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  • Anne

Le Clathre grillagé




Étymologie :

  • CLATHRE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1753 clathrus (Encyclop. t. 3) ; 1778 clathre (Lamarck, Flore fr., Paris, t. 1, n°1285). Empr. au lat. sc. clathrus 1729 ([J.] Mich[eli] gen[er. nova] 214 t. 93 ds Linné, Species plantarum, 1764, p. 1649) se rattachant au lat. clatri, -orum « barreaux » (cf. gr. κ λ ε ι θ ρ ι ́ α « grillage ») en raison de l'aspect de lanterne grillagée de ce champignon.

  • LANTERNE, subst. fém.

Étymol. et Hist. I. 1. a) Ca 1100 « sorte de boîte à parois plus ou moins transparentes dans laquelle on place une source de lumière » (Roland, éd. J. Bédier, 2643 : Asez i ad lanternes e carbuncles) ; ca 1210 vendre vecies por lanternes (Guiot de Provins, Bible, éd. J. Orr, 2628) ; d'où b) 1585 au plur. « propos sans importance, fadaises » (N. du Fail, Contes et Discours, éd. J. Assézat, II, 81) ; 2. a) 1613 lanterne vive (M. Régnier, Satire XI ds Œuvres, éd. J. Plattard, p. 97) ; 1685 lanterne magique (Fur.) ; b) 1878 oublier d'éclairer sa lanterne « omettre un point important pour se faire comprendre » (Lar. 19e Suppl. qui cite J. Loiseleur) ; 3. a) 1689, 13 avr. « réverbère qui servait à l'éclairage des rues » (Mme De Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, 9, 17) ; ,,vx`` ds Besch. 1845 ; d'où b) 1789 « potence » (Mounier, Exposé, 26 oct., Arch. Parl. 1re sér., t. IX, p. 568, col. 1 ds Brunot t. 9, p. 882, note 1) ; 4. 1835 « appareil d'éclairage adapté à l'avant d'un véhicule » (Balzac, Ferragus, p. 66). II. 1. 1508 « ornement en forme de lanterne et à jour qui surmonte une pièce de vaisselle » (Inv. génér. des meubles à Mgr Monsieur le Légat ds A. Deville, Comptes... du Château de Gaillon, p. 503) ; 2. 1546 arch. « sorte de tribune d'où l'on peut voir et entendre sans être vu » (J. Martin, trad. Fr. Colonna, Songe de Poliphile, 88 ro [Kerver] ds Quem. DDL. t. 7); 3. 1559 id. « dôme vitré placé au-dessus d'un édifice pour en éclairer l'intérieur » (Amyot, Péric. 28 ds Littré) ; 4. 1611 « pignon d'un engrenage » lanterne a pagnon (Cotgr.) ; 5. 1660 « cuiller qu'on remplit pour en charger le canon » (Oudin Fr.-Esp.) ; 6. 1805 « appareil masticateur des oursins » (Cuvier, Anat. comp., t. 3, p. 329) ; 1828 lanterne d'Aristote (Mozin-Biber t. 2). Du lat. lanterna « lanterne », empr. au gr. λ α μ π τ η ́ ρ. Le sens I 2 b p. allus. au singe de la fable de Florian, Le Singe qui montre la lanterne magique ds Fables, 1792, p. 80 dans laquelle celui-ci invite les spectateurs à admirer des images qu'ils ne peuvent voir, puisqu'il a oublié d'allumer la lanterne.


Lire aussi les définitions des noms clathre et lanterne


Autres noms : Clathrus ruber ; Boursette à barreaux ; Boursette rouge ; Cage grillagée ; Cancru ; Clathre rouge ; Clathre grillé ; Cœur-de-sorcière ; Cranc (cancer) ; Del diablo (œuf du diable) ; Gita de bruixa (vomissement de sorcière) ; Lanterne-du-diable ; Morille rouge ;

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Mycologie :


Selon le site http://mycologia34.canalblog.com/ :


Le clathre rouge "se présente d’abord sous la forme d’un œuf enfermé dans une volve blanche et épaisse reliée au sol par un court appendice blanc prolongé par des filaments mycéliens. Lorsque l'œuf s’ouvre il libère une masse rouge qui se déploie comme une sphère de 6 à 15 cm. de diamètre, formée de lanières de 10 à 30 mm. de large, réunies entre elles comme les mailles d’un grillage. Ces lanières rouges sont molles, spongieuses, fragiles, alvéolées et couvertes d’une substance verdâtre bourrée de spores sur la face intérieure. A ce stade il dégage une horrible et insupportable odeur, les mouches ainsi attirées passent entre les lanières et dévorent cette substance verdâtre, les spores n’étant pas digérées sont disséminées par les excréments ainsi que par les pattes auxquelles elles adhèrent.


