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  • Anne

Le Clathre grillagé




Étymologie :

  • CLATHRE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1753 clathrus (Encyclop. t. 3) ; 1778 clathre (Lamarck, Flore fr., Paris, t. 1, n°1285). Empr. au lat. sc. clathrus 1729 ([J.] Mich[eli] gen[er. nova] 214 t. 93 ds Linné, Species plantarum, 1764, p. 1649) se rattachant au lat. clatri, -orum « barreaux » (cf. gr. κ λ ε ι θ ρ ι ́ α « grillage ») en raison de l'aspect de lanterne grillagée de ce champignon.

  • LANTERNE, subst. fém.

Étymol. et Hist. I. 1. a) Ca 1100 « sorte de boîte à parois plus ou moins transparentes dans laquelle on place une source de lumière » (Roland, éd. J. Bédier, 2643 : Asez i ad lanternes e carbuncles) ; ca 1210 vendre vecies por lanternes (Guiot de Provins, Bible, éd. J. Orr, 2628) ; d'où b) 1585 au plur. « propos sans importance, fadaises » (N. du Fail, Contes et Discours, éd. J. Assézat, II, 81) ; 2. a) 1613 lanterne vive (M. Régnier, Satire XI ds Œuvres, éd. J. Plattard, p. 97) ; 1685 lanterne magique (Fur.) ; b) 1878 oublier d'éclairer sa lanterne « omettre un point important pour se faire comprendre » (Lar. 19e Suppl. qui cite J. Loiseleur) ; 3. a) 1689, 13 avr. « réverbère qui servait à l'éclairage des rues » (Mme De Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, 9, 17) ; ,,vx`` ds Besch. 1845 ; d'où b) 1789 « potence » (Mounier, Exposé, 26 oct., Arch. Parl. 1re sér., t. IX, p. 568, col. 1 ds Brunot t. 9, p. 882, note 1) ; 4. 1835 « appareil d'éclairage adapté à l'avant d'un véhicule » (Balzac, Ferragus, p. 66). II. 1. 1508 « ornement en forme de lanterne et à jour qui surmonte une pièce de vaisselle » (Inv. génér. des meubles à Mgr Monsieur le Légat ds A. Deville, Comptes... du Château de Gaillon, p. 503) ; 2. 1546 arch. « sorte de tribune d'où l'on peut voir et entendre sans être vu » (J. Martin, trad. Fr. Colonna, Songe de Poliphile, 88 ro [Kerver] ds Quem. DDL. t. 7); 3. 1559 id. « dôme vitré placé au-dessus d'un édifice pour en éclairer l'intérieur » (Amyot, Péric. 28 ds Littré) ; 4. 1611 « pignon d'un engrenage » lanterne a pagnon (Cotgr.) ; 5. 1660 « cuiller qu'on remplit pour en charger le canon » (Oudin Fr.-Esp.) ; 6. 1805 « appareil masticateur des oursins » (Cuvier, Anat. comp., t. 3, p. 329) ; 1828 lanterne d'Aristote (Mozin-Biber t. 2). Du lat. lanterna « lanterne », empr. au gr. λ α μ π τ η ́ ρ. Le sens I 2 b p. allus. au singe de la fable de Florian, Le Singe qui montre la lanterne magique ds Fables, 1792, p. 80 dans laquelle celui-ci invite les spectateurs à admirer des images qu'ils ne peuvent voir, puisqu'il a oublié d'allumer la lanterne.


Lire aussi les définitions des noms clathre et lanterne


Autres noms : Clathrus ruber ; Clathre rouge ; Clathre grillé ; Morille rouge ; Cœur-de-sorcière ; Lanterne-du-diable ; Boursette rouge ; Boursette à barreaux ; Cancru ; Cranc (cancer) ; Del diablo (œuf du diable) ; Gita de bruixa (vomissement de sorcière).

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Mycologie :


Selon le site http://mycologia34.canalblog.com/ :


Le clathre rouge "se présente d’abord sous la forme d’un œuf enfermé dans une volve blanche et épaisse reliée au sol par un court appendice blanc prolongé par des filaments mycéliens. Lorsque l'œuf s’ouvre il libère une masse rouge qui se déploie comme une sphère de 6 à 15 cm. de diamètre, formée de lanières de 10 à 30 mm. de large, réunies entre elles comme les mailles d’un grillage. Ces lanières rouges sont molles, spongieuses, fragiles, alvéolées et couvertes d’une substance verdâtre bourrée de spores sur la face intérieure. A ce stade il dégage une horrible et insupportable odeur, les mouches ainsi attirées passent entre les lanières et dévorent cette substance verdâtre, les spores n’étant pas digérées sont disséminées par les excréments ainsi que par les pattes auxquelles elles adhèrent.


