme le chemin de l'eau.

  • la spirale représente le mouvement de la vie.

  • la torsade représente les méandres de la nature : torrents, rivières, tourbillons des eaux et des vents.

  • le zigzag représente le feu et le foudre, le feu mythique qui introduit l'apparition de la mort dans l'univers.

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