Habitat : Printemps-Automne dans les endroits humides des bois de feuillus, plus rarement sous les conifères, dans les jardins et parcs, parfois dans les prés. Assez commun dans le Midi de la France.


Observations : il est évidemment non consommable en raison de son effroyable odeur cadavérique, mais quel plaisir de rencontrer ce merveilleux et étonnant champignon. Au début du XVIIème siècle le botaniste Charles De Lécluse (dit Clusius) en fit une description dans ses Curae Posteriores, ce même De Lécluse introduisit la pomme de terre en France deux siècles avant que Parmentier n’en vulgarise la consommation. Le Clathre a servi au Moyen-Age aux sorciers et jeteurs de sort.

Extrait de Passion Champignons de Jean-Mi

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D'après Jean-Baptiste de Panafieu, auteur de Champignons (collection Terra curiosa, Éditions Plume de carottes, 2013),

"Le clathre compense peut-être la modération relative de sa puanteur par sa couleur très attractive.


Beau, rouge et puant : Le clathre est l'un des champignons les plus étranges de la fonge européenne. Il commence à se développer sous la forme d'un "œuf" blanc, qui atteint la taille d'une balle de ping-pong. La surface de cet œuf présente une sorte de réseau qui devient de plus en plus marqué. Puis il "éclot" et il en émerge un champignon d'un beau rouge vif, en forme de cage grillagée, "imitant assez bien les ramifications gothiques que l'on voit ordinairement dans la partie supérieure des fenêtres des églises". La partie interne brun olive se liquéfie tout en émettant une forte odeur cadavérique qui attire les insectes. Ceux-ci consomment les liquides produis et assurent au passage la dissémination des spores.


Ce champignon peut s'élever à 20 cm de haut, avant de s'effondrer sur lui-même, en moins de 24 heures. Lorsqu'il est encore jeune, le clathre accumule certains métaux qu'il trouve dans le sol. On a ainsi mesuré dans son œuf une teneur en manganèse trente fois plus élevée que dans la plupart des autres champignons. Selon les mycologues, cette accumulation joue sans doute un rôle dans la liquéfaction du clathre et l'émission d'odeurs nauséabondes. ils observent le même phénomène chez le satyre puant, encore plus pestilentiel.


La mauvaise réputation : Selon le médecin Jean Thore, qui exerçait dans les Landes au début du XIXe siècle, les ramasseurs de champignons craignaient que les clathres ne leur donnent le cancer, d'où le nom de cancru donné à cette espèce dans les Landes. Dès qu'ils en voyaient, ils les enfouissaient sous terre sans y toucher (mais certains le faisaient sans doute simplement pour en atténuer l'odeur !)

Ailleurs, on le soupçonnait de provoquer un eczéma ou de "faire périr dans des convulsions". Sa réputation et son apparence sont à l'origine des noms qui lui ont été donnés un peu partout en Europe du Sud. En Catalogne, on le nommait cranc (cancer), ou del diablo (œuf du diable) ou gita de bruixa (vomissement de sorcière) ! Plus élégant, son surnom de cœur-de-sorcière n'est pas traditionnel en France, où il n'est apparu qu'à la fin du XXe siècle ! En revanche, on le nomme ainsi en Serbie depuis longtemps. Il est comestible à l'état d’œuf, mais l'odeur de l'adulte devait suffire à en écarter tout amateur. Pourtant, des médecins ont rapporté de nombreux cas d'intoxication (sans gravité) !


Tomates et carottes : Le principal pigment responsable de la couleur rouge du clathre est un lycopène, similaire à celui qui colore la tomate. Le champignon contient aussi du carotène, le pigment orangé des carottes.


Voisine : L'Anthurus d'Archer est une espèce voisine qui ne forme pas une boule mais quatre à sept "bras" minces et dressés vers le haut, rouge vif et tout aussi malodorants que le clathre. Cette espèce est originaire d'Australie et de Nouvelle-Zélande. Il semble que ses spores soient arrivées en Europe et en Amérique du Nord dans la laine des moutons importés."