Habitat : Printemps-Automne dans les endroits humides des bois de feuillus, plus rarement sous les conifères, dans les jardins et parcs, parfois dans les prés. Assez commun dans le Midi de la France.


Observations : il est évidemment non consommable en raison de son effroyable odeur cadavérique, mais quel plaisir de rencontrer ce merveilleux et étonnant champignon. Au début du XVIIème siècle le botaniste Charles De Lécluse (dit Clusius) en fit une description dans ses Curae Posteriores, ce même De Lécluse introduisit la pomme de terre en France deux siècles avant que Parmentier n’en vulgarise la consommation. Le Clathre a servi au Moyen-Age aux sorciers et jeteurs de sort.

Extrait de Passion Champignons de Jean-Mi

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D'après Jean-Baptiste de Panafieu, auteur de Champignons (collection Terra curiosa, Éditions Plume de carottes, 2013),


"Le clathre compense peut-être la modération relative de sa puanteur par sa couleur très attractive.


Beau, rouge et puant : Le clathre est l'un des champignons les plus étranges de la fonge européenne. Il commence à se développer sous la forme d'un "œuf" blanc, qui atteint la taille d'une balle de ping-pong. La surface de cet œuf présente une sorte de réseau qui devient de plus en plus marqué. Puis il "éclot" et il en émerge n champignon d'un beau rouge vif, en forme de cage grillagée, "imitant assez bien les ramifications gothiques que l'on voit ordinairement dans la partie supérieure des fenêtres des églises". La partie interne brun olive se liquéfie tout en émettant une forte odeur cadavérique qui attire les insectes. Ceux-ci consomment les liquides produis et assurent au passage la dissémination des spores.


Ce champignon peut s'élever à 20 cm de haut, avant de s'effondrer sur lui-même, en moins de 24 heures. Lorsqu'il est encore jeune, le clathre accumule certains métaux qu'il trouve dans le sol. On a ainsi mesuré dans son œuf une teneur en manganèse trente fois plus élevée que dans la plupart des autres champignons. Selon les mycologues, cette accumulation joue sans doute un rôle dans la liquéfaction du clathre et l'émission d'odeurs nauséabondes. ils observent le même phénomène chez le satyre puant, encore plus pestilentiel.


La mauvaise réputation : Selon le médecin Jean Thore, qui exerçait dans les Landes au début du XIXe siècle, les ramasseurs de champignons craignaient que les clathres ne leur donnent le cancer, d'où le nom de cancru donné à cette espèce dans les Landes. Dès qu'ils en voyaient, ils les enfouissaient sous terre sans y toucher (mais certains le faisaient sans doute simplement pour en atténuer l'odeur !)

Ailleurs, on le soupçonnait de provoquer un eczéma ou de "faire périr dans des convulsions". Sa réputation et son apparence sont à l'origine des noms qui lui ont été donnés un peu partout en Europe du Sud. En Catalogne, on le nommait cranc (cancer), ou del diablo (œuf du diable) ou gita de bruixa (vomissement de sorcière) ! Plus élégant, son surnom de cœur-de-sorcière n'est pas traditionnel en France, où il n'est apparu qu'à la fin du XXe siècle ! En revanche, on le nomme ainsi en Serbie depuis longtemps. Il est comestible à l'état d’œuf, mais l'odeur de l'adulte devait suffire à en écarter tout amateur. Pourtant, des médecins ont rapporté de nombreux cas d'intoxication (sans gravité) !


Tomates et carottes : Le principal pigment responsable de la couleur rouge du clathre est un lycopène, similaire à celui qui colore la tomate. Le champignon contient aussi du carotène, le pigment orangé des carottes.


Voisine : L'Anthurus d'Archer est une espèce voisine qui ne forme pas une boule mais quatre à sept "bras" minces et dressés vers le haut, rouge vif et tout aussi malodorants que le clathre. Cette espèce est originaire d'Australie et de Nouvelle-Zélande. Il semble que ses spores soient arrivées en Europe et en Amérique du Nord dans la laine des moutons importés."