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Lyra Ceoltoir autrice d'un magnifique Grimoire de Magie forestière (Alliance magique Éditions, 2021) décrit la Lanterne du Diable de la manière suivante :


Qu'il est étrange, ce champignon écarlate en forme de cage ovoïde, dégageant une odeur pestilentielle. il ressemble bien plus à un curieux morceau de corail spongieux qu'à un champignon et ne peut être confondu avec aucun de ses cousins ! Son aspect inhabituel, sa couleur vive et sa puanteur l'ont très tôt fait associer au mal, aux démons et aux créatures infernales. Et, naturellement... aux sorcières.


Vie de champignon : Son nom annonce tout de suite sa forme, puisqu'il dérive du latin clatri, signifiant « barreaux » ou « grillage », chlatrus désignant ainsi la cage ou le réticule. Le clathre rouge n'a pourtant pas toujours eu cette apparence. Au début de sa vie, il naît sous la forme d'un œuf blanc presque sphérique, sillonné de lignes carrelées et rattaché au sol par un réseau de filaments mycéliens blanchâtres, épais, profondément enfoncés. Celui-ci se fend et s'ouvre sur une masse rouge qui se déploie progressivement pour prendre la forme d'une cage grillagée d'environ 12 à 20 centimètres de diamètre. A l'intérieur se trouve une matière visqueuse, un hyménium vert sombre dont l'odeur fétide évoque furieusement la cadavre en décomposition. Ce « parfum » particulièrement déplaisant attire les mouches, qi, venant s'en repaître, se recouvrent de ses spores et en assurent la dispersion. Et il doit faire vite, car sa durée de vie, une fois déployé, est assez courte : au bout de vingt-quatre heures déjà, il commence à s'effondrer sur lui-même avant de se décomposer progressivement.

On s'en doute, il est inutile de tenter de le mettre dans nos assiettes. Son odeur atroce dissuade même les plus aventureux., bien que, techniquement, il ne soit pas toxique.

Certains, le mycologue André Marchand en tête, ont tenté l'expérience de la consommation des sujets jeunes, encore sous leur forme d'œuf, affirmant que leur saveur se rapproche de celle du radis. Cependant, l'odeur du clathre, ainsi que sa capacité à stocker des quantités importantes de métaux lourds, décourage les plus curieux.

Le clathre rouge affectionne les zones méridionales et le front océanique atlantique, où il pousse du début de l'été jusqu'à la fin de l'automne, sans grande préférence pour les feuillus ou les conifères, puisqu'il se plaît autant en compagnie des uns que des autres, voire dans les parcs et les jardins. Il est également très commun sur le continent africain.

Sa réputation est sinistre : dans les Landes, on le croyait de mauvais augure, au point que sa vue était réputée donner le cancer au malheureux qui posait les yeux sur lui. On l'accusait également de déclencher des crises d'épilepsie ou encore d'eczéma. Son surnom de « cœur de sorcière » est assez récent en France, attesté seulement depuis le XXe siècle. En Serbie, en revanche, ce nom vernaculaire est bien plus ancien, témoignant d'une vision particulière de ce champignon On dit généralement de lui qu'il était utilisé par les sorciers au Moyen Âge dans les rituels de sorcellerie, mais sans jamais préciser de quelle façon, et il semble que cette superstition ne soit pas confirmée par les sources historiques.

Pourtant, il y a fort à parier qu'un tel champignon, à l'aspect si inhabituel, a dû exciter l'imagination et être investi d'un symbolisme, très particulier. Hélas, celui-ci est aujourd'hui perdu, et il ne tient plus qu''à nous d'en proposer une reconstitution.

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Symbolisme :


Le symbolisme de ce champignon fantastique est lié à ses différents noms vernaculaires : lanterne du Diable, lanterne grillagée et cœur de sorcière :


Symbolisme de la lanterne :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


"Dès l'origine, les lanternes (toro) avaient plus qu'un but ornemental dans les temples et sanctuaires japonais. Elles étaient symboles d'illumination et de clarté de l'esprit. Depuis l'époque Muromachi (1333 - 1573) où se développèrent l'art des jardins et la cérémonie du thé les lanternes occupèrent une place prépondérante dans l'esthétique et devinrent un élément indispensable du jardin japonais. Les commerçants en offrent aux temples bouddhistes pour attirer la prospérité sur leur commerce et les militaires pour favoriser la victoire de leurs armes.

La tradition occidentale connaît aussi la tradition de la lanterne des morts, qui brûle toute la nuit près du corps du défunt ou devant sa maison : elle symbolise l'immortalité des âmes au-delà des corps périssables".

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Symbolisme du cœur :

Pour Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Le cœur, organe central de l'individu, correspond de façon très générale à la notion de centre. Si l'Occident en fait le siège des sentiments, toutes les civilisations traditionnelles y localisent au contraire l'intelligence et l'intuition : c'est peut-être que le centre de la personnalité s'est déplacé, de l'intellectualité à l'effectivité. Mais Pascal ne dit-il pas que les grandes pensées viennent du cœur ? On peut dire aussi que, dans les cultures traditionnelles, la connaissance s'entend en un sens très large, qui n'exclut pas les valeurs affectives.

Le cœur est effectivement le centre vital de l'être humain, en tant qu'il assure la circulation du sang. C'est pourquoi il est pris comme symbole - et non bien sûr comme siège effectif - des fonctions intellectuelles. On trouve cette localisation en Grèce. Elle est importante en Inde où le cœur est considéré comme Brahmapura, la demeure de Brahma. Le cœur du croyant, dit-on en Islam, est le Trône de Dieu. Si, dans le vocabulaire chrétien également, le cœur est dit contenir le Royaume de Dieu, c'est que ce centre de l'individualité, vers lequel la personne fait retour dans la démarche spirituelle, figure l'état primordial, et partant le lieu de l'activité divine.

(à suivre)

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Symbolisme de la sorcière :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"C. G. Jung considère que les sorcières sont une projection de l'anima masculine, c'est-à-dire de l'aspect féminin primitif qui subsiste dans l'inconscient de l'homme : les sorcières matérialisent cette ombre haineuse, dont elles ne peuvent guère se délivrer, et se revêtent en même temps d'une redoutable puissance ; pour les femmes, la sorcière est la version femelle du bouc émissaire, sur lequel elles transfèrent les éléments obscurs de leurs pulsions. Mais cette projection est en réalité une participation secrète de la nature imaginaire des sorcières. Tant que ces forces sombres de l'inconscient ne sont pas assumées dans la clarté de la connaissance, des sentiments et de l'action, la sorcière continue de vivre en nous. Fruit des refoulements, elle incarne les désirs, les craintes et les autres tendances de notre psyché qui sont incompatibles avec notre moi, soit parce qu'ils sont trop infantiles, soit pour toute autre raison. Jung a observé que l'anima est souvent personnifiée par une sorcière ou une prêtresse, car les femmes ont plus de liens avec les forces obscures et les esprits. La sorcière est l'antithèse de l'image idéalisée de la femme.

Dans un autre sens, la sorcière a été considérée comme une dégradation voulue, sous l'influence de la prédication chrétienne, des prêtresses, des sibylles, des magiciennes druidiques. Elles furent déguisées de façon hideuse et diabolique, à l'encontre des initiées antiques qui reliaient le Visible et l'Invisible, l'humain et le divin ; mais l'inconscient suscita la fée, dont la sorcière, servante du diable, n'apparut plus que comme une caricature. Sorcière, fée, magicienne, créatures de l'inconscient, sont filles d'une longue histoire, enregistrée dans la psyché, et des transferts personnels d'une évolution entravée, que les légendes ont hypostasiées, habillées et animées en personnages hostiles."

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Selon les recherches de Carole Chauvin-Payan qu'elle communique dans le préprint de l'article intitulé "Les noms populaires des champignons dans les populations européennes mycophobes" (Quaderni di Semantica, 2018, Perspectives de la sémantique, pp. 159-189) :


Pour essayer de comprendre l’origine des désignations telles que Chapeau de sorcière, Pan de démon, ou Œuf du diable, nous allons essayer, dès à présent, de définir ce que nous entendons par sorcier avant de mener plus loin nos observations.

Selon Pόcs les démons existants dans les légendes de la mythologie de l’Europe centrale et de l’Europe du sud-est sont les ancêtres de la sorcière européenne. Dans le sud-est orthodoxe de l’Europe, les malheurs survenant aux hommes étaient attribués non pas « à la sorcière du village », mais au monde naturel et surnaturel - à savoir des démons de la maladie, des fausses couches ; des fantômes et d’autres personnages démoniaques issus de divers mythes populaires. “


Les démons partagent tous une caractéristique commune: ils sont en activité à l’intérieur des limites du système mythologique qui implique des contacts directs et familiers et une interaction constante entre le monde des humains et l’autre monde, entre les vivants et les morts. [1993 : 24] ”