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Symbolisme :


Le symbolisme de ce champignon fantastique est lié à ses différents noms vernaculaires : lanterne du Diable, lanterne grillagée et cœur de sorcière :


Symbolisme de la lanterne :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


"Dès l'origine, les lanternes (toro) avaient plus qu'un but ornemental dans les temples et sanctuaires japonais. Elles étaient symboles d'illumination et de clarté de l'esprit. Depuis l'époque Muromachi (1333 - 1573) où se développèrent l'art des jardins et la cérémonie du thé les lanternes occupèrent une place prépondérante dans l'esthétique et devinrent un élément indispensable du jardin japonais. Les commerçants en offrent aux temples bouddhistes pour attirer la prospérité sur leur commerce et les militaires pour favoriser la victoire de leurs armes.

La tradition occidentale connaît aussi la tradition de la lanterne des morts, qui brûle toute la nuit près du corps du défunt ou devant sa maison : elle symbolise l'immortalité des âmes au-delà des corps périssables".

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Symbolisme du cœur :

Pour Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Le cœur, organe central de l'individu, correspond de façon très générale à la notion de centre. Si l'Occident en fait le siège des sentiments, toutes les civilisations traditionnelles y localisent au contraire l'intelligence et l'intuition : c'est peut-être que le centre de la personnalité s'est déplacé, de l'intellectualité à l'effectivité. Mais Pascal ne dit-il pas que les grandes pensées viennent du cœur ? On peut dire aussi que, dans les cultures traditionnelles, la connaissance s'entend en un sens très large, qui n'exclut pas les valeurs affectives.

Le cœur est effectivement le centre vital de l'être humain, en tant qu'il assure la circulation du sang. C'est pourquoi il est pris comme symbole - et non bien sûr comme siège effectif - des fonctions intellectuelles. On trouve cette localisation en Grèce. Elle est importante en Inde où le cœur est considéré comme Brahmapura, la demeure de Brahma. Le cœur du croyant, dit-on en Islam, est le Trône de Dieu. Si, dans le vocabulaire chrétien également, le cœur est dit contenir le Royaume de Dieu, c'est que ce centre de l'individualité, vers lequel la personne fait retour dans la démarche spirituelle, figure l'état primordial, et partant le lieu de l'activité divine.

(à suivre)

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Symbolisme de la sorcière :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"C. G. Jung considère que les sorcières sont une projection de l'anima masculine, c'est-à-dire de l'aspect féminin primitif qui subsiste dans l'inconscient de l'homme : les sorcières matérialisent cette ombre haineuse, dont elles ne peuvent guère se délivrer, et se revêtent en même temps d'une redoutable puissance ; pour les femmes, la sorcière est la version femelle du bouc émissaire, sur lequel elles transfèrent les éléments obscurs de leurs pulsions. Mais cette projection est en réalité une participation secrète de la nature imaginaire des sorcières. Tant que ces forces sombres de l'inconscient ne sont pas assumées dans la clarté de la connaissance, des sentiments et de l'action, la sorcière continue de vivre en nous. Fruit des refoulements, elle incarne les désirs, les craintes et les autres tendances de notre psyché qui sont incompatibles avec notre moi, soit parce qu'ils sont trop infantiles, soit pour toute autre raison. Jung a observé que l'anima est souvent personnifiée par une sorcière ou une prêtresse, car les femmes ont plus de liens avec les forces obscures et les esprits. La sorcière est l'antithèse de l'image idéalisée de la femme.

Dans un autre sens, la sorcière a été considérée comme une dégradation voulue, sous l'influence de la prédication chrétienne, des prêtresses, des sibylles, des magiciennes druidiques. Elles furent déguisées de façon hideuse et diabolique, à l'encontre des initiées antiques qui reliaient le Visible et l'Invisible, l'humain et le divin ; mais l'inconscient suscita la fée, dont la sorcière, servante du diable, n'apparut plus que comme une caricature. Sorcière, fée, magicienne, créatures de l'inconscient, sont filles d'une longue histoire, enregistrée dans la psyché, et des transferts personnels d'une évolution entravée, que les légendes ont hypostasiées, habillées et animées en personnages hostiles."

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