D’après l’auteur, les démons ont évolué et se sont humanisés. Il y a eu les sorciers en esprits puis les sorciers démoniaques, loups-garous, fées. Avant les sorciers, il y a eu les magiciens dont la tâche consistait “ à empêcher et éloigner les calamités qui provenaient de la sphère surnaturelle, à offrir des sacrifices et à pratiquer d’autres rites destinés à établir des contacts ; ils jouaient le rôle de médiateurs entre le monde des hommes et celui des démons (des morts), des dieux. [1993 : 25]” Le rôle des magiciens décrit ci-dessus est très semblable à celui des chamans. Selon Ginzburg et Klaniczay les démons et les magiciens ont fait partie des mêmes systèmes et croyances archaïques qui ont précédé et déterminé à divers égards la sorcellerie européenne. Les démons ont pu être appréhendés par la suite comme des sorciers noirs et les magiciens comme des sorciers blancs. Les sorciers blancs, chamans ou guérisseurs, étaient à la fois estimés et craints par les populations locales. Ils pouvaient être estimés de par leur connaissance des végétaux et des animaux qui leur donnaient la capacité de soigner les habitants, mais ils étaient surtout très craints de par leurs pratiques de guérison et de par leur médication qui contenaient des substances végétales ou animales vénéneuses et dangereuses pour l’homme. La crainte et la méfiance des habitants vis-à-vis des guérisseurs et de leurs pratiques se sont manifestées au travers de la nomination du champignon.

En France, les formes vernaculaires Œuf du diable, Lanterne du diable et Cœur de sorcière désignent les différents stades de maturation du Clathrus Ruber. À l’origine, ce champignon apparaît comme un œuf blanc, bosselé et relativement mou qui à l’âge adulte se déchire. À ce stade, le Clathrus Ruber est une boule rouge creuse constituée de grosses alvéoles triangulaires ou polygonales appelé parfois "lanterne grillagée’" L’intérieur de cette lanterne est recouvert d’une substance fertile visqueuse et verdâtre ayant une odeur fétide qui attire les mouches. La forme étrange, la couleur rouge, la substance liquide visqueuse ainsi que l’odeur sont très certainement les éléments qui ont motivé l’utilisation des expressions Œuf du diable, Lanterne grillagée, Lanterne du diable et Cœur de sorcière pour la nomination de ce champignon.

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Dans son Grimoire de Magie forestière (Alliance magique Éditions, 2021) Lyra Ceoltoir rend compte de son expérience magique avec les champignons :


Dans le chaudron : Travailler avec le clathre rouge n'est pas facile, car son odeur est vite insupportable, à moins de pratiquer sur place à ses côtés en profitant du plein air pour en atténuer les émanations putrides : mieux vaut s'abstenir de le faire entrer dans la maison ! Cela dit, son image peut se substituer au champignon lui-même, puisque son aspect est suffisamment unique pour porter en lui une grande partie de sa symbolique.

En raison de sa forme en cage, le clathre rouge est souverain pour les sortilèges d'entrave et d'enfermement, et emprisonnera volontiers tout ce qu'on lui confiera. Attention, donc, à être bien sûr de ce choix, car le champignon ne laissera rien s'évader de son cœur putride ! Son aspect et son odeur sinistres en font naturellement un ingrédient phare des pratiques de malédictions et de magie offensive, sa couleur rouge vif lui ajoutant un aspect belliqueux assez virulent.


Le Message de l'Autre Monde : « Je suis la cage. tout ce qui entre derrière mes barreaux n'en ressort jamais. Je ne m'embarrasse pas de la justice; qui n'est pas de mon ressort, car je ne suis ni juge ni partie, seulement sentence et châtiment. "Cruel", moi ? Non, puisque la décision ne m'appartient pas. Je me contente de faire ce que l'on attend de moi, ni plus ni moins. Si tu cherches un responsable à blâmer, ce n'est pas auprès de moi que tu le trouveras. Si, en revanche, ce sont l's conséquences des actes qui t'intéressent, alors nous pourrons discuter... Et puis, on n'enferme pas que les choses négatives. La beauté est aussi parfois gardée captive, pour la conserver pour toujours à disposition. C'est ainsi que la cage devient lanterne . »


Sortilège : En Prison !

Si vous souhaitez enfermer quelque chose (et jamais quelqu'un !) définitivement pour l'empêcher de vous nuire ou de vous influencer, partez en quête d'un clathre rouge adulte. Sur une feuille de papier, décrivez précisément ce que vous souhaitez emprisonner, puis tentez de le résumer en quelques mots-clefs puis en symboles, avant de les fusionner en un sigil unique. reproduisez ce dernier sur un petit morceau de papier que vous lierez de trois nœuds à l'aide d'un morceau de fil rouge en coton. Glissez le papier ainsi lié entre les alvéoles du champignon pour l'y enfermer et affirmez votre intention à l'aide d'une déclaration à voix haute ou d'une incantation, par exemple :

« Je t'enferme (chose à entraver), et je jette la clef.

Dans la cape rouge te voilà emprisonné.

Ô clathre rouge, grillage de la forêt,

Ce que je te confie ne peut plus s'évader. »


Remerciez le champignon et partez sans vous retourner.

Soyez bien sûr de vous avant d'enfermer la première chose qui vous ennuie dans un clathre rouge, car elle n'aura aucun espoir de s'en échapper. Ne lui confiez que les choses, habitudes, situations et attitudes que vous en voulez plus jamais voir dans votre vie. Naturellement, ce genre de sortilège est totalement à proscrire sur une personne.


Le Cœur Révélateur : A l'instar de la nouvelle horrifique d'Edgar Allan Poe, le cœur de sorcière peut agir comme soutien pour pousser un malfaiteur à avouer ses méfaits. (1) Il ne s'agit pas franchement d'une malédiction ni d'une magie offensive, plutôt d'un amplificateur du sentiment de culpabilité qui habite ceux qui savent avoir commis un acte répréhensible. Pour cette raison, ce rituel ne fonctionnera pas sur une personne inconsciente de la gravité de ses actes ou dénuée de toute empathie : on ne peut pas accroître ce qui n'existe pas...

Courage ! Pour ce rituel il vous faudra récolter un morceau de clathre rouge (portez des gants et placez-le dans un bocal hermétique). Remerciez le champignon de son sacrifice par une offrande appropriée et rentrez chez vous.

Une nuit de lune croissante, rassemblez une bougie blanche, un témoin de la personne que vous souhaitez confondre (photographie, échantillon d'écriture, cheveux, ongles, ou, par défaut, son nom complet et sa date de naissance), un petit miroir (même un fragment), une image de la justice (une photocopie de carte de tarot ou l'en-tête d'un document de tribunal peuvent faire l'affaire), quelques graines de moutarde (Sinapis alba, symbole de justice) et une branche de rue (Ruta graveolens, emblème de remords dans le langage des fleurs).

Allumez la bougie et ajoutez chacun des éléments dans le bocal en compagnie du morceau de clathre rouge, en énonçant pour chacun ses propriétés, pourquoi pas sous la forme d'une incantation, quelque chose comme :


« Témoin (Nom du coupable), je sais ce que tu as fait.

(Miroir) Que ce miroir t'en renvoie le reflet.

(Justice) Il est temps que justice soit rendue.

(Moutarde) Et que la (les) victimes (s) soi(en)t entendue(s).

(Rue) Laisse ta conscience te rappeler

Qu'il faut payer pour tes méfaits ! »


Secouez e bocal pour en mélanger les éléments, en priant le clathre rouge de lier le tout pour que la culpabilité fasse son travail. Là encore, vous pouvez le faire en rimes, si le cœur vous en dit :


« Rouge lanterne, cœur de sorcière,

Sur (nom du coupable) braque ta lumière. Ce crime ne sera pas impuni.

Pousse-le (la) à payer le prix. »


Cachez le bocal chez vous, à un endroit où il ne sera pas dérangé, jusqu'à obtenir l'effet désiré (2). Démantelez-le ensuite soigneusement et jetez-en les composants aux ordures ménagères (vous pouvez recycler le local).


Note : 1) Naturellement, il convient de faire preuve de bon sens : un rituel ne peut se substituer à un recours légal. pratiquez-le en soutien des actions en justice nécessaires et assurez-vous d'avoir entrepris toutes les démarches appropriées sur le plan matériel.

2) Si c'est un échec, deux raisons ont possibles : soit la personne est en réalité innocente et ne peut donc payer les conséquences d'un acte qu'elle n'a pas commis, soit elle est totalement dénuée de culpabilité, auquel cas elle ne peut ressentir un accroissement d'un sentiment inexistant. Dans les deux cas, ne réitérez pas le rituel, qui resterait invariablement sans effet.